L'appellation "enfant zouhri" est porteuse de sombres superstitions et de réalités effroyables, particulièrement au Maroc et en Algérie. Liée à des croyances ancestrales concernant les trésors cachés et les djinns, cette notion est au cœur de pratiques occultes, de disparitions d'enfants, et même de trafic d'organes.
Définition et Caractéristiques des Enfants Zouhris
Selon les récits populaires, un enfant est considéré comme "zouhri" lorsqu'il présente certaines caractéristiques physiques distinctives. La plus courante est la présence d'une ligne droite traversant ses deux mains. D'autres signes peuvent inclure des particularités dans les yeux. Ces marques sont interprétées par certains comme des indications d'une aptitude à communiquer avec les djinns et à localiser des trésors enfouis.
La Chasse aux Trésors et les Sacrifices Humains
La croyance en l'existence de trésors cachés est profondément ancrée dans la culture marocaine. L'insécurité et les guerres tribales d'antan incitaient les populations à enfouir leurs biens précieux, créant ainsi un imaginaire collectif de richesses dissimulées.
Certains individus, les "Fkihs Soussis" (originaires de la région de Souss au Maroc), se spécialisent dans la recherche de ces trésors. Ils pratiquent une forme de magie noire et estiment que l'exhumation de ces richesses nécessite une offrande aux djinns gardiens des lieux. C'est là que la sinistre figure de l'enfant zouhri entre en jeu.
Ces Fkihs, souvent décrits comme des escrocs, organisent des rituels appelés "taâzima", des pactes sataniques visant à invoquer et chasser le djinn gardien. Selon la croyance, le djinn exige un enfant zouhri en sacrifice pour permettre l'accès au trésor. L'enfant est alors égorgé sur le lieu supposé du trésor, dans un acte d'une barbarie extrême.
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Le Trafic d'Organes : Une Dérive Macabre
L'horreur ne s'arrête pas toujours au sacrifice. Dans certains cas, les organes des enfants zouhris sont extraits pour alimenter un trafic international. Ce commerce macabre ajoute une dimension encore plus abjecte à l'exploitation de ces enfants vulnérables.
En mai 2008, les services de gendarmerie de Maghnia (Algérie) ont démantelé un réseau de trafic international d'organes impliquant un Marocain. Des témoignages font également état d'enfants enlevés et mutilés dans des régions rurales du Maroc, où la sorcellerie et les actes sataniques sont monnaie courante.
Exemples Tragiques et Psychose Collective
Plusieurs affaires ont mis en lumière la réalité de ces crimes. En septembre 2016, Hamani Yacine, un garçon de 9 ans, a été retrouvé dans un état critique après avoir été enlevé à Tissemsilt (Algérie). Parmi les personnes arrêtées figuraient le père et l'oncle de l'enfant, soulignant la complexité et l'implication parfois familiale dans ces affaires.
La disparition d'enfants présentant des caractéristiques de "zouhris" crée une psychose collective, alimentée par la peur et la méfiance. Des familles entières vivent dans l'angoisse que leurs enfants soient ciblés par ces pratiques barbares.
La Persistance des Croyances et la Responsabilité de l'État
Malgré la modernité, les mythes, la superstition et la croyance en la sorcellerie persistent au Maroc et en Algérie. Cette persistance est alimentée par la quête d'argent facile et par un manque d'éducation et de sensibilisation.
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Le psycho-sociologue Mohssine Benzakour souligne la responsabilité de l'État dans la lutte contre ces dérives. Il appelle à des séminaires nationaux pour combattre la pensée superstitieuse et à une sensibilisation accrue pour protéger les enfants.
Les Zouhris dans la Culture et la Spiritualité Marocaine
La notion de "zouhri" ne se limite pas aux aspects sombres décrits précédemment. Dans la culture marocaine, elle est également associée à des dons et des capacités exceptionnelles, voire à une certaine forme de spiritualité.
Les Zouhris et les Djinns
Dans le langage parlé marocain, les mêmes mots peuvent désigner des concepts liés aux djinns, aux artistes et à la folie. Par exemple, le terme "hal" peut se traduire par "état de saisissement" et s'applique aussi bien à l'état de transe des personnes possédées par les djinns qu'à l'état de création des artistes.
La notion de "zouhri" est centrale dans ces trois univers. Les personnes identifiées comme zouhris sont souvent présentes dans le monde de la possession et des pratiques traditionnelles, que ce soient comme "malades" ou comme soignants. On les retrouve également chez les artistes.
Les Zouhris et l'Art
La galerie d'art Zouhrie à Marrakech témoigne de ce lien entre la notion de zouhri et la créativité artistique. La fondatrice de la galerie a choisi ce nom de manière intuitive, y voyant une connexion avec l'art et le bon goût ("Fan-Dok" en arabe dialectal).
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La question qui se pose est de savoir si les jnouns sont pour les personnes "possédées" ce que l'art peut être pour les artistes : une manière de "tenir", une issue à leur mal-être. L'art et les jnouns pourraient ainsi fonctionner comme un quart terme, maintenant les artistes ou les personnes possédées dans une forme de normalité.
Les Différents Types de Zouhris et Leurs Capacités
Selon certaines croyances, il existerait différents types de zouhris, chacun possédant des dons et des capacités spécifiques. Ces dons peuvent être spirituels, physiques ou sensoriels.
Certains zouhris seraient dotés d'une lumière et d'une "baraka" (bénédiction divine) exceptionnelle, leur ouvrant les portes du bien, du gain, de la paix et de la sérénité. D'autres auraient un charisme naturel et attireraient les gens vers eux. Certains seraient capables de voir des êtres lumineux, des anges, ou d'avoir des visions véridiques.
Certains Zouhris auraient une connexion profonde avec la nature, aimant les animaux et étant capables de communiquer avec eux. Ils pourraient même avoir des expériences de sortie de corps pendant leur sommeil.
Enfin, les zouhris sont souvent décrits comme généreux, cléments, bienfaiteurs, aimant le bien pour autrui et méticuleux dans tout ce qu'ils font.
Physiognomonie et les Signes du Visage
Certains s'intéressent à la physiognomonie, c'est-à-dire à l'étude des traits du visage et de leur signification. L'idée est que le visage reflète la personnalité et l'état intérieur d'une personne.
Par exemple, un visage rond, avec un modelé spongieux et une couleur pâle, serait associé à la passivité, à la réceptivité et à l'empathie. Un visage aux traits durs, secs et toniques serait associé à l'activité, à l'autonomie et à la passion.
Bien sûr, il est important de noter que ces interprétations sont subjectives et ne doivent pas être utilisées pour porter des jugements de valeur.
Ésotérisme et la Recherche de l'Inconnu
La notion de zouhri est également liée à l'ésotérisme, c'est-à-dire à l'ensemble des enseignements secrets réservés à des initiés. La recherche de trésors cachés, la communication avec les djinns et l'interprétation des signes sont autant d'éléments qui relèvent de cette dimension ésotérique.
Certains zouhris seraient capables de percevoir l'inconnu, de voir le passé et le futur, et d'accéder à des connaissances cachées. Ils pourraient également avoir des dons de guérison et être capables de soulager les maladies grâce à des versets du Coran.
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