Les légendes de créatures métamorphes capables de passer d'une forme humaine à une forme animale, en particulier celle du phoque, sont profondément ancrées dans les traditions orales et la mythologie de diverses cultures, notamment celles d'origine celtique et nordique. Ces êtres, souvent appelés selkies, incarnent la dualité entre la nature et la culture, le sauvage et le civilisé, le marin et le terrien.

L'Origine et l'Apparence des Selkies

Le terme « selkie » provient de la langue Scots, dérivé du mot « selch » qui signifie « phoque gris ». La plupart des récits présentent des selkies comme des êtres amicaux, pacifiques et serviables envers les humains, leur beauté étant une caractéristique marquante. Les idylles amoureuses avec ces créatures étaient donc fréquentes, impliquant des relations charnelles et parfois même des enfants.

Une caractéristique commune à toutes les légendes de selkies est leur peau animale. Sans cette peau, la métamorphose et le retour à la mer sont impossibles. Dans de nombreux contes populaires, la selkie est trompée et sa peau est volée ou cachée par un humain, la condamnant à une vie terrestre, loin de ses congénères.

Les métamorphoses des selkies ne sont pas toujours libres. Certaines versions décrivent une capacité de métamorphose à volonté, tandis que d'autres indiquent que la transformation n'était possible qu'une fois par an, généralement à la Saint-Jean, le 24 juin, une date liée aux traditions païennes du solstice d'été.

Les selkies apprécient les manifestations artistiques comme la danse, le chant et la musique. Il était fréquent de les voir s'adonner à ces pratiques sur les plages et les rivages, dépourvues de leurs peaux.

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Les Selkies dans le Folklore et la Littérature

Les selkies ont inspiré de nombreuses œuvres d'art, de littérature, de musique et de cinéma au fil du temps, offrant de nombreuses possibilités pour créer des univers fictifs originaux et captivants. On retrouve des mentions de ces créatures chez les peuples scandinaves comme en Islande ou en Norvège, mais la distribution originelle du mythe semble se concentrer davantage sur une origine celtique.

Le travail de Duncan Williamson est essentiel pour comprendre la tradition écossaise des selkies. Contrairement aux Oxford Classic Scottish Tales, qui sont basés sur le travail de folkloristes victoriens du début du 20e siècle, Williamson était un collecteur d'histoires qu'il a lui-même entendues et écrites. Il est considéré comme l'un des plus grands détenteurs de la tradition écossaise, ayant parcouru l'Écosse durant six décennies. Son héritage nous permet de connaître des histoires et mythes transmis oralement de génération en génération, qui auraient sans doute été perdus sans lui.

Dans les Orcades, aux XVIIIe et XIXe siècles, les influences chrétiennes ou païennes sont palpables. Beaucoup affirmaient que les selkies étaient semblables à des anges déchus, condamnés à vivre sous la forme d'un phoque jusqu'au Jugement dernier, ou qu'ils étaient autrefois des humains ayant commis un péché ou un délit.

Le folklore irlandais regorge d'histoires d'hommes ayant trouvé la peau d'une selkie et l'ayant cachée dans le but de l'épouser, la privant ainsi de sa dualité. En Islande et sur les îles Féroé, les contes restent similaires à ceux que l'on trouve en Irlande, mais leurs histoires sont souvent plus sombres, mentionnant que les selkies entraînent la mort de leurs geôliers. Une de ces légendes est celle du village de Mikladalur sur l'île Féroé de Kalsoy, illustrée par la statue de Kópakonan, la selkie de Mikladalur, sa peau de phoque à la main.

L'Enfant Phoque : Une Interprétation Moderne

Le livre pour enfants "L'enfant phoque" de Nikolaus Heidelbach aborde la légende des selkies d'une manière particulière. L'histoire est racontée du point de vue d'un enfant dont la mère est une selkie. Contrairement aux contes traditionnels où la selkie est forcée de rester sur terre, ici, les selkies laisseraient volontairement leur peau pour vivre parmi les hommes, puis s'en vont lorsqu'elles en ont assez.

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Les illustrations de Heidelbach utilisent des couleurs sourdes et un style qui rappelle celui de Claude Ponti. Les personnages, bien que formant une famille apparemment banale, ont un côté inquiétant. L'enfant, narrateur de l'histoire, semble pragmatique et peu expressif, ce qui diminue l'empathie du lecteur. La disparition de sa mère ne semble pas le chagriner outre mesure, présentée comme un fait avec lequel il faut vivre.

Cette version de la légende, racontée du point de vue de l'enfant, modifie le récit traditionnel. Les selkies laisseraient volontairement leur peau pour vivre parmi les hommes, puis s'en vont lorsqu'elles en ont assez. Cette modification, qui proviendrait de la mère, conduit l'enfant à une mauvaise interprétation de ce qu'il a vu et donc à tout raconter à la mauvaise personne.

Les Selkies et l'Imaginaire Nordique

La figure de l'enfant-phoque s'inscrit dans un imaginaire nordique plus large, exploré par la littérature de jeunesse. Cet imaginaire met en avant l'ouverture vers l'autre, les coutumes, l'histoire et les mythes autochtones, et une ambition de découverte du monde, en particulier le Grand Nord.

Dans la littérature jeunesse francophone, les figures héroïques associées aux régions polaires sont souvent réappropriées. L'intérêt pour les mythes Inuit coïncide avec l'essor des « écofictions » et des réflexions sur la préservation de l'environnement. L'image de l'Arctique est intrinsèquement liée à un discours écologique, mettant en scène des animaux emblématiques de la nordicité comme les ours blancs.

Le thème de l'enfant transformé, ou ayant un lien avec le monde animal, permet d'aborder des questions d'identité, de relation à la nature et de deuil. L'enfant peut être un pont entre deux mondes, comme Maïna dans "Le Chant de la mer", qui doit choisir entre sa nature de selkie et sa vie humaine.

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Interprétations et Symbolisme

L'origine de la croyance aux selkies pourrait provenir de la rencontre entre les peuples celtiques et les Samis, une population autochtone scandinave connue pour être des nomades des mers et de grands chasseurs de phoques. Les Samis utilisaient les peaux de phoques pour fabriquer des manteaux et se déplaçaient en kayak, un moyen de transport rudimentaire qui prenait l'eau après de longs voyages.

Les légendes de selkies peuvent être interprétées de différentes manières. Elles peuvent symboliser la difficulté de concilier deux identités, le désir de liberté et le lien profond entre l'homme et la nature. Elles peuvent aussi refléter les peurs et les fantasmes liés à la mer, à l'altérité et à la sexualité.

Dans les contes où la selkie est forcée de rester sur terre, on peut voir une métaphore du mariage forcé et de la perte d'identité. La peau de phoque volée représente la privation de la liberté et la soumission à une vie imposée. La selkie qui retrouve sa peau et retourne à la mer symbolise la reconquête de soi et le retour à ses origines.

Les Selkies et les Filles des Eaux dans l'Océan Indien

Un colloque international intitulé « Sirènes et Filles des Eaux dans l’Océan Indien : Mythes, Récits et Représentations » a exploré les figures mythologiques des femmes aquatiques dans cette région du monde. Les Sirènes y sont souvent confondues avec les « Filles des eaux » et sont considérées comme des êtres réels, d'une beauté irrésistible, dotées de pouvoirs surnaturels.

Dans les îles du sud-ouest de l'océan Indien, on appelle « sirène » toute femme hybride de poisson, vivant dans les eaux douces ou salées, et dotée de pouvoirs surnaturels : l'amphibisme, l'omniscience et le mimétisme. Cette Sirène cherche souvent un époux humain capable de partager son secret/son intimité ; la vie commune peut durer plusieurs années, les enfants héritant de leur mère certains pouvoirs. La révélation de sa surnature par un époux ivre ou vantard, provoque la disparition immédiate et définitive de la femme-poisson et la ruine de l'homme.

A Madagascar, les Sirènes sont appelées « enfant/fille de l'eau » (zazavavindrano) dans la plus grande partie de l'île ; dans le sud-ouest, on les appelle « femme avec des ouïes » (ampelamanañisa), car elles posséderaient des ouïes de poisson au niveau du cou ou sous les aisselles. Elles sont vénérées comme les ancêtres sacrés d'un clan, et leur mariage apporte la prospérité au pêcheur élu.

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