L'affaire Frédéric Péchier, du nom de cet anesthésiste mis en examen pour de multiples cas d'empoisonnements, dont certains mortels, a captivé l'attention du public et des médias. Au-delà des aspects strictement judiciaires, cette affaire soulève des questions sur la vie privée de l'accusé, son rôle de père et les répercussions sur son entourage.

Mise en contexte de l'affaire

Frédéric Péchier, médecin anesthésiste, a été mis en examen pour 24 cas d’empoisonnements, dont neuf mortels, survenus à Besançon (Doubs). Le procureur de Besançon, Étienne Manteaux, considère Frédéric Péchier comme « le dénominateur commun » entre ces événements indésirables graves (EIG). Les arrêts cardiaques des patients auraient été causés par la pollution volontaire « de poches de soluté avec des anesthésiques locaux ou du potassium ».

Parcours professionnel et accusations

Frédéric Péchier exerçait à la clinique Saint-Vincent de Besançon, ville où il lui est désormais interdit de séjourner. Selon le procureur, les EIG survenaient peu après des « conflits aigus » entre le Dr Péchier et ses collègues anesthésistes ou chirurgiens. Une de ses collègues est même persuadée qu’il a voulu l’empoisonner alors qu’elle se faisait opérer à la clinique.

Portrait psychologique contrasté

Deux psychocriminologues, sollicités par le juge d’instruction, dressent un profil moins flatteur de ce médecin, né d’un père anesthésiste et d’une mère infirmière. Si les deux experts notent chez Frédéric Péchier des « traits de personnalité pervers et paranoïaques », ils observent toutefois que ce père de trois enfants, dans la sphère privée, peut « faire preuve d’empathie, se soucier de son entourage ».

La vie privée et familiale au cœur du procès

Lors de son interrogatoire sur sa personnalité, l’ancien anesthésiste s’est montré très ému en évoquant ses proches. Ses larmes, les premières depuis trois mois, avaient coulé lundi pour ses proches venus raconter à la cour d’assises du Doubs leur Frédéric Péchier, et crier avec lui son innocence. « La semaine a été dure pour moi, on a dépiauté toute ma vie », s’étrangle-t-il ainsi, à l’orée de son interrogatoire de personnalité, le dernier avant la clôture des débats. Il est très proche de sa famille, qui le soutient contre vents et marées. « Certains ont peur de la vérité, ce n'est pas le cas de Frédéric », déclare ainsi sa femme au cours d'une des nombreuses audiences où elle accompagne son mari.

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Nathalie Péchier, son ex-épouse, a raconté un « couple très fusionnel » qui s’est « beaucoup aimé », et a dépeint une vie de famille aisée, idyllique, malgré une tentative de suicide du père de famille en 2014, le suivi psychologique de son mari dépressif et l’ombre du divorce qui a plané plusieurs années. "Je n'étais pas une épouse soumise et Frédéric n'était pas un mari soumis, nous étions juste un couple qui travaillait, avec de jeunes enfants", a rétorqué lundi devant la cour Nathalie Péchier.

Les enfants de Suzanne Ziegler défilent à la barre et font vivre à la salle du parlement une séquence bouleversante. "Notre mère a beaucoup aimé donner la vie. En 2008, quand Delphine Ziegler revient voir sa mère à la clinique, après son opération, elle a déjà fait plusieurs arrêts cardiaques. "Elle était déjà ailleurs. Je n'ai jamais pu lui reparler, mais je n'ai jamais cru qu'elle était fichue. J'ai cru qu'elle allait se réveiller. Elle s’éloignait, j’ai senti sa peau faiblir. Je lui ai parlé de tout ce qu’elle aimait. Je lui ai parlé de ses 21 petits enfants. "J’ai éteint la grande lumière, elle était trop agressive. Je ne sais pas quand elle est morte. À un moment donné, un infirmier est venu arrêter la machine. C'était un silence assourdissant.

Soutien familial et déchirements

La mère de l'accusé, Marie-José Péchier, a martelé devant la cour d'assises du Doubs : "Je sens au fond de mon cœur que mon fils est innocent". Son frère a raconté : "On lui a hurlé dessus: +dis-nous la vérité!+". "Mon frère s'est effondré. Il a pleuré, beaucoup. "Devant moi, j'ai vu un homme, et j'ai vu son âme. Frédéric est un homme détruit.

La famille Péchier est très présente lors du procès, affichant un soutien sans faille à l'accusé. Sur des écoutes téléphoniques présentes au dossier, les uns et les autres disent parfois beaucoup de mal de Nathalie, mais ce lundi, tout le monde parle d’une même voix. “Vous n’avez aucune preuve contre Frédéric, se permet à son tour l’ancienne épouse, en toisant l’avocate générale. Il y a une enquête à charge depuis le départ. Je le connais depuis 20 ans, je le connais par cœur, et je sais que c’est pas lui, voilà.”

Les répercussions sur les enfants

Le Dr Péchier prédisait : « Quelle que soit l'issue de tout cela, ma carrière est terminée. Je ne pourrai plus jamais travailler où que ce soit. On ne peut pas faire confiance à un médecin qui, à un moment donné, a eu l'étiquette d'empoisonneur. Ça va rester toute ma vie. Ma famille est brisée et j'ai peur pour mes enfants. Pour moi, la seule façon de survivre durant l'instruction, c'est d'aller au combat. »

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“J’ai divorcé parce que c’était une question de survie”, raconte Nathalie, en parlant de sa douleur, et de celle de ses enfants. Frédéric est maintenant “[s]on meilleur ami”.

L'impact médiatique et l'opinion publique

Besançon est une petite ville. Tout le monde connaît quelqu’un passé par l’une des deux cliniques où les empoisonnements ont été commis. Le quotidien local, L’Est Républicain, ne devait couvrir en direct que les moments les plus importants de l’audience, mais devant le succès phénoménal de ses lives, le site internet du journal retransmet finalement chaque journée en continu. Des dizaines de milliers d’internautes suivent tous les jours ces retransmissions. On fait la queue, parfois pendant des heures, pour entrer dans le Palais de Justice et prendre place dans la salle d’audience réservée en priorité aux 156 parties civiles et à leurs proches. Quand celle-ci affiche complet, on s’assoit dans une autre salle, qui retransmet les débats. Lors des pauses, tout ce petit monde se mélange, se parle, ou bien s’évite. Frédéric Péchier comparaît libre. Il a certes un escalier réservé pour sortir plus rapidement s’il le souhaite, mais il va et vient au milieu de la foule.

Les zones d'ombre et les questions en suspens

L'affaire Péchier est complexe et comporte de nombreuses zones d'ombre. Les motivations de l'accusé restent floues, et les preuves de sa culpabilité sont contestées par sa défense. Certains éléments troublants, comme la tricherie au golf, sont interprétés comme des révélateurs d'une personnalité déviante, tandis que d'autres les considèrent comme des détails insignifiants.

Malgré ces tentatives manquées, le Dr Péchier ne désarme pas, multipliant les recours pour tenter de desserrer l'étau judiciaire qui l'étreint. Sa défense, déjà pugnace, vire à l'affrontement avec le parquet quand, le 27 novembre dernier, son avocat dépose une plainte pour « faux en écriture » et « usage de faux » contre un officier de police judiciaire.

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