Il est extrêmement pénible d'apprendre que son enfant est peut-être impliqué dans des actes d'intimidation. Il est encore plus difficile de l'accepter. Pourtant, il est essentiel d'être ouvert et attentif à ce que l'on vous dit ou à ce que vous constatez. Cet article vise à fournir aux parents des informations et des conseils pratiques sur la manière de réagir si leur enfant se comporte de manière harcelante.
Comprendre le harcèlement
Le harcèlement scolaire se définit comme un ensemble de comportements ou de paroles répétés à l'encontre d'un élève, ayant pour but ou pour effet de dégrader ses conditions de vie. Il peut prendre différentes formes :
- Harcèlement physique : coups, bousculades, griffures, morsures, séquestrations.
- Harcèlement verbal : insultes, moqueries, railleries, menaces.
- Harcèlement psychologique : mise à l'écart, rejet, accusations injustes.
- Harcèlement d'appropriation : vol d'argent, d'affaires, de goûter.
- Cyberharcèlement : diffusion de contenus malveillants en ligne (photos humiliantes, vidéos dégradantes, commentaires moqueurs, messages menaçants, rumeurs blessantes).
Selon les projections du ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, près d’un élève sur dix est concerné par le harcèlement scolaire, soit environ 700 000 élèves en France.
Les réactions des parents face à la révélation
Il est normal de ressentir un choc, de la colère, de la tristesse ou de la honte lorsque l'on apprend que son enfant est un harceleur. On peut se sentir coupable et se demander où l'on a échoué en tant que parent. Il est important de ne pas se blâmer excessivement. Le harcèlement peut être difficile à détecter, car il résulte souvent d'une accumulation de petits incidents. De plus, un enfant peut avoir un comportement irréprochable à la maison et se comporter différemment à l'école.
Il est essentiel de ne pas nier la situation et d'accepter d'affronter le problème. Minimiser les faits ou refuser d'y croire ne fera qu'aggraver la situation et empêcher votre enfant de prendre conscience de la gravité de ses actes.
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Identifier les causes du comportement de harcèlement
Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi un enfant harcèle ses camarades :
- Besoin d'être accepté et intégré dans un groupe : L'enfant peut harceler pour se faire bien voir par les autres et se sentir important. Au collège, il y a une forte volonté des adolescents de faire partie du “groupe”. Plus le groupe sera dans l’extraversion, plus les individualités vont se perdre au profit de l’identité de groupe. Le “leader” du groupe, est souvent peu empathique et mène les autres dans ce sens.
- Reproduction d'une violence vécue : Un enfant qui a été lui-même victime de harcèlement, ou qui est malmené par ses frères et sœurs, peut reproduire ce comportement sur d'autres enfants. Le harcèlement agit alors comme un exutoire.
- Manque d'empathie et de conscience des conséquences : L'enfant peut ne pas se rendre compte de la douleur qu'il inflige à sa victime. Il peut manquer de vocabulaire, émotionnel ou autre et peiner à communiquer. « Beaucoup n’arrivent pas à verbaliser, gérer ou identifier leur colère, leur honte, leur tristesse. Souvent, ils la confondent et l’expriment avec la violence », explique aussi Nora Fraisse.
- Troubles éducatifs ou de personnalité : Dans certains cas, le harcèlement peut être le signe de problèmes plus profonds, tels qu'un manque de culpabilité, une difficulté à intégrer les sanctions, ou un plaisir à entraîner le groupe avec soi.
- Instabilité émotionnelle : Des difficultés familiales, un décès, une séparation peuvent perturber l'enfant et le pousser à adopter un comportement de harcèlement. Le contexte familial joue également beaucoup. Selon l’association StopVEO, de nombreuses études renforcent l’idée que la violence intra-familiale augmente le risque pour l’enfant de devenir violent avec ses pairs.
Selon la pédopsychiatre Nicole Catherine, « le profil de harceleur ou de victime n’existe pas chez l’enfant. Seules des situations existent.
Agir face au harcèlement
La première étape consiste à parler avec votre enfant. Évitez de l'accuser ou de le juger. Posez-lui des questions ouvertes pour comprendre les raisons de son comportement. Essayez de savoir s'il a agi seul ou en groupe, et s'il a conscience de la gravité de ses actes. Il ne s’agit pas non plus d’un interrogatoire, l’objectif est de comprendre la situation et ce qui a déclenché le harcèlement. S’il s’avère que notre enfant a joué un rôle dans ce harcèlement, il faut savoir lequel. Bien souvent, le harcèlement scolaire est (presque) toujours un phénomène de groupe. Était-il donc témoin des agressions, est-ce qu’il avait peur, est-ce qu’il suivait et imitait ses amis etc.
Il est important de lui faire prendre conscience de la souffrance qu'il inflige à sa victime. Expliquez-lui que le harcèlement est un délit et qu'il peut être sanctionné.
Responsabilisez votre enfant. Il est important que votre enfant reconnaisse sa responsabilité dans les faits, et de ne pas valider un transfert de la culpabilité sur un groupe ou une autre personne. Il est responsable de ses actes.
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Fixez - avec les responsables de l’école - des règles claires. Réaffirmer ce qui est acceptable en termes de comportement.
Mettez en place des sanctions adaptées. Les sanctions doivent être éducatives et viser à faire prendre conscience à l'enfant des conséquences de ses actes. Elles peuvent consister à limiter ses activités (notamment l'utilisation des écrans et des réseaux sociaux), à lui demander de réparer ses erreurs (par exemple, en présentant des excuses à sa victime), ou à lui confier des tâches supplémentaires à la maison. À la maison, « inutile toutefois de répondre aux comportements de notre enfant par la violence. C’est contre-productif puisqu’on essaye justement de lui expliquer que ce n’est pas une solution », prévient Nora Fraisse.
Encouragez l'empathie. Pour aider votre enfant à comprendre ce que la victime a vécu, aidez-le à se mettre à la place de la victime.
Renforcez des valeurs positives. Il s’agit de promouvoir auprès de votre enfant des valeurs comme la bienveillance, la tolérance, la gentillesse, le respect et la non-violence.
Créez un environnement de dialogue. Instaurer un climat de dialogue régulier avec votre enfant même en dehors des “temps de crises”. Lors des temps de repas par exemple, prenez l’habitude que chaque membre de la famille prenne la parole pour raconter un élément de sa journée.
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Inscrivez votre enfant à des activités sportives ou artistiques qui favorisent la coopération, la solidarité et l’entraide (comme des sports en équipes par exemple). Cela entraînera votre enfant à collaborer avec d’autres pour atteindre un objectif commun. Participer à un sport en équipe apprendra aussi à votre enfant à résoudre des désaccords de manière constructive.
Il est également important de contacter l'établissement scolaire de votre enfant. Discutez de la situation avec le professeur principal, le conseiller principal d'éducation (CPE), l'équipe pédagogique, le psychologue scolaire ou l'assistant social. Ils pourront vous aider à comprendre la situation et à mettre en place des mesures adaptées. Vous pouvez également en discuter avec un(e) adulte de l’établissement de votre enfant (un(e) professeur(e), le/la CPE, l’assistant(e) d’éducation, la direction, l’assistant(e) social(e), l’infirmier(ère), le/la conseiller(ère) d’orientation psychologue…).
Si le harcèlement a lieu sur Internet ou par téléphone, vous pouvez vous adresser au dispositif national contre les violences numériques.
Dans certains cas, il peut être nécessaire de faire appel à un professionnel de la santé mentale (psychologue, psychothérapeute, pédopsychiatre). Un suivi thérapeutique peut aider votre enfant à comprendre les causes de son comportement et à développer des stratégies pour y remédier. Accompagner son enfant Pour mettre en lumière une explication à ce comportement déraisonnable, consulter un professionnel de santé, psychologue le plus souvent, est conseillé.
Les conséquences du harcèlement pour l'enfant harceleur
Le harcèlement peut avoir des conséquences graves pour l'enfant qui en est l'auteur. Il peut être sanctionné disciplinairement par l'établissement scolaire (avertissement, exclusion temporaire ou définitive). Depuis février 2022, le harcèlement scolaire est un délit puni par la loi. Les auteurs de harcèlement scolaire tombent désormais sous la qualification de délit avec la nouvelle loi votée le 24 février 2022. Le ou les auteurs de harcèlement risquent, en fonction notamment de leur âge et de celui de la victime, une amende pouvant aller jusqu’à 45 000 € et une peine de prison pouvant aller jusqu’à 3 ans. En fonction de la gravité, les faits peuvent être qualifiés de violences volontaires, faisant ainsi risquer à l’auteur jusqu’à 100 000 € d’amende et 7 ans de prison.
De plus, le harcèlement peut avoir des conséquences psychologiques sur l'enfant harceleur. Il peut se sentir coupable, honteux, ou anxieux. Il peut également avoir des difficultés à se faire des amis et à maintenir des relations positives avec les autres.
Ressources et contacts utiles
- 3020 : Numéro national d'aide aux victimes de harcèlement scolaire. En appelant le 3020, vous serez mis(e) en contact avec des conseillers spécialisés dans la question du harcèlement. Ils vous écouteront et vous aideront à trouver une solution.
- Association Marion La main tendue : Association spécialisée dans la prévention du harcèlement scolaire.
- Association e-Enfance : Association spécialisée dans la protection de l'enfance sur Internet.
- La Fondation pour l’Enfance
- StopVEO
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