Le tabagisme est un problème de santé publique majeur avec des conséquences désastreuses sur de nombreux aspects de la santé, y compris la fertilité. Bien que les effets du tabac sur les maladies cardiovasculaires et le cancer du poumon soient largement connus, son impact sur la fertilité est souvent sous-estimé. Cet article explore en profondeur les risques du tabagisme pour la fertilité masculine et féminine, en particulier dans le contexte de la fécondation in vitro (FIV), et offre des solutions pour aider les fumeurs à arrêter.

Impact du Tabac sur la Fertilité

Le tabac est une drogue qui a un impact très néfaste sur la fertilité des femmes et des hommes. Les études montrent même que fumer lors d’un protocole d’AMP, réduit les chances de réussite d’une FIV à 15% contre 23% chez les non-fumeurs.

Fertilité Féminine

Chez les femmes exposées au tabagisme actif ou passif, le tabac réduit la fertilité de manière proportionnelle à la quantité de fumée inhalée. Le tabac influe sur la qualité de la paroi utérine ainsi que sur le flux sanguin indispensable à la nidation, allongeant ainsi le délai de fécondation de 3 à 4 fois par rapport aux non-fumeuses. En effet, il induit une diminution importante de la qualité des ovocytes et un vieillissement ovarien prématuré (les femmes fumeuses sont ménopausées beaucoup plus tôt que les femmes non fumeuses). Aussi, une fumeuse mettra en moyenne 2 mois de plus pour concevoir un enfant en comparaison d’une non fumeuse. Les chances de grossesse spontanée et les chances de succès des techniques d’AMP sont considérablement diminuées lorsqu’un des deux membres du couple fume ; et encore davantage si les deux membres du couple sont des fumeurs. Des études récentes suggèrent qu’une femme non fumeuse soumise au tabagisme passif a des chances de grossesse qui sont diminuées, y compris en AMP. C’est essentiellement le « goudron » inhalé par les fumeurs (et ceux qui subissent le tabagisme passif) qui est à l’origine de ces troubles de la fertilité.

Fertilité Masculine

Le tabac diminue la qualité des spermatozoïdes. Une altération de l’ADN des spermatozoïdes peut survenir.

Tabagisme et Fécondation In Vitro (FIV)

Dans le cadre d’une fécondation in-vitro (FIV) ou d’une insémination artificielle (IA), le tabagisme peut compliquer certains gestes, en commençant par la stimulation ovarienne et le recueil d’ovocytes. Aussi, l’ovocyte aura moins de chances d’être fécondé et l’embryon atteindra plus difficilement le stade de blastocyste.

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À chaque tentative de FIV, les fumeuses perdent 15% de chances de grossesse. Une étude réalisée auprès de 500 femmes a montré une augmentation d’échec d’implantation dans le groupe des fumeuses, alors que celles-ci étaient plus jeunes que les non-fumeuses. Par ailleurs, il a été mis en évidence que lors d’une stimulation ovarienne, il existe une corrélation entre le nombre d’ovocytes recueillis et le nombre de cigarettes consommées. En effet, chez les non-fumeuses, 10 ovocytes en moyenne sont recueillis lors d’une ponction contre 7 chez les femmes fumant plus de 15 cigarettes par jour. C’est également à partir de 10 cigarettes par jour que la diminution du taux de grossesses est significative. Enfin, comme en fertilité naturelle, l’action du tabac apparaît délétère sur l’évolution de la grossesse, avec une augmentation du taux de fausses-couches précoces.

Solutions pour Arrêter de Fumer

Cesser de fumer du jour au lendemain n’est pas évident, surtout si vous êtes un fumeur régulier et si débuter un protocole AMP vous paraît stressant (normal!). Faites-vous aider, plutôt que d’abandonner ou de culpabiliser de ne pas y arriver ! Il existe plusieurs méthodes pour arrêter de fumer, vous trouverez certainement la vôtre. Quelle que soit la méthode choisie, il faut souligner l’importance de la motivation. Les solutions incluent :

Les Substituts Nicotiniques

Vous n’avez que l’embarras du choix, patchs, gommes, pastilles, chewing-gum, inhaleurs… En vente libre en pharmacie, les substituts nicotiniques sont désormais disponibles sous de nombreuses formes, nous vous conseillons toutefois de demander l’avis de votre médecin, gynécologue-obstétricien ou tabacologue avant de démarrer un sevrage tabagique dans le cadre d’un protocole AMP. Sachez que parmi tous leurs présentations ou conditionnements, leur efficacité, à dosage égal, est similaire. On peut donc choisir la forme du substitut nicotinique en fonction de son mode de vie, de sa façon d’appréhender son sevrage, mais aussi de sa capacité financière. Certains d’entre vous préfèreront le patch qui reste discret pour aller travailler, d’autres préfèreront les gommes à mâcher ou les pastilles pour « occuper » la bouche et canaliser une anxiété passagère. Il faut toutefois savoir qu’un sevrage se fait sur la durée. Si vous avez peur de créer une nouvelle accoutumance, rassurez-vous, le phénomène de dépendance qu’on connaît avec la cigarette n’existe pas avec les substituts nicotiniques et ils permettent surtout de tripler les chances de réussite de votre sevrage. Remplacer la nicotine à l’aide de patchs, pastilles, chewing-gums, cigarette électronique… Leur efficacité étant similaire, le choix est basé sur votre mode de vie. Comptez environ douze semaines pour le sevrage, que vous avez trois fois plus de chances de réussir avec un substitut nicotinique que par un arrêt brutal de la cigarette.

L’Acupuncture

Non validée par l’AFSSAPS(Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) l’acupuncture a pourtant fonctionné sur certaines personnes ayant tenté d’autres méthodes thérapeutiques sans succès. Une séance classique commence par une première entrevue avec le médecin-acupuncteur qui étudiera vos antécédents, vos habitudes et les éventuels traitements en cours pour valider votre compatibilité. Deux méthodes sont souvent utilisées. La première consiste à placer deux aiguilles de chaque côté du nez, une seule séance de 20 mn est généralement nécessaire. L’autre méthode, appelée « auriculothérapie », stimule des points précis du pavillon de l’oreille avec des aiguilles ou des aimants. Passer par une séance de vingt minutes d’acupuncture : c’est en général le temps qu’il faut pour mettre fin à votre addiction au tabac !

L’Hypnose

La séance commence par un entretien individuel pour évaluer les habitudes qui nourrissent votre dépendance, votre motivation, le soutien familial et professionnel (favorable ou défavorable). Ensuite, l’hypnothérapeute vous accompagne dans un état hypnotique pour accéder à votre inconscient, partie qui gère toutes les données dont vous n’avez pas besoin pour exister comme les addictions, les automatismes, les attaches émotionnelles…Il existe plusieurs approches comme celle de suggérer directement au fumeur un changement, modifier la perception du comportement de dépendance ou encore utiliser l’hypnose pour visualiser l’avenir sans tabac. Attention toutefois, même si une séance suffit, l’hypnose n’est pas une potion magique qui efface toutes vos années de tabagisme. Il faut donc que votre motivation soit au rendez-vous pour que cette méthode fonctionne. Le choix du thérapeute est également très important, renseignez-vous sur ses diplômes et son expérience. Accéder à votre inconscient par l’hypnose pour éliminer les habitudes inutiles qui vous gênent, comme l’addiction à la cigarette. Selon sa méthode, le praticien peut utiliser la suggestion pour vous pousser à changer de comportement, vous faire imaginer ce que serait la vie sans tabac ou vous faire voir la cigarette sous un nouvel angle.

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La Mésothérapie

Cette méthode consiste à injecter, directement dans le sang, un mélange homéopathique qui provoque le dégoût de la cigarette et lutte contre l’envie de fumer, l’irritabilité, l’état de manque et l’envie de grignoter. La pratique de la mésothérapie nécessite un diplôme de mésothérapie (DIU), seuls les médecins titulaires de ce diplôme sont reconnus et autorisés à faire rembourser leurs actes de mésothérapie par les caisses d’assurance maladie. Vous pouvez trouver un praticien sur le site de la « Société Française de Mésothérapie ». Recevoir une piqûre homéopathique grâce à la mésothérapie pour mettre fin à votre envie de fumer, de grignoter et à la sensation de manque. Ce mélange introduit directement dans le sang rend moins irritable et dégoûte proprement de la cigarette.

Le Livre d’Allen Carr

Même si cette méthode est controversée et qu’il n’existe pas d’étude scientifique prouvant l’efficacité de cette approche, elle a tout de même permis à certains fumeurs d’arrêter ou du moins les a aidés à prendre conscience des raisons et du mécanisme d’accoutumance. Se focalisant uniquement sur la dépendance psychologique, la méthode Allen Carr n’est pas adepte des substituts nicotiniques et encore moins de l’arrêt progressif. Selon Allen Carr, se débarrasser des illusions que l’on entretient avec la cigarette est la clé de la réussite. « Le tabac n’est pas un antistress, il ne permet pas de mieux se concentrer ou de se calmer avant un événement important. Une fois que le fumeur a compris et identifié les raisons qui l’aliènent au tabac, il peut plus facilement renoncer à la cigarette ».

La Cigarette Électronique

La cigarette électronique est souvent présentée comme une alternative moins nocive à la cigarette traditionnelle. Cependant son efficacité en tant que substitut nicotique ou son impact sur la santé et sur la fertilité font beaucoup débat. A ce jour il manque encore de preuves scientifiques. « Même si les substituts nicotiniques demeurent l’option la plus recommandée, si une femme enceinte choisit d’utiliser la cigarette électronique, et si cela l’aide à ne plus fumer, on ne doit pas la décourager. « Ce qui est conseillé ce sont les substituts nicotiniques, mais si la vape vous aide à ne pas reprendre la cigarette, continuez la vape ! Et ajoutez à côté des patchs ou des gommes pour diminuez un peu la vape. Il n’y a pas de dosage maximal de nicotine pendant la grossesse, tant que cela vous aide à ne pas fumer. »

Grossesse et Allaitement

En France, 17,8% des femmes enceintes fument toujours au troisième trimestre de leur grossesse. Mais l’on sait également les pressions sociales et familiales que cela peut engendrer et qu’une « future maman » fume rarement sans culpabilité. La nicotine est responsable de la dépendance physique mais pas de la nocivité de la cigarette : c’est la combustion qui libère le monoxyde de carbone et les différentes substances nocives pour le fœtus. Finalement, les bénéfices de l’arrêt du tabac dépasse largement les (potentiels) risques pris par l’utilisation de substitut au cours de la grossesse ou pendant l’allaitement. La varénicline est contre-indiquée chez les femmes enceintes et non recommandée chez les femmes qui allaitent. Pour l’allaitement, il est recommandé de prendre les substituts nicotiniques oraux au moins 1h avant, ou après la tétée. La cigarette doit être évitée dans la mesure du possible. Mais si vous fumez et souhaitez allaiter, essayez de fumer au moins une heure avant la tétée en vous aidant à côté, le bébé aura vos anticorps via votre lait.

Prévention des Rechutes

En effet, d’après elle, « 80 % des femmes sevrées en cours de grossesse rechutent au cours de l’année suivant l’accouchement et 30 % rechutent juste après l’accouchement ». Une rechute est souvent liée à l’état émotionnel, mais aussi à un contexte spécifique. Elle peut néanmoins être évitée. Il est donc essentiel de garder sa substitution après l’accouchement. Le retour de couche sans allaitement peut-être très rapide et amener à une redescente hormonale très brutale.

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