L'allaitement maternel, un acte naturel et fondamental, suscite pourtant des débats passionnés et des controverses persistantes en France. Entre injonctions contradictoires, pressions sociales et érotisation du sein, les femmes se retrouvent tiraillées face à leur choix d'allaiter ou non. Cet article explore les statistiques relatives à l'allaitement, les agressions dont sont victimes les femmes qui allaitent en public, les tabous qui entourent cette pratique et les initiatives visant à soutenir et à protéger les mères allaitantes.

Un Tabou Persistant ?

La question de savoir si l'allaitement est un tabou en France peut sembler surprenante, mais les faits divers et les témoignages révèlent une réalité plus complexe. Des incidents tels que l'agression d'une jeune maman allaitant son bébé à Bordeaux et l'interdiction faite à une mère d'allaiter à Disneyland Paris témoignent d'une certaine gêne, voire d'une hostilité, envers l'allaitement en public.

Paula Forteza, députée des Français de l'étranger, soulève cette question cruciale et propose des pistes pour remédier aux difficultés rencontrées par les femmes qui souhaitent allaiter.

Statistiques et Évolutions de l'Allaitement en France

Si l'allaitement est une pratique ancestrale, son évolution dans la société française a été marquée par des fluctuations et des contradictions.

  • Recommandations médicales changeantes : Les recommandations médicales en matière d'allaitement ont évolué au fil du temps, créant parfois des incompréhensions entre les générations.
  • Diversité des situations : L'adaptation de l'alimentation de l'enfant est un défi qui se conjugue avec la diversité des situations économiques, sociales, familiales et professionnelles des mères.
  • Étude de la DREES (2013) : Une étude de la DREES datant de 2013 indique que deux nouveaux-nés sur trois sont allaités à la naissance.
  • Influence de la profession et du niveau de diplôme : Une analyse de la DREES de 2016 met en évidence l'influence de la profession et du niveau de diplôme sur le choix d'allaiter. En 2013, 74% des femmes cadres allaitaient leur enfant à la naissance, contre 51% des ouvrières, 61% des employées et 69% des professions intermédiaires.
  • Comparaison internationale : Les chiffres français sont éloignés de ceux de la Suède, qui affiche un taux de 93% à trois mois et 72% à six mois. Ces taux restent inférieurs à la recommandation de l'OMS d'allaiter jusqu'au sixième mois.
  • Étude de l'Université de Picardie (2018) : Une étude menée par l'Université de Picardie en 2018 met en évidence les contraintes majeures qui limitent un allaitement de longue durée en France, notamment la reprise de la vie professionnelle.

Agressions et Entrave à l'Allaitement

Les femmes qui allaitent en public sont parfois victimes d'agressions verbales ou physiques, souvent justifiées par l'argument de "l'exhibition sexuelle". Cette érotisation du sein, exacerbée depuis la Seconde Guerre mondiale, conduit à une confusion entre sa fonction sexuelle et nourricière.

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  • Impact de l'érotisation du sein : L'érotisation du sein a un impact direct sur les décisions des femmes d'allaiter ou non, en instillant une profonde inquiétude dans leur esprit.
  • Inconfort en public : D'après plusieurs études, seule une minorité de femmes se sent réellement à l'aise à l'idée d'allaiter en public. La plupart d'entre elles éprouve le besoin de se cacher, ou n'ose pas sortir par crainte de devoir allaiter à l'extérieur.
  • Proposition de loi pour un délit d'entrave à l'allaitement : Fiona Lazaar, députée du Val-d'Oise, a déposé une proposition de loi afin de clarifier la législation et d'introduire un délit d'entrave à l'allaitement dans l'espace public, puni de 1500 euros.

Allaitement et Féminisme : Une Relation Complexe

L'allaitement a fait l'objet de différentes positions au sein du discours féministe depuis la fin du XIXe siècle.

  • Évolution des perspectives féministes : D'une "obligation qui découle de la nature des choses" à une dénonciation de "l'esclavage de la maternité", les féministes ont adopté des positions variées sur l'allaitement.
  • Allaitement comme acte féministe : Pour Claude Didierjean-Jouveau, l'allaitement est un acte féministe car il participe à l'"empowerment" des femmes, leur donne confiance en leurs capacités et échappe au système marchand.
  • Revendications féministes : Les féministes revendiquent le pouvoir de disposer librement de leur corps et d'obtenir une stricte égalité entre les hommes et les femmes.

Facteurs Influençant le Choix d'Allaiter

Plusieurs facteurs influencent le choix des femmes d'allaiter ou non, notamment :

  • Conditions de travail : Un travail instable, sans structure de garde d'enfant ou des métiers physiques peuvent pousser une femme à ne pas allaiter.
  • Possibilités économiques : Les possibilités économiques conditionnent le choix des femmes d'allaiter ou non.
  • Expérience de la grand-mère maternelle : L'expérience d'allaitement de la grand-mère maternelle, qu'elle ait été positive ou négative, peut orienter le choix de la future mère.
  • Recommandations médicales : Les recommandations de l'OMS promeuvent l'allaitement maternel durant les six premiers mois du nourrisson.
  • Poids des normes sociales : 37% des femmes considèrent que l'inconvénient majeur de l'allaitement est la perte de fermeté de leurs seins, qui ne correspondraient plus à l'idéal de beauté véhiculé par la société.

Initiatives et Propositions pour Soutenir l'Allaitement

Face aux difficultés rencontrées par les femmes qui souhaitent allaiter, plusieurs initiatives et propositions émergent :

  • Création de lieux dédiés dans l'espace public : Mettre en place des lieux dédiés dans l'espace public pour plus de confort et de simplicité.
  • Allongement du congé parental partagé : Établir un congé parental allongé partagé entre les deux parents sur le modèle des pays scandinaves.
  • Campagnes d'information : Mener des campagnes d'informations publiques auprès des entreprises et employeurs pour l'adoption de politiques qui promeuvent et soutiennent l'allaitement.
  • Soutien à l'allaitement au travail : Fournir une assistance technique aux mères sur le lieu de travail.
  • Télétravail : Permettre aux salariées jeunes mamans de travailler depuis leur domicile pour être au mieux disponibles pour l'enfant.
  • Mobilisation de la société civile : Suite à une série d'articles vantant les bienfaits de l'allaitement et les risques pour le bébé de ne pas être nourri au sein, un collectif de femmes prend la parole pour appeler à cesser de culpabiliser les jeunes mères sur leurs choix.

Le Réflexe d’Éjection Dysphorique (RED) et l'Aversion pour l'Allaitement

Il est important de noter que certaines femmes peuvent éprouver des difficultés émotionnelles liées à l'allaitement, telles que le réflexe d'éjection dysphorique (RED) ou l'aversion pour l'allaitement.

  • Réflexe d’Éjection Dysphorique (RED) : Le RED est un phénomène récemment reconnu qui se manifeste par des émotions négatives (désespoir, angoisse, dépression) juste avant le réflexe d'éjection du lait.
  • Aversion pour l'allaitement : L'aversion pour l'allaitement est un phénomène vécu par certaines femmes qui ressentent un sentiment de colère, de rejet ou d'agressivité envers leur enfant pendant les tétées.

Il est essentiel de reconnaître ces difficultés et d'offrir un soutien adapté aux femmes qui les vivent.

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Protection de la Salariée Enceinte et Allaitante

La loi française prévoit des mesures de protection pour les salariées enceintes et allaitantes :

  • Protection contre le licenciement : Pendant la grossesse, le congé de maternité et les quatre semaines qui suivent, la salariée ne peut pas être licenciée, sauf en cas de faute grave non liée à la grossesse ou d'impossibilité de maintenir le contrat de travail pour un motif étranger à la grossesse.
  • Protection de la santé : Les femmes enceintes, venant d’accoucher ou allaitant bénéficient d’une surveillance médicale renforcée (SMR).
  • Retrait d’un poste à risques : La salariée enceinte peut demander un changement provisoire d'emploi lorsqu’elle occupe un poste où elle est exposée à des substances toxiques ou à des risques spécifiques.
  • Retrait d’un poste de travail de nuit : La salariée occupant un poste de travail de nuit peut être affectée sur un poste de jour, à sa demande ou si le médecin du travail juge le poste incompatible avec son état de grossesse.
  • Autorisations d’absence : La salariée a droit à des autorisations d’absence pour se rendre aux examens médicaux obligatoires.
  • Congé de maternité : La salariée a droit à un congé de maternité dont la durée est aménagée en fonction de la situation familiale.

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