Yolande Moreau, figure incontournable du cinéma francophone, est une artiste aux multiples facettes. Son parcours, atypique et riche en expériences, l'a menée des planches des théâtres pour enfants aux plateaux de cinéma, où elle a été couronnée de succès. Cet article explore la vie et la carrière de cette comédienne et metteuse en scène belge, en mettant en lumière son enfance, ses débuts difficiles, ses succès et sa vie personnelle.

Une Enfance Belge et une Vocation Religieuse Éphémère

Si elle est très appréciée du public français, Yolande Moreau n'est pas une enfant du pays. Née le 27 février 1953 à Bruxelles, elle est la deuxième d'une famille de quatre filles. Son père, wallon, est négociant en bois, et sa mère, flamande, est femme au foyer. Yolande grandit dans un environnement familial stable, mais son esprit rebelle et créatif la pousse rapidement à chercher sa propre voie.

Enfant, cette future comédienne ne rêvait pas de brûler les planches, mais les cierges. Elle reçoit une éducation très catholique et, entre 11 et 14 ans, traverse une période mystique. Elle se voyait devenir religieuse, remplissait ses poches de chapelets et servait la messe, allant même jusqu'à goûter le vin de messe. Cependant, cette vocation religieuse s'estompe rapidement, laissant place à une soif de découverte et d'expression artistique.

Une Jeunesse Turbulente et une Maternité Précoce

Car la jeune fille est plutôt du genre turbulente. Comme ses trois sœurs, elle fait ses études secondaires dans une institution privée catholique. Mais elle en claque la porte à l'âge de 18 ans, sans passer l'équivalent belge du bac. De son propre aveu "un véritable cancre", Yolande Moreau est plus intéressée par la création que par trouver un travail rémunéré : "J'étais l'artiste de la famille. J'ai voulu correspondre à l'image que mes parents avaient de moi. C'était confortable car c'était une échappatoire." Elle peint, joue de la guitare, commence le violon, prend même des cours de diction. Elle fait un peu de théâtre et rencontre des artistes vivant dans une communauté hippie à Oignies, dans les Ardennes. Malgré la désapprobation de ses parents, elle part s'installer avec eux.

C'est alors qu'elle tombe enceinte à l'âge de 19 ans. Malgré sa situation instable, elle décide de garder la petite Héloïse qui naît en 1972. Un an plus tard, rebelote avec son fils Nils. En revanche, elle se sépare assez vite du père. À 20 ans, seule avec deux enfants en bas âge, Yolande Moreau est embauchée dans un théâtre pour enfants de la Ville de Bruxelles. "Je louais une maison pour pas cher à Linkebeek, au sud de Bruxelles. Avec mes deux enfants, on se chauffait au charbon, on avait un bout de jardin" explique t-elle. Malgré ses difficultés à nourrir sa petite famille, le foyer est chaleureux. Pour faire survivre les siens, l'apprentie comédienne accepte de faire des petits boulots : femme de ménage, serveuse…

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Des Débuts Difficiles et une Rencontre Déterminante avec Agnès Varda

En parallèle de ses petits boulots, Yolande Moreau écrit son premier spectacle, qu'elle joue à partir de 1981 à Bruxelles. C'est une période de vaches maigres, mais elle persévère et affine son style. Son talent est finalement remarqué par Agnès Varda, qui lui offre ses premiers rôles au cinéma.

Agnès Varda, native elle-même du Plat Pays, lui offre ses premiers rôles dans le court métrage 7 p., cuis., s. de b., … à saisir, puis dans son long métrage Sans toit ni loi (1985), aux côtés d'une actrice alors en pleine ascension, Sandrine Bonnaire. Yolande Moreau y incarne une bonne « traînante et révoltée… et très belge », se souvient la cinéaste. Cette rencontre marque un tournant dans sa carrière et lui ouvre les portes du cinéma français.

L'Ascension Grâce aux Deschiens et à la Reconnaissance du Public

La rencontre avec Jérôme Deschamps et Macha Makaïeff et son intégration dans leur troupe, dont elle devient un des piliers, scelle définitivement sa carrière, propulsée dans les années 90 par Canal+ et les Deschiens. Des spectacles Lapin chasseur ou Les Pieds dans l'eau au programme télé Les Deschiens, elle impose un personnage loufoque et poétique aux manières frustes. Son humour décalé et son jeu atypique séduisent un large public, et elle devient rapidement une figure familière du paysage audiovisuel français.

Dès lors, elle est de plus en plus sollicitée par les réalisateurs, qui lui confient le plus souvent des rôles comiques. Vue en 1995 dans les films à succès Le Bonheur est dans le pré et Les Trois Frères, elle incarne aussi la concierge du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. La délicate Dominique Cabrera lui permet de dévoiler une autre facette de son talent dans Le Lait de la tendresse humaine et dans Folle embellie.

La Consécration avec "Séraphine" et les César

En 2008, Yolande Moreau accède à la consécration grâce au film Séraphine, de Martin Provost. Elle y incarne avec brio Séraphine Louis, une femme de ménage devenue peintre autodidacte de talent. Sa prestation est saluée par la critique et lui vaut le César de la meilleure actrice en 2009. Mais, à ce moment-là, cela fait déjà 25 ans que son air lunaire et sa poésie singulière parcourent les planches et les plateaux de tournage.

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Ce n'est d'ailleurs pas son premier César. En 2005, elle avait déjà été récompensée en tant que meilleure actrice pour le film Quand la mer monte… et pour la meilleure première œuvre de fiction du long-métrage qu'elle a réalisé au côté de Gilles Porte.

Une Artiste Polyvalente : Cinéma, Théâtre et Réalisation

Yolande Moreau est une artiste polyvalente qui s'illustre aussi bien au cinéma qu'au théâtre. Formée à l'école de théâtre Jacques Lecoq, elle commence par jouer des spectacles pour enfants. Elle écrit en 1982 Sale affaire, du sexe et du crime, un one-woman-show dans lequel elle interprète une femme qui vient de tuer son amant.

En 2004, Yolande Moreau passe derrière la caméra avec Quand la mer monte, co-réalisé par Gilles Porte. Virée chaleureuse dans le Nord de la France, réflexion sur la vie d'artiste, et émouvante histoire d'amour, ce coup d'essai séduit la critique et le public, et décroche le César et le Delluc de la Meilleure première œuvre.

Auréolée pour ce même film du César de la meilleure actrice, Moreau continue de jouer la comédie pour d'autres : clocharde rougeaude dans le cartoonesque Enfermés dehors, comtesse persiffleuse dans Une vieille maîtresse, elle apporte toute son humanité à la peintre oubliée Séraphine dans le biopic de Martin Provost en 2008. Suite à cette prestation très remarquée pour laquelle elle reçoit un nouveau César de la Meilleure Actrice, elle joue les ouvrières flingueuses dans le décapant Louise Michel de Delépine et Kervern, avant de se glisser dans la peau de Fréhel (Serge Gainsbourg (vie héroïque))

En 2013, elle retourne derrière la caméra (seule cette fois) avec Henri, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, ou la rencontre inattendue entre un restaurateur veuf et une handicapée mentale. Yolande Moreau poursuit avec Brèves de comptoir, une adaptation de la série de livres du même nom de Jean-Marie Gourio. Dans Voyage en Chine, l'actrice incarne une femme qui part dans le pays le plus peuplé du monde pour rapatrier le corps de son fils, mort dans un accident. Elle revient à un registre plus léger avec Le Tout Nouveau Testament emmené par Benoît Poelvoorde et où elle se glisse dans la peau de la femme de dieu.

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En 2016, Yolande Moreau joue l'un des rôles principaux du film en costumes Une vie de Stéphane Brizé, la baronne Adélaïde Le Perthuis des Vauds. La comédienne poursuit avec deux comédies sociales, Crash Test Aglaé et Rebelles.

Vie Privée : Famille, Maladie et Vie en Normandie

Plutôt avare en confidences sur ses deux enfants, Yolande Moreau avait tout de même évoqué sa petite tribu dans les colonnes de nos confrères de Gala : "Ma fille Héloïse est scripte, elle m'a aidé à me familiariser avec les questions techniques. J'ai aussi quatre petits-enfants. J'ai une petite-fille aînée de 19 ans ! Ils sont en Belgique, je suis en Normandie. On se voit autrement, en vacances, plus longtemps. Certes, je n'ai pas pu aider ma fille le soir au pied levé si elle avait besoin d'une garde. On ne sait jamais si on est une bonne mère. On se pose plein de questions.

Désormais, la star vit loin de la Belgique, en Normandie, au côté de son compagnon. "Loin de mes enfants, certes, je ne suis pas la grand-mère idéale non plus. J'ai une petite-fille aînée de 19 ans ! On se voit autrement, en vacances, plus longtemps. Certes, je n'ai pas pu aider ma fille le soir au pied levé si elle avait besoin d'une garde. On ne sait jamais si on est une bonne mère. On se pose plein de questions. Il faut régler ses comptes avec sa culpabilité.

En 2010, la comédienne s'est vue diagnostiquer une maladie qui a touché, en 2020, plus de 2,3 millions d'individus, rapporte Médisite. Yolande Moreau a été frappée par la maladie. La célèbre comédienne de Séraphine s'est vue diagnostiquer en 2009 un cancer du sein. Dans un entretien accordé au Journal du dimanche, Yolande Moreau s'était confiée sur son long combat contre la maladie. "On relativise après, quand on en est sorti. J'essaie de vivre le moment présent, de m'entourer mieux des gens que j'aime, de faire plus attention aux choses du quotidien et, artistiquement, d'aller vers ce dont j'ai envie".

Désormais, la star arbore dignement ses cheveux blancs, signe de ses nombreuses séances de chimiothérapie. "En fait, je m'étais fait des petites mèches et puis il y a eu la maladie.

Une Personnalité Attachante et un Talent Incontestable

Yolande Moreau est une personnalité attachante, appréciée pour sa simplicité, son humour et son authenticité. Elle n'a pas l'accent belge. Son accent, c'est sa voix comme chez les grands acteurs, dit Macha Makeïeff. Son corps, il suit ses yeux, il les suit en se marrant, et tout vient, résume Philippe Gaulier, son ancien professeur de théâtre, lui-même ancien élève de Jacques Lecoq, maître en art du mime et du clown. Peut-être qu'une des clés est là : le corps de Yolande Moreau sait se moquer de lui-même. C'est un corps de géante (1,75 m), tout en vallons et en couleurs, comme ceux des carnavals du nord de la France, qu'on voit dans Quand la mer monte.

Aussi dense que sa cousine de scène, l'humoriste Zouc, dont le génie l'a "bouleversée", Yolande Moreau n'en a pas la noirceur absolue. "Elle est une actrice de proximité : les gens ont envie qu'elle soit leur voisine, leur copine", observe François Morel. Si Martin Provost la compare à la comédienne Denise Gence, Agnès Varda, elle, pense à Simone Signoret. "Elles ont la même beauté, la même violence dans le visage et le regard, avec ces yeux perçants, extraordinaires", souligne la cinéaste. Mais Yolande Moreau a quelque chose en plus. Ou en moins. "C'est une modeste", relève Agnès Varda. Et souvent décalée, comme ces gens qu'elle raconte, d'un personnage à l'autre, "des gens assis au bord de la route, fragiles, dit-elle, et qui poussent comme des plantes".

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