La tradition des crèches, des santons et des fèves est profondément ancrée dans l'histoire et la culture françaises, en particulier en Provence. Ces éléments, bien que distincts, se rejoignent dans les célébrations de fin d'année et de l'Épiphanie, témoignant d'un riche patrimoine religieux et folklorique.
Le boulanger et le pain : un symbole sacré dans la crèche
Dans la crèche provençale, le boulanger (lou fournié en provençal) est un personnage incontournable. Selon Marcel Provence, dans "la nouvelle histoire du santon", c'est Jean-Louis Lagnel (1764-), l'inventeur du santon d'argile, qui a créé ce personnage emblématique. Le pain, élément central de l'alimentation, revêt une importance symbolique forte. Il représente la nourriture, la vie, mais aussi une dimension spirituelle.
La symbolique du pain est particulièrement présente dans la religion catholique, notamment lors de la Cène, le dernier repas du Christ. Jésus a partagé le pain avec ses apôtres en disant : "C'est mon corps, qui est donné pour vous; faites cela en mémoire de moi". (Luc 22,14-20). Ainsi, le santon du boulanger trouve naturellement sa place dans la crèche, portant son costume traditionnel : un tablier blanc et un bonnet rouge.
La galette des rois : une tradition gourmande et historique
Bien que solidement implantée dans le calendrier, dans la foulée des fêtes de fin d’année, la tradition de la galette des rois comporte son lot d’anecdotes historiques méconnues. Avec sa recette traditionnelle à base de crème à la frangipane, cuite entre deux cercles de pâte feuilletée - ou ses déclinaisons à la pomme ou au chocolat - la galette des rois est un incontournable au mois de janvier, quelques jours seulement après les fêtes de Noël et du Nouvel an. Chaque année, plus de 30 millions de galettes des rois sont vendues en France pendant cette période. Si cette pâtisserie est aujourd’hui inscrite au panthéon de la gastronomie française, son origine est un peu oubliée de nos jours.
Les origines païennes et chrétiennes de la galette
La galette des rois est dégustée généralement autour du 6 janvier, date de L’Épiphanie, la fête chrétienne de l’adoration des rois mages devant l’enfant Jésus. La tradition veut que le plus jeune de l’assemblée se cache sous la table, et assure à l’aveugle la distribution des parts. Celui qui trouve la fève en mangeant est déclaré « roi ». « La galette des Rois est ronde pour évoquer le soleil (le Christ est la lumière du monde) et l’univers (le Christ Dieu de l’univers) ; la couronne rappelle quant à elle les Rois mages et la royauté divine du Christ, la fève désigne sa venue cachée, rappelle Marie-Odile Mergnac dans son ouvrage Petite histoire de nos fêtes en France. Ce fameux gâteau, résumé d’un cours de théologie à lui seul, existe au moins depuis le XIIIe siècle (on l’évoque comme coutume déjà ancienne dans un texte rédigé à Amiens en 1311). »
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L’origine de la galette est bien plus ancienne : elle remonte à l’époque romaine. Dans l’Antiquité, les Romains célèbrent en décembre la fête des Saturnales. Tacite, historien du Ier siècle, évoque la tradition du « Roi du jour » : un banquet au cours duquel maîtres et esclaves partagent un même repas. À cette occasion, une fève (haricot) est dissimulée dans un gâteau dont l’aspect rond et doré symbolise déjà le soleil. Celui qui tombe sur la fève devient le « Prince des Saturnales » ; il a le droit d’exaucer tous ses désirs pendant une journée, devenant le roi d’un jour. Cette fête est l’occasion d’abolir toutes barrières sociales, notamment entre maîtres et esclaves.
La symbolique de la fève et la tradition du "roi boit"
Dès l’Antiquité, la fève (de haricot blanc ou autre légumineuse) est choisie comme élément caché dans la galette, car c’est l’un des premiers légumes à pousser après l’hiver. Cette graine est un symbole de fécondité, car elle porte en elle le germe de la future plante. On ne pouvait trouver mieux pour célébrer Saturne, Dieu romain dédié à l’agriculture ! Au Moyen-Âge, la tradition perdure, la fève étant l’un des aliments les plus consommés en Europe.
Attestée dès le XIVe siècle, la coutume du « roi boit » est une coutume qui tire son nom de l’acclamation, criée par toute la tablée, à chaque fois que le roi désigné par la fève boit. Généralement, la tradition voulait que le roi d’un jour paie sa tournée.
L'évolution de la recette et les variations régionales
Aujourd’hui, la recette traditionnelle de la galette est à base de crème frangipane (un tiers de crème d’amande, deux tiers de crème pâtissière). Elle devrait son nom au comte Cesare Frangipani, qui aurait offert la recette à Catherine de Médicis au XVIe siècle, en cadeau de mariage lors de ses noces avec le futur Henri II. Dans la tradition franciscaine, on fait toutefois remonter son origine au XIIIe siècle, en l’attribuant à Jacqueline de Septisoles, jeune veuve du noble romain Graziano de Frangipani, et proche de François d’Assise, à qui elle avait pour habitude d’offrir des gâteaux aux amandes.
Si dans les trois quarts de l’Hexagone on mange de la galette, on préfère le gâteau des rois dans le sud de la France. La galette à la frangipane est aujourd’hui la plus consommée dans l’Hexagone. Composée de crème aux amandes entourée de pâte feuilletée, elle s’est imposée peu à partir du XVIe siècle, suite à une querelle entre pâtissiers et boulangers. À l’époque, les deux corporations se disputent le monopole de la vente du fameux gâteau des rois, fabriqué à partir d’une pâte au levain. Ils en appellent au roi de France, François Ier, qui tranche en faveur des premiers. Qu’à cela ne tienne, les boulangers contournent cette interdiction en remplaçant le gâteau par une galette à base de pâte feuilletée ! Mais d’autres recettes ont perduré dans certaines régions, en fonction des traditions. Ainsi, dans le sud de la France, on mange toujours le gâteau des rois, sorte de brioche en forme de couronne agrémentée de fruits confits. En Franche-Comté, la galette bisontine est un gâteau à base de pâte à choux, aromatisée à la fleur d’oranger. Autre exemple, dans les Flandres, cette pâtisserie est composée de pâte briochée fourrée d’une crème au beurre aromatisée au rhum ou au kirsch. On trouve un gâteau similaire, appelé Nourolle, en Normandie…
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La galette à l'épreuve de la Révolution
Au moment de la Révolution française, certains parlementaires ne voient pas la galette des rois d’un bon œil. En 1792, un député de la Convention, Pierre-Louis Manuel, propose à l’Assemblée l’interdiction de la fête des Rois, sans succès. L’année suivante, L’Épiphanie change de nom : « C’est aujourd’hui la fête de la liberté ; ce jour, autrefois, était consacré à la superstition et au royalisme ; les prêtres seuls fêtaient le jour des Rois ; aujourd’hui, tous les vrais patriotes vont fêter un jour qui est devenu la fête des sans-culottes », explique à la tribune un député jacobin. Le gâteau est ainsi rebaptisé galette de l’Égalité et ne contient pas de fève. Le 6 janvier 1794, le comité révolutionnaire de Paris dénonce les pâtissiers qui vendent encore des galettes le jour de L’Épiphanie. « ne peuvent avoir de bonnes intentions. Même plusieurs particuliers en ont commandé sans doute dans l’intention de conserver l’usage superstitieux de la fête des rois… ». Les forces de police sont sommées de saisir toutes les galettes dans la capitale. Pourtant, la tradition séculaire est tenace, et la Révolution a d’autres choses plus importantes à gérer que d’interdire une pâtisserie ! C’est ce qui sauva la galette à la fin du XVIIIe siècle.
L'évolution de la fève et la fabophilie
À partir du Moyen-Âge, la dégustation s’est accompagnée peu à peu d’une autre tradition, celle du « Roi boit ». Elle consistait pour celui qui avait trouvé la fève à offrir à boire à tous les convives autour de la table ! Certains resquilleurs, pour éviter de payer leur tournée, avalaient la fève afin d’éviter l’addition… Petit à petit, le haricot est remplacé par une pièce - beaucoup moins digeste ! - afin d’éviter la triche. Quant aux fèves en porcelaine, les premières apparaissent à partir de 1874. L’Allemagne est à cette époque un grand producteur de porcelaine et c’est tout logiquement qu’au XIXe siècle la plupart des fèves trouvent leur origine en Saxe et en Thuringe, avant d’être produites en porcelaine de Limoges au début du siècle suivant.
Si les premières fèves sont d’inspiration religieuse, avec des représentations de personnages de la crèche ou des angelots, progressivement, l’étiquette religieuse de la fève disparaît pour laisser place à une fête plus traditionnelle. Et les thématiques évoluent ; les fèves peuvent évoquer la chance (trèfle, fer à cheval), mais aussi des animaux ou des objets du quotidien, voire des symboles républicains (bonnet phrygien). Aujourd’hui, les sujets sont très variés, entre l’actualité, les personnages de BD, dessins animés et films à la mode, ou encore la publicité… Chaque année, près de 5 000 fèves différentes sont créées en France pour la fête des rois, déclinées en une multitude de séries variées, qui font le bonheur des fabophiles, les collectionneurs de fèves, ayant même leur association nationale ! Au cours du XIXe siècle, la véritable fève (graine de haricot) a peu à peu été remplacée par des personnages en porcelaine. D’abord des santons liés à la thématique religieuse, avant de se diversifier… Pour le plus grand plaisir des collectionneurs.
Anecdotes et particularités
Aux États-Unis, il y a sans doute moins de fabophiles qu’en France, et pour cause : les galettes commercialisées là-bas sont dépourvues de fèves ! La raison ? La peur d’un mauvais procès intenté par un client qui risquerait de s’étouffer ou de se casser une dent… Si les Américains souhaitent une fève, ils doivent ainsi la demander à part et la placer eux-mêmes dans le gâteau.
Au palais de l’Élysée, on déguste aussi la galette de L’Épiphanie chaque année. La tradition a été instaurée en 1975 par Valéry Giscard d’Estaing, une manière de saluer les savoir-faire artisanaux de la profession. Depuis, chaque année, le président de la République reçoit des artisans et maîtres boulangers à l’Élysée pour partager une galette à la frangipane de taille gargantuesque. L’année dernière, la pâtisserie, confectionnée par le boulanger parisien Jean-Yves Boullier, mesurait 1,15 m de diamètre et comportait cinq kilos de pâte ! Mais sa vraie spécificité tient au fait qu’elle ne comporte ni fève, ni couronne.
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La crèche provençale : une tradition familiale et artisanale
Ici point de galette des rois, c’est un gâteau des rois (ou couronne) que l’on partage le 6 janvier - ou le premier dimanche de janvier plus pratique quand le 6 tombe en semaine - pour fêter l’épiphanie ou l’arrivée des rois mages devant Jésus qui vient de naître. De l'or, de l'encens, de la myrrhe… Pour bien respecter cette tradition en Provence, d’abord il faut installer la crèche début décembre avec son ravi, son ange Boufareu (appelé ainsi à cause de ses joues joufflues à force de jouer de la trompette chaque fois que le Bon Dieu est content), Mistral sa cape au vent, la partie de cartes de Pagnol, et bien sûr Marie, Joseph, l’âne et le bœuf. Chrétien ou pas, en Provence on fait la crèche. Mais attention, on ne déposera pas le petit Jésus avant le 24 au soir et les plus beaux santons, Melchior, Gaspar et Balthazar, les rois mages venus de Bethléem en suivant l’étoile doivent également attendre patiemment leur tour.
Le gâteau des rois en Provence : une gourmandise incontournable
A l’origine, c’est plutôt lors d’une fête païenne bien arrosée que l’on partage ce gâteau des rois. Brioche à la fleur d'oranger, fève, part du pauvre… Si certains se contentent du premier dimanche de janvier, ici en Provence on aime trop notre gâteau pour ne pas en abuser. Dès Noël passé on traine devant les bonnes boulangeries, on commence à débattre sur celle qui fait le meilleur gâteau des rois de Marseille, on rit de ces pauvres parisiens avec leur frangipane toute plate et sans couleur… Car notre gâteau des rois, il est bon et beau ! Rond, dodu, sentant la fleur d’oranger, surmonté fièrement de fruits confits symbolisant les pierres précieuses offertes par les fameux rois mages. Alors il est bien normal que l’on se laisse tenter tout le mois de janvier voire plus pour les inconditionnels. «Les rois mages étaient trois. Une fois sur la table, reste à le partager. Là encore quelques règles à respecter. La tradition veut que l’on ajoute au découpage la « part du pauvre » et que le plus jeune des convives se cache sous la table pour attribuer chaque part. Sans vouloir être chauvin, c’est pas notre genre à nous gens du sud, toujours dans la mesure et la modestie, cette brioche est la forme la plus traditionnelle du gâteau des rois. Hop hop hop, vous pensez tout savoir mais point d’épiphanie réussie sans le clou du spectacle, la fève. Et nous provençaux, nous sommes généreux ! Alors parce qu’on aime la tradition, on y place la fève, la vraie, l’alimentaire, le légume. Et parce que c’est plus joli, on y place aussi une figurine en céramique qui - couleur locale oblige - est un santon. Et pour que ce tirage des rois dure plus longtemps, celui qui a la fève paie le prochain gâteau.
Une fois de plus en Provence, nous n'aimons pas faire comme tout le monde et au moment de l'Epiphanie, la tradition n'est pas à la dégustation de la galette des rois et sa frangipane que nous rejetons en la nommant "la galette parisienne" ou "la parisienne" et que nous jugeons trop plate. La gourmandise provençale de cette période de janvier se surnomme le "gâteau des rois" ou "la couronne des rois". Cette tradition provençale serait d'abord descendue de festivités païennes que célébraient les romains appelées "Les Saturnales". Cette fête était l'occasion de s'ennivrer et de faire tomber les barrières sociales entre maîtres et serviteurs esclaves pour célébrer ensemble le retour du soleil et le début de l'allongement des journées. Une véritable fève était dissimulée à l'intérieur d'un gâteau fourré de figues, de dattes et de miel, qui était divisé à parts égales pour tout le monde quelque soit son statut hiérarchique. Comme beaucoup d'autres fêtes païennes, la religion chrétienne a repris cette tradition et aujourd'hui la tradition veut que l'on déguste le gâteau des rois le 6 janvier. Cette date correspond à la venue des rois mages auprès de l'enfant Jésus d'où le gâteau tire son nom. Aujourd'hui en Provence, la tradition autour du gâteau des rois reste bien ancrée dans les habitudes des provençaux. On la déguste toujours le 6 janvier ou le premier dimanche de janvier mais pas que… En Provence, la riche gastronomie de notre région fait de nous de grands gourmets et on se contente rarement de manger une couronne des rois une seule fois dans le mois. La gourmandise s'étend généralement tout le mois de janvier et même jusqu'à la Chandeleur qui clôture toute la période des festivités de noël.
Les santons : des figurines emblématiques de la crèche provençale
La crèche est une véritable tradition en Provence avec une succesion de petites cérémonies au sein des foyers. On attend le 24 décembre pour placer l'enfant Jésus dans la crèche qui est entouré dès le début de décembre des santons, petites figurines d'argile constituant un véritable artisanat locale en Provence (voir l'aticle "Fêter noël en Provence"). En Provence, on est généreux et ce n'est pas une, mais deux fèves qui seront cachées dans le gâteau des rois. L'une correspond à une fève originale qui peut être manger et l'autre est un petit santon. Celui qui obtient la fève est élu rois et celui qui découvre la figurine devient sujet du roi. Traditionnellement, c'est l'enfant le plus jeune qui se met sous la table et distribue les parts à l'aveugle pour qu'il n'y est pas de tricherie avec la taille des parts et les fèves.
Les fèves niçoises : un hommage au patrimoine local
Pour l'Épiphanie 2018, les pâtisseries Lac et Sab ont créé une collection de fèves 100 % Nice. Cette année, c'est au tour de Multari de représenter la capitale azuréenne : l'Observatoire, Notre-Dame, le musée Matisse et autres monuments clés du patrimoine niçois. Graziella, gérante de l'établissement du boulevard Jean-Jaurès, atteste que « beaucoup de collectionneurs viennent acheter nos coffrets ». Pourtant, les fabophiles se font de plus en plus rares.
Les fèves : entre tradition et modernité
Selon la coutume chrétienne, les fèves représentent les personnages de la crèche de Noël. À Nice, la boulangerie de l'Olivier est encore aujourd'hui fidèle à la tradition. « Comme chaque année, ce sont des santons dans nos galettes », assure la patronne qui s'approvisionne chez Soghima, un fournisseur local. Quelques rues plus loin, à Zéphyrin, changement d'ambiance : « Cette année, on a des fèves Angry birds », confie la responsable de l'enseigne. Elle justifie ce choix : « Avant, on faisait des choses plus traditionnelles. J'ai pensé aux plus anciens, maintenant je pense aux plus jeunes. Pour Eric Lagache, patron de l'établissement du même nom, différents critères sont à prendre en compte : « Mon fournisseur m'en présente plusieurs et on fait un choix avec les vendeurs et surtout le pâtissier. Parce qu'au-delà de l'esthétique, la fève ne doit être ni trop grosse ni trop petite, et avoir une forme adéquate. » Pour ces mêmes raisons, Eric Lagache se souvient avoir renoncé à de « magnifiques » fèves en porcelaine représentant des avions. À la place cette année, une collection Rubik's cube. N'ayant pas opté pour les figurines classiques, il se défend : « Les fèves plus modernes, ça rajoute du piquant, les gens aiment bien. Surtout les enfants.»
La passion de la collection : le témoignage d'une fabophile
Entre deux fournées, il insiste : « Aujourd'hui, vous pouvez acheter un paquet de cent santons pour 15 euros mais ça ne vaudra pas une seule pièce authentique. Depuis vingt ans, Hélène collectionne les fèves. « Même si on me propose un million d'euros, je refuse de les vendre. » Elle est allée jusqu'en Thaïlande pour dénicher ses pièces les plus rares. Pour la septuagénaire, pas question d'abandonner sa chasse au trésor, même si « la plupart des gens ont laissé tomber. Son péché mignon ? Les fèves en biscuit de porcelaine, dont la valeur est « inestimable ». Celles-ci ne représentent qu'une part minuscule de son arsenal d'environ mille pièces. Consciente qu'il faut s'adapter, Hélène reste optimiste : « Même les fèves Walt Disney, il faut les garder. Un jour, ça prendra de la valeur.
L'histoire de la fève : un symbole de fécondité
L'histoire de la fève remonte à la plus haute antiquité, vers 3 000 ans avant Jésus-Christ. Ce symbole de fécondité chez les anciens est devenu au Moyen Âge, une reproduction de la "naissance". Durant plusieurs siècles, l'Épiphanie, (le mot vient du grec et signifie "apparition") est la seule grande fête chrétienne, avec banquets, confections de gâteaux dans lesquels, une fève désigne le roi d'un jour. Ce dernier, joue le rôle des Mages, venus offrir des cadeaux à l'enfant Jésus.Le premier sujet, en porcelaine, apparaît en 1874, en Allemagne. Au début du XXe siècle, les sujets deviennent religieux : santons, colombes, anges, saints… Avec l'arrivée du plastique, les sujets profanes se multiplient, animaux, héros de film et de BD. Aujourd'hui, certains thèmes sont exploités comme "Star Wars", sans oublier les sujets en métal doré et même des Louis d'or afin d'inciter les acheteurs.
La passion des santons : le témoignage d'une collectionneuse
À en croire les boulangers, nombreux à Digne sont les collectionneurs qui recherchent le sujet rare. Habitant Aiglun, Madeleine, jeune retraitée de 60 ans est une passionnée depuis plusieurs décennies."Pour ma part, ce sont les santons de Provence qui m'ont donné envie de collectionner les fèves. D'ailleurs, c'est avec eux que je fais ma crèche", explique-t-elle. "Je trouve un peu ridicule tous ces personnages sans aucun rapport avec la tradition. Quand j'en trouve, je les donne aux enfants du quartier", confie Madeleine qui garde jalousement une centaine de sujets, échangeant ses doubles à l'occasion.
Une collection familiale de mini-santons
06 janv. Les yeux de Régine brillent toujours autant quand on lui parle de ses mini-santons. C’est un peu le hasard et son amour pour Noël que Régine Cochet a commencé sa collection de fèves, il y a déjà quelques années… « A chaque galette croquée, on gardait la fève, se souvient la Parodienne. C’était à l’époque où des mini-santons étaient glissés à l’intérieur. » Alors, comme elle et son mari Jean-François entretiennent une ferveur toute particulière pour cette fête de fin d’année (et ce, depuis maintenant 35 ans), le couple imagine que ces petits objets de porcelaine pourraient bien trouver leur place au pied du sapin. « Au fil des années, on a cumulé les santons, Jésus, l’âne, le bœuf, les rois mages… » Mais aussi des petits troupeaux d’animaux, un curé, des arbres, des maisons. À travers ce petit monde, les époux Cochet se racontent une belle histoire, dans laquelle tout le monde est le bienvenu. « On a même un militaire et un pompier », plaisante Régine. Travaillés à l’identique des autres figurines, ces deux-là ne dépareillent finalement pas. Et puis, pour le couple, pas question surtout de se prendre au sérieux ! C’est une collection-plaisir avant tout.Une bonne soixantaine de personnages ont ainsi grossi la mini-crèche, aujourd’hui devenue grande ! Mais depuis peu, la collection a pourtant pris fin « parce qu’on ne trouve plus ça dans les galettes. Et puis, on commence à saturer avec les crèches » confie la collectionneuse, le regard plongé dans le monticule de personnages qui remplissent la véranda familiale au pied du sapin.
Épiphanie : quelle date pour déguster la galette des rois ?
L'Épiphanie a lieu le samedi 6 janvier 2018. Mais la tradition veut qu'on déguste la galette des rois le premier dimanche de l'année, donc le 7 janvier. Frangipane, crème d'amandes, pour profiter comme il se doit de cette pâtisserie. La galette des rois est attendue par tous les gourmands, à peine les Fêtes passées. Mais quelle est son origine? Que représente la fève? Et surtout, quand la mange-t-on? Qu'on préfère la galette à la frangipane ou la couronne briochée aux fruits confits, janvier est le mois de la galette des rois. Mais quels symboles se cachent derrière? D'où vient cette tradition? Et quid de la fève? Le 1er dimanche ou le 6 janvier? "Jusque dans les années 1960, l'Épiphanie était un jour férié qui tombait le 6 janvier. Le partage du gâteau était souvent célébré le 5 au soir. Mais le Vatican II (1962-1965) a décidé que l'Épiphanie serait célébrée le premier dimanche suivant le 1er janvier. De nombreux pays cependant ont conservé la date originelle du 6 janvier, comme la Pologne. En fait, c'est le partage du gâteau qui est traditionnel.
La galette des rois : une tradition religieuse ou profane ?
Religieux ou pas? "Le partage de la galette n'a rien à voir avec la religion. Cela faisait partie des célébrations autour du solstice d'hiver, propice aux divinations. Les chrétiens la mangent lors de l'Épiphanie et la célébration des rois mages. "Il est difficile de ne pas faire le lien avec les Saturnales de l'époque romaine: un roi était élu et donnait des gages. Aucun côté orgiaque à cela, mais plutôt domestique. Durant ces fêtes, au moment du solstice d'hiver, maîtres et esclaves étaient sur un pied d'égalité et tout le monde mangeait à la même table. C'était dans l'idée de revivre l'Age d'or [ou l'éternel printemps]. À noter: certains prétendent qu'un condamné à mort était élu puis sacrifié après les fêtes. "L'élection d'un roi ou d'un gagnant remonte au moins aux Saturnales romaines. La coutume du 'roi boit' a été attestée dès le XIVe siècle. Et 'tirer un roi' était commun dès le Moyen-Âge, le 5 janvier. Normalement, celui qui trouvait la fève devait payer sa tournée à la tablée. Certains prétendent que les plus avares avalaient la fève afin de ne pas débourser d'argent.
La couronne : un attribut de royauté
"C'est un attribut de la royauté. Il y avait des couronnes dès le XVe siècle, en plomb et étain avec dessus le nom des Mages et des fleur de lys. Or elles ne servaient pas pour 'le roi boit'. En fait, elles protégeaient les pèlerins et voyageurs, à l'image des rois mages, leurs [saints] patrons.
La fève : un symbole de vie et de chance
"La fève fait partie des symboles du solstice d'hiver. C'est le premier légume qui pousse au printemps. Surtout, ce légume, comme l'oeuf, contient un embryon. En 'vieillissant', il donne la vie. La fève est très importante, notamment chez les Grecs -elles contenaient l'âme des morts selon les pythagoriciens- et les Romains. "La taille compte aussi. La fève-légume est plate et ni trop grande -elle peut être dissimulée- ni trop petite -car elle ne doit pas être avalée. "En 1875 apparaissent les fèves en porcelaine de Saxe. En 1913, celles des ateliers de Limoges. Ont suivi des symboles de chance et des animaux. Au début du XXe siècle, un Monsieur Lion lance une fève en forme de lune avec au dos le nom et l'adresse de son commerce. C'est donc la première fève publicitaire. En 1960, les premières fèves en plastique apparaissent. Moins chères, elles prennent le pas sur la porcelaine. Bien sûr, il y a eu des santons, qui permettaient de recréer une crèche.
L'origine du gâteau : une tradition régionale
"On ne sait pas comment on en est arrivés au gâteau. Mais la coutume du partage est ancienne. La pâtisserie change en fonction de la région et du pays. Ainsi au Danemark, une amande est cachée dans du riz bouilli. En France, chaque région à son gâteau: 'gâteau des rois' en Provence, en Aquitaine et en Languedoc, 'pogne' ou 'épogne' dans le Dauphiné, 'garfou' ou 'galfou' en Gascogne et Béarn, 'galette des rois' en Ile-de-France, Dreykönigskuchen en Alsace… "Sous la Révolution française, hors de question d'élire un roi! Cependant, pas question de ne pas partager de gâteau non plus. Est donc née la 'galette de la Liberté' ou 'de l'égalité', sans fève ni roi.
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