L'avortement, un droit fondamental pour la liberté et l'autonomie des femmes, est de plus en plus contesté par l'extrême droite à travers le monde. Cet article se penche sur les stratégies employées par ces mouvements, leurs motivations, et les implications pour les droits reproductifs des femmes.
La Marche pour la Vie: Un Rassemblement Anti-IVG
Un dimanche glacial à Paris, des milliers de manifestants se sont réunis pour l'annuelle « Marche pour la vie ». Des associations anti-IVG, comme Va Prie Vie, distribuaient des chapelets et recrutaient de futurs leaders anti-IVG. L'événement, placé sous le signe des « 50 ans de défense de la vie », en référence à la loi Veil légalisant l'avortement en 1975, a vu des militants italiens pro-vie et des femmes témoignant d'un avortement reprendre les arguments classiques contre l'IVG. Ils se considèrent comme des « résistants » et se réjouissent de « l’annulation de l’arrêt Roe vs Wade » aux États-Unis.
Aux revendications habituelles s'ajoute la lutte contre l'euthanasie, perçue comme une « culture de la mort ». Pendant ce temps, des militantes de #NousToutes, vêtues comme les femmes de la série La servante écarlate, dénonçaient le « sang sur les mains » des anti-IVG.
Offensive Réactionnaire en Europe
En Europe, l'extrême droite prône un retour aux « valeurs traditionnelles » pour imposer une vision conservatrice du rôle des femmes. En Allemagne, l'AFD promeut un modèle où les femmes restent au foyer, limitant leur autonomie financière. En Pologne, malgré la chute du gouvernement ultraconservateur, les femmes continuent de se battre pour l'accès à l'avortement.
L'Imposture Sociale de l'Extrême Droite en France
En France, le Rassemblement National (RN) tente de se positionner en défenseur du pouvoir d'achat tout en s'opposant aux mesures favorisant l'égalité salariale et l'amélioration des conditions de travail des femmes. Nathalie Bazire de la CGT souligne que leur projet vise à renvoyer les femmes au foyer et à détruire les conquêtes sociales. Pire, l'extrême droite instrumentalise la question des violences sexistes pour servir un discours xénophobe, détournant l'attention des véritables causes de ces violences.
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Jean-Philippe Tanguy, député RN, se pose en protecteur des prostituées en proposant la « réouverture des maisons closes », tandis qu'au Parlement européen, Jordan Bardella et ses collègues votent contre des textes promouvant l'égalité entre les hommes et les femmes, arguant que ces sujets ne relèvent pas des compétences de l'UE.
L'Extrême Droite à l'International: Un Recul des Droits
L'une des actions les plus visibles de l'extrême droite au pouvoir à l'international est le renversement de la jurisprudence Roe v. Wade aux États-Unis, rendant l'avortement inaccessible pour un tiers des personnes vivant sur ce territoire. Ce renversement a été permis par une Cour Suprême conservatrice mise en place par Donald Trump.
En Italie, bien que l'avortement soit légal, 63% des gynécologues refusent de l'appliquer au nom de la clause de conscience. Sous le gouvernement de Giorgia Meloni, les groupes anti-avortement ont été autorisés à entrer dans les établissements médicaux pour faire pression sur les médecins et les personnes souhaitant avorter. De plus, l'adoption d'enfant par des personnes homosexuelles italiennes a été interdite, et la GPA a été redéfinie comme un crime "universel".
En Hongrie, depuis l'arrivée de Viktor Orbán, la pression politique contre l'avortement n'a cessé d'augmenter, avec des campagnes anti-avortement et l'ajout dans la constitution que “la vie du foetus doit être protégée à partir de sa conception”. La personne cherchant à avorter doit désormais « écouter le coeur du foetus » avant de pouvoir accéder à la procédure. La marche des fiertés a été interdite, et la reconnaissance faciale a été utilisée pour retrouver les participants.
D’autres restrictions sont en cours dans le monde, notamment dans l'Argentine de Javier Milei, ou avec l’ombre de l’extrême droite allemande.
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L'Extrême Droite en France: Associations et Politiques
En France, l'ancien Premier Ministre F. Bayrou s’est opposé à la constitutionnalisation de l’IVG après le renversement de Roe v. Wade aux US. Des associations comme le "Syndicat de la Famille", anciennement "Manif pour Tous", s'opposent au mariage pour tous et à l'IVG. Ces associations sont soutenues par des hommes politiques de droite et d'extrême droite tels que Laurent Wauquiez, Eric Ciotti et Eric Zemmour.
D’autres associations se sont créées contre les droits des personnes trans, comme l’observatoire de la petite sirène ou Ypomoni, qui s’appuient sur des paniques morales de parents et diffusent des rumeurs et des fausses informations pour décrédibiliser l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). Elles ont été reçues par des membres de l’ancien gouvernement Macron, ce qui a permis le passage d’une loi transphobe limitant l’accès aux bloqueurs de puberté pour les personnes trans mineures.
Constitutionnalisation de l’IVG en France: Une Victoire Ambigüe
L'IVG a été inscrite dans la constitution de la manière suivante : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. » Ce n’est pas le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse qui est constitutionnalisé, mais la liberté garantie. Cette distinction implique que cette liberté peut être mise en balance face à d’autres libertés, comme la clause de conscience des médecins.
De plus, la loi mentionne explicitement "la femme", excluant de ce fait une partie de la population concernée. Lors des débats à l'Assemblée et au Sénat, des député·e·s ont tenté de supprimer ou de conditionner cette liberté, tandis que d’autres tentaient de fermer ces brèches en remplaçant femme par personne.
Instrumentalisation des Luttes Contre les Violences Sexistes
L'extrême droite instrumentalise les droits des femmes et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à des fins racistes et xénophobes. Ils insistent sur les VSS commises par des hommes issus de l’immigration pour faire croire que la solution serait de stopper l’immigration.
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Cette représentation de l’agresseur sexuel en majorité racisé dans la rue est un mythe. L’extrême-droite considère que le sexisme et le patriarcat sont plus particulièrement présents dans les cultures qu’ils disent "non-européennes" ou "non-blanches", stigmatisant les hommes racisés et/ou considérés comme musulmans. Ils s'opposent au port du voile dans l'espace public, considérant qu'il s'agit d'une façon de dominer les femmes par la religion, ce qui fait des femmes musulmanes qui portent le voile les premières cibles des violences sexistes islamophobes.
Cette idéologie, c’est du « fémonationalisme », qui utilise la lutte contre les VSS au profit de l’idéologie nationaliste et xénophobe, défendant les « valeurs occidentales » ou « européennes » qu’ils jugent supérieures aux autres.
L'Extrême Droite Contre les Droits LGBTQIA+
Des associations comme le Syndicat de la Famille luttent contre l'IVG, sous couvert de considération sociale, arguant que l'avortement et la baisse de la natalité entraînent des problèmes de cotisations sociales. Ces analyses sont démenties par le COR (Conseil d’Orientation des Retraites).
Des associations, comme l'Observatoire de la Petite Sirène ou les militantes anti-trans Dora Moutot et Marguerite Stern, luttent contre les droits des personnes trans, considérant que les gens, en particulier les enfants, seraient poussés à transitionner par la communauté LGBTQIA+, mais que cela ne serait pas un vrai désir de leur part. L’étude Trans Youth Project a montré que 97.5% des enfants trans s’identifiaient toujours comme trans en moyenne 5 ans après le début de leur transition.
L'Observatoire de la Petite Sirène met en avant le ROGD (Rapid Onset Gender Dysphoria) pour montrer que les enfants seraient influencé·es pour transitionner. Le ROGD est issu d’un article questionnant uniquement les parents d’un site anti-trans, à propos de leur enfant trans, ce qui biaise totalement l'étude.
La Criminalisation de l'Avortement: Un Slogan Historique
L'affirmation que l'avortement est un « crime contre la race » est devenue un slogan officiel à l'époque du gouvernement de Vichy. Néanmoins, les parlementaires de la Troisième République avaient utilisé ce genre de formule dès le début du XXe siècle. En 1909, le député Joseph Reinach affirmait que "L’avortement criminel ne compromet pas seulement l’avenir du pays, l’avenir de la race, mais il atteint le présent lui-même dans les sources profondes de la vie".
Le long débat sur la « correctionnalisation » de l'avortement aboutit à la loi de 1923 qui fit de l’avortement un délit pénal. En 1939, Edouard Daladier demanda "l’aggravation de la répression des vices et la lutte contre les fléaux sociaux qui constituent autant de dangers pour l’avenir de la race". Le gouvernement pétainiste reprit à son compte la législation contenue dans le Code de la famille, et le paroxysme de la répression fut atteint le 28 juillet 1943, lorsque Marie-Louise Giraud fut décapitée.
Après la guerre, le rétablissement de la démocratie n'a pas mis fin à la criminalisation de l'avortement.
La Situation en Italie: Un Parcours du Combattant
En Italie, l’IVG représente un réel parcours du combattant pour les femmes. Avant d’y recourir, elles doivent se procurer une certification délivrée par un médecin. Or, dès la requête de cette autorisation, les praticiens peuvent l’écarter en raison de la clause de conscience. 70% des gynécologues se déclarent objecteurs de conscience, rendant l’accès à l’IVG difficile. Dans les meilleures universités catholiques du pays, la contraception et l’IVG ne sont pas enseignées, et les élèves doivent signer un document les réclamant être objecteurs de conscience.
L’accession du parti Fratelli d’Italia au gouvernement a considérablement inquiété les féministes et les militants pro-IVG. Giorgina Meloni a sous-entendu s’opposer à l’IVG : « Oui à la culture de la vie. Non à l’abysse de la mort ». Certaines régions mettent en place des fonds aux mères abandonnant l’idée d’avorter et font écouter le cœur du fœtus à celles-ci.
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