L'émergence et l'évolution rapide des biotechnologies, notamment dans le domaine de l'édition génique et du clonage, suscitent un débat mondial passionné. La perspective de voir des mammouths laineux ressuscités d'ici quelques années, comme l'a annoncé Ben Lamm, fondateur de la première entreprise de "désextinction" d'espèces, met en lumière la nécessité d'une réflexion approfondie sur les implications éthiques et légales de ces avancées. Cet article se propose d'explorer les aspects éthiques et légaux du clonage humain, en tenant compte des arguments pour et contre, ainsi que des enjeux sociaux et psychologiques qu'il soulève.
Définition et Techniques du Clonage
Le clonage, selon une définition scientifique rigoureuse, est un moyen naturel ou artificiel par lequel s’accroît une population de cellules ou d’organismes vivants au départ d’une cellule ou d’un individu unique, sans impliquer les caractéristiques de la reproduction sexuée. Il existe plusieurs techniques de clonage, dont les principales sont :
- Le clonage embryonnaire : Cette technique consiste à séparer les cellules d'un embryon au début de son développement, lorsque les cellules sont encore totipotentes. Chaque cellule est ensuite cultivée et transplantée dans l'utérus d'une mère porteuse, ce qui permet d'obtenir autant d'embryons que de cellules transplantées. Une autre méthode consiste à scinder l'embryon en deux parties égales, créant ainsi des jumeaux monozygotes artificiels.
- Le clonage par transfert nucléaire : Cette technique nécessite une cellule "donneuse de noyau" et une cellule réceptrice, généralement un ovule non fécondé. Le noyau de la cellule donneuse est transféré dans l'ovule énucléé. Sous l'effet d'une stimulation électrique, les deux cellules fusionnent et déclenchent le développement embryonnaire. Le clonage de Dolly la brebis en 1997 a marqué un tournant, car c'était le premier mammifère cloné à partir d'une cellule adulte.
Clonage Thérapeutique vs. Clonage Reproductif
Il est crucial de distinguer deux types de clonage :
- Le clonage thérapeutique : Cette approche utilise les techniques de clonage pour produire des lignées de cellules souches embryonnaires susceptibles d'être greffées sans provoquer de réactions de rejet. Ces cellules souches sont prélevées après une interruption volontaire de grossesse ou à partir d'embryons surnuméraires issus de fécondations in vitro. L'objectif est de disposer de populations de cellules souches en laboratoire et d'induire leur différenciation vers le type cellulaire désiré, grâce à un mélange de facteurs de croissance dans le milieu de culture.
- Le clonage reproductif : Cette approche vise à créer un enfant qui présenterait le même ADN nucléaire que l'individu sur lequel un noyau de cellule somatique a été prélevé.
Aspects Éthiques du Clonage Humain
Le clonage humain soulève des questions éthiques profondes et complexes, qui touchent à la dignité humaine, à l'identité, à l'autonomie et à la filiation.
Dignité Humaine et Instrumentalisation
L'une des principales préoccupations éthiques est le risque d'instrumentalisation de l'être humain cloné. Certains craignent que les clones ne soient créés à des fins spécifiques, comme la production d'organes pour la transplantation ou la reproduction de personnes aux caractéristiques exceptionnelles. Cette instrumentalisation pourrait porter atteinte à la dignité humaine et réduire l'être cloné à un simple moyen au service des autres.
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La psychologie pointe des aspects grotesques qui pourraient dériver du clonage humain, comme des parents aspirant à un substitut exact d'un enfant décédé ou la tentative de reproduire des figures de grand talent dans une société aux accents eugéniques. L'absence d'une réglementation bioéthique ferme pourrait mener à des dérives comparables à celles décrites dans Frankenstein.
Identité et Unicité
Une autre question éthique importante est celle de l'identité et de l'unicité de l'être cloné. Certains craignent que le clone ne soit perçu comme une simple copie de la personne clonée, ce qui pourrait affecter son développement personnel et son autonomie. Cependant, il est essentiel de souligner que le clone ne serait pas une réplique exacte de la personne clonée. Bien qu'il partage le même patrimoine génétique, son environnement, son éducation et ses expériences de vie seraient différents, ce qui façonnerait sa propre identité.
MM. définissent le clonage avec une grande rigueur scientifique, soulignant que le clone n'est pas une "photocopie" parfaite de la cellule transférée. Le génome, bien que similaire, ne garantit pas une identité identique, car l'unicité de la personne résulte de l'unicité du génome de chacun et de sa dimension personnelle dans ses dimensions biologiques et culturelles.
Autonomie et Déterminisme Génétique
Le clonage soulève également des questions sur l'autonomie et le déterminisme génétique. Certains craignent que le clone ne soit prédéterminé à suivre le même chemin que la personne clonée, ce qui limiterait sa liberté et son autonomie. Cependant, il est important de noter que le déterminisme génétique est loin d'être absolu. L'environnement, l'éducation et les choix personnels jouent un rôle essentiel dans le développement de chaque individu.
Filiation et Parenté
Le clonage reproductif pose également des questions complexes en matière de filiation et de parenté. Quel serait le statut juridique du clone par rapport à la personne clonée ? Serait-il considéré comme son enfant, son frère ou sa sœur ? Ces questions nécessitent une réflexion approfondie sur les définitions traditionnelles de la famille et de la parenté.
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Conséquences Psychologiques
Les conséquences psychologiques de la légalisation du clonage sont un domaine de préoccupation majeur. Des charges psychiques profondes pourraient apparaître tant chez le donneur que chez la personne clonée. Les clones pourraient avoir du mal à accepter leur origine et à comprendre qui sont leur famille ou leurs parents. Comme le souligne la psychologie, bien qu'ils partagent les mêmes gènes, ils auraient des manières d'être différentes, façonnées par des expériences de vie uniques.
Aspects Légaux du Clonage Humain
Sur le plan international, il n’existe pas de texte de loi spécifique régissant le clonage humain. Toutefois, plusieurs instruments juridiques internationaux abordent la question de manière indirecte.
- La Convention d’Oviedo (1997) : Adoptée par le Conseil de l’Europe, cette convention interdit le clonage reproductif dans son article 18.
- La Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme (1997) : Adoptée par l’UNESCO, cette déclaration pose le principe du respect de la dignité humaine dans les manipulations génétiques.
Au niveau national, les législations varient considérablement d’un pays à l’autre.
- France : La loi de bioéthique de 2004 interdit le clonage reproductif humain et pénalise cette pratique par une peine de 30 ans de réclusion criminelle et 7,5 millions d’euros d’amende. La loi de révision des lois de bioéthiques de 2021 a autorisé la recherche sur les embryons chimériques, cette dernière semble bien encadrée. C’est ce qu’indique désormais l’article L2151-5 IV du code de la santé publique. Ce délai peut s’expliquer par les caractéristiques de l’embryon à ce stade de développement. Jusqu’à 14 jours de développement après la fécondation, les cellules sont pluripotentes. C’est à dire que ces dernières ont la capacité de créer tous types de cellules. Une semaine après sa constitution, l’organisme en développement peut être le berceau du prélèvement de cellules souches embryonnaires.
- États-Unis : Il n’existe pas de législation fédérale encadrant spécifiquement le clonage humain. Toutefois, plusieurs États ont adopté leurs propres lois interdisant cette pratique, tandis que d’autres autorisent le clonage à des fins thérapeutiques ou de recherche.
La communauté internationale est très divisée sur le thème du clonage thérapeutique. Les États-Unis, rejoints par plus de cinquante autres pays, la plupart catholiques ou en voie de développement, ont signé un appel à une interdiction totale du clonage humain. Un projet de résolution rival rédigé par la Belgique et coparrainé par plus de vingt pays, dont la Russie, la Grande-Bretagne, le Danemark, la Corée du Sud et le Japon, veut seulement interdire le clonage reproductif.
Le Cadre Européen de la Bioéthique
L'Europe a toujours eu une approche pragmatique et opérationnelle en matière de bioéthique. Face aux récents développements scientifiques, l'Union européenne s'est engagée dans une démarche éthique pour permettre aux décideurs publics de mesurer l'impact des biotechnologies et de prévenir les dérives possibles.
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Institutionnalisation de la Réflexion Bioéthique
Au niveau européen, chaque ordre juridique a eu recours à des groupes de réflexion ou à des groupes d'experts. La Commission européenne, via la Direction générale XII, finance des programmes de recherche touchant aux technosciences et à la biomédecine. Depuis 1991, la Commission souhaite une structure consultative permanente pour traiter les questions bioéthiques. Le Parlement européen dispose également d'une Unité d'évaluation technologique (STOA) pour fournir des avis d'experts scientifiques.
Le Conseil de l'Europe, via le Comité Directeur pour la Bioéthique (CDBI), est responsable des activités intergouvernementales pour la biomédecine. Ce comité interdisciplinaire est composé de biologistes, médecins, scientifiques, juristes et spécialistes de l'éthique. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe joue également un rôle moteur en prenant l'initiative de nombreuses recommandations.
Comités Nationaux d'Éthique
Les quinze pays de l'Union européenne sont dotés de comités nationaux d'éthique. La France, par exemple, s'est dotée d'un Comité consultatif d'éthique en 1983. Une coopération entre les différents comités nationaux d'éthique est en cours de développement.
Droits Fondamentaux et Bioéthique
Le législateur des Communautés renvoie de plus en plus souvent aux positions affirmées par le législateur du Conseil de l'Europe. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe tient compte des implications économiques, sociales, juridiques, écologiques et éthiques de la recherche et de la commercialisation du patrimoine génétique humain.
Les instances européennes partagent certains points de vue autour des notions d'embryon, de procréation artificielle et de génétique. Elles s'engagent sur la voie d'un statut juridique opposable à tout acte menaçant l'existence ou le développement normal de l'embryon.
Défis et Harmonisation en Europe
L'harmonisation des questions liées à la bioéthique en Europe est un défi complexe, mêlant questions éthiques, scientifiques et intérêts économiques. Sur des sujets comme la recherche sur l'embryon, il est difficile d'empêcher une hétérogénéité conduisant à une spécialisation des pays.
Convention sur les Droits de l'Homme et la Biomédecine
Approuvée le 4 avril 1997 à Oviedo (Espagne) par le Conseil de l'Europe, la Convention sur les droits de l'homme et la biomédecine constitue l'aboutissement d'un processus long et laborieux. Cette Convention représente pour beaucoup de pays d'Europe centrale et orientale le seul document en mesure de combler le vide juridique qui règne autour des pratiques liées à la médecine de pointe ou à la biologie moléculaire.
La Convention vise à établir un consensus minimum, mais néanmoins substantiel, autour des défis majeurs de la biologie et de la médecine contemporaines. Elle aborde des problèmes normatifs liés aux possibilités offertes par les cellules souches, la médecine des greffes et les xénogreffes.
Chimères Homme-Animal: Un Cas Particulier
La création d'embryons chimériques, contenant des cellules de génotypes différents, soulève des questions éthiques et juridiques spécifiques. Si les embryons chimériques "homme-animal" sont généralement condamnés, les embryons "animal-homme" font l'objet de recherches dans plusieurs pays.
En France, les lois relatives à la bioéthique interdisaient la création d’embryons chimériques, mais la loi du 2 août 2021 a autorisé la recherche sur ces embryons, dans un cadre strict. L’objectif est de pallier la pénurie d’organes issus de dons et de développer des modèles animaux de pathologies humaines.
La réglementation encadre la recherche sur les embryons chimériques, notamment en limitant le développement de l'embryon à 14 jours. Les deux seules réelles limites de ces dispositions semblent donc être la naissance de ces animaux améliorés, ainsi que la modification de la descendance.
Clonage d'Espèces Disparues
Le clonage d'espèces disparues, comme le mammouth, suscite également un intérêt croissant. Bien que cela puisse sembler relever de la science-fiction, les progrès de la paléogénétique permettent d'envisager la reconstitution du génome de certaines espèces disparues.
Cependant, le clonage d'espèces disparues pose des défis techniques considérables, car le matériel disponible n'est plus une cellule vivante, mais des fragments d'ADN plus ou moins bien conservés. De plus, les questions éthiques liées à la réintroduction d'espèces disparues dans des écosystèmes modernes doivent être soigneusement examinées.
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