Les tumeurs mammaires sont une des affections les plus fréquentes et préoccupantes chez les chiennes. Ces tumeurs peuvent être bénignes (non cancéreuses) ou malignes (cancéreuses), avec des conséquences très différentes pour la santé de l’animal. Il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes, les méthodes de diagnostic, les traitements disponibles et les mesures préventives pour assurer la meilleure prise en charge possible de votre animal.
Types de Tumeurs Mammaires
Les tumeurs mammaires chez la chienne peuvent être classées en deux catégories principales :
- Tumeurs bénignes: Elles incluent les adénomes, les fibro-adénomes et les hyperplasies fibro-épithéliales.
- Tumeurs malignes: Elles comprennent les adénocarcinomes mammaires, les carcinomes, les sarcomes et les carcinosarcomes.
Selon certaines études, environ 50 % à 70 % des tumeurs mammaires chez la chienne sont malignes, avec un risque significativement plus élevé chez les chiennes non stérilisées.
Influence Hormonale et Âge
Le développement des tumeurs mammaires chez la chienne est étroitement lié à l’influence hormonale, en particulier celle des œstrogènes et de la progestérone. Une étude montre que la stérilisation avant les premières chaleurs réduit le risque de tumeurs mammaires à environ 0,5 %, soit une réduction d’environ 90 % par rapport aux chiennes non stérilisées.
Les tumeurs mammaires apparaissent principalement chez les chiennes d’âge moyen à avancé, la majorité des cas étant diagnostiqués entre 7 et 12 ans. Bien que les glandes mammaires soient également présentes chez le chien mâle, les tumeurs mammaires y sont extrêmement rares, en raison de l’absence d’influence hormonale féminine. Les rares cas rapportés concernent souvent des chiens soumis à des désordres hormonaux, comme des tumeurs testiculaires produisant des œstrogènes (tumeurs de Sertoli).
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Les mamelles de la chienne sont des glandes composites qui subissent des changements en fonction du cycle hormonal et de la production de progestérone. Les glandes sont composées de différents types de cellules, ce qui explique la diversité des types de tumeurs mammaires. Il n’est pas rare de voir apparaître des formes mixtes, issues de cellules différentes. C’est pourquoi les spécialistes classent les tumeurs mammaires chez le chien en fonction des cellules concernées. La tumeur mammaire est la tumeur la plus fréquente chez les chiennes, mais elle peut également toucher les mâles.
Symptômes et Détection
Les tumeurs mammaires chez la chienne se manifestent par des signes locaux qui peuvent être détectés par une simple palpation. Le principal symptôme est l’apparition d’une ou plusieurs grosseurs au niveau des mamelles. Ces nodules peuvent être de tailles et formes variables, et toucher une ou plusieurs mamelles. Si la tumeur s’enflamme, les tissus peuvent continuer d’enfler et devenir très douloureux pour l’animal. La mamelle est alors gonflée et rouge, des symptômes pouvant être confondus avec ceux de la mammite chez le chien (également appelée mastite).
La plupart des propriétaires remarquent les petites grosseurs sur les mamelles de leur chienne lorsqu’ils la brossent ou la câlinent. Il est important de noter que sentir une boule sur le ventre de votre chienne peut être inquiétant, mais toutes les masses ne sont pas forcément des tumeurs mammaires. Seul un vétérinaire peut confirmer la nature de la masse. Il réalisera un examen clinique et, si nécessaire, des examens complémentaires (cytoponction, biopsie).
Les tumeurs mammaires se traduisent par une masse ou un nodule au niveau des mamelles ou entre ces dernières. Les masses et les nodules peuvent être soit visibles soit palpables. La tumeur mammaire peut être de la taille d’un grain de riz, ou mesurer une dizaine de centimètres de diamètre. Il peut en exister plusieurs situées sur les différentes mamelles. Dans la plupart des cas, ces tumeurs grossiront au fils du temps si on ne les traite pas. Ces masses ou ces nodules peuvent éventuellement présenter des signes d’inflammation (rougeur, chaleur, douleur, gonflement) et s’ulcérer. Les cellules tumorales peuvent métastaser dans les nœuds lymphatiques et occasionner une modification de leur aspect, de leur forme ou de leur consistance. La modification la plus courante est une augmentation de leur taille appelée adénomégalie.
La plupart du temps, votre animal est en bonne santé au moment du diagnostic : il est vif, il joue, il mange bien et boit correctement. Toutefois, lors du développement de métastases, des signes généraux peuvent apparaitre comme de la cachexie ou de la fatigue. Les métastases à distance se forment le plus souvent au niveau des poumons mais aussi dans d’autres organes comme le foie, la rate, les os, les reins, le cerveau, etc. Des signes cliniques plus spécifiques de la localisation de ces métastases peuvent également être présents comme par exemple : des difficultés respiratoires, des symptômes nerveux, une douleur osseuse, une augmentation de la taille du foie, etc.
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Diagnostic
Le diagnostic des tumeurs mammaires chez la chienne repose sur plusieurs étapes clés :
- Examen clinique: Le vétérinaire procède à la palpation des glandes mammaires pour évaluer la taille, la texture et l’extension des masses.
- Cytoponction: Une analyse cytologique peut être effectuée pour confirmer la suspicion diagnostique et l’origine tumorale. Cependant, elle ne permet pas toujours d’affirmer la malignité ou la bénignité de la tumeur.
- Biopsie: La biopsie est essentielle et résulte du prélèvement de tissu pour déterminer si la tumeur est bénigne ou maligne.
- Analyse histopathologique: Réalisée après le retrait chirurgical de la tumeur, l’histologie permet d’obtenir un diagnostic de certitude et de caractériser précisément la tumeur. Elle permet de définir le caractère bénin ou malin de la tumeur et de prévoir le comportement tumoral de manière plus précise.
- Bilan d’extension: Le recours à l’imagerie (radiographie, échographie) permet de rechercher des métastases dans les poumons, aux ganglions lymphatiques et/ou à d’autres organes. Une radiographie de votre chien lui permettra d’observer les tissus de plus près et de détecter d’éventuelles tumeurs secondaires (métastases) dans d’autres organes. Enfin, une échographie lui permettra de repérer d’éventuelles anomalies au niveau de l’abdomen et de déterminer si la tumeur est maligne ou bénigne. Ensuite, le vétérinaire effectuera un prélèvement sanguin pour évaluer le fonctionnement des reins et du foie. Si le cancer est avancé, des marqueurs tumoraux seront présents dans le sang.
Avant toute chirurgie, il est fondamental d’évaluer la présence éventuelle de métastases. Le protocole minimal inclut des radiographies thoraciques sous trois incidences (profils droit et gauche, et ventro-dorsale) pour rechercher des métastases pulmonaires. La sensibilité de cet examen est cependant limitée à la détection de nodules de plus de 8 mm. Le scanner (tomodensitométrie) thoraco-abdominal est l’examen de choix, offrant une sensibilité bien supérieure (détection de nodules de moins de 2 mm) et permettant une évaluation précise des nœuds lymphatiques et des organes abdominaux.
Traitement
Le traitement des tumeurs mammaires chez la chienne dépend principalement du type, de la taille, du nombre de masses et de leur potentiel de malignité. La chirurgie est le traitement de référence.
Options Chirurgicales
- Exérèse simple: Retrait de la masse tumorale seule, pratiquée lorsque la tumeur est petite et bien localisée.
- Mastectomie partielle: Ablation d’une ou plusieurs glandes mammaires affectées.
- Mastectomie régionale: Ablation d’une chaîne mammaire complète (toutes les glandes d’un même côté).
- Mastectomie bilatérale: Intervention plus étendue, pratiquée lorsque les tumeurs touchent les deux chaînes mammaires.
Le retrait complet des deux chaines mammaires est utilisé lorsque des tumeurs mammaires sont multiples et situées à la fois sur les chaines droites et gauche.
Autres Traitements
- Chimiothérapie: Utilisée pour ralentir la progression de la maladie, surtout en cas de tumeurs malignes à haut risque métastatique. De nombreux protocoles existent. Votre vétérinaire vous recommandera le plus adapté au cas de votre chienne.
- Stérilisation: La stérilisation de la chienne, si elle n’a pas été réalisée auparavant, est souvent recommandée lors de l’intervention chirurgicale ou peu après. Une étude suggère que la stérilisation au moment du diagnostic peut améliorer la survie globale chez les chiennes atteintes de tumeurs mammaires, en réduisant la récidive locale et les métastases.
- Anti-inflammatoires: Ils semblent permettre une prolongation du temps de survie qu’ils soient associés, ou non, à la chimiothérapie. Ce sont des traitements classiques et utilisés couramment en clientèle vétérinaire. Ainsi le piroxicam ou le firocoxib peuvent être utilisés.
- Traitement hormonal: Il est possible d’agir au niveau hormonal, soit médicalement (par utilisation d’aromatases) soit chirurgicalement par la réalisation d’une stérilisation. Le bénéfice de ces traitements est controversé.
- Radiothérapie: Elle peut être utilisée en post-opératoire sur le site chirurgical en cas d’exérèse incomplète (marges “sales”) pour limiter le risque de récidive locale. Elle a également un rôle palliatif important pour les tumeurs inopérables, afin de réduire la douleur.
Suivi Vétérinaire
Un suivi vétérinaire régulier est essentiel pour détecter rapidement toute récidive ou apparition de nouvelles masses. Le vétérinaire peut ainsi surveiller de près la rémission, détecter à temps une rechute et agir en conséquence.
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Coûts Estimés
Voici un tableau récapitulatif des coûts approximatifs pour l’opération d’une tumeur mammaire chez une chienne en France. Ces tarifs sont indicatifs. Pour un devis précis, il est recommandé de consulter directement un vétérinaire.
(Le tableau des coûts n'a pas été fourni, il faudrait consulter un vétérinaire pour obtenir ces informations).
Pronostic et Espérance de Vie
Les tumeurs bénignes ont généralement une croissance lente et restent localisées sans envahir les tissus voisins ni se propager à distance. Lorsqu’une tumeur est détectée tôt et retirée chirurgicalement avec des marges saines, les chances de guérison sont bonnes, et la chienne peut retrouver une bonne qualité de vie. Pour les tumeurs bénignes, la survie peut être quasi normale après opération, souvent plusieurs années sans récidive.
Pour les tumeurs malignes, la survie médiane est plus courte : elle peut aller de quelques mois à deux ans selon la gravité, la réponse au traitement, et la présence ou non de métastases. Le pronostic de survie est très variable en fonction de la taille des tumeurs lors de l'opération. Si elles font moins de trois centimètres, l'espérance de vie dépasse trois ans, alors que 80% des chiennes font une rechute dans l'année si la taille de la tumeur retirée dépassait cinq centimètres. C'est pourquoi il est très important de retirer les tumeurs aussi vite que possible.
Le pronostic dépend de la nature tumorale, du stade clinique, de son grade, de facteurs individuels (l’âge avancé par exemple mais qui est un facteur controversé), de certaines caractéristiques de la tumeur (densité de micro vascularisation, marqueurs de prolifération cellulaire), de la réaction cellulaire des tissus environnants (réaction lymphocytaire), ou encore de la présence d’affections concomitantes. Par exemple, la nature tumorale impacte fortement le pronostic ; de plus une tumeur de grade élevé, une tumeur de grande taille et la présence de métastases sont des paramètres qui péjorent le pronostic.
Prévention
La prévention des tumeurs mammaires chez la chienne repose essentiellement sur la gestion des facteurs hormonaux.
- Stérilisation précoce: Elle est reconnue comme la mesure préventive la plus efficace. Des données historiques fondatrices suggèrent une réduction drastique du risque, avec une incidence rapportée de 0,5 % pour une stérilisation avant les premières chaleurs, 8 % après les premières, et 26 % après les deuxièmes. Bien que ce bénéfice protecteur soit un consensus, des revues systématiques récentes ont souligné les limites méthodologiques des études originales.
- Éviter les contraceptifs hormonaux: La prise de pilule (traitement hormonal) est à proscrire.
- Gestion du poids: L’obésité canine est connue pour favoriser l’apparition d’une tumeur mammaire chez le chien. Il est donc crucial de veiller à donner une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins de votre fidèle compagnon et de s’assurer que votre animal fasse suffisamment d’exercice.
Pour les chiennes qui n’ont pas pu bénéficier d’une stérilisation précoce et qui sont donc considérées à risque, une surveillance active est recommandée. Cela inclut une palpation régulière des mamelles par les propriétaires, au moins une fois par mois, afin de détecter toute modification ou l’apparition de la moindre boule le plus tôt possible. Cette vigilance doit être complétée par un examen clinique annuel approfondi réalisé par un vétérinaire.
Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer des tumeurs mammaires chez la chienne :
- Âge: La tumeur mammaire apparaît le plus souvent chez des chiennes âgées de neuf à onze ans.
- Race: Les chiens issus de croisements souffrent généralement moins de ce type de cancer, contrairement aux chiens de pure race. Si les Colleys et les Boxers présentent peu de risques, les Teckels, les Caniches ou les Pointers sont plus souvent touchés par cette maladie. Les races de petites tailles seraient également plus à risque (comme le Caniche, le Springer spaniel, le Cocker spaniel, le Bichon maltais, le Puli, le Yorkshire, le Teckel) mais aussi certaines grandes races de chiens (Setter anglais, Epagneul breton, Berger allemand, le Pointer, le Doberman et le Boxer).
- Génétique: Les tumeurs mammaires chez les chiens peuvent être d’origine génétique. Bien qu’il existe des tests spécifiques permettant de détecter des mutations dans les gènes suppresseurs de tumeurs (p53), le résultat n’est pas toujours probant.
- Obésité: L’obésité, surtout lorsqu’elle survient à un jeune âge (autour d’un an), est reconnue comme un facteur favorisant. Le tissu adipeux est une source de production d’œstrogènes via une enzyme appelée aromatase, et il libère également des adipokines comme la leptine, qui peuvent stimuler la prolifération cellulaire.
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