L'élevage de vaches allaitantes est une activité agricole importante en France, mais sa rentabilité est une préoccupation constante pour les éleveurs. Face aux fluctuations du marché, à l'augmentation des coûts de production et aux enjeux de la transmission des exploitations, il est essentiel de mettre en place des stratégies efficaces pour assurer la pérennité économique de ces élevages. Cet article explore les différents aspects de la rentabilité des élevages de vaches allaitantes, en s'appuyant sur des études récentes et des conseils d'experts.

Divers systèmes d'élevage allaitant : quel impact sur la rentabilité ?

Dans les Hauts-de-France, une étude menée par l'équipe Inosys-réseaux d'élevage révèle que la production de taurillons est plus rentable que celle de broutards ou de bœufs. Actuellement, 60 % des élevages allaitants de la région sont naisseurs et vendent des broutards, 28 % sont naisseurs-engraisseurs de taurillons et 12 % sont naisseurs-engraisseurs de bœufs. Le système naisseur-engraisseur de taurillons se distingue par sa rentabilité supérieure, bien qu'il implique une présence constante des animaux en bâtiment tout au long de l'année, augmentant ainsi la charge de travail pour l'éleveur.

Maîtriser les charges opérationnelles et de structure

La rentabilité d'un élevage allaitant dépend étroitement des pratiques mises en place et de la maîtrise des charges. Il est crucial d'adapter ses achats aux besoins de la ferme pour minimiser l'impact des charges opérationnelles, notamment l'alimentation achetée, les frais d'élevage et l'achat de litière.

Concernant l'alimentation, il est conseillé d'ajuster les rations aux besoins des différentes catégories d'animaux et aux fourrages distribués. Par exemple, dans le cas d'une ration composée d'un tiers d'herbe stockée, il est recommandé d'ajuster l'apport d'azote à 175 g de tourteaux de soja par kilo de maïs ensilage distribué, car un apport excessif d'azote ne serait pas assimilé.

Les charges de structure, comprenant principalement la mécanisation, les bâtiments, le foncier et les frais de gestion, représentent également un poste important. La mécanisation, en particulier, peut représenter une part prépondérante des charges (30 à 40 % dans les groupes d'éleveurs bretons), notamment en raison des travaux par tiers, des amortissements et de l'entretien du matériel. Il est donc essentiel de mettre en parallèle les produits de l'élevage (aides et produit viande) et les différents postes de charge.

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L'engraissement au pâturage : une alternative économique

La ferme expérimentale des Bordes, dans l'Indre, a comparé de 2021 à 2023 l'engraissement de vaches de réforme charolaises au pâturage pendant le printemps sans complémentation, et celui en bâtiment avec une ration classique. Les résultats ont montré que "la finition au pâturage a donné de bons résultats zootechniques et semble optimale en matière de résultats économiques : le coût alimentaire est réduit de 70 %". En moyenne, le coût alimentaire était de 250 euros par vache en bâtiment contre 75 euros au pâturage.

Dans cet essai, le lot en bâtiment recevait du foin ou de l'enrubannage de valeur moyenne, avec six à sept kilos d'un concentré (composé à 80 % de blé et 20 % de tourteau de colza). Le lot au pâturage disposait de 39 ares par UGB découpés en six paddocks, sans complémentation (sauf en 2022, où la moitié des vaches ont reçu 3 kg de blé par jour pendant un mois en raison d'une pousse d'herbe insuffisante).

Les ingestions mesurées au pâturage et en bâtiment n'ont pas montré de grandes différences, oscillant entre 14 et 16 kg MS par vache par jour. Les lots de vaches ont été engraissés en 107 jours en moyenne pour les deux modalités, et abattues à une note d'état corporel autour de 3,5. Les performances des vaches ont été de 960 g/j de GMQ au pâturage contre 1 030 pour celles engraissées en bâtiment. Les poids vifs moyens à l'abattage étaient très proches (836 kg pour celles au pâturage et 839 kg pour celles engraissées en bâtiment), de même que les poids de carcasse moyens (437 kgC pour les vaches en pâturage et 440 pour les vaches en bâtiment).

Pour engraisser au pâturage, Arvalis conseille de privilégier la période du printemps et de maîtriser le pâturage tournant, en respectant la règle d'au minimum 21 jours de repousse entre deux pâturages (plutôt 28 jours sur des prairies permanentes), avec sept jours de présence maximum par paddock. L'institut préconise une entrée à la hauteur mesurée à l'herbomètre de 10-12 cm (hauteur mi-mollet) et une sortie à la hauteur de 5 cm (herbe au talon).

L'engraissement au pâturage permet d'économiser 130 kg de tourteau de colza et 630 kg de blé par vache. Pour engraisser 12 vaches au pâturage, il faut compter 4 hectares de prairies, en tenant compte du besoin en foin pour la transition alimentaire et d'un peu de blé en cas de sécheresse estivale. Pour celles engraissées en bâtiment, le besoin en surfaces fourragères pour 12 vaches était de 2,4 ha de prairies pour récolter foin ou enrubannage, et 1,3 ha de céréales, soit un total de 3,7 ha.

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Rentabilité et transmission des élevages : un enjeu majeur

La rentabilité est un facteur déterminant pour la pérennité de l'élevage en France et pour susciter des vocations. Il est essentiel de mesurer la rentabilité globale de votre élevage afin d'en assurer sa pérennité. Pour assurer la rentabilité de votre exploitation, il faut veiller à bien maîtriser votre temps de travail.

L'Institut de l'élevage (IDELE) a constaté que depuis 2018, le coût de production est moins élevé en moyenne chez les naisseurs-engraisseurs (368 €/kg de poids vif vendu) que chez les naisseurs (400 €/kg).

L'optimisation de l'alimentation est essentielle pour un bon rapport coût/performance. L'idéal est d'être en capacité de produire sa propre matière première pour limiter les coûts liés à leur transformation, dans l'industrie. Les mélanges céréales-protéagineux ont déjà fait leurs preuves d'un point de vue zootechnique comme agronomique. Dans tous les cas, vous devez savoir ce que vous coûte votre aliment.

Il existe des logiciels qui permettent de centraliser un grand nombre d'informations liées à la gestion de votre troupeau comme de votre exploitation. La finalité de cette réflexion est bien là : surveiller cette balance. Si non, cela peut être l'occasion de prendre conscience de la part de chaque poste de dépense dans votre système afin d'identifier les leviers d'amélioration.

Après plusieurs décennies de capitalisation se pose la question de la transmission des élevages allaitants français. Si la hausse du prix de la viande bovine apporte une bouffée d’air frais à l’élevage allaitant, certains s’inquiètent : « vu le prix des vaches, les jeunes auront du mal à s’installer » entend-on dans les campagnes.

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Pour vivre correctement de son atelier allaitant en système naisseur conventionnel dans l'Ouest, les références des réseaux Inosys montrent qu’il faut compter dans les 70 vêlages par UMO pour une rémunération à hauteur de 2 Smic par UMO. En d’autres termes, le repreneur aura entre 280 000 et 300 000 € à débourser pour reprendre un cheptel fonctionnel avec 70 vêlages et toute la suite.

Ainsi, la valeur du capital, hors foncier sur une structure de 70 vêlages dépasse facilement les 600 000 €. Or aujourd’hui, « on observe une grande différence entre la valeur patrimoniale des structures et leur valeur économique ». Il est important de regarder son EBE avec en arrière plan le capital investi, et ce, tout au long de sa carrière.

Si une ferme avec 70 vêlages par UMO a un EBE moyen de 75 000 €, cette donnée conditionne sa valeur de reprise. Avec un EBE de 75 000 €, le futur installé pourra financer un capital de reprise d’une valeur de 377 500 €.« Dans ces conditions, on se retrouve avec un décalage de 200 000 à 300 000 € entre la valeur patrimoniale et la valeur économique », alerte la conseillère. Impossible pour le cédant de transmettre son exploitation en évaluant son cheptel au prix du gras. Il devra soit vendre ses bêtes pour la viande, soit baisser les prix pour transmettre. Une négociation devra avoir lieu avec le repreneur.

Autrement dit, il faut que l’exploitant montre la rentabilité de son capital pour envisager une cession.

Leviers pour améliorer l'EBE

Le premier levier pour améliorer l'EBE est la maîtrise des charges, notamment la mécanisation et l'alimentation achetée. Un travail d'analyse approfondi doit être mené par les éleveurs pour optimiser ces postes de dépenses.

Ensuite, l’éleveur doit viser un veau par vache et par an. Pour ce faire, il est important de se pencher sur le nombre de veaux sevrés par vache présente. La gestion de la reproduction doit être maitrisée par l’éleveur et non laissée à la seule responsabilité du taureau (âge au 1er vêlage, IVV, mortalité à la naissance). Le vêlage deux ans peut également être un levier pour la reprise : pas besoin de financer deux générations de génisses.

Pour transmettre, il est conseillé d’inverser les rôles et de se demander quel capital de reprise il serait possible de financer et quels leviers peuvent être activés pour faire grossir l'EBE (maîtrise des charges, aides supplémentaires…). Il est important d'identifier les leviers potentiels que le repreneur peut activer et de sécuriser l'EBE et le projet technique dans la mesure du possible avec des contrats (prix-volume) tout en intégrant les aides et subventions associées au système (la bio, MAEC, ICHN).

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