Introduction

L'étable entravée, souvent perçue comme un système d'élevage traditionnel, connaît un regain d'intérêt grâce à des éleveurs innovants qui l'adaptent aux défis actuels. Cet article explore les avantages et les inconvénients de ce système, en mettant en lumière des exemples concrets d'exploitations qui ont su l'optimiser pour garantir le bien-être animal, la performance économique et la durabilité environnementale.

L'Étable Entravée : Un Système en Évolution

Contrairement aux idées reçues, les étables entravées modernisées n'ont plus rien à voir avec les anciennes fermes. Elles intègrent désormais de l'automatisme, des standards au niveau du couchage et des systèmes d'attache moins contraignants, permettant aux animaux de se gratter et de bouger facilement. Damien Paris, éleveur dans le Haut-Doubs, témoigne de sa satisfaction quant à ses conditions de travail dans une étable entravée modernisée. Il souligne que le matin, en deux heures et demie, tout est fait, et le soir, deux heures d'astreinte suffisent. Les animaux sont dociles et il n'y a pas de concurrence à l'auge ni à l'abreuvoir. Un animal qui ne va pas bien est facilement repéré.

L'Hivernage en Plein Air : Une Alternative Économique et Bénéfique

Pascal Bernard, éleveur dans le Morvan, a développé un système d'élevage très économe en hivernant une partie de ses bêtes dehors. Cette pratique a permis d'améliorer la santé de ses charolaises et de pallier le manque de place dans ses vieilles étables. Les vaches ne sont rentrées qu'une quinzaine de jours, le temps du vêlage, dans l'ancienne étable entravée de 50 places transformée en maternité.

Durant tout l'hiver, Pascal Bernard affourrage ses animaux au pré, répartissant ses 90 vaches suitées dans cinq parcelles dotées d'abris en dur ou de protections naturelles. Il nourrit ses animaux tous les matins à l'aide d'une dérouleuse, déposant le fourrage au sol, par petits tas dispersés, jamais à la même place. Cette méthode sans râtelier évite le gaspillage et les bourbiers, et le sol reste propre.

Pascal Bernard constate que le plein air a même tendance à faire du bien à ses sols, grâce aux bienfaits du piétinement, des bouses et des graines du foin déposées au sol. Ses bovins ne craignent pas le froid ni la neige, mais redoutent le vent et la pluie.

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L'Importance du Pâturage Tournant

À la belle saison, Pascal Bernard pratique un pâturage tournant en changeant les lots toutes les trois semaines environ sur trois parcelles. Si l'herbe devient trop haute, il la met de côté pour le foin. Il explique que l'herbe pâturée à la bonne hauteur fait produire davantage de lait aux vaches, ce qui lui permet de ne pas donner de granulés aux veaux au pré jusqu'au sevrage.

L'Étable Entravée : Confort Animal et Qualité du Travail

Chez Laure et Damien Paris, les montbéliardes sont hébergées dans une étable entravée en bois, spacieuse, lumineuse et bien ventilée. Les petits veaux naissent dans un box de vêlage et sont logés dans des cases individuelles puis dans des box collectifs entre 2 et 6 mois.

Construite pour 25 vaches à traire en 2007, l'étable a évolué pour accueillir aujourd'hui 48 laitières et autant de jeunes. Elle est conçue pour assurer du confort aux animaux ainsi qu'une qualité de travail à l'éleveur et à sa femme.

Damien Paris a choisi une étable entravée neuve plutôt qu'une stabulation plus onéreuse pour pouvoir déplacer l'ensemble du troupeau sur le nouveau site. Au milieu des pâtures, l'étable est accolée au bâtiment de stockage de fourrage. Une griffe permet de reprendre les balles rondes de foin et de les déposer sur le plancher de l'étable au-dessus des vaches et des génisses. De là, le fourrage tombe par gravité dans le couloir d'alimentation via quatre trappes. L'hiver, le concentré est donné quatre fois par jour par le distributeur automatique.

Pour la traite en système de transfert par lactoduc, Damien Paris dispose d'un système de décrochage automatique et projette d'installer un rail afin d'acheminer les griffes à lait, ce qui réduirait la pénibilité.

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Six mois par an, les vaches sont dehors jour et nuit. Sorti par un évacuateur, le fumier est stocké sur une fumière couverte. Le purin s'écoule dans une fosse fermée, ce qui limite les volumes. La litière est faite à la main matin et soir en hiver à raison de 1,5 kg à 2 kg de paille par vache et une fois par jour à la belle saison quand les vaches sont au pâturage.

L'hiver, lorsque les conditions météorologiques le permettent, trois fois par semaine les laitières sortent le matin dans une prairie attenante, le temps de faire une litière correcte et d'aérer le bâtiment. Cette sortie en extérieur aide à repérer plus facilement les chaleurs et contribue à nettoyer les pieds des vaches. De plus, pour prévenir les problèmes de pattes, le couple fait appel à un pareur quarante jours après la rentrée en bâtiment des animaux.

Damien Paris assure que les problèmes de pattes proviennent dans la très grande majorité des cas d'une alimentation pas encore bien calée, et non des conditions de logement. Ce temps passé 100 % en bâtiment est limité à cinq mois. La mise à l'herbe s'effectue mi-avril. Les vaches en lactation pâturent jour et nuit durant six mois en moyenne, du 1er mai au 1er novembre.

L'Étable Entravée : Des Conditions de Travail Satisfaisantes

Damien Paris est satisfait de ses conditions de travail dans son étable entravée modernisée. Il souligne que le matin, en deux heures et demie, tout est fait, et le soir, deux heures d'astreinte suffisent. Les animaux sont dociles et il n'y a pas de concurrence à l'auge ni à l'abreuvoir. Un animal qui ne va pas bien est facilement repéré.

L'aire de couchage est bétonnée sans logette. Elle est profonde de 2,5 m, rainurée en forme de diamant pour éviter que les vaches glissent. Dessus sont apportés chaque jour l'hiver 1,5 kg à 2 kg de paille par vache. Les primipares disposent d'un emplacement de 1,15 m de large, les multipares de 1,25 m. Les déjections sont récupérées à l'arrière dans une rigole large de 50 cm.

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Damien Paris exprime toutefois une crainte : que les fabricants de machines à traire délaissent les innovations adaptées aux entravées et qu'à terme il soit difficile de trouver les équipements spécifiques.

Optimisation de l'Alimentation des Veaux pour une Croissance Saine

Dominique Leclerc et Benoît Garric, éleveurs dans l'Aveyron, reconnaissent que leurs veaux souffrent trop souvent de diarrhées dans les quinze premiers jours, puis au sevrage. Karine Vidal, conseillère en formation, confirme que ces pathologies, en particulier au moment du sevrage, pénalisent leur croissance et entraînent des difficultés à la mise à la reproduction.

Pour améliorer la santé et la croissance de leurs veaux, Dominique Leclerc et Benoît Garric suivent les recommandations de Karine Vidal :

  • Faire boire 2 litres de colostrum (première traite) dans les 2 heures qui suivent la naissance augmente de moitié les chances de survie du veau.
  • Servir le lait entier non dilué et chaud, à 38-40°C.
  • Apporter des concentrés et des fourrages grossiers à volonté dès la deuxième semaine pour développer le rumen.
  • Ne pas faire l'impasse sur les minéraux, la croissance squelettique nécessitant un apport de calcium et de phosphore.
  • Sevrer les veaux lorsqu'ils ingèrent 2 kg de concentrés, vers 8 à 10 semaines d'âge.
  • Rationner les génisses après le sevrage à 2,5 puis 3 kg de concentrés avec du foin.

L'Hivernage en Plein Air des Génisses : Une Pratique Bénéfique

Chez Cécile et Patrick Couderc, éleveurs dans l'Aveyron, les génisses nées entre novembre et mars passent l'hiver suivant dehors. Ils constatent qu'elles se rattrapent largement par la suite grâce à la croissance compensatrice et que leur développement n'est pas pénalisé. La condition est d'accepter un gain de poids très faible en hiver, de l'ordre de 400 à 500 g/jour.

Les génisses disposent de fourrage à volonté et reçoivent 2 kg d'un mélange fermier avec du foin à volonté ou 3 kg avec de la paille également à volonté. Cécile leur distribue le concentré tous les jours, ce qui les rend plus dociles et leur permet de tout manger sans aucun problème.

Cécile et Patrick ont été contraints d'adopter l'hivernage en plein air par manque de place dans leur étable entravée, mais ils sont satisfaits du résultat : laisser un lot dehors diminue la quantité de fumier à évacuer, et les bêtes sont moins malades.

La Conduite de l'Élevage : Rigueur et Minéralisation

Laurent Comby, éleveur en Corrèze, partage sa passion pour l'élevage avec son épouse, Aurore. Un nouvel atelier veaux de lait est en construction pour remplacer l'ancienne étable entravée qui n'est pas fonctionnelle.

La conduite de la reproduction est révélatrice de la rigueur au quotidien qui prévaut dans cet élevage de 90 vaches présentes et 100 vêlages par an. Aurore et Laurent Comby sélectionnent 18 à 20 génisses par an qui naissent sur une période limitée pour les faire vêler de manière groupée en début d'automne.

Les vaches sont remises à la reproduction en monte naturelle dès le vêlage. Le nouvel atelier permettra de faire de l'insémination. L'objectif est de les faire saillir 42 jours après le vêlage. Les taureaux sont choisis, soit à la station ABL soit en ferme mais avec des origines d'insémination.

Les évènements de reproduction sont notés dans une application smartphone. Les résultats parlent d'eux-mêmes : un IVV troupeau de 353 jours en 2016-2017. À l'avenir, le lot des génisses sera coupé en deux pour raccourcir un peu l'âge à la première mise bas (36 mois) car l'avancement des vaches (IVV inférieur à un an) les fait naître de plus en plus tôt.

Ces résultats de reproduction sont à attribuer aussi à la minéralisation du troupeau. Dès qu'une vache rentre dans un bâtiment, elle reçoit 100 grammes d'aliment minéral par jour. Les vaches ont aussi du sel en permanence, soit dans la ration (60 g/jour) soit en bloc à lécher.

La faible mortalité des veaux - généralement entre 1 et 3 % - est remarquable. Au pâturage, les éleveurs font des lots de 6 à 8 vaches taries avec une amplitude de vêlage de 3 semaines. Ils les rentrent pour les faire vêler à l'intérieur et les équipent du système de détection de vêlages Smartvel. Depuis qu'ils utilisent ce système, ils n'ont pas perdu un seul veau à la naissance.

L'Alimentation du Troupeau : Une Approche Élaborée

La conduite alimentaire du troupeau est tout aussi élaborée. Le cheptel est divisé en de nombreux lots selon les stades physiologiques et la destination des veaux. Ils se répartissent dans trois bâtiments, avec un rationnement différent dans chacun d'eux.

Les vaches vêlent dans la plus petite stabulation : elles arrivent 3 semaines avant la mise bas et repartent 15 jours après. Deux lots alimentés avec foin, enrubanné et céréales pour celles qui se préparent à vêler et aliment fermier après la mise bas. Celles qui nourrissent les veaux de lait vont dans l'étable entravée où sont aménagés les box à veaux. Elles ne sont alimentées qu'avec du foin et reçoivent du concentré fermier. Celles qui vont être réformées sont davantage complémentées.

Les vaches qui nourrissent les futures génisses de renouvellement et celles qui vêleront au printemps sont dans une autre stabulation. Elles sont alimentées avec de l'ensilage de maïs et du foin en râtelier et reçoivent du complémentaire azoté. Les génisses de l'année sont également au maïs et au foin, plus du complémentaire azoté. Celles qui sont engraissées ont du maïs à volonté et du concentré fermier. Les génisses en cours de saillie restent à l'extérieur avec du foin et de l'enrubanné de ray-grass italien et du concentré fermier.

Cette conduite alimentaire génère des consommations de concentrés assez importantes. La productivité et les résultats économiques sont au rendez-vous. Laurent Comby a commencé à implanter de la luzerne pour la distribuer aux vaches dans le nouvel atelier veau de lait, espérant ainsi économiser du complémentaire azoté.

Un Assolement Diversifié

La sole en maïs oscille de 7 à 9 ha. Laurent Comby utilise des variétés assez précoces pour pouvoir faire une céréale derrière le grain. Pour ne pas laisser de sol nu en hiver, il sème du ray-grass italien derrière des céréales, qui sera enrubanné avant d'être remplacé par du maïs.

Outre les prairies temporaires de longue durée, l'éleveur a installé près des bâtiments des prairies de festulolium et trèfle violet pour le pâturage des vaches qui nourrissent les veaux de lait, conduites en pâturage tournant. À terme, il prévoit d'implanter de la luzerne pour améliorer l'autonomie en azote.

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