L'inclusion des enfants porteurs de trisomie 21 en milieu scolaire est un enjeu majeur pour construire une société plus inclusive. Sensibiliser les camarades de classe au handicap est une étape essentielle pour favoriser l'acceptation et l'intégration de ces enfants. Cet article explore différentes approches et outils pour aborder ce sujet délicat avec les enfants, en s'appuyant sur des exemples concrets et des témoignages.
L'importance de l'inclusion scolaire
L'inclusion scolaire est une priorité nationale. Elle offre aux enfants handicapés la possibilité de s'épanouir et de développer leur potentiel, tout en sensibilisant les autres élèves à la différence.
Catherine Jobard souhaitait inscrire son fils Diego, au collège en dispositif Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Malheureusement, face au manque de places adaptées pour les enfants handicapés en milieu scolaire, le credo « pas d’enfant sans solution » trouve ses limites.
Pour Maëva, 9 ans, l’école est une chance. Elle est l’une des rares enfants à être scolarisée. Pour son père, avant, Maëva allait à l’école de leur quartier, mais elle ne s’épanouissait pas et était souvent seule dans la cour, les autres enfants la laissant à l’écart.
L'école Decroly, où Maëva est scolarisée, est attachée au respect de chaque enfant. Ici les enfants sont éduqués dans le respect des différences et la bienveillance. Maëva a des copines. L’accompagnement de Maëva ne demande pas d’efforts à son institutrice. Pour son institutrice, Chrystelle Ladevez-Guillot, Maeva est une enfant comme les autres : Chaque enfant apprend différemment. Dans cette école, ils ont la chance d’accueillir des enfants différents. Un enfant stigmatisé ailleurs parce qu’il est trisomique ou autiste, ne le sera pas ici.
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Les bienfaits de l'inclusion pour les élèves non handicapés
L'inclusion scolaire ne profite pas seulement aux enfants handicapés. Elle a également des effets positifs sur les élèves non handicapés, qui apprennent à mieux connaître le handicap et à l'accepter dans leur entourage. Une étude récente a montré que les élèves ayant été scolarisés dans un cadre d'inclusion scolaire sont moins anxieux vis-à-vis des personnes ayant un handicap intellectuel, et sans doute même plus tard à l’âge adulte.
En classe ou dans l’établissement, les élèves deviennent plus favorables à interagir avec un camarade dont le handicap est visible. Les relations dans l’établissement sont sans doute particulièrement significatives, car les interactions en classes sont obligatoires, alors qu'ailleurs dans l’établissement elles restent libres.
Les défis de l'inclusion scolaire
Malgré les nombreux avantages de l'inclusion scolaire, des défis subsistent. Assez rarement, l’arrivée de l’enfant est préparée par des connaissances et des informations sur le trouble fournies par l’enseignant mais l’anticipation ne suffit pas à parer toutes les réactions de rejet ou de moqueries. Ainsi, la première réaction des enfants à l’arrivée de Laurette est plutôt hostile et ils se moquent d’elle. Les parents des autres enfants de l’école sont également hostiles à la présence de la fillette avec une trisomie 21 dans la classe, en avançant les arguments de la peur qu’elle suscite chez les autres enfants et du retard dans des programmes du fait de sa présence. Le récit montre la solitude de l’enfant avec une trisomie 21 dans sa classe : elle est seule à une table, alors que les autres enfants sont avec leurs copains, elle attend pendant que les enfants étudient… Elle ne fait pas les mêmes activités qu’eux : ils écrivent pendant qu’elle fait un dessin, par exemple. Lorsqu’un enfant se moque du dessin de Laurette, la réaction de l’enseignante fait appel aux bons sentiments.
Les résultats de l’étude montrent donc que les élèves maintiennent une distance sociale avec leurs camarades présentant une déficience intellectuelle. Cette distance se traduit par le fait d’avoir une attitude moins favorable dans des contextes décentralisés de la classe, c’est-à-dire lorsqu’ils reposent sur le choix délibéré d’entretenir des relations de proximité avec le camarade en situation de handicap. Ce résultat peut s’expliquer notamment par le caractère « importunant » du handicap auquel ces élèves sont confrontés. Le handicap intellectuel peut être considéré comme un handicap importunant puisqu’il peut altérer le langage et les compétences en communication des personnes qui en sont porteuses. Ce caractère importunant de la déficience intellectuelle elle-même peut expliquer la distance sociale entretenue avec des élèves présentant ce handicap. Une expérience inclusive ne suffit pas à contourner l’effet négatif de l’importunité d’un handicap intellectuel. Le handicap constitue une forme d’altérité radicale qui entraine une mise à distance. Les résultats ont montré que les enfants étaient plus disposés à aider qu’à être amis avec un camarade présentant un handicap.
Pour surmonter ces défis, il est essentiel de sensibiliser les camarades de classe au handicap et de leur fournir les outils nécessaires pour interagir de manière positive avec les enfants porteurs de trisomie 21.
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Comment aborder le handicap avec les enfants ?
Il est important d'aborder le sujet du handicap de manière ouverte et honnête avec les enfants. Voici quelques conseils pour engager la conversation :
- Utiliser un langage simple et adapté à l'âge des enfants : Expliquer ce qu'est la trisomie 21 en termes simples, en mettant l'accent sur le fait que chaque personne est unique et différente.
- Mettre l'accent sur les similitudes plutôt que sur les différences : Souligner que les enfants porteurs de trisomie 21 ont les mêmes besoins et les mêmes envies que les autres enfants : jouer, apprendre, avoir des amis.
- Répondre aux questions des enfants de manière honnête et directe : Ne pas hésiter à aborder les questions difficiles, en adaptant les réponses à l'âge et à la compréhension des enfants.
- Utiliser des supports visuels et des exemples concrets : Les livres, les vidéos et les témoignages peuvent aider les enfants à mieux comprendre le handicap et à se mettre à la place des personnes qui en sont atteintes.
- Encourager l'empathie et la compassion : Aider les enfants à comprendre les sentiments des personnes handicapées et à développer leur capacité à se mettre à leur place.
Outils et ressources pour sensibiliser au handicap
De nombreux outils et ressources sont disponibles pour aider les enseignants et les parents à sensibiliser les enfants au handicap :
Livres et albums jeunesse
De nombreux livres et albums jeunesse abordent le thème du handicap de manière positive et accessible aux enfants. Ces ouvrages peuvent aider les enfants à mieux comprendre le handicap, à développer leur empathie et à remettre en question les idées reçues.
Qui est Laurette ? de Florence Cadier et Stéphane Girel : Ce livre raconte l'histoire de Laurette, une fillette avec une trisomie 21 qui intègre une classe ordinaire. Le récit montre la solitude de l'enfant avec une trisomie 21 dans sa classe.
Un petit frère pas comme les autres de Marie-Hélène Delval : Ce livre raconte l'histoire de Doudou lapin, qui a une trisomie.
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Films et dessins animés
Les films et les dessins animés peuvent également être des outils efficaces pour sensibiliser les enfants au handicap. Ils permettent de découvrir des personnages attachants et de se familiariser avec différentes formes de handicap.
- Les petits singuliers : Un programme de 4 courts métrages qui célèbre la singularité à travers des personnages uniques et captivants.
- Et si on s’parlait du handicap : Un film d’animation de 4 mn pour sensibiliser les enfants au handicap (moteur, autisme…)
- Max entre ciel et terre : Ce court métrage d'animation raconte l'histoire de Max, un petit garçon qui vit à l'envers, les pieds au plafond.
- Mon ami Tom : Un dessin animé pour expliquer l’autisme aux enfants.
- Patients : Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade met en scène ce film qui est une adaptation de son roman autobiographique du même nom racontant son année de rééducation dans un centre après un accident.
Jeux et activités
Les jeux et les activités peuvent être utilisés pour sensibiliser les enfants au handicap de manière ludique et interactive.
- Jeux de simulation : Proposer aux enfants de réaliser des activités quotidiennes avec un handicap simulé (par exemple, se déplacer en fauteuil roulant, lire avec un bandeau sur les yeux).
- Jeux de société : Utiliser des jeux de société qui abordent le thème du handicap (par exemple, des jeux de cartes sur les différents types de handicap, des jeux de loto sur les sens).
- Ateliers de sensibilisation : Organiser des ateliers de sensibilisation au handicap avec des professionnels (par exemple, des ateliers de langue des signes, des ateliers de braille).
Interventions de personnes handicapées
Inviter des personnes handicapées à témoigner dans les classes peut être une expérience très enrichissante pour les enfants. Ces témoignages permettent de donner un visage humain au handicap et de répondre aux questions des enfants de manière concrète.
Pascal Duquenne, acteur belge porteur de trisomie 21, le dit souvent : « Je ne suis pas handicapé, je suis différent ».
Infographies
Les infographies réalisées par Hop’Toys permettent d’expliquer de manière très claire et synthétique tel ou tel trouble. Si vous savez que vous aurez cette année dans votre classe, un enfant avec des troubles DYS, un enfant avec trisomie, TSA ou autre, affichez, avant l’arrivée des enfants, une infographie dans votre classe. En faisant visiter celle-ci à vos élèves le jour de la rentrée, arrêtez-vous un moment devant l’affiche et demandez-leur ce qu’ils savent de ce trouble/handicap. Notre conseil : affichez également ces infographies à l’entrée de l’école, dans la cour et la salle des professeurs. En effet, la méconnaissance engendre la crainte.
Le rôle des enseignants et des parents
Les enseignants et les parents ont un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation des enfants au handicap. Ils peuvent :
- Créer un environnement inclusif et respectueux : Veiller à ce que tous les enfants se sentent acceptés et valorisés, quelles que soient leurs différences.
- Encourager les interactions positives entre les enfants handicapés et non handicapés : Favoriser les activités et les projets qui permettent aux enfants de travailler et de jouer ensemble.
- Intervenir en cas de moqueries ou de discrimination : Ne pas tolérer les comportements irrespectueux et rappeler aux enfants l'importance du respect et de la tolérance.
- Se former et s'informer sur le handicap : Mieux connaître les différents types de handicap et les besoins des personnes qui en sont atteintes.
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