François Genoud, banquier suisse né à Lausanne le 26 octobre 1915 et décédé le 30 mai 1996 à Pully, près de Lausanne, est une figure énigmatique dont la vie fut marquée par des engagements extrêmes. Son parcours, oscillant entre sympathies nazies et soutien à l'extrémisme arabe, en fait un personnage controversé de l'histoire du XXe siècle.

Un Itinéraire Tortueux : De Hitler à l'Extrémisme Arabe

Fils d'un commerçant en papiers peints, François Genoud fut envoyé en Allemagne par son père pour y « apprendre l'ordre et la discipline ». C'est là, à l'âge de dix-sept ans, qu'il croisa Adolf Hitler, une rencontre qui le marqua profondément et fit du Führer le « héros » de sa vie. Quatre ans plus tard, en 1936, un voyage en Orient lui fit rencontrer le grand mufti de Jérusalem, une autre figure qui l'impressionna. Dès lors, Genoud se fit le chantre d'une alliance improbable entre la croix gammée et le croissant.

Engagement envers le Nazisme

Ami du fasciste genevois Oltramare à l'époque hitlérienne, Genoud était membre du parti nazi de Suisse. L'hebdomadaire zurichois Die Weltwoche se demandait si François Genoud s'était vraiment dégagé des influences de son passé. Le 1 novembre 1964, la National Zeitung de Bâle publiait un article sur l'organisation Die Spinne (l'araignée), héritière de l'organisation des anciens SS (Odessa), révélant que Die Spinne avait tissé sa toile avant la chute du IIIe Reich, notamment lorsque les nazis ouvraient des comptes anonymes en Suisse. D'après la National Zeitung, "l'homme qui gérait cette fortune nazie et qui la gère aujourd'hui encore est un citoyen suisse habitant Lausanne. Son appartement a l'aspect d'un musée hitlérien : des drapeaux à croix gammée et de grands portraits du Führer sont accrochés aux murs. Ce banquier nazi voyage aujourd'hui sans difficulté à travers l'Europe pour effectuer des transferts et des investissements".

Soutien à la cause Arabe

Genoud était directeur général de la Banque populaire d'Alger et administrateur délégué de la Banque commerciale arabe de Genève. Il fut arrêté, puis libéré grâce aux interventions diplomatiques de la Suisse. Il se rendit, le 12 mars, au Département politique à Berne pour remercier les autorités helvétiques des démarches effectuées en faveur de sa libération. Il a regagné Alger jeudi.

Le Banquier de l'Ombre et Ses Confessions Tardives

François Genoud a longtemps cherché à dissimuler ses activités, s'entourant d'un halo de mystère pour mieux tirer les ficelles dans les coulisses. Ce n'est qu'après l'arrestation de son « ami » Carlos, en 1994, qu'il sortira de son mutisme pour se vanter publiquement de ses relations avec le terroriste vénézuélien, ce qu'il avait auparavant toujours farouchement nié. Genoud prend alors en charge la défense de Carlos et obtient l'autorisation de lui rendre visite à la prison de Fresnes (Val-de-Marne). Dans la foulée, l'aventurier vieillissant et amer se laisse convaincre de se confier à Pierre Péan, un journaliste qu'il connaît depuis 1978, et qui lui consacrera un documentaire et un livre sous le titre L'Extrémiste : François Genoud, de Hitler à Carlos (Fayard).

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L'Affaire Genoud : Questions et Controverses

La venue de ce visiteur insolite au Palais fédéral ne manqua pas d'embarrasser les autorités suisses, d'autant plus qu'une partie de l'opinion n'a pas oublié les sympathies que M. Genoud nourrissait pour le régime hitlérien. Sous le titre " De Goebbels à Ben Bella - Avatars d'un banquier lausannois ", l'hebdomadaire zurichois Die Weltwoche tente de brosser un portrait sans fard du banquier suisse François Genoud. Après avoir rappelé les circonstances de son arrestation, sa mise en liberté provisoire et l'autorisation obtenue des autorités algériennes pour se rendre en Suisse, l'hebdomadaire zurichois se demande ce qui se dissimule derrière " l'affaire Genoud ". Les interventions diplomatiques de la Suisse ont-elles pu, à elles seules, le tirer d'affaire ou le banquier disposait-il d'autres atouts plus efficaces encore ? Die Weltwoche a peine à voir uniquement en lui le financier de la révolution algérienne aux idées avancées, car il y a huit ans il se donnait pour légataire des œuvres posthumes de Goebbels.

Représentations Théâtrales et Réflexions sur l'Histoire

La complexité du personnage de François Genoud a inspiré des œuvres théâtrales. Dans la pièce L'Injuste, jouée au théâtre de la Renaissance, Jacques Weber interprète Genoud lors d'un duel psychologique avec une journaliste israélienne. Weber, initialement réticent à incarner un personnage aussi froid et cynique, a finalement accepté le rôle, y voyant une occasion de réfléchir aux relations que l'on entretient avec l'histoire. La pièce explore le négationnisme et les manipulations idéologiques, utilisant la fiction pour aborder des thèmes historiques sensibles.

Décès et Héritage

François Genoud est décédé le 30 mai 1996 à Pully. Le juge d'instruction du canton de Vaud a indiqué qu'une enquête avait été ouverte pour déterminer les circonstances de cette mort, mais s'est refusé à commenter des rumeurs de suicide avant de connaître les conclusions de ses investigations. Avec lui disparaît l'un des derniers thuriféraires de la première heure, jamais repenti, de Hitler. Son héritage reste celui d'une figure controversée, symbole d'une époque trouble et d'alliances idéologiques surprenantes.

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