Introduction
Fréjus, ville chargée d'histoire, est intimement liée à l'histoire des troupes coloniales et de marine françaises. Depuis le début du XXe siècle, la ville a joué un rôle central dans l'accueil, la formation et l'acclimatation de ces troupes venues des quatre coins de l'empire colonial français. Cet article explore l'importance historique de Fréjus en tant que berceau des troupes coloniales, en mettant en lumière son rôle dans l'histoire militaire française et son héritage culturel.
Fréjus, "Maison-Mère" des Troupes Coloniales
Dès 1915, Fréjus devient un lieu stratégique pour les troupes coloniales françaises. Le général Gallieni y installe les camps du Sud-Est, faisant de la ville un point de passage obligé pour des dizaines de milliers de soldats venus d'Afrique (Sénégal, Tchad, Côte d'Ivoire, Mali, Niger…) et d'Asie (Indochine), ainsi que des soldats du Pacifique et de Madagascar. Ces hommes transitaient par Fréjus pour s'acclimater aux rigueurs du climat européen avant d'être envoyés au front pendant les deux guerres mondiales.
Cette présence militaire a profondément marqué l'identité de la ville, qui est devenue un lieu de brassage culturel et un symbole de l'engagement de la France dans ses colonies. La présence du 21e Régiment d'Infanterie de Marine (RIMa) à partir de 1980 ancre définitivement l'Arme à Fréjus.
Le Musée des Troupes de Marine : Gardien de la Mémoire
Le Musée des Troupes de Marine de Fréjus est un lieu de mémoire essentiel pour comprendre l'histoire de ces soldats venus d'outre-mer. Fort d'une collection de près de 30 000 objets, le musée retrace l'histoire des troupes coloniales et de marine, de leurs origines à nos jours.
Récemment rénové, le musée offre un parcours immersif et accessible, mettant en valeur les objets et les témoignages pour transmettre les connaissances de manière interactive. Il permet aux visiteurs de découvrir l'histoire de ces hommes, leurs motivations, leurs sacrifices et leur contribution à l'histoire de France. Le musée fait rayonner l’Arme.
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L'Hymne de l'Infanterie de Marine : Un Chant de Tradition et de Valeurs
L'Hymne de l'Infanterie de Marine, composé en 1896, est un élément central de l'identité des Troupes de Marine. Ce chant de tradition incarne l'esprit guerrier et les valeurs de ces soldats, surnommés les marsouins. Plus qu'une simple mélodie, cet hymne représente le courage, l'abnégation et la fidélité des soldats qui ont combattu sur tous les continents.
Les paroles de l'hymne font explicitement référence aux combats de Bazeilles, qui se déroulèrent les 31 août et 1er septembre 1870. Cet épisode héroïque, où les marsouins se battirent avec bravoure contre les troupes prussiennes, est devenu un symbole de leur engagement et de leur sacrifice.
L'hymne évoque également les nombreuses campagnes auxquelles ont participé les Troupes de Marine, de la Guerre de Crimée aux expéditions coloniales en Afrique et en Asie. Ces références historiques rappellent l'ampleur géographique des interventions de ces soldats et leur rôle dans la défense des intérêts français à travers le monde.
Aujourd'hui encore, l'Hymne de l'Infanterie de Marine est chanté lors des cérémonies militaires et des événements importants de la vie des Troupes de Marine. Il est un vecteur de transmission des valeurs et de l'histoire de l'arme, et un symbole de l'unité et de la fierté des marsouins.
Les Troupes de Marine : Marsouins et Bigors, Gardiens d'une Tradition Séculaire
Pour comprendre la portée de cet hymne, il convient de connaître l'identité des Troupes de Marine. Ces unités militaires, créées sous Louis XIV en 1622 par Richelieu sous le nom de Compagnies franches de la Marine, ont participé à toutes les grandes expéditions coloniales françaises. Les fantassins sont surnommés marsouins, tandis que les artilleurs portent le nom de bigors.
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Les Quatre Grands Régiments:
- Le 1er RIMa de Cherbourg - Le "Grand Un", symbole de la tradition maritime
- Le 2e RIMa de Brest - Le "Grand Deux", héritier des campagnes d'outre-mer
- Le 3e RIMa de Rochefort - Le "Grand Trois", berceau de l'Hymne de 1896
- Le 4e RIMa de Toulon - Le "Grand Quatre", acteur des expéditions en Orient
Ces régiments historiques se sont illustrés lors de nombreuses campagnes : la Guerre de Crimée (1854-1856), les expéditions en Chine, au Sénégal, en Cochinchine, et bien sûr lors de la bataille de Bazeilles en 1870. Représentant aujourd'hui plus de 17 000 soldats répartis dans 26 régiments, les Troupes de Marine incarnent 15% des effectifs de l'armée de Terre française.
Héritage Religieux et Culturel à Fréjus
La ville de Fréjus possède un riche patrimoine religieux, témoignant de son histoire et de sa diversité culturelle. Outre la cathédrale Saint-Léonce, co-cathédrale et symbole fort du diocèse, Fréjus abrite également d'autres lieux de culte importants, tels que la pagode bouddhiste et la mosquée Missiri.
La Cathédrale Saint-Léonce
Le siège épiscopal est attesté à Fréjus dès 374. Le premier évêque connu est Saint-Léonce qui a occupé une place importante dans l'histoire du début du christianisme, en encourageant notamment la fondation du monastère de Lérins. Les évêques se sont succédés à Fréjus jusqu'en 1958, date à laquelle l’évêque du diocèse a choisi de résider à Toulon.
La cathédrale fut construite du Ve au XVIe siècle. Elle appartenait à un groupe épiscopal comprenant l'église, le baptistère, le cloître et la demeure du clergé (Mairie actuelle). La cathédrale est composée de deux nefs accolées. La nef Notre-Dame composée en partie de l'ancienne église paléochrétienne romane possède trois voûtes sur croisées d'ogives. La nef Saint-Étienne du XIe siècle et XIIe siècle a six voûtes en berceau. L'abside en « cul-de-four » contient les tombes des évêques Guillaume de ROUFFILHAC (1361-1364) et Louis de BOUILLAC (1385-1405). Le clocher actuel date du XIIIe pour sa partie la plus ancienne. Les vitraux actuels sont de 1980. La porte d'entrée possède deux ventaux avec sur chacun huit panneaux sculptés illustrant des scènes de la vie de la Vierge, des images de saint Pierre et saint Paul.
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Le baptistère paléochrétien est situé au sud-ouest de la cathédrale. C'est l'un des plus anciens de France après celui de Poitiers puisqu'il date du Ve siècle et l'un des mieux conservés. Les pans sont coupés avec des absidioles contenant des sarcophages et statues couchées.
Le cloître roman à deux étages date du XIIe. Au XIVe siècle, un étage supérieur fut construit dont il ne subsiste à ce jour que la partie nord. C'est au milieu du XIVe siècle que les moines ont fait réaliser cette charpente en bois pour les galeries du cloître. Les poutres reposent sur des corbeaux moulurés. Les peintures réalisées entre 1350 et 1370 ornent les caissons et représentent plus de trois cents panneaux. Elles sont composées de personnages, d'un bestiaire d'animaux fantastiques. Ces peintures réalisées après la grande peste de 1348 sont-elles liées à cet événement ?
La Pagode Bouddhiste
La pagode est édifiée en 1917, dans les limites du camp militaire Gallieni à Fréjus par des militaires vietnamiens, venus en France combattre aux côtés des Français pendant la Première Guerre mondiale.
La pagode fut à l’abandon et pratiquement sans entretien durant les années qui ont vu les possessions françaises en Extrême-Orient accéder à l’indépendance. D’autres Vietnamiens sont arrivés en France en 1954, à la suite du repli des troupes françaises de l’Indochine. Une association bouddhique fut donc constituée le 9 novembre 1967. Avec peu de moyens mais beaucoup de ferveur et d’acharnement, et avec le soutien des bouddhistes des autres régions de France, la rénovation de la pagode fut menée à bien en 1972.
La Mosquée Missiri
À partir de 1915 Fréjus accueille des soldats en provenance des départements et territoires d'Outre-Mer pour les acclimater avant leur départ aux fronts. Après la fin du conflit tous les militaires ne rejoindront pas leurs territoires et pour trouver un environnement leur paraissant familier, à l'image des indochinois, les tirailleurs sénégalais à l'initiative du capitaine Abdel Kader MADEMBA édifieront à partir de 1928 une mosquée au camp de Caïs. Celle ci sera achevée en 1930.
La mosquée représente une réplique de la missiri de Djenné, anciennement Soudan français, actuel Mali. Elle est construite en béton armé recouvert d’enduit rouge, la volonté étant de s’accorder aux tons des terres locales. La mosquée se présente sous la forme d'un carré; les quatre côtés entourant la cour centrale. Un chantier de rénovation a été effectué par le 21e RIMa au début de l'année 2000. Cette mosquée reste propriété du ministère de la Défense.
Autres édifices religieux
- Église située rue des Micocouliers. Cette église construite a partir de 1958 est destinée à remplacer la chapelle de Fréjus-Ville démolie. La réception des travaux a eu lieu en 1964. L'église comprend une nef, un chevet plat et un plafond en béton. La façade en verrière, précédée d’un haut et large vestibule, comprend des murs en pierres appareillées et un clocher accotant le vestibule.
- Église située 198 Avenue du Château Gallieni dans le quartier de la Gabelle. Les années 1960 à 1968 sont marquées par l'accroissement de la population lié au rapatriement d'Algérie. Monseigneur Gilles BARTHE évêque du diocèse de Fréjus-Toulon lance la réalisation de nouvelles églises et en particulier celle du quartier de la Gabelle. En octobre 1966, Jacques DROUZY, architecte, est désigné par Mgr BARTHE qui lui donne pour mission la construction d’une église de 500 places avec centre paroissial. A la suite de l’obtention du permis de construire, la première pierre a été posée le 15 janvier 1967. La réception des travaux a lieu le 20 décembre 1967. Elle est bénie et dédiée au Sacré-Cœur le 14 janvier 1968 par Mgr BARTHE. Chapelle en béton brut avec une charpente en lamelles collées.
- Chapelle Cocteau Un banquier niçois Jean MARTINON souhaite une chapelle privée pour les résidents du quartier de "la tour de Mare". Il fait appel à Jean COCTEAU pour la conception des décors et du bâtiment. En 1961 COCTEAU entreprend avec l'architecte Jean TRIQUENOT la conception de la chapelle. En 1962 débutent les travaux et la première pierre est posée le 24 février 1963. COCTEAU élabore avec le peintre niçois Raymond MORETTI les maquettes des portes vitraux. Il rencontre le céramiste Roger PELISSIER pour la conception et réalisation des céramiques. Au total une centaine de dessins seront réalisés pour la décoration de l'ensemble lorsque l’académicien décédera le 11 juillet 1963. C'est Édouard DERMIT qui achèvera la décoration intérieur à partir des dessins du maître. La chapelle recevra les céramiques réalisées suivant les dessins de COCTEAU en 1992. La chapelle est inscrite aux M.H en 1963.
- Église située en bordure de la place principale du quartier de Saint-Aygulf, connu aussi sous le vocable d'église Notre-Dame-de-l'Assomption Construite sur un lieu de culte païen. La première chapelle date de du 4e quart XIXe siècle. D'abord recteur, devient le premier curé de la paroisse. Celle-ci est érigée par décret de Mgr Gaudel le 9 juillet 1960.
- Chapelle située quartier Sainte-Brigitte. Chapelle étayée de contreforts, de plan rectangulaire à chevet semi-circulaire.
- Chapelle située dans le quartier de Valescure, avenue Henri GIRAUD. Elle fut ouverte aux paroissiens de 1899 à 1930. Depuis elle n’accueille plus de fidèles. Le 25 Juin 1983, sa toiture a été incendiée.
- Chapelle située impasse de la chapelle dans le quartier de La Tour de Marre au "Hameau tranquille". Une association lance en 1963 une étude pour l'obtention d'une chapelle dans leur quartier. En 1970, les financements étant trouvés, elle fut bâtie. Chapelle ne possédant qu’une seule nef à chœur semi-circulaire, elle est précédée d’un porche. La décoration de la chapelle est l'œuvre du décorateur Cannois, Jean TRIQUENOT. Chapelle située Rue général Brosset.
- Chapelle située rue Montgolfier. Les sœurs dominicaines se sont été installées à Fréjus en 1639, rejointes dès 1647 par les bernardines. Le couvent remonte au milieu du XVIIe siècle ; la date de 1681 se lit sur la porte de la chapelle. Il se composait de bâtiments conventuels (de deux étages sur rez-de-chaussée) groupés autour d'un cloître et de la chapelle au nord-ouest.
- Édifice situé 251 rue Marcel Pagnol. En 2010, lors de la réhabilitation du quartier de la Gabelle, les musulmans du quartier avaient exprimé leur besoin d'une mosquée. En 2013, la municipalité accorde un permis de construire[17]. Le premier projet d'édifice devait représenter 1 464 m2 au sol pour une hauteur de 12 mètres. Ce projet est contesté par le F.N et devient un enjeu de la campagne des municipales de 2014. Le 10 janvier 2014, les travaux démarrent. Les élections de 2014 amènent une municipalité hostile à ce projet. Le 10 novembre 2015, le Conseil d'État ordonne au maire d'autoriser, à titre provisoire, sous huit jours et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, l'ouverture de la mosquée qui vient d'être construite. Le 26 février 2016, le Tribunal correctionnel de Draguignan n'a pas ordonné la démolition de la mosquée, mais en raison des irrégularités dans la délivrance du permis de construire il a condamné l'association El Fath à 60 000€ d'amende, son président à 15 000€.
Les Avenantaires : Un Chapitre Méconnu de l'Histoire Militaire Française
Un autre aspect important de l'histoire militaire de Fréjus est lié à l'accueil des "Avenantaires", des militaires syriens et libanais qui ont servi dans l'armée française pendant la Seconde Guerre mondiale et les guerres coloniales. En 1946, plus d'un millier de personnes, dont des militaires et leurs familles, arrivent à Marseille en provenance de Beyrouth. Ces soldats, appelés "Avenantaires", avaient choisi de suivre l'armée française lors de son départ du Levant.
Les Avenantaires bénéficiaient d'un statut particulier, qui leur permettait de servir en métropole et dans les colonies françaises en échange de la protection de leurs familles et de la possibilité d'obtenir la nationalité française. Répartis sur critères religieux entre les colonies d’Afrique Occidentale Française (AOF), d’Afrique Équatoriale Française (AEF) et Madagascar, ils ont participé à de nombreuses missions coloniales.
Leur histoire, souvent méconnue, témoigne de la complexité des relations entre la France et ses colonies, et de l'engagement de ces hommes dans les conflits qui ont marqué le XXe siècle.
Bazeilles : Un Symbole de Courage et de Sacrifice
La bataille de Bazeilles, qui s'est déroulée en 1870, est un événement fondateur de l'histoire des Troupes de Marine. Lors de cette bataille, les marsouins se sont battus avec acharnement contre les troupes prussiennes, faisant preuve d'un courage et d'un sens du sacrifice exceptionnels.
Les récits racontent qu’au terme d’une attaque et d’un combat acharné, le village est repris. Mais "le 1er septembre, les Bavarois contre-attaquent dès l’aube, appuyés par une puissante artillerie. Commence alors une lutte farouche, maison par maison, rue par rue. Se battant à un contre dix, éprouvés par la chaleur et la soif, la gorge brûlée par la fumée des incendies, écrasés sous les obus, les marsouins chassent l’ennemi à deux reprises". Tous témoignent de la même ardeur, du même mépris de la mort. "Vers 16 heures, les munitions manquent et les défenseurs sont submergés par le flot ennemi. Quelques officiers et une trentaine de soldats, dont la plupart sont blessés, se retranchent alors dans une auberge. Pendant quatre heures, ils arrêtent la marche des assaillants et ne succombent qu’à bout de munitions. Telle est la glorieuse épopée de la division bleue qui lutta jusqu’à la dernière cartouche". Deux tragiques journées qui ont vu mourir 2 600 militaires et 40 Bazeillais.
Cet épisode héroïque est commémoré chaque année par les Troupes de Marine, et il est un symbole de leur engagement et de leur sacrifice pour la France.
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