L'histoire de la famille Clain est une plongée au cœur du djihadisme français, une saga où la radicalisation a traversé les générations, laissant derrière elle des enfants pris au piège des choix de leurs parents. Des voix françaises de l'État islamique aux camps de réfugiés en Syrie, le parcours des Clain illustre les dérives d'une famille entière emportée par l'idéologie mortifère de Daech.
Une Famille Réunie par le Djihad
Tout commence à la Réunion, où Anne Diana Clain naît en 1975. Ses deux frères cadets, Fabien et Jean-Michel, voient le jour à Toulouse, après la mutation de leur père, militaire. La famille, initialement catholique, se convertit à l'islam vers 1999, sous l'influence de Mohamed Amri, le compagnon d'Anne Diana, et plus tard, d'Olivier Corel, l'« émir blanc » d'Artigat.
Peu à peu, une radicalité virulente s'impose, impliquant trois couples clés : Anne Diana Clain et Mohamed Amri, Fabien Clain et Mylène Foucre, Jean-Michel Clain et Dorothée Maquere. Ils déménagent près de Toulouse, un endroit qu'ils estiment plus propice à la pratique d'un islam rigoriste, et entrent rapidement dans le collimateur des services de renseignement en raison de leur prosélytisme. Les deux frères fréquentent alors d'autres familles aux destins tragiques : les Essid et les Merah.
En 2014 et 2015, les Clain décident de partir en Syrie pour « mieux appliquer leur religion et vivre sous un État islamique », selon les mots d'Ismaël P., fils d'Anne Diana Clain. Trois générations font le voyage : la mère, Marie-Rosanne, les trois frères et sœurs, leurs conjoints et leurs enfants. Tous parviennent à franchir la frontière syrienne, sauf Anne Diana Clain et sa famille, interpellés en Turquie en 2016.
Les Voix de Daech
En Syrie, Fabien et Jean-Michel Clain deviennent les propagandistes acharnés de l'État islamique. Le duo, passionné de rap, est chargé d'écrire et d'interpréter les anasheed (chants) et rappels religieux en français, des litanies haineuses qui accompagnent les revendications des attentats. Ils se font connaître comme les « voix françaises de l'État islamique ».
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Dès avril 2015, Jean-Michel Clain diffuse un premier chant intitulé « On ne va pas se laisser abattre ». Par la suite, la voix de son frère se fait entendre après les attentats du 13 novembre 2015, dans un communiqué revendiquant « l'attaque bénie contre la France croisée ». La macabre logorrhée se poursuit jusqu'en 2018, avant que les frères Clain ne soient tués par une frappe aérienne en février 2019.
Les Enfants Pris au Piège
La mort des frères Clain ne met pas fin à l'histoire de cette famille. Leurs enfants, nés et élevés dans le « califat », se retrouvent pris au piège des camps de réfugiés en Syrie. Des dizaines de neveux et nièces des frères Clain sont pris en charge par des éducateurs spécialisés en France.
Adem Clain, fils de Fabien Clain, a passé des mois dans le camp de réhabilitation d'Orkesh, avant d'être emprisonné dans un centre pour adultes. Ses deux petites sœurs seraient restées avec leur mère dans le camp de Roj. Marie Dosé, avocate, a pu leur rendre visite en février dernier et a déposé une demande de rapatriement pour Adem Clain.
La situation des enfants français dans les camps syriens est alarmante. Mal nourris, pas soignés, polytraumatisés, ils sont victimes de traitements inhumains et dégradants. Leurs mères, souvent radicalisées, refusent parfois d'être rapatriées, laissant leurs enfants dans une situation désespérée.
Le Retour Difficile
Depuis juillet 2023, plus aucun enfant français n'est rentré de Syrie. Pourtant, plusieurs centaines d'enfants, nés ou ayant grandi en Syrie, sont déjà rentrés en France. À leur retour, les mères sont placées en détention provisoire et les mineurs pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE).
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Un long processus d'évaluation psychique des enfants est alors mis en place. Les tableaux cliniques sont très variables, certains enfants semblant aller bien, d'autres présentant des symptômes inquiétants. Le plus important est de ne pas faire de généralité et d'accueillir ces enfants comme des enfants, en normalisant leur situation et en évitant la stigmatisation.
L'Impossible Réinsertion
La réinsertion des enfants de djihadistes est un défi complexe. Elle dépend de la capacité des professionnels et de la société à les accueillir comme des enfants et à leur offrir un environnement stable et sécurisant. Il est essentiel de ne pas les stigmatiser et de leur permettre de se reconstruire une vie normale.
L'histoire de la famille Clain est un rappel brutal des conséquences de la radicalisation et de la nécessité de protéger les enfants pris au piège des conflits. Le rapatriement et la réinsertion de ces enfants sont un impératif moral et une responsabilité collective.
Le Procès d'Anne-Diana Clain
Anne-Diana Clain, la sœur des propagandistes de Daech, a été jugée en France pour association de malfaiteurs terroriste. Bien qu'elle n'ait pas participé directement aux crimes de ses frères, elle a été condamnée pour avoir tenté de rejoindre la Syrie avec sa famille.
Son procès a mis en lumière la complexité des liens familiaux dans le contexte du djihadisme et la difficulté de déterminer la part de responsabilité de chacun. Pour ses avocats, son patronyme, aussi stigmatisant qu'il soit, est bien plus un élément de compréhension qu'un critère de culpabilité.
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Jennifer Clain et les "Revenantes" de Syrie
Jennifer Clain, nièce des djihadistes Fabien et Jean-Michel Clain, a également été jugée en France pour avoir rejoint l'État islamique avec ses enfants. Elle a comparu devant la cour d'assises spécialement composée à Paris, aux côtés de sa belle-mère Christine Allain et de sa belle-sœur Mayalen Duhart.
Leur procès a mis en évidence l'influence de la famille Clain et de la communauté d'Artigat sur la radicalisation de ces femmes. Elles ont été accusées d'abandon matériel ou moral pour avoir compromis la santé, la moralité, la sécurité et l'éducation de leurs enfants en les conduisant dans des zones d'opérations terroristes.
La Filière d'Artigat
La filière Artigat, du nom d'un petit village de l'Ariège, est connue pour avoir endoctriné et radicalisé de nombreux musulmans ou convertis. Fondée par Olivier Corel, dit « l'émir blanc », elle a joué un rôle clé dans la radicalisation des frères Clain et de nombreux autres djihadistes français.
Bien qu'il n'ait jamais été condamné, Olivier Corel est considéré comme une figure centrale de la mouvance radicale en France. Son influence sur la famille Clain et sur d'autres jeunes musulmans a été dévastatrice.
