Les escarres, également appelées ulcères de décubitus, représentent un problème de santé majeur, en particulier pour les personnes à mobilité réduite (PMR) et les personnes âgées. Ces lésions cutanées sont principalement observées chez les patients alités ou en fauteuil roulant, où la pression prolongée sur une zone du corps entraîne une détérioration des tissus sous-jacents. Compte tenu du vieillissement de la population française et de la volonté des pouvoirs publics de favoriser le maintien à domicile, la prévalence des escarres est appelée à augmenter dans les années à venir. Il est donc crucial de mettre en place des mesures de prévention efficaces pour réduire ce risque.
Qu'est-ce qu'une escarre ?
Une escarre est une lésion cutanée qui survient lorsque la peau et les tissus sous-jacents sont soumis à une pression prolongée. Cette pression, souvent combinée à des facteurs tels que la friction ou l'humidité, peut entraîner une diminution de la circulation sanguine dans la zone affectée, conduisant ainsi à la formation d'une plaie. Plus précisément, une escarre se forme lorsqu'une saillie osseuse écrase trop longtemps la chair sur une surface de contact telle qu'un lit, un siège ou un fauteuil. Les zones les plus touchées sont généralement les talons, les fesses, les hanches, les coudes, les chevilles et la colonne vertébrale.
En termes médicaux, une escarre est une plaie cutanée qui apparaît souvent au niveau des fesses ou des talons. Les escarres sont la conséquence d'une immobilisation prolongée. En position allongée ou assise, des zones de la peau se retrouvent sous pression, ou en frottement prolongé. La peau et les tissus sous-cutanés manquent d'oxygène et souffrent. Cette zone de pression peut s'étendre de la surface de la peau à l'os. En surface, une escarre se manifeste par une rougeur constante. Sans traitement, cette rougeur peut évoluer en plaie. Les fesses et les talons sont les zones les plus fréquemment touchées puisque ce sont celles de notre anatomie qui se retrouvent sous pression quand nous sommes immobilisés.
Les causes et les facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent favoriser l'apparition d'escarres. Parmi les principaux, on retrouve :
- L'immobilité prolongée : C'est la cause la plus fréquente. Les personnes alitées, en fauteuil roulant ou ayant une mobilité réduite sont particulièrement à risque.
- La pression : Une pression continue sur une zone du corps empêche la circulation sanguine, privant les tissus d'oxygène et de nutriments.
- Le frottement et le cisaillement : Le frottement de la peau contre une surface, comme un drap ou un vêtement, peut endommager les tissus. Le cisaillement se produit lorsque les couches de peau et de tissus sous-jacents se déplacent dans des directions opposées.
- L'humidité : L'humidité excessive, due à la transpiration, à l'incontinence ou aux exsudats de la plaie, peut fragiliser la peau et la rendre plus vulnérable aux lésions.
- La malnutrition et la déshydratation : Une alimentation inadéquate et un manque d'hydratation peuvent affaiblir les tissus et ralentir la cicatrisation.
- L'âge : Les personnes âgées ont une peau plus fine et plus fragile, ce qui les rend plus susceptibles de développer des escarres.
- Les maladies chroniques : Certaines conditions médicales, telles que le diabète, les maladies vasculaires et l'insuffisance rénale, peuvent augmenter le risque d'escarres.
Personnes grabataires, en hospitalisation prolongée ou paraplégiques sont les plus à mêmes de développer des escarres.
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Les stades des escarres
Les escarres sont classées en différents stades en fonction de leur gravité :
- Stade 1 : Apparition d'une rougeur persistante, érythème cutané qui ne blanchit pas si l’on effectue une pression dessus. La peau peut être chaude, enflée et la zone est douloureuse. Une rougeur qui ne blanchit pas sous la pression est souvent le premier signe d'une escarre. À la vue on peut observer un changement de couleur de la peau. Elle rougit mais se recolore à la pression. Au toucher on peut percevoir une induration , ou une chaleur. Il est important aussi d’évaluer la douleur. Les premières zones à risque sont le sacrum et les talons… Le moment idéal pour cette observation, la toilette.
- Stade 2 : Perte partielle de l'épaisseur de la peau, avec formation d'une ampoule ou d'une abrasion.
- Stade 3 : Perte totale de l'épaisseur de la peau, avec atteinte du tissu sous-cutané, voire de début de nécrose.
- Stade 4 : Lésion grave atteignant les muscles, les os ou les structures de soutien comme les tendons.
Prévention des escarres : les mesures essentielles
La prévention est essentielle, elle concerne l’ensemble des professionnels de santé en contact avec le patient. Le défaut d’application de bonnes pratiques de prévention est responsable de l’apparition d’escarre(s).
Comme le dit l'adage, prévenir, c'est guérir. Pour éviter la survenue d'escarres, le matériel médical est conçu pour éviter au maximum des pressions trop importantes sur la peau. Toutefois, le matériel n'exonère pas de garder les bons gestes pour la prévention des escarres. Surveiller l'état de la peau des personnes à risque régulièrement, dans la mesure du possible, varier leur position pour limiter les zones de contact prolongées. Surveiller l'alimentation des patients est aussi important. Déshydratation et dénutrition sont des facteurs de risque supplémentaires de développement d'escarres.
Voici un ensemble de mesures à mettre en œuvre pour prévenir l'apparition des escarres chez les personnes alitées:
1. L'observation de l'état cutané
Il est essentiel d'observer régulièrement l'état de la peau, en particulier au niveau des zones à risque. À la vue, on peut observer un changement de couleur de la peau. Au toucher, on peut percevoir une induration ou une chaleur. Il est également important d'évaluer la douleur. Les premières zones à risque sont le sacrum et les talons. Le moment idéal pour cette observation est la toilette.
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2. Changements de position fréquents
Pour réduire la pression sur les zones à risque, il est essentiel de changer régulièrement de position. Les patients alités doivent être repositionnés toutes les deux à quatre heures. Les coussins de positionnement pour le lit permettent des changements de position facilités. À chaque changement, les coussins épousent la forme du corps. Pour les personnes qui restent alitées la plus grande partie de la journée, à l'hôpital ou en EHPAD, les coussins à mémoire de forme permettent des changements de position facilités. À chaque changement, les coussins épousent la forme du corps. Remplis de flocons de mousse visco-élastique, ils s'adaptent à toutes les morphologies tout en diminuant la pression sur les points d'appui.
Quelques gestes essentiels permettent de prévenir les escarres lorsqu’un malade est alité. Quand il est couché sur le lit, la position allongée à 30 degrés est à privilégier. Cela permet de réduire les pressions sur les hanches et les talons. Lorsqu’il est en position demi-assise, pour regarder la télé ou lire un livre par exemple, le buste doit être relevé à 30 degrés. Le lit médicalisé, grâce à ses fonctions électriques, permet de relever le buste sans aucun effort et en toute autonomie. Il permet également de relever les jambes afin de favoriser la circulation sanguine. Les élévations des jambes sont importantes pour une personne dont la capacité de se mouvoir est limitée.
Dans la mesure du possible, le malade doit alterner différentes positions au moins toutes les 3 heures. Les mouvements favorisent la circulation sanguine, ce qui aide à prévenir la formation de plaies liées à la pression prolongée de la peau. Ainsi, les positions couchées, assises et demi-assises sont à alterner. Si la personne peut se lever, c’est encore mieux. L’utilisation d’un verticalisateur électrique peut aider à se lever lorsqu’on est en perte de mobilité. Pour cela, l’aide d’un tiers sera indispensable. Et pour se déplacer, le malade peut se faire aider par une canne de marche ou un déambulateur. Le fauteuil roulant est également un matériel médical indispensable lorsqu’on est invalide. Elle va permettre au malade de bouger, de sortir et de rompre son isolement.
3. Utilisation de supports adaptés
L'utilisation de matelas anti-escarres est fortement recommandée pour prévenir la formation d'escarres. Ces matelas sont conçus pour répartir la pression de manière uniforme et réduire les points de contact sur le corps. Le matelas anti-escarres et les coussins anti-escarres ont pour principale fonction de répartir le poids du corps et aident donc à prévenir l'apparition des escarres. Mais leurs utilisations sont à combiner avec d’autres gestes.
- Matelas anti-escarres : Les matelas anti-escarres sont essentiels pour la prévention et le traitement des escarres, notamment chez les patients alités ou à mobilité réduite. Il existe plusieurs types de matelas anti-escarres, chacun ayant des caractéristiques spécifiques adaptées à différents niveaux de risque et à des besoins variés. Les matelas anti-escarres sont classés en différentes catégories (1A, 1B, 2 et 3) selon leur capacité à prévenir et traiter les escarres, ainsi que selon les besoins spécifiques des patients. Si vous êtes un particulier à la recherche d’un matelas anti-escarres pour vous-même ou pour un proche, il est essentiel de comprendre les différentes classes de matelas disponibles sur le marché.
- Matelas de classe 1A : Les matelas de classe 1A conviennent aux personnes à faible risque d’escarres, comme celles qui sont capables de bouger seules, même si elles sont alitées pendant une partie de la journée.
- Matelas de classe 1B : Les matelas de classe 1B sont similaires aux matelas de classe 1A, mais ils sont fabriqués avec des matériaux plus performants, comme la mousse haute résilience ou à mémoire de forme. Ces matelas sont légèrement plus efficaces pour la prévention des escarres que les matelas 1A et conviennent aux patients avec un risque modéré d'escarres. Ces matelas sont adaptés aux personnes avec un risque modéré d’escarres, comme celles qui passent beaucoup de temps assises ou allongées, mais qui conservent une certaine mobilité.
- Matelas de classe 2 : Les matelas de classe 2 sont conçus pour les patients à risque élevé de développer des escarres, ou pour ceux qui présentent déjà des escarres de stade 1 ou 2. Les matelas de classe 2 sont recommandés pour les personnes à risque élevé d’escarres ou celles qui ont déjà des escarres de stade 1 ou 2.
- Matelas de classe 3 : Les matelas de classe 3 sont les plus avancés et sont utilisés pour les patients présentant un très haut risque d'escarres, ou pour ceux qui ont déjà des escarres de stade 3 ou 4. Ce sont les matelas les plus sophistiqués, destinés aux personnes présentant un très haut risque d’escarres, ou qui ont déjà des escarres sévères (stades 3 ou 4).
- Talonnières : Les talonnières, de la même façon, évitent une station prolongée du pied au sol. Elles sont douces et confortables.
- Coussins : Parmi les produits développés, il y a les différents coussins anti-escarres de positionnement.
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4. Soins de la peau
La toilette doit être minutieuse. L’hygiène corporelle est importante pour prévenir la formation des escarres. Il est conseillé de se laver au moins une fois par jour. Les linges de lit doivent être changés fréquemment. L’incontinence doit être prévenue et traitée. En cas d’incontinence, le port d’une couche est nécessaire afin de garder les draps toujours secs . Les selles et l’urine ne doivent pas rester longtemps en contact avec la peau. En effet, les acides et les enzymes qu’ils contiennent provoquent une dégradation de la peau. Cela favorise ainsi le développement d’escarres.
Il faut éviter ou limiter l’effet « hamac » avec des draps trop tendus. Préférer un linge de lit résistant, imperméable aux liquides, perméable à la vapeur d’eau, lavable et désinfectable. Limiter les épaisseurs supplémentaires entre la peau et le support. Le lit du malade alité ne doit avoir ni plis ni corps étrangers. Le frottement de la peau avec des surfaces non lisses favorisent l'apparition d’escarres et accélère la dégradation d’une peau déjà fragilisée.
- Hygiène : Maintenir la peau propre et sèche. Utiliser un savon doux et sécher délicatement, en tamponnant plutôt qu'en frottant.
- Hydratation : Appliquer régulièrement une crème hydratante pour prévenir le dessèchement de la peau.
5. Alimentation et hydratation
Il est conseillé de boire au moins 1,5L de liquide par jour pour prévenir les escarres. Le malade peut compléter l’eau par du jus de fruits naturels, du lait, de la soupe ou du bouillon de légumes ou encore du thé. En revanche, les limonades ne sont pas conseillées. Il faut veiller à ce que l’alimentation du malade soit saine et équilibrée. L'optimisation de l'état nutritionnel d'une personne vivant avec une escarre est primordiale pour que le traitement soit efficace. Pour les personnes vivant avec des troubles métaboliques, comme le diabète, une alimentation saine apporte plus de bienfaits que simplement prévenir ou favoriser la guérison des escarres.
Attention à l’équilibre alimentaire, et à ne surtout pas oublier les protéines !
- Hydratation : Assurer une hydratation suffisante en encourageant la personne à boire régulièrement de l'eau.
- Nutrition : Proposer une alimentation équilibrée, riche en protéines, en vitamines et en minéraux, pour favoriser la santé de la peau et la cicatrisation.
6. Éducation et sensibilisation
C’est un facteur important dans le développement de l’escarre. Il faut forcement que l’entourage du loulou ait connaissance de ces principes de prévention. Pour des personnes alitées, il y a plusieurs facteurs à prendre en compte dans la prévention d’escarre en position allongée comme la qualité du linge de lit, les dispositifs d’aide au positionnement, etc…
Il est essentiel d'informer et de sensibiliser les patients, leurs familles et les soignants sur les mesures de prévention des escarres. Cela implique de leur expliquer les causes des escarres, les facteurs de risque, les signes d'alerte et les mesures à mettre en œuvre pour les prévenir.
7. Surveillance régulière de la peau
Vérifier la peau fréquemment. Les escarres peuvent se former très rapidement en quelques heures. Lorsqu'elles ne sont pas traitées, elles peuvent atteindre les muscles voire les os. La peau doit donc être vérifiée régulièrement : les rougeurs qui ne blanchissent pas lorsqu'on appuie dessus et les douleurs sont des signes de développement d’escarres, notamment de stade 1. Les signes peuvent être vérifiés lors des soins périnéaux et des douches.
Traitement des escarres
Le traitement des escarres dépend de leur stade de gravité. Il comprend généralement les mesures suivantes :
- Décharge de pression : Il est essentiel de soulager la pression sur la zone affectée en changeant de position, en utilisant des supports adaptés et en évitant tout frottement ou cisaillement.
- Soins de la plaie : Le traitement des escarres commence par un nettoyage régulier de la plaie pour éliminer les débris et réduire le risque d'infection. Le choix des pansements dépend du stade de l'escarre et de l'état de la plaie. La plaie est généralement recouverte d’un pansement après avoir reçue les soins nécessaires (nettoyage, détersion, application de miel,…).
- Gestion de la douleur : Les escarres peuvent être très douloureuses, et il est important de gérer cette douleur de manière appropriée. Les analgésiques peuvent être administrés avant les soins de la plaie pour minimiser l'inconfort.
- Traitement des complications : En cas d'infection, des antibiotiques peuvent être prescrits. Dans les cas d'escarres profondes (stades 3 et 4), une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour retirer les tissus nécrosés et favoriser la guérison. Lorsque les soins classiques ne suffisent pas ou ne sont pas adaptés des techniques alternatives existent et doivent être employées (TPN, larvothérapie, chirurgie, …).
Masser ce genre de plaies est déconseillé. Cela aurait pour conséquence d’agrandir l’escarre. Il est conseillé d’effleurer la surface de la peau, pour éviter les démangeaisons et ne pas de la masser.
Outre les matelas, d'autres dispositifs peuvent améliorer le confort des patients, comme les supports pour les talons, les cale-pieds, et les vêtements spécialement conçus pour minimiser les frictions.
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