Introduction

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) et le tri embryonnaire soulèvent des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne le risque d'eugénisme. En France, ces techniques sont strictement encadrées par la loi, mais les débats persistent quant à leur légitimité et leurs potentielles dérives. Cet article explore les enjeux liés au tri embryonnaire dans le cadre de la fécondation in vitro (FIV), en s'appuyant sur des décisions de justice récentes, des prises de position de professionnels de la santé et des réflexions éthiques.

Le DPI : Un Outil d'Aide à la Procréation Encadré

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une technique proposée aux couples ayant une forte probabilité de transmettre à leur enfant une maladie génétique grave et incurable au moment du diagnostic. Il permet de concevoir un enfant sans risquer de lui transmettre cette maladie. Le DPI est réalisé sur des embryons obtenus par fécondation in vitro (FIV). Une ou plusieurs cellules de ces embryons sont analysées pour rechercher la maladie génétique familiale. Les embryons non atteints sont conservés et transférés dans l'utérus de la femme.

En France, le DPI est autorisé depuis 1999, mais son recours est strictement encadré par la loi. Il n'est autorisé qu'à titre exceptionnel et doit faire l'objet d'un accord préalable d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN). La loi du 7 juillet 2011 a pérennisé cette pratique, la réservant aux couples ayant une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.

L'Affaire DEVIT : Une Tentative Illégale de Tri Embryonnaire Systématique

En 2021, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a autorisé un essai clinique, le projet DEVIT, visant à expérimenter le tri embryonnaire systématique des anomalies chromosomiques dans le cadre d'un parcours de PMA. Ce projet portait sur l'évaluation du diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A), une technique consistant à trier les embryons in vitro selon leur nombre de chromosomes, pour n'implanter que ceux jugés « normaux ».

Cette autorisation a été contestée devant la justice administrative, qui l'a invalidée en première instance en février 2024. La Cour administrative d'appel de Paris a confirmé cette décision le 10 juillet 2025, estimant que l'ANSM n'était pas habilitée à autoriser un protocole de recherche recourant à une technique interdite par la loi.

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Cette affaire illustre la tension entre le désir de certains acteurs de la PMA d'élargir les indications du DPI et les limites fixées par la loi française, soucieuse de prévenir les dérives eugénistes.

Risques et Dérives Potentielles du Tri Embryonnaire

Le tri embryonnaire soulève plusieurs questions éthiques fondamentales. La première concerne le statut de l'embryon. Si l'on considère que l'embryon est une personne dès le début de son développement, le tri embryonnaire peut être perçu comme une atteinte à sa dignité et à son droit à la vie.

La deuxième question concerne le risque d'eugénisme. En sélectionnant les embryons considérés comme « sains », on risque de stigmatiser les personnes atteintes de maladies génétiques ou de handicaps, et de promouvoir une vision normative de la santé et de la normalité.

Jacques Testart, l'un des « pères » du premier bébé-éprouvette français, dénonce un « eugénisme mou, consensuel et démocratique » qui se manifeste à travers le DPI. Il souligne que le DPI permet la sélection anticipée des personnes, finalité officiellement interdite par divers textes français et internationaux.

Les Arguments en Faveur de l'Élargissement du DPI

Malgré les risques éthiques, certains acteurs plaident en faveur d'un élargissement des indications du DPI. Ils mettent en avant le désir des couples d'avoir un enfant en bonne santé, et la possibilité d'éviter des interruptions médicales de grossesse (IMG) tardives. Ils soulignent également que le DPI est déjà pratiqué dans d'autres pays européens, et que la France risque de prendre du retard dans ce domaine.

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Certains proposent d'étendre le DPI au dépistage de la trisomie 21, ou à la recherche de prédispositions à certaines maladies, comme le cancer du côlon. Cependant, ces propositions suscitent de vives inquiétudes, car elles pourraient conduire à une sélection eugénique de plus en plus large.

Les Risques Associés à la FIV

Il est important de noter que la FIV elle-même n'est pas sans risques. Les grossesses obtenues après FIV sont associées à une augmentation de la prématurité, du nombre de bébés de faible poids et de grossesses multiples. Des études suggèrent également des troubles cardiovasculaires chez les enfants nés de FIV, et ce, dès le plus jeune âge.

Cependant, les études sur la santé des personnes nées d'une AMP sont encore peu nombreuses, et il est difficile d'affirmer avec certitude que la méthode de conception est directement en lien avec tel ou tel risque. L'Académie Nationale de la Médecine en France a publié en 2023 un rapport pour faire le point sur ce que l'on sait vraiment aujourd'hui de la santé des enfants nés d'une FIV.

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