L'Externat des Enfants Nantais, une institution catholique emblématique de Nantes, a une histoire riche et complexe, marquée par des déménagements, des adaptations aux évolutions sociales et politiques, et un engagement constant envers l'éducation. Fondé en 1851 par Monseigneur Jacquelet, évêque de Nantes, l'Externat a traversé les époques, s'adaptant aux défis et aux opportunités qui se sont présentés.

Les Premières Années : Fondation et Croissance (1851-1905)

L'Externat des Enfants Nantais a été fondé en 1851, sous le patronage des saints Donatien et Rogatien, deux frères martyrs à Nantes au IVe siècle, qui sont aussi les saints patrons de la ville et du diocèse de Nantes. L'établissement a débuté modestement au 9 rue Lafayette, accueillant initialement 27 élèves. Cependant, le succès fut rapide, et l'Externat connut une croissance importante, atteignant 42 élèves en 1852 et plus de 200 en 1855.

Dès ses débuts, l'Externat s'est distingué par son engagement envers une éducation catholique de qualité. L'institution se veut fidèle à sa mission éducative, en étant ouverte à tous et respectueuse de la conscience de chacun, tout en s’engageant dans un projet éducatif chrétien qui sans cesse s’approche, rencontre, appelle à la conversion.

Déménagements et Adaptations (1905-1933)

La croissance rapide de l'Externat entraîna plusieurs déménagements au cours de ses premières décennies. De 1855 à 1910, l'établissement connut un premier déménagement, suivi d'un deuxième de 1910 à 1933, avec une installation au 18 rue de Gigant. Durant cette période, la chapelle Saint François, endommagée par la foudre, fut vendue à la ville, et la chapelle du Couvent de Marie Réparatrice (rue Mondésir) devint la nouvelle chapelle de l’établissement.

En 1905, un événement important marqua l'histoire de l'Externat : la fermeture du pensionnat sur ordre du gouvernement, interdisant à tout membre d’une communauté religieuse le droit d’enseigner. En 1907, le grand séminaire s’installa à la place du pensionnat, mais y resta peu de temps. En 1910, l’Externat des Enfants Nantais occupa les lieux laissés vacants.

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En 1918, l'Externat fit l'acquisition de l'Hôtel Houix (20 avenue Camus), qui accueillit des salles de classe jusqu’en 1964. Finalement, en 1933, l'Externat connut son troisième et dernier déménagement, s'installant définitivement au 31 avenue Camus.

L'Installation Définitive Avenue Camus et les Défis de la Guerre (1933-1945)

L'installation au 31 avenue Camus marqua une nouvelle étape dans l'histoire de l'Externat. En 1937, le bâtiment Reneaume fut construit pour agrandir l’hôtel Lemoine, et en 1941, le 4e étage et la chapelle faisant la liaison entre les deux bâtiments furent ajoutés.

Cependant, cette période fut également marquée par les défis de la Seconde Guerre mondiale. En 1941, une partie de l’école fut réquisitionnée par les Allemands. Malgré cette occupation, l'école effectua sa rentrée dans les bâtiments qui avaient été épargnés par les bombardements en 1945, après la fin de la guerre. Pendant la guerre, l'école fut placée sous la protection de l’archange Saint Michel.

Évolutions et Modernisation (1945-2000)

Après la guerre, l'Externat connut une période de modernisation et d'adaptation aux évolutions de la société. En 1984, la mixité fut introduite, et en 1987, l’Externat constitua un ensemble scolaire complet (école primaire, collège et lycée) regroupant près de 1700 élèves. Mr Simon devint le premier directeur laïc de l’établissement.

Dans les années 1990, l'Externat continua de se développer, avec l'ouverture d’une classe préparatoire CPEC Option Scientifique (ex HEC) en 1988, la construction du bâtiment Simon en 1990, la création d’un Centre de Ressources en 1991, et l'inauguration et bénédiction de l’Aumônerie en 1992. En 1993, l’animation pastorale fut confiée à un laïc, Mr Eveno.

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L'Externat s'ouvrit également à l'international, avec des jumelages avec Charlotte Country Day School (Caroline du Nord-USA) et des échanges avec Barrie (Ontario-Canada) en 1994, ainsi qu'avec Madrid, Espagne, en 1995 et le lycée de Limerick (Irlande) en 1999.

En 1994, le primaire devint indépendant et s’appela désormais école Saint Michel, rue du Boccage. En 1996, Monsieur Tignon arriva comme nouveau chef d’établissement, et les locaux du bâtiment secondaire furent rénovés et sécurisés. Un projet écrit d’établissement fut mis en œuvre en 1997.

L'Externat entra également dans l'ère numérique, avec la réalisation d’un laboratoire de sciences informatiques et le début d’installation d’un réseau câblé pour les nouvelles Technologies de l’Information en 2000.

Le 150ème Anniversaire et la Création de l'Institution Catholique Externat-Chavagnes (2001-2017)

En 2001, l'Externat célébra son 150ème anniversaire en présence de Mgr Soubrier et Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes. Un ouvrage intitulé « Les Enfants Nantais », retraçant l’histoire de l’établissement, fut publié. Une 6ème SEGPA fut ouverte, et une salle multimédia, nouvellement équipée, fut mise en place au Centre de ressources.

En 2002, un pôle de classes préparatoires fut créé, et les travaux de câblage et d’équipements informatiques furent poursuivis.

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En 2017, l’Institution Catholique Externat-Chavagnes fut formée, comprenant :

  • Collège Externat des Enfants Nantais (situé 31 avenue Camus à Nantes)
  • Collège Chavagnes (situé 11 rue Mondésir à Nantes)
  • Lycée Externat-Chavagnes (situé 31 avenue Camus à Nantes)
  • Les Prépas Externat-Chavagnes BCPST Véto et ECG (situé 31 avenue Camus à Nantes)

Ainsi, l’Institution comprend actuellement, sur un même site, le Collège Externat des Enfants Nantais, le Lycée-Prépas Externat Chavagnes au 31 avenue Camus.

La Pastorale et l'Engagement Social

L'Externat-Chavagnes est une institution catholique qui souhaite offrir à tous un lieu d’accueil, de formation, de prière, centré sur le Christ et la vie évangélique. L'établissement s'engage dans un projet éducatif chrétien qui sans cesse s’approche, rencontre, appelle à la conversion. Une cinquantaine de bénévoles accompagnent régulièrement les élèves sur le chemin de la foi.

La pastorale intervient sur 5 axes et vise à développer la formation humaine et spirituelle de chaque jeune, en dimension intellectuelle, spirituelle, affective et ecclésiale.

L’Externat met également en œuvre un Plan d’Action Sociale (P.A.S.) qui donne l’occasion à tous les élèves de 1ère d’entamer une démarche solidaire auprès de populations fragiles.

Le Lycée de Jeunes Filles Gabriel Guist’hau : Un Acte de Combat Républicain

Parallèlement à l'histoire de l'Externat des Enfants Nantais, il est important de mentionner la création du « lycée de jeunes filles » à Nantes, un acte de combat républicain, un geste d’audace, un défi et un pari gagné grâce à la volonté de personnalités convaincues, à l’excellence des professeurs et de leur directrice. Jusqu’en 1881, les lycées n’existaient que pour les garçons. La loi Camille Sée, en 1880, institue un enseignement secondaire pour les jeunes filles, avec des programmes spécifiques. Les républicains veulent soustraire les futures épouses et mères à l’influence cléricale et aussi former le jugement des jeunes filles par les lumières de la connaissance.

La lettre ministérielle précisant les conditions de l’ouverture d’un lycée de jeunes filles est rédigée en août 1882 ; le lycée ouvre à Nantes en octobre 1882, avant même la signature de son traité constitutif par la ville et le ministère, en juillet 1883. La ville a acheté deux maisons bourgeoises avec jardin, rue Harrouys, l’Inspecteur d’académie fait hâter les travaux, convainc le recteur de Rennes de l’urgence de l’ouverture.

Le succès est aussi spectaculaire qu’inattendu : Élisa Bordillon, directrice de l’école secondaire de jeunes filles, ouvre le lycée avec 100 élèves ; elles sont 120 en janvier 1883, 200 en 1886, 500 en 1907. La municipalité doit procéder à un agrandissement, incorporer d’autres maisons du quartier. Dès 1905, s’impose la nécessité de déménager, de construire des bâtiments incluant un internat.

La municipalité dirigée par Gabriel Guist’hau (1908-1912) a récupéré, en vertu de la loi de 1905, les terrains et la chapelle, abandonnés par l’Externat des Enfants nantais, à l’angle des rues du Boccage et Bonne-Louise. Les vieux bâtiments sont rasés, les travaux de construction du lycée, avec une structure en béton, durent jusqu’en 1914. Pendant la guerre, ces bâtiments servent d’hôpital militaire : Jacques Vaché et André Breton s’y rencontrent en 1916. Les travaux reprennent de 1919 à 1932.

En 1928, le « vieux lycée » de la rue Harrouys, abandonné, est transformé en école primaire. En 1932, le conseil municipal nomme le lycée « Gabriel Guist’hau », en hommage à l’ancien maire, décédé en 1931.

A l’orée de ses cinquante ans, le lycée de jeunes filles est devenu une institution, fréquentée par les enfants de la bourgeoisie, comme tous les lycées de cette époque, même s’il existe des élèves boursières. Les familles apprécient la qualité de l’enseignement, la discipline, le dévouement des professeurs, qui forment des jeunes femmes accomplies, assez cultivées pour rester discrètes.

Le lycée est devenu mixte vers 1970, comme partout ; il a élargi son public, comme partout. Mais il demeure ce triangle de hauts murs, un espace que l’on peut fermer, pour le protéger. Il n’échappe pas aux agitations sociales, même s’il demeure un lieu où beaucoup d’élèves et de professeurs partagent civilité, goût du travail intellectuel, bonheur d’être là.

Pendant la seconde guerre mondiale, le lycée Guist’hau reste ouvert. En 1940, une partie des bâtiments, l’aile gauche, en entrant dans le lycée, est occupée par l’armée allemande. L’autre, l’aile droite, conserve son fonctionnement habituel, ses salles de classes. Le lycée recevait alors des élèves de la maternelle au niveau terminale. Jusqu’à la 9e (actuel niveau CE2), les classes étaient mixtes. Nous avons retrouvé 27 noms d’élèves juifs, dont nous avons relevé, plus ou moins précisément, l’itinéraire. Cinq ont été déportés et assassinés à Auschwitz.

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