L'escrime, bien plus qu'un simple sport, est un art martial dont les racines plongent dans l'histoire la plus reculée de l'humanité. Des bas-reliefs égyptiens aux salles d'armes modernes, l'évolution de l'escrime est intimement liée aux avancées technologiques, aux codes sociaux et aux pratiques martiales des différentes époques. Cet article explore l'histoire fascinante de l'escrime, de ses origines antiques à son statut actuel de discipline olympique.
Les Origines de l'Escrime : Un Art Martial Millénaire
L’escrime existe depuis toujours, ou presque. Dès que l’homme a su travailler le bois puis le fer, il a fabriqué des armes pour se défendre et survivre. La plus ancienne manifestation de la pratique de l’escrime remonte à 1190 avant Jésus-Christ. Une compétition est représentée sur un bas-relief du temple de Médinet-Abou, construit en Haute-Egypte par Ramsès III. Tous les détails figurent sur ce bas-relief : les armes sont mouchetées, certains escrimeurs portent un masque.
Les premières traces d'une forme d'escrime organisée remontent à l'Égypte ancienne. Le temple de Madinet-Habu, près de Louxor, en Égypte, comporte des gravures en relief représentant des escrimeurs au combat datant d'environ 1190 avant JC. Ces représentations témoignent de l'existence de compétitions d'escrime ritualisées, avec des armes émoussées pour la sécurité des participants. Les armes sont mouchetées, un bouclier attaché au bras gauche sert à parer, les escrimeurs sont protégés par un masque, une mentonnière et une protection pour les oreilles. Le vainqueur salue de son arme et de la main le pharaon qu’accompagne sa suite.
Le pays où la tradition de l’escrime remonte le plus loin est la Chine. Vingt sept siècles avant J.C., les Chinois connaissaient déjà parfaitement le maniement des armes et notamment du sabre. Plus tard, vingt-deux siècles avant J.C., des écoles d’armes étaient créées en Assyrie. En Grèce aussi, l’escrime est l’une des sciences les plus anciennes et, bien sûr, à Rome dont les gladiateurs en faisaient, malgré eux, un spectacle. Plus tard on retrouve « L’escrime » grecque, on y utilise un glaive en bronze nommé xiphos, qui ressemble plus à un long poignard qu’à une épée au sens où nous l’entendons aujourd’hui. C’est une arme essentiellement d’estoc. Rome va faire du glaive l’armement principal de ses légions. L’épée devient la compagne la plus sûre de tout homme désirant survivre à un voyage ou à un pillage.
L'Émergence de l'Escrime Moderne au Moyen Âge et à la Renaissance
Au Moyen-Age, l’escrime devint, outre son aspect militaire, une occupation pour la noblesse. C’est ainsi que les tournois furent créés. C’est durant le siècle de Saint Louis qu’apparaissent dans les écrits les premiers maîtres d’armes professionnels. On reconnaît que manier l’épée nécessite un enseignement à la fois théorique et pratique, et cet enseignement est recherché par la noblesse, qui risque fréquemment sa vie sur le champ de bataille, et qui est la seule à pouvoir prétendre à la possession d’une belle épée de qualité. Au même moment, les écoles d’escrime attirent la frange criminelle de la société cherchant à maîtriser l’usage des armes. Le seul moyen pour la société de s’attaquer à ce problème est de rendre ces écoles illégales. En 1286, à Londres, le roi Édouard Ier émet un édit interdisant l’enseignement des techniques d’escrime.
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Des Fechtbücher (Traités d’escrime, en allemand) ont été écrits du XIVe et XVIe siècles par plusieurs maîtres germaniques ; les plus célèbres sont Johannes Liechtenauer, le maître incontesté du XIVe siècle, et Hans Talhoffer, maître suisse au XVe siècle. Des écoles de maniement des armes, privées en relations plus ou moins constantes les unes avec les autres, apparaissent çà et là dans le Saint-Empire romain germanique : à Zurich, à Bâle, à Ratisbonne, et dans un grand nombre de villes libres d’Allemagne.
C’est en Italie que de nouveaux maîtres, inventifs et avant-gardistes, font leur apparition dans la pré-Renaissance au tournant des XIVe et XVe siècles : notamment le célèbre Fiore dei Liberi (1350-1420), courtisan du duc d’Este. Fiore dei Liberi publie en 1410 un traité d’escrime qui va progressivement uniformiser à l’échelle européenne le maniement des armes : il s’agit de son unique œuvre, le Flos Duellatorum.
En Angleterre au XIVe siècle, sous le règne d’Édouard III, la création de confréries d’archers maniant l’arc long avaient été fortement encouragées par le pouvoir : le but était de pouvoir compter sur des archers nombreux et expérimentés dans la guerre qui s’annonçait avec la France. Mais après la défaite anglaise à Castillon qui met fin à la guerre de Cent Ans en 1453, le pays sombre dans une dramatique guerre civile : la guerre des Deux-Roses. Pour se défendre contre une insécurité montante, de nombreuses écoles d’escrime (fencing school en anglais) ouvrent leurs portes de façon plus ou moins clandestines aux jeunes hommes d’Angleterre.
L’escrime connaît sa première révolution avec l’invention de la rapière. Cette arme, exceptionnelle pour son époque à tous les points de vue, va complètement transformer l’approche de la discipline. Le Traité sur les armes, de Diego de Valera, écrit entre 1458 et 1471, marque la naissance de l’escrime en tant qu’art scientifique. Quelques années plus tard, au moment où l’Espagne est la première puissance de l’Europe, les armées espagnoles répandent l’escrime à l’étranger et particulièrement au sud de l’Italie. À cette époque, l’escrime se développe également au nord de l’Italie où elle est étudiée à côté du droit dans les universités. De tels centres culturels, comme Bologne ou Venise, attirent des étudiants de toutes les nations européennes.
En Allemagne, et ce dès le XVe siècle, les maîtres d’armes se constituent en guildes, dont la plus connue est celle des Marxbrüder, ou associés de saint Marc de Löwenberg, dont le quartier général situé à Francfort, forme des branches dans plusieurs autres villes. De façon similaire, les épéistes professionnels forment des associations légales en Espagne et dans le nord de l’Italie. En Angleterre, Henri VIII, un amateur d’exercices virils, octroie aux épéistes l’autorisation de former une compagnie imitant l’association mondialement connue des Marxbrüder. Ils se voient ainsi attribuer le lucratif monopole de l’apprentissage de l’art du combat en Angleterre.
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L'Âge d'Or du Duel et l'Émergence des Conventions
Du XVIe au XVIIIe siècle, les combats à l'épée et les duels étaient fort répandus. Le duel au sens moderne était une chose peu commune avant le XVIe siècle. Il apparaît pour la première fois en France, et c’est dans ce pays qu’il aura le plus de succès. Les raisons à cela sont liées à la société française et au caractère national. Henri IV commence son règne par un édit contre les duels, mais il est réputé pour les favoriser en privé. Lorsque le maréchal de Créquy demande à se retirer pour combattre le don Philippe de Savoie, le roi lui aurait répondu : « Vas, et si je n’étais le roi, j’aurais été ton témoin ». Dans ses Mémoires, Fontenay-Mareuil prétend que deux mille hommes de naissance noble sont tombés au cours de duels entre 1601 et 1609. Sous le long règne de Louis XIV, de célèbres duels se produisent, dont les plus remarquables sont celui confrontant le duc de Guise au comte de Coligny, le dernier duel effectué sur la place Royale, ainsi que celui confrontant le duc de Beaufort au duc de Nemours, tous les deux assistés de quatre amis.
Au XVIIe siècle, trois innovations ont popularisé ce sport. La première est le développement d'une arme d'entraînement légère au bout aplati, évasé et rembourré afin de réduire les risques de blessures. Cette arme a par la suite été appelée fleuret. La seconde amélioration a été la mise en place d'un ensemble de règles qui limitaient la cible à certaines parties du corps.
Les privilèges de l’Académie des maîtres d’armes sont confirmés par les rois de France, Henry III, Henry IV, Louis XIII et sont augmentés sous Louis XIV. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, à la cour du roi Louis XIV, l’épée se modifie sous l’influence de la tenue vestimentaire. Comme la rapière, longue et effilée, ne convient plus à cette forme d’habillement, la mode introduit la courte et légère épée de cour. Le style français s’impose ainsi en Europe comme auparavant le style italien. Les coups sont uniquement portés avec la pointe et la lame sert à la défense. Ce qui se nomme aujourd’hui escrime émerge tandis que le style français remplace le style italien.
Pour minimiser les risques de blessure, des conventions vont réglementer l’escrime à l’épée, ou son homologue d’exercice, le fleuret. La lame de cette dernière, sorte d’épée d’étude et d’entraînement, se termine par un bouton, comme une fleur, d’où le nom de fleuret attribué à cette arme. L’escrime est pratiquée à l’origine sans aucune protection pour le visage. Les masques grillagés seront inventés en 1780 par un célèbre maître d’armes, La Boëssière, et ne seront utilisés communément que beaucoup plus tard. Par conséquent, afin d’éviter des accidents dangereux au visage, l’étiquette rigoureuse de la salle d’escrime établissait depuis fort longtemps le fait de garder la pointe basse. Au XVIIe siècle, un aristocrate écossais, coupable de l’assassinat d’un maître d’armes en représailles d’un éborgnage au cours d’un duel d’escrime, plaide au cours de son procès que la coutume veut qu’on « épargne le visage ». Pour une plus grande sécurité, la convention estime que seuls les coups à la poitrine comptent lors d’un combat. De fait, le maniement de l’épée devient impraticable et perd de sa valeur en tant qu’entraînement à la guerre ou au duel.
Au XVIIIe siècle, l’escrime tient une place importante dans l’éducation de la noblesse. Elle fait partie, avec la danse et l’équitation, des arts permettant de fortifier le corps, et, à l’instar de la chasse, de préparer à la guerre. L’École royale militaire (1751-1777), ainsi que les collèges militaires donnent au maniement des armes une place de choix dans l’entrainement militaire. Dès le jeune âge, les enfants de la noblesse parlementaire portent l’épée et apprennent à l’utiliser. Dans l’armée, les hommes de troupe pratiquent également l’escrime, sous la direction d’un maître d’armes. En 1788, les membres parisiens de la corporation des maîtres d’armes fondent l’École royale d’armes. Mais la loi du 17 mars 1791 met fin à toutes les corporations, dont celle des maîtres d’armes.
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L'Escrime au XIXe Siècle : Entre Tradition Militaire et Sport de Compétition
Sous le Premier Empire, la pratique de l’escrime est largement répandue dans l’armée, où chaque régiment a son maître d’armes. Facultative en 1815, l’escrime est de nouveau obligatoire dans l’armée en 1824, puis redevient facultative en 1834. Sous la Restauration, la liberté d’installation permet à de nombreux vétérans de l’armée d’ouvrir leur propre salle d’escrime. L’escrime jouit d’un certain prestige dans la société de l’époque. Des écrivains, comme Alexandre Dumas ou Théophile Gautier viennent prendre des leçons auprès d’un maître parisien.
Au cours du XIXe siècle, la pratique de la Mensur connait dans les universités allemandes une évolution remarquable. Cela consiste à un combat d’escrime avec des armes réelles. Ces combats sont strictement réglementés. Seuls les membres de deux différentes associations d’étudiant peuvent pratiquer ces combats. Ils s’effectuent soit au dehors, soit dans une taverne ou une maison d’étudiant. Les combattants sont protégés par un masque grillagé ou de cuir, une bande autour du cou, des gants de cuir et des lunettes spéciales. Il est interdit de jouter d’estoc, et la tradition recommande de frapper de taille. À partir des années 1850, le duel constitue de plus en plus sa propre fin. Les corporations se tiennent rendez-vous dans un endroit convenu, et il est rare que cette réunion n’ait pas une issue sanglante. Un arrêt de 1883 met fin pénalement à la Mensur entre étudiants, mais l’empereur Guillaume Ier encourage cette pratique ouvertement. Ainsi, bien que le duel soit interdit, plusieurs officiers sont dégradés pour avoir refusé de se battre.
L’escrime connait un regain de faveur à la fin du second Empire et surtout après 1870. En 1869, Napoléon III réinstaure l’instruction obligatoire de l’escrime aux soldats. En 1877, un règlement complet prévoit de rendre l’escrime à l’épée obligatoire dans la cavalerie et l’infanterie, et l’escrime au sabre obligatoire dans la cavalerie et facultative dans l’infanterie. Les années 1880 marquent aussi le retour des duels dans la société. La revue Escrime française mentionne de nombreux duels entre députés et journalistes. En 1882, est fondée la Société d’encouragement à l’escrime. Les salles d’armes fleurissent à Paris et en province, et les maîtres d’armes convertissent leur salles en « cercles d’escrime » avec une véritable organisation. La complexité de l’escrime au fleuret pratiquée dans les conditions idéales de la salle d’armes, produit un art d’un intérêt remarquable. Cependant les nécessités toujours actuelles du combat en duel font peu de cas de ce jeu d’école. L’épée, longtemps délaissée au profit du fleuret dans les salles d’armes, retrouve un regain d’intérêt chez les nobles et la haute bourgeoisie à la fin du XIXe siècle. L’épée était une arme de duel réglementaire et était utilisée sans conventions. L’épée de salle devient alors une arme régulière de compétition, et est utilisée sans limitations de règles hormis le port de vêtements de protection, se rapprochant ainsi des conditions réelles du duel. Cependant le maniement des armes est d’abord un moyen de se défendre, et les multiples manuels sur le duel publiés après 1870 sont l’émanation directe des cercles d’escrime. Dans les salles d’armes, à côté des amateurs qui se livrent à l’assaut au fleuret, le maître d’armes met en condition celui qui doit régler un duel à l’épée. Néanmoins l’apprentissage de l’épée vise à protéger aussi bien le duelliste que son adversaire.
L'Escrime Moderne : Un Sport Olympique
L’escrime opère sa mutation vers le sport à la fin du XIX siècle. En 1870, des matinées d’escrime sont organisées à l’Elysée. C’est également l’époque des défis entre maîtres italiens et maîtres français, des matches de gala qui remplissent théâtres ou stades. C’est l’époque de Gaudin, le Français, contre Gaudini, l’italien. En France, le premier tournoi se déroule le 15 janvier 1893 ; il s’agit d’une compétition entre amateurs de plus de vingt ans organisée par la société d’encouragement à l’escrime. Le vainqueur est un officier de cavalerie nommé Demouchy. Un match international franco-italien est ensuite officiellement organisé, mais le jury, composé à parité de Français et d’Italiens, ne put jamais départager les concurrents et le match fut annulé.
L’escrime devient un sport de compétition à la fin du XIXe siècle. Vers 1890, on commence à parler d’escrime sportive. En avril 1891, un assaut au fleuret entre Louis Mérignac et Eugénio Pini est remporté par le Français qui est alors surnommé le « Grand Patron ». En 1895, le journal l’Escrime Française organise un tournoi entre quatre Italiens et quatre Français.
Mais l’escrime fait sa grande entrée dans le concert sportif international en étant inscrit au programme des premiers Jeux Olympiques de 1896. Quatre pays et treize escrimeurs participent aux épreuves de fleuret et de sabre individuels. Les jeux de Paris en 1900 rassemblent 156 escrimeurs appartenant à sept nations mais 141 participants sont des Français… Depuis, le nombre de représentants par pays a été limité. C’est l’apparition de l’épreuve d’épée. Pas de fleuret en 1908 car Français et Italiens n’ont pas pu se mettre d’accord sur le déroulement de l’épreuve et apparition de la compétition par équipes. En 1912, les organisateurs des Jeux de Stockholm veulent modifier les règles de la surface valable au fleuret. C’est la grogne du côté des deux grandes écoles européennes et un besoin d’unification se fait sentir. Ensuite, tout s’enchaîne. création des championnats d’Europe en 1921. Définition de la surface valable au fleuret qui exclut les membres et la tête en 1923. Apparition du fleuret féminin aux jeux de 1924. Première utilisation de l’appareillage électrique à l’épée en 1933. Les championnats d’Europe se transforment en championnats du monde en 1936. Des championnats du monde des moins de vingt ans sont créés en 1955. La Coupe du monde dans chaque arme est officialisée en 1972.
L'escrime a été sport olympique pour la première fois en 1896 et constitue l'un des rares sports à toujours avoir figuré au programme olympique. L'escrime féminine est apparu pour la première fois aux Jeux Olympiques de 1924.
En 1896, l'escrime masculine devient une épreuve des Jeux olympiques. L’Amateur Fencing Association est créée en 1902 en Grande-Bretagne, puis la Fédération des Salles d’Armes et Sociétés d’Escrime en France en 1906. Lors des jeux de 1912, la France et l’Italie refusent de participer aux épreuves à la suite d’un désaccord sur le règlement. En conséquence, la Fédération Internationale d’Escrime est fondée en 1913. L’escrime que nous connaissons est né.
Pendant cette période, le matériel évolue rapidement. - Au XVIIème siècle, c'est en France qu'apparaît le fleuret, arme d'étude plus propice à l'apprentissage que l'épée. Cette époque se caractérise surtout par une pratique très conventionnelle. Elégance et courtoisie étaient des qualités requises. En bas latin, escrime se disait schermare et en italien scherma ; ces mots donnèrent en ancien français, les verbes « escremir » et « escremier », qui signifiaient combattre, tirer des armes.
La conception moderne de l’escrime apparaît en même temps que l'arme à feu. Avec l'apparition de la poudre, la course en avant entre l'outil offensif, l'épée, et la protection, l’armure, perd sa raison d’être : l'arme à feu rend caduque l'armure, et même dangereuse, car ralentissant le mouvement de la cible.
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