La césarienne, un type d'accouchement courant à travers le monde, affiche un taux global moyen de 21 %, avec des variations considérables selon les régions (0,6 % à 58,1 %). Bien que cette intervention chirurgicale soit parfois nécessaire pour préserver la santé de la mère et/ou du bébé, elle a été associée à un risque accru de problèmes de santé chez les nourrissons, notamment des maladies auto-immunes, des troubles métaboliques, une altération du microbiote intestinal et même des troubles du neurodéveloppement.

L'Importance du Microbiote Intestinal

Le microbiote, cet écosystème intestinal composé de milliards de micro-organismes (bactéries, virus, parasites et champignons), joue un rôle essentiel dans le développement immunitaire, les fonctions métaboliques et l'activité digestive dès les premiers instants de la vie. La transmission des micro-organismes de la mère à la progéniture est le facteur le plus important pour la mise en place d'un microbiote équilibré. Lors d'un accouchement par voie basse, l'enfant reçoit les bactéries vaginales et fécales de la mère, qui colonisent progressivement son intestin et ses muqueuses.

Césarienne et Déséquilibre du Microbiote

La césarienne perturbe ce transfert naturel du microbiote maternel. Les premiers micro-organismes qui colonisent le tube digestif du bébé proviennent alors de la peau de la maman, du papa, du personnel soignant et de l'environnement extérieur, tel que l'environnement hospitalier. Le microbiote du bébé doit alors se construire avec des bactéries différentes et moins adaptées que celles retrouvées lors d'un accouchement par voie basse.

Selon le Dr Alexis Mosca, le microbiote d'un enfant né par césarienne est différent de celui d'un enfant né par voie basse. Par voie basse, les bactéries du genre Bifidobacterium seraient plus diversifiées dans le tractus digestif. Par césarienne, la diversité microbienne serait altérée avec notamment une quantité moindre de bactéries issues de la famille des Bacteroidetes.

Ce déséquilibre du microbiote intestinal peut avoir un impact sur la santé du nourrisson. Des études ont montré que la naissance par césarienne est associée à une augmentation du risque de développer un certain nombre de maladies chroniques, surtout d'ordre immunitaire comme l'asthme, des allergies ou encore des maladies inflammatoires digestives ou articulaires.

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Stratégies pour Restaurer le Microbiote Intestinal

Malgré les perturbations initiales, il est possible d'adopter des mesures efficaces pour aider le nourrisson né par césarienne à développer un microbiote intestinal sain. La colonisation bactérienne de l'enfant débute certes à l'accouchement, mais se poursuit pendant les deux premières années de sa vie, en parallèle du développement de son système immunitaire.

Allaitement Maternel

L'allaitement maternel est un facteur clé dans la formation du microbiote intestinal des nourrissons. Le lait humain contient à la fois des pré et des probiotiques, ce qui en fait un catalyseur important pour une colonisation favorable de l'intestin du nourrisson et peut partiellement contrer les effets négatifs d'un accouchement par césarienne sur le microbiote intestinal de l'enfant. Il est donc primordial d'encourager et de soutenir l'allaitement maternel, en particulier après une césarienne.

Supplémentation en Probiotiques

La supplémentation en probiotiques apparaît comme une approche sûre et intéressante pour moduler le microbiote intestinal des nourrissons nés par césarienne. Les études indiquent que l'administration précoce de probiotiques est associée à des effets positifs sur le microbiote intestinal, avec, dans la plupart des cas, une augmentation des genres Lactobacillus et Bifidobacterium ainsi qu'une réduction des entérobactéries potentiellement pathogènes. Ces modifications rapprochent alors le microbiote des enfants supplémentés de celui des enfants nés par voie vaginale.

Pour pouvoir être utilisée, une souche probiotique doit au préalable avoir été validée par au moins une étude clinique et présenter un effet positif sur la santé de l'enfant.

Transfert de Microbiote Vaginal (TMV)

Quelques recherches émergentes envisagent le transfert de microbiote vaginal (TMV) comme intervention potentielle en vue d'améliorer la maturation du microbiote intestinal et le neurodéveloppement chez les bébés nés par césarienne. Deux heures avant la césarienne, une gaze imbibée de solution saline stérile est placée sur le bas du vagin de la future maman. Immédiatement après la naissance, un infirmier qualifié place cette même gaze en contact avec le nouveau-né. La gaze est appliquée sur ses lèvres, son visage, sa poitrine, ses bras, ses jambes, ses organes génitaux et ses fesses. Ensuite, l'infirmier essuie son dos. Cela dure environ 15 secondes.

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Une nouvelle recherche a montré que le TMV entraînait une maturation accélérée du microbiote intestinal chez les enfants nés par césarienne. Contrairement à la TMF (transplantation de microbiote fécal), qui comporte des risques importants et n'est pas conseillée dans le cadre d'expérimentations isolées, le TMV se positionne comme une procédure médicale moins dangereuse, qui peut être rapidement enseignée aux infirmiers et aux sages-femmes.

Cependant, une étude publiée dans le Lancet n'a montré aucune différence au bout de trois mois, ni dans la composition du microbiote intestinal ni sur le plan des modifications biologiques potentiellement favorables pour la santé, entre des nourrissons ensemencés en bactéries par voie orale juste après la naissance et ceux ayant reçu un placebo (de l'eau salée). En dépit de la présence de bactéries viables dans les solutions de transplantation, l'implantation dans l'intestin des souches d'origine vaginale était rare.

Transplantation de Microbiote Fécal (TMF)

La transplantation de microbiote fécal (TMF), plus connue, semble en revanche bien fonctionner. Des nourrissons ont reçu par voie orale un échantillon de fèces diluées de leur propre mère, prélevé trois semaines avant l'accouchement. L'évolution de la composition du microbiote des nourrissons traités par TMF montrait une similitude significative avec celle des nourrissons nés par voie basse.

Symbiotiques

Les symbiotiques, qui associent probiotiques et prébiotiques (fibres nourrissant les bonnes bactéries), offrent également des résultats intéressants en matière de réimplantation des bactéries infantiles. Une supplémentation de la naissance à la 16e semaine, avec la souche Bifidobacterium breve M-16V associée à des fibres prébiotiques (fructo et galacto-oligosaccharides), a permis d'obtenir une proportion plus élevée de bifidobactéries, une réduction des entérobactéries et des taux plus élevés d'acides gras à chaîne courte.

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