L'histoire des enfants autochtones au Canada est marquée par une période sombre de pensionnats, un système qui a eu des conséquences profondes et durables sur les communautés autochtones. Dès le 17ᵉ siècle, des écoles missionnaires ont commencé à apparaître au Canada, destinées aux enfants autochtones. Cependant, c'est au cours du 19ᵉ siècle que les premiers pensionnats financés par l'État ont été construits, avec un réseau fédéral mis en place à partir de 1883. Ces institutions, gérées par diverses congrégations religieuses, visaient à assimiler les enfants autochtones à la culture euro-canadienne, en les séparant de leurs familles et de leurs cultures.

L'établissement des pensionnats

De 1894 à 1920, la Loi sur les Indiens a été modifiée pour rendre obligatoire la fréquentation des pensionnats pour les enfants autochtones âgés de sept à quinze ans. Le gouvernement canadien justifiait cette politique en affirmant qu'il était nécessaire d'éduquer les enfants autochtones et de les intégrer à la société canadienne. Cependant, dans les faits, l'objectif était d'isoler les enfants métis, inuits et membres des Premières Nations afin de les assimiler aux mœurs euro-canadiennes et de les forcer à abandonner leurs langues et leurs cultures.

Les pensionnats étaient tenus par diverses congrégations catholiques, anglicanes et presbytériennes. Les enfants étaient séparés de leurs familles pendant au moins dix mois par an, coupés de leur culture. L'utilisation de leur langue maternelle était interdite, ainsi que le port de vêtements traditionnels et toute autre pratique coutumière et religieuse.

Conditions de vie et abus dans les pensionnats

La vie dans les pensionnats était extrêmement difficile. Les journées étaient divisées entre un enseignement sommaire et de nombreux travaux qui, sous prétexte d'apprentissage, visaient à assurer l'entretien et la subsistance du pensionnat : agriculture, construction, ménage et cuisine.

Outre l'acculturation forcée, les enfants étaient soumis à des conditions de vie très dures, à une discipline sévère et à des négligences permanentes. Les punitions étaient courantes, incluant les coups, les privations et l'enfermement. De nombreux pensionnaires ont également fait état d'abus sexuels, rarement et faiblement réprimés.

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Le manque de financement entraînait une nourriture de mauvaise qualité et en quantité insuffisante. La sous-nutrition, combinée au surpeuplement des établissements, favorisait les maladies, en particulier la tuberculose et la grippe. Le rapport Bryce de 1907 révélait un taux de mortalité de 24 % dans 15 établissements.

Conséquences à long terme

Les anciens pensionnaires, séparés de leur culture d'origine et incapables de s'intégrer pleinement à la société canadienne, ont dû faire face aux séquelles psychologiques, physiques et sexuelles de leur enfermement. Les traumatismes ont causé anxiété, dépression, violence et suicide, et ont été largement transmis à leur descendance, selon des chercheurs en psychologie et sociologie.

Tout au long de l'existence des pensionnats, de nombreuses voix se sont élevées parmi les peuples autochtones pour en critiquer la gestion. Certains parents ont protesté par le biais de lettres et de pétitions. De nombreux enfants se sont révoltés, choisissant parfois l'évasion, parfois l'incendie volontaire de leur établissement.

La fermeture des pensionnats et la voie vers la réconciliation

Ce n'est qu'à la fin des années quarante que le gouvernement canadien a commencé à s'inquiéter des dysfonctionnements des pensionnats. En 1948, un comité mixte spécial a constaté que les pensionnats ne remplissaient pas leur rôle et que les maltraitances commençaient à être connues au-delà des peuples amérindiens.

Faute de financement et grâce à un relatif assouplissement de la Loi sur les Indiens en 1951, la part d'élèves scolarisés a peu à peu diminué à partir des années soixante. En 1969, l'État fédéral a pris en charge ces institutions, en écartant les églises qui les géraient. Le nombre d'établissements a diminué pendant les décennies suivantes, et le dernier établissement a fermé ses portes en 1996.

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Au cours des années quatre-vingt-dix, les récits des anciens pensionnaires et les plaintes en justice se sont multipliés, conduisant le Canada à mettre en place, en 2008, une Commission de vérité et de réconciliation (CVR). La commission a rendu ses conclusions en 2015 et a reconnu la mise en place d'un véritable génocide culturel.

Réparations et excuses

En 2008, le Premier ministre Stephen Harper a présenté des excuses officielles aux Autochtones au nom du Canada pour les torts et dommages causés par les pensionnats. Les excuses portaient spécifiquement sur les pratiques d'assimilation du gouvernement, le retrait forcé des enfants de leur famille, les abus subis par un grand nombre de ces enfants et les effets néfastes de ces politiques sur la culture, le patrimoine et les langues autochtones.

Dès 2007, deux programmes de compensation financière pour les anciens élèves ont été mis en place. Le premier, appelé programme d'expérience commune, alloue à chaque ancien élève une somme pour la première année de fréquentation du pensionnat, avec un montant supplémentaire pour chaque année suivante. L'autre programme de compensation est destiné spécifiquement à indemniser les anciens pensionnaires ayant subi de mauvais traitements, sévices et abus sexuels.

En 2022, après une vague d'incendies visant des lieux de prière, le pape François, en visite au Canada, a demandé officiellement pardon au nom de l'Église catholique pour le rôle qu'elle a joué dans le système des pensionnats. Les églises sont désormais appelées à communiquer toutes leurs archives concernant les pensionnats pour contribuer au travail de mémoire sur cette période.

Les découvertes de tombes non marquées et l'impact sur la réconciliation

La découverte de tombes non marquées d'enfants autochtones près des anciens pensionnats a eu un impact profond sur le processus de réconciliation au Canada. En mai 2021, la Première Nation de Kamloops a annoncé la découverte potentielle de tombes anonymes sur le site de l'ancien pensionnat de Kamloops, le plus grand du Canada. Cette découverte a suscité une onde de choc à travers le pays et à l'étranger, ravivant les appels à la justice et à la vérité.

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Le gouvernement canadien a mis en berne les drapeaux de tous ses édifices en mémoire des enfants qui ont fréquenté les écoles résidentielles et pour ceux qui ne sont jamais revenus à leur domicile. Des communautés autochtones ont fait appel au gouvernement fédéral pour obtenir de l'aide financière afin de rechercher d'autres tombes non marquées près des pensionnats.

La découverte de ces tombes a renforcé la nécessité de poursuivre les efforts de réconciliation et de faire la lumière sur les atrocités commises dans les pensionnats. Elle a également souligné l'importance de soutenir les survivants des pensionnats et leurs familles, et de travailler en partenariat avec les communautés autochtones pour guérir les blessures du passé.

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