L'infanticide, un sujet tabou et complexe, reste un angle mort des politiques publiques en France. Bien que les statistiques soient incomplètes et fragmentées, les chiffres disponibles donnent froid dans le dos. Cet article explore les différentes facettes de l'infanticide en France, en mettant en lumière les statistiques disponibles, les catégories d'infanticides, les facteurs de risque, et les défis liés à la prévention et à la prise en charge de ces crimes.
Un Phénomène Difficile à Quantifier
Le manque de données fiables constitue un obstacle majeur à la compréhension de l'infanticide en France. Chaque ministère possède ses propres chiffres, rendant difficile le recoupement et l'analyse globale. En 2023, le ministère de l'Intérieur a comptabilisé entre 65 et 68 décès d'enfants, mais ces chiffres ne sont pas ventilés par type d'infanticide ni par âge de la victime.
De plus, les morts violentes de nourrissons ne donnent pas systématiquement lieu à enquêtes ni à autopsies, ce qui contribue à sous-estimer l'ampleur du phénomène. Julie Ancian, sociologue spécialiste des néonaticides, souligne que seuls les meurtres qui arrivent dans le giron de la justice sont connus. Pour qu'un néonaticide soit identifié, il faut certifier que le nourrisson n'est pas mort-né, identifier le corps et la mère, et que le corps soit découvert.
Les professionnels suspectent ainsi un "chiffre noir", un nombre important d'infanticides qui passent sous les radars.
Diversité et Complexité des Meurtres d'Enfants
Le terme "infanticide" englobe des réalités extrêmement diverses, ce qui rend difficile l'analyse et la compréhension du phénomène. Julie Ancian souligne que le même terme est utilisé pour désigner des enfants victimes de violences répétées, des enfants handicapés tués par leurs parents, des enfants tués dans le cadre d'une séparation conflictuelle, et des nouveau-nés tués par leur mère.
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La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) distingue cinq principaux types d'infanticides :
- La mort liée à des "violences répétées".
- La mort survenant "dans le cadre d'une séparation conflictuelle" (violences vicariantes).
- Le néonaticide.
- Le syndrome du bébé secoué.
- La mort inattendue du nourrisson par négligence.
D'autres types d'infanticides "moins courants" existent, "liés à un épisode psychotique ou à une volonté d'abréger les souffrances d'un enfant gravement malade ou lourdement handicapé".
Dans plus de 8 cas sur 10, l'enfant tué a moins d'un an. Le très jeune enfant "ne parle pas encore, ou peu, et comme il n'est pas encore scolarisé, aucune institution n'agit comme vigie pour repérer les situations de maltraitances", explique Aude Lafitte.
Facteurs de Risque et Profils des Auteurs
Une meilleure connaissance du phénomène permet de tordre le cou aux idées reçues. Contrairement à l'idée que l'infanticide est un crime féminin, les hommes sont les principaux auteurs dans les cas de bébés secoués et de violences vicariantes.
Les mères sont les autrices des néonaticides, souvent conçus comme "une forme d'avortement post-partum", précise la sociologue Julie Ancian. Cependant, ces mères ne présentent pas de pathologie mentale et la notion de "déni de grossesse" n'est quasiment jamais retenue par la cour lors des procès.
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Parmi les facteurs de risques conduisant à l'infanticide, la CNCDH pointe l'enfance difficile des parents, la désinsertion sociale et la précarité matérielle, mais aussi la violence conjugale, les addictions ou les troubles psychiatriques. Les parents qui passent à l'acte conjuguent souvent plusieurs vulnérabilités.
Néonaticide : Un Cas Particulier
Le néonaticide, ou meurtre d'un enfant dans ses premières 24 heures de vie, est une forme particulière d'infanticide qui suscite de nombreuses questions. Dans ces affaires, le corps du nouveau-né est parfois perçu par la mère comme un déchet, un matériau obscène dont il convient de se débarrasser.
Dans nombre de cas de néonaticides, l'enfant n'est pas évoqué en tant que tel par la mère, ni reconnu, ni sexué. L'enfant n'est pas envisagé comme un enfant, mais comme un non-enfant, une "boule", des "morceaux" de bébé ou de fœtus, un déchet. Les symptômes de la grossesse peuvent être interprétés comme des troubles de la sphère digestive, et les douleurs de l'accouchement sont associées à une défécation, une constipation, ou des règles douloureuses.
La solution psychique de ces mères est de nier tout signe vital, elles s'efforcent donc d'éviter de regarder l'enfant, de l'envisager comme vivant, de reconnaître tout élément, souffle, cri, sexe, mouvement, visage, qui démontrerait son existence.
La découverte du corps du nouveau-né transforme ce corps-objet en corps-sujet, lui donnant un statut qui le distingue du tout indistinct qu'il formait pour la mère. La mère réalise alors qu'elle a commis un crime, une chose qu'elle n'aurait pas pu se dire avant.
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Défis et Perspectives
La lutte contre l'infanticide nécessite une approche globale et coordonnée, impliquant les pouvoirs publics, les professionnels de la santé, les associations et la société civile.
Parmi les pistes d'amélioration, on peut citer :
- L'amélioration de la collecte de données et la création de statistiques fiables sur l'infanticide.
- La définition d'une infraction pénale spécifique qui prenne en compte l'âge de la victime.
- Le renforcement de la prévention et du dépistage des situations à risque.
- La formation de tous les personnels en contact avec les enfants.
- La mise en place d'une politique de prévention adressée aux parents afin de les accompagner dans leur parentalité.
- La facilitation du parcours d'avortement pour les personnes qui le souhaitent.
- La mise en place d'un Haut-commissariat à l'enfance et à la jeunesse rattaché au Premier ministre.
Il est essentiel de briser le silence et de sensibiliser l'opinion publique à la réalité de l'infanticide, afin de mieux protéger les enfants et de prévenir ces drames.
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