L’hiver semble interminable, le mois de janvier s’éternise, et le poids de cette saison maussade se fait sentir. L’attente d’un renouveau se manifeste avec impatience. Depuis l’Antiquité, dès le mois de février, les sociétés ont exprimé ce sentiment d’impatience et d’attente à travers des fêtes. Comprendre le carnaval et le mardi gras, en explorant leurs origines et leurs significations, permet de donner un sens à ces célébrations qui perdurent encore aujourd’hui.
Racines Antiques des Festivités Inversées
Les origines des célébrations que nous connaissons aujourd’hui remontent à des millénaires. De Babylone à la Grèce antique, en passant par Rome, ces fêtes, souvent qualifiées de « païennes », ont été transformées avec l’essor du christianisme.
Au IIe siècle avant notre ère, dans l’ancienne Babylone, les Sacées étaient organisées en l’honneur d’Anaïtis, la déesse de la fécondité. Ces festivités duraient cinq jours. À la même époque, les Grecs célébraient Dionysos, le dieu de la fécondité et du vin. Initialement, cette fête était célébrée en secret par les femmes, avant de devenir publique. À Rome, les Saturnales, en l’honneur de Saturne, dieu du temps, étaient également marquées par l’inversion des rôles. Ces festivités pouvaient durer jusqu’à sept jours. Pendant ces divertissements, les esclaves s’habillaient en rois et les hommes en femmes.
Dans l’Antiquité, les humains avaient une représentation cyclique du temps, symbolisée par une roue qui tourne. Cette conception explique l’idée que, à un moment donné, tout s’inverse. L’ordre établi est remis en cause : les premiers deviennent les derniers, le roi fait le fou, et le fou devient roi, les hommes se déguisent en femmes, les femmes en hommes. Le christianisme a introduit une conception linéaire du temps, avec un commencement (la « création ») et une fin (l’« eschatologie »).
Des vases datant de la Rome antique montrent des représentations d’une barque portant la statue de Dionysos. Ce « carrus navalis » était tiré sur la rive par des jeunes gens. Quand ce « char venu de la mer » - le « car naval » - touchait terre, il était équipé de quatre roues. Le carnaval est probablement hérité d’une longue tradition dont nous avons un écho dans L’oie d’or et dans L’oiseau-griffon. Dans ce conte de Grimm, la fille du roi est guérie, mais celui-ci exige de Jean une nouvelle épreuve : il doit construire « une barque qui navigue plus vite sur la terre ferme que sur l’eau ». L’évolution des espèces s’est faite de l’élément liquide à l’élément solide, et c’est sur la terre ferme que l’humanité s’est développée. Par ailleurs, les êtres humains ont longtemps pensé le monde vivant en images colorées : nous en avons le reflet dans le langage des contes et des mythologies. Les philosophes grecs, quant à eux, ont apporté la notion de « concepts » précis et stables. Cette forme de pensée, réfléchie par le cerveau, permet de bien analyser le monde physique. Et cette pensée intellectuelle liée au physique, « à la terre ferme », est infiniment plus rapide que la pensée vivante qui évoque l’élément aquatique.
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Transition Médiévale : Adaptation et Résistance
Au Moyen-Âge, l’Église catholique a de moins en moins toléré la persistance de ces fêtes païennes. La fête de Pâques est précédée d’une période de jeûne et de pénitence : les quarante jours du carême, avec une petite pause au milieu, la mi-carême. Le mot Carnaval vient du latin médiéval « carnelevare », qui signifie « retirer » ou « enlever la viande » des repas. Le carême commence un mercredi, appelé le « mercredi des cendres », car c’est le premier jour de pénitence. Les cendres sont ce qui reste d’une combustion, d’un feu dévorant. L’église catholique a institué le mardi-gras la veille de ce mercredi des cendres. Ce jour-là, il est permis de renverser - un peu - l’ordre établi, de faire la fête, de se déguiser, de chanter et de danser. La date de mardi-gras varie chaque année, car la fête de Pâques est mobile.
Aujourd’hui encore, on retrouve sur les chars qui défilent lors des carnavals de grandes marionnettes. Ces personnages sont appelés, suivant les régions : bonhomme hiver dans les pays froids, Caramentran en Provence (ou « Carême-entrant » en français), Den Paolig en Bretagne (pauvre homme en français), ou encore Monsieur Carnaval. Ils ont vocation à périr par le feu. Pour cela, ils sont composés de matériaux inflammables tels que de la paille, des fagots de bois, ou de branchages. Après un défilé en musique sur un char carnavalesque (le « carrus navalis »), la marionnette est exposée devant la foule. Elle fait l’objet d’un procès par une cour de justice. Des juges et avocats sont présents, mais le verdict du procès est sans appel : c’est la condamnation. Cette tradition s’explique par le fait qu’en brûlant Monsieur Carnaval, on met un terme à l’Hiver et on annonce l’arrivée du Printemps ! Monsieur Carnaval est le bouc-émissaire de tous les maux. Il représente en effet tous les aspects négatifs de l’Hiver, le froid, la tristesse, etc.
Dans une école, le jour de mardi-gras est très spécial. Dès le matin, les professeurs et les élèves arrivent déguisés. Installé sur une charrette à bras, il est amené en grande pompe dans la cour de l’école. Le repas du midi se déroule « à la Dagobert », c’est-à-dire à l’envers : on commence par le dessert, et on finit par les entrées. Repas de crêpes évidemment. Autrefois, quand le carême était sévère, il était interdit de consommer des œufs ou de les utiliser en cuisine, jusqu’à Pâques. Tous les bonbons sont permis, sauf pour Dame Carême ! Vêtue d’un drap blanc, le visage entièrement blanc, elle se promène dans la fête, mais elle ne doit ni parler, ni sourire, ni manger. Pourtant, les enfants lui proposent plein de bonnes choses. L’après-midi, Bonhomme-carnaval fait face à un tribunal composé de professeurs et de grands élèves. On sait enfin qui a cassé le carreau de la cinquième classe avec un ballon : c’était lui ! Qui a fermé la porte des toilettes de l’intérieur ! Le tribunal lit solennellement la sentence. Évidemment, pour tous ces méfaits, Bonhomme-carnaval est condamné à être brûlé. Ce qui est aussitôt fait. Et finalement, carnaval ou mardi-gras, peu importe ! L’essentiel est d’en finir avec l’hiver et ses frimas, de faire le vide pour accueillir l’avenir.
La Fête des Fous : Un Exemple Médiéval d'Inversion
Roger Gandonné, eurythmiste, pédagogue et conteur, rappelle que les fêtes de Noël existaient bien avant la naissance de Jésus et depuis l’antiquité. Au Moyen Âge, les saturnales laissent place à cette fête des fous. Elle se déroulait le 25 décembre le jour de la nativité, ou le 6 janvier pour le jour de l’An ou l’Épiphanie. Jusqu’au 3ème siècle, la naissance du Christ était célébrée le 6 janvier pour l’Épiphanie (Fête des rois). Toutefois les évangiles n’ont jamais fait état d’une date de naissance en particulier pour Jésus.
La fête des Fous, grande mascarade organisée au Moyen Âge entre Noël et l’Épiphanie, est un exemple frappant de l'inversion des rôles. Entre le XIIIe et le XVe siècle, période où l’Église catholique est omniprésente, cette puissance ecclésiastique crée le besoin d’en mimer l’inversion à travers des sermons bouffons, des cantiques à double sens ou des mascarades avec cortège dans les villes.
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Les sources sur la fête des fous sont à la fois ecclésiastiques et laïques, et sont conservées aux archives départementales du Nord (série 1G). La fête apparaît aussi dans les registres capitulaires et les inventaires du trésor liturgique. Les ordonnances de police (série BB) les complètent et fournissent de nombreux détails sur la fête des ânes organisée par la ville. Le chapitre et la ville présentent deux visions différentes de la même fête, qui ne sauraient offrir une vue d’ensemble de la fête des fous. Les motivations psychologiques des participants n’y apparaissent guère.
Les membres du chapitre séculier sont le cadre traditionnel de la fête des fous ecclésiastique. Les chanoines constituent le sommet de la hiérarchie, tandis que les enfants de chœur sont les clercs des ordres inférieurs qui sont les acteurs de la fête, contrairement à celui des chanoines, qui restent de simples spectateurs. Les fêtes de fin d’année auxquelles participent les différents types de clercs cités précédemment, sont une fête au chapitre Saint-Amé. Le cycle traditionnel des Douze Jours, qui suit Noël, en constitue le cœur, avec un évêque des ânes ou des fous, et celui des enfants de chœur, évêque des innocents à Saint-Amé. Les subordonnés reçoivent une quantité de vin fixée par la coutume capitulaire. La cérémonie d’humiliation du trésorier, le jour d’O Radix Jesse, procède de la même idée d’inversion.
Les jeux théâtraux liés à la fête des ânes ont lieu en ville pour le Jour de l’An à partir de 1392. Le conseil de ville participe d’ailleurs aux jeux des ânes, qui ont lieu le même jour que sa fête au chapitre, sans que les sources ne précisent pas les alentours, auxquels ils offrent un repas, en représentation de la commune de Douai. Les troupes de théâtre sont issues de Douai et des villes voisines, formant des compagnies joyeuses, en référence à la fête des fous, dont elles reprennent les thèmes. Ces compagnies révèlent un autre aspect : pour les pouvoirs urbains, elles sont aussi un moyen d’encadrement de la jeunesse. Cette date correspond aux interdictions des représentations théâtrales par le roi d’Espagne, à cause des tensions religieuses. Le repas du Jour de l’An se maintient cependant, car le conseil de ville refuse de céder sur ce point. Les mascarades sont réprimées par la commune, qui voit en elles des risques de troubles de l’ordre public.
Le Temps Cyclique et les Mascarades
Le temps cyclique et l’archaïsme restent solidement ancrées dans les mentalités. Les mascarades de l’An, avec des masques d’animaux ou de démons, et le travestissement en femme sont les plus fréquents. Le calendrier liturgique (avec la fête des Innocents, le 28 janvier) existent depuis le ve siècle, et sont en concurrence avec les fêtes populaires de fin d’année. Celle-ci utilise les références bibliques que fournit le calendrier liturgique, notamment l’inversion de la hiérarchie religieuse.
Au milieu des chapitres séculiers, le carnaval des laïcs apparaît en ville vers le début du xiiie siècle, marquant une synthèse entre la culture savante et la culture populaire, dont la synthèse constitue la nouvelle culture urbaine. Cette culture populaire rurale conserve les aspects les plus archaïques ou magiques de la fête de Nouvel An. Les goliards sont des clercs qui semblent s’être fait une spécialité de la satire et des sermons parodiques.
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Transgression et Parodie : Le Cœur de la Fête des Fous
L’Eglise s’intéresse aux gestes dans la mesure où ils sont utilisés pour l’office divin, et pour cette raison, le règlement du chœur est fixé de manière très stricte. Les clercs inventent les motifs de l’inversion parodique, avec un office des fous qui comporte de nombreux rituels d’inversion, par l’échange des places dans les stalles et des rôles au sein du chapitre, remplaçant le “Laetabundus” par un “Gaudeamus”, avec des coqs-à-l’âne, qui jouent plus sur l’absurdité et le non-sens, et de multiples variations. Pierre de Corbeil cherche à les encadrer, notamment en interdisant aux sous-diacres de toucher l’eucharistie pendant la messe, car ils n’ont pas les ordres majeurs. Les grimaces et la gesticulation des saltimbanques et des jongleurs sont surtout visées, mais on les retrouve dans la décoration extérieure des églises. Cette coexistence des contraires est aussi le principe directeur de la fête des fous, avec ses nuances scatologiques ou sexuelles. Le geste de “pet-en-gueule” ou celui de la figue renvoient à des conceptions magiques, et cet aspect est le plus archaïque de la fête, car le langage gestuel évolue lentement.
Le travestissement en femme est une autre forme fréquente d’inversion sexuelle dans les déguisements, un signe de transgression, et pose la question de l’identification des masques à leur personnage. De la fête des Innocents vient le rituel magique de la flagellation des femmes, pour assurer leur fécondité et la pérennité de la communauté. La parole critique de la satire permet aux participants de la fête de s'exprimer, et en ville, devient un moyen de contrôle sur les compagnies joyeuses. La transgression des règles crée un vacarme cérémoniel analogue au vacarme cérémoniel qui marque les fêtes de fin d’année.
Par le biais de la fête des Innocents, la fête des fous se rattache au domaine de l’enfance. Le nom de la fête joue sur la parenté des notions d’innocence et de folie, car l’enfance représente aussi un monde à part. L’obscénité des enfants est proche de celle de la fête des fous, ce qui montre que leurs âmes ne sont pas si angéliques. L’enfance assure l’impunité, comme la folie lors de la fête des fous.
La Répression et la Disparition Progressive
Au sein de l’Eglise, les interdictions de la fête des fous accompagnent son histoire pendant quatre siècles, faisant des archives ecclésiastiques l’une des principales sources documentaires sur le sujet. Ces interdictions s’étendent aux comédies, car l’Eglise cherche plus à réformer la fête des fous qu’à l’abolir, tout en assimilant cette fête aux hérésies. L’interdiction vise plus les clercs que les laïcs, interdisant aux clercs de participer à l’élection de l’évêque des fous. L’Eglise menace d’excommunication pour hérésie, c’est-à-dire à l’usage de la violence, contre les clercs qui s’obstinent à maintenir la fête des fous, préparant les conditions d’une collaboration avec les premières ordonnances de police urbaine dès le siècle précédent. La division pendant les troubles religieux permet d’imposer l’abolition de la fête des fous, car les controverses entre protestants et catholiques ne peuvent que jouer en défaveur de la fête, car l’Eglise cherche justement à assimiler ses participants aux hérétiques pour l’abolir.
Évolution et Héritage des Fêtes Inversées
Aujourd’hui, la tradition veut que les chrétiens « fassent maigre » principalement les vendredis de Carême en préférant, ce jour-là, le poisson à la viande dans leurs assiettes. La pratique du jeûne est plutôt observée lors du Vendredi Saint, c’est-à-dire le jour qui précède celui de la veillée pascale, ou fête de la résurrection. Mardi gras est souvent associé au Carnaval, sorte de fête jumelle si l’on peut dire. Les enfants s’y déguisent et les adultes s’y travestissent car, ce jour-là, « tout est permis ».
La fête des fous n’est pas seulement un amusement de clercs, toute la ville y participe. Les éléments qui définissent la fête sont autant populaires que cléricales. La sévérité augmente chez les ecclésiastiques, après le concile de Trente. L’Eglise parvient à sacraliser le temps de Noël, grâce à la réforme de son clergé, entraînant le déclin des fêtes d’hiver, en ville tout du moins, et modifiant les mentalités en ville. La lutte de l’Eglise contre les superstitions populaires participe à cette évolution, ainsi que la sécularisation des citadins à l’époque de la Réforme. Celle-ci est l’expression de pratiques religieuses et de mentalités plus individuelles.
Confettis, déguisements carnavalesques et bugnes délicieusement saupoudrées de sucre glace… c’est Mardi gras ! Ce jour de fête, où tous les excès sont permis, précède l’entrée en Carême. Mais que signifie « Mardi gras » ? Pourquoi se déguise-t-on et pourquoi avons-nous la coutume de manger des beignets ?
Mardi gras est un jour de fête, associé à Carnaval, et qui s’inscrit dans une tradition ancienne d’inversion de l’ordre du monde. La fête du Mardi gras tire son origine des rites agraires antiques qui avaient pour objectif, vers la nouvelle année, de renverser l’ordre du monde afin de le rééquilibrer. Des Sacées babyloniennes aux Saturnales romaines, pendant quelques jours, l’ordre social était symboliquement inversé.
À partir du IVe siècle, les Pères de l’Église commencent à définir un calendrier, ponctué de fêtes liturgiques chrétiennes, comme Noël ou celle de l’Épiphanie. Le Carême est également instauré à cette époque. Cette période demande aux baptisés de se priver de certains aliments, comme les œufs et la viande, pendant les quarante jours qui précèdent Pâques. Du latin carne levare (qui donnera carnaval), on leur demande ainsi d’ôter ou de supprimer la viande. L’entrée en carême débute un mercredi, celui « des Cendres ». C’est donc la veille de ce jour-là que tous font bombance, et donc « gras », avant de se restreindre et de « faire maigre ». Les chrétiens organisent alors des grands rassemblements festifs et cuisinent à partir d’ingrédients qui risquent de se perdre lors des six semaines de pénitence, comme les œufs et les matières grasses. Ceci a donné, au fil des siècles, des recettes de beignets, bugnes, crêpes et autres gourmandises. Au Moyen-âge, cette période de jeûne était très strictement observée.
Le Carnaval Moderne : Diversité et Signification
Les formes d’expression carnavalesque sont très anciennes : de l’usage des masques à la bombance, de l’idée de clore une saison à celle d’inversion de l’ordre du monde pendant un petit nombre de jours déterminé. Déjà, plus de 2000 ans avant Jésus-Christ, les Mésopotamiens pratiquaient des rites d’inversion comme les « Sacées », avec des souverains fictifs et éphémères. Le souci de mesurer le temps avait aussi amené les Romains à organiser toute une série de rituels païens, liés aux astres ou aux étapes de l’année.
Âne des Fous, enfant Jésus transformé en chat, coq, ours, bœuf et taureau… La symbolique animale est omniprésente depuis le Moyen Âge du fait, précisément, de l’inversion possible entre l’homme civilisé et le monde sauvage lors des carnavals. Le langage et la figuration animale servent à marquer la proximité avec la nature, à suggérer la force de la dérision et le jeu des métamorphoses possibles des êtres vivants. La nourriture du temps de carnaval, quant à elle, souvent frite et riche, se rattache au thème de l’abondance, de la libération des entrailles et de la gourmandise, propre aux jours « gras ».
Le christianisme a joué un rôle majeur dans la fixation d’un temps de carnaval. Autour de l’an mille, une temporalité chrétienne a commencé à s’imposer, départageant de façon stricte une période grasse et des jours maigres. Le moment du carnaval fluctue donc, car il s’aligne sur la fête de Pâques et le Carême, fixé à quarante jours dès le VIIIe siècle. Les moments de libération par rapport aux contraintes sociales ou religieuses étaient considérés comme indispensables par les autorités, soucieuses de lâcher un peu de lest en certaines occasions pour éviter les risques de révolte. C’est ainsi qu’entre le XIe et le XIIIe siècle, on vit fleurir, pendant l’hiver, dans les campagnes et les villes, une gamme variée de pratiques carnavalesques. Elles étaient acceptées et soigneusement contrôlées par l’Église. Il existait des fêtes aux buts similaires : la fête d’Halloween en Irlande, par exemple, qui se déroule la veille du 1er novembre ; et, dans d’autres pays européens, en décembre, les célébrations de saint Nicolas et de saint Étienne.
En dehors des racines chrétiennes, des fêtes similaires se retrouvent-elles dans le folklore d’autres cultures ? Tout dépend de ce que l’on entend par autres cultures. Les cultures américaines et des Caraïbes, riches en carnavals (Cayenne, Trinité-et-Tobago, Guadeloupe, Martinique, Haïti, Nouvelle-Orléans, Rio, Salvador de Bahia), présentent de nombreux points de contact avec l’Europe. Il en va de même des célébrations d’Afrique du Sud. Ce qui conduit à penser que le carnaval a pu se nourrir de l’émigration et de la rencontre entre traditions européennes, amérindiennes et africaines. En Asie et dans le reste de l’Afrique, les liens entre ces fêtes sont plus complexes à établir.
Certains carnavals sont devenus particulièrement célèbres, comme celui de Venise, de Rio et, en France, ceux de Nice ou de Dunkerque, en raison de leur singularité et de leur dimension spectaculaire. Les individus ont besoin de rêver à des lieux chargés d’une forte intensité émotionnelle et esthétique. Ces célébrations jouent également un rôle dans la cohésion sociale, politique ou raciale de la ville (comme c’est le cas à La Nouvelle-Orléans ou dans les Caraïbes). Il ne faut pas non plus négliger la capacité qu’ont les promoteurs des carnavals ou les médias d’en assurer la publicité : beaucoup de ces célèbres fêtes sont, en fait, récentes. Le carnaval de Nice remonte au mieux à la seconde moitié du XIXe siècle. Celui de Venise a été ravivé dans les années 1980. Avant cette époque, le dernier carnaval remontait à 1867, année durant laquelle une brève résurgence avait eu lieu, à l’occasion du rattachement de la ville au reste de l’Italie.
Pour le peuple, la possibilité de profiter d’une telle liberté était autrefois réservée aux seuls jours de fête. Le carnaval de Venise, notamment, avait une forte portée politique. L’attente politique et la liberté carnavalesque s’est aujourd’hui estompée. Mais certains carnavals conservent une charge politique et militante : celui de Cologne, en Allemagne, où s’exprime, par exemple, le combat pour l’émancipation des femmes ; celui de Notting Hill, à Londres, est né en 1965 de la volonté de migrants afro-américains et caribéens de marquer leur insertion dans ce quartier multiethnique ; celui d’Uruguay a remis en cause, entre 1973 et 1985, la culture néo-libérale. Mais la durabilité et le prestige médiatique de ces fêtes sont moins importants que ceux de carnavals moins politiques, plus “commerciaux”, comme Rio, Nice ou Venise.
Conclusion : Un Héritage Complexe et Vivant
La fête des fous, le carnaval, et le mardi gras sont autant de manifestations d’un besoin humain fondamental : celui de la transgression, de l’inversion, et de la libération. Ces fêtes, dont les racines plongent dans l’Antiquité, ont évolué au fil des siècles, se transformant et s’adaptant aux contextes sociaux, religieux et politiques. Bien que la fête des fous ait disparu en tant que telle, son esprit perdure dans les carnavals contemporains, qui continuent de célébrer la joie, la créativité, et la remise en question de l’ordre établi. Ces festivités, riches en symboles et en significations, témoignent de la capacité humaine à trouver des moments de réjouissance et de liberté, même au sein des contraintes de la vie quotidienne.
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