L’agressivité chez les jeunes enfants est souvent perçue comme un comportement perturbateur, mais il est essentiel de comprendre que ce n’est pas une violence délibérée ou un signe de « mauvaise éducation ». En réalité, ces gestes font souvent partie du processus normal de développement de l’enfant. L'article suivant vise à explorer en profondeur les raisons pour lesquelles un enfant peut frapper à l'école, les conséquences de tels comportements, et les stratégies à mettre en œuvre pour accompagner au mieux l'enfant et prévenir de futurs incidents.
Pourquoi un enfant frappe-t-il à l'école ? Les causes sous-jacentes
Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi un jeune enfant a recours à des comportements comme taper, mordre ou griffer. Comprendre ces causes est essentiel pour adopter une approche adaptée et bienveillante.
L'agressivité : une réaction impulsive
L’agressivité est un comportement impulsif, généralement en réponse à une frustration ou à une menace perçue. Avant de conclure que l’enfant est « violent » ou « agressif », il est important de se rappeler que ce comportement peut être le résultat d’une immaturité émotionnelle et d’un manque de stratégies pour accompagner ses émotions.
Facteurs environnementaux et émotionnels
- Des besoins insatisfaits : Lorsqu’un enfant est fatigué, affamé, ou a besoin d’attention, il peut manifester son malaise de manière impulsive.
- La surstimulation : Un environnement trop bruyant, trop animé ou trop stimulant peut submerger un enfant et provoquer une réaction agressive.
- Un climat de tension : Les enfants sont des éponges émotionnelles et peuvent réagir à un environnement où il y a du stress ou de la colère.
- L’immaturité émotionnelle : Les jeunes enfants n’ont pas encore la maturité émotionnelle nécessaire pour gérer des émotions comme la frustration ou la colère.
- Attirer l’attention : Un enfant peut adopter des comportements agressifs pour attirer l’attention de ses parents, des professionnels ou de ses camarades.
- Un manque de compétences verbales : Les jeunes enfants n’ont pas toujours les mots pour exprimer ce qu’ils ressentent.
L'importance de l'imitation, de l'empathie et de l'attachement
- L’imitation : Les enfants apprennent énormément par imitation. Dès leur plus jeune âge, ils observent les adultes et leurs camarades puis reproduisent leurs comportements.
- L’empathie : L’empathie est la capacité à comprendre et à ressentir les émotions des autres, tout en restant conscient que ces émotions leur appartiennent. Cette compétence se développe progressivement. Un jeune enfant peut ne pas comprendre immédiatement l’impact de ses actions sur les autres. Par exemple, il ne réalise pas toujours que mordre ou taper fait mal. L’acquisition de l’empathie prend du temps et nécessite un environnement qui favorise cette compétence.
- L’attachement : L’attachement est la relation affective fondamentale que l’enfant développe avec ses parents ou ses principaux soignants. Cette relation est cruciale pour la régulation émotionnelle de l’enfant. Un enfant qui se sent en sécurité et soutenu est plus susceptible d’adopter des comportements calmes et adaptés.
Conséquences des comportements agressifs à l'école
Les comportements agressifs à l'école peuvent avoir des conséquences importantes tant pour l'enfant qui frappe que pour ceux qui en sont victimes. Il est crucial de prendre ces comportements au sérieux et d'intervenir de manière appropriée.
Impact sur l'enfant agresseur
- Isolement social : Les enfants qui frappent peuvent être rejetés par leurs camarades, ce qui peut entraîner un isolement social et un sentiment de solitude.
- Difficultés d'apprentissage : Les problèmes de comportement peuvent perturber l'apprentissage et entraîner des difficultés scolaires.
- Estime de soi : Bien que l'enfant puisse sembler confiant ou dominant, les comportements agressifs peuvent souvent masquer un manque d'estime de soi et un sentiment d'insécurité.
- Risque de stigmatisation : L'enfant peut être étiqueté comme "violent" ou "agressif", ce qui peut avoir des conséquences négatives sur son développement et ses relations futures.
- Problèmes de comportement à long terme : Si les comportements agressifs ne sont pas traités, ils peuvent persister à l'âge adulte et entraîner des problèmes relationnels, professionnels et sociaux. Une étude remarquable, récente réalisée par une jeune chercheuse hollandaise Anne-Laure van Harmelen montre que la maltraitance émotionnelle sévère chez l’enfant affecte le fonctionnement du cortex orbito-frontal (COF) et augmente le risque de développer de nombreuses pathologies comportementales et psychiatriques : agressivité, anxiété, dépression, troubles dissociatifs (dépersonnalisation, troubles de l’identité), délinquance, addictions à l’alcool, aux drogues.
Impact sur les victimes
- Blessures physiques : Les coups peuvent entraîner des blessures physiques, parfois graves.
- Traumatisme émotionnel : Être victime de violence peut causer un traumatisme émotionnel, de l'anxiété, de la peur et un sentiment d'insécurité.
- Difficultés sociales : Les enfants victimes de violence peuvent avoir du mal à faire confiance aux autres et à établir des relations saines.
- Baisse de l'estime de soi : Être victime de violence peut nuire à l'estime de soi et entraîner un sentiment de honte et de culpabilité.
- Absentéisme scolaire : Les enfants victimes de harcèlement peuvent refuser d'aller à l'école par peur d'être à nouveau agressés. Un élève est victime de harcèlement scolaire lorsqu'il subit, de manière répétée, des violences verbales, morales ou physiques de la part d'un ou plusieurs autres élèves.Ces actes de violence sont, par exemple, des insultes, des moqueries, des brimades, des rejets d'un groupe, des bousculades, des coups, des vols.Le harcèlement scolaire peut être commis à l'intérieur ou en dehors de l'établissement scolaire.Le harcèlement scolaire entraine une dégradation des conditions de vie de l'élève. Cela se manifeste notamment par l'anxiété, la chute des résultats scolaires et la dépression.
Stratégies d'intervention et d'accompagnement
Face à un enfant qui frappe à l'école, il est essentiel d'adopter une approche globale qui prend en compte les besoins de l'enfant, de ses camarades et de l'ensemble de la communauté scolaire.
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Réaction immédiate et gestion de la crise
- Accueillir le comportement sans jugement : Au lieu de réagir immédiatement avec frustration ou colère, il est important d’accueillir le comportement de l’enfant sans jugement. Cela permet à l’enfant de se sentir compris et de réduire son angoisse.
- Observer attentivement l’enfant : La première étape consiste à observer attentivement l’enfant. Ce que semble exprimer un comportement agressif est souvent un besoin insatisfait, un manque ou une frustration. Utiliser une méthode comme le soleil des besoins peut être utile pour identifier rapidement ce qui ne va pas : l’enfant est-il fatigué, a-t-il faim, est-il contrarié ?
- Poser des limites claires et cohérentes : Il est important de poser des limites avec douceur mais fermeté. L’enfant doit comprendre que taper, mordre ou griffer n’est pas acceptable, tout en lui offrant des alternatives pour exprimer ses émotions (comme parler ou demander de l’aide).
- Offrir des alternatives : Aider l'enfant à trouver des moyens plus appropriés d'exprimer ses émotions et de résoudre les conflits.
Accompagnement émotionnel et développement des compétences sociales
- Créer un environnement prévisible : Les enfants se sentent souvent plus apaisés lorsque leur environnement est prévisible. Les rituels (comme un moment calme avant le coucher) et les routines quotidiennes (comme des repas à horaires réguliers) aident l’enfant à se structurer et à anticiper ce qui va se passer.
- Encourager l’expression émotionnelle : Encourager l’enfant à parler de ce qu’il ressent est primordial. L’apprentissage des émotions passe par la reconnaissance de celles-ci et l’utilisation de mots pour les exprimer.
- Enseigner l'empathie : Guider l’enfant pour comprendre l’impact de ses actions sur les autres.
- Modèle parental : En tant qu’adultes, il est essentiel de montrer l’exemple en matière d’accompagnement émotionnel. Cela inclut aussi l’empathie : lorsque l’enfant fait quelque chose qui blesse ou dérange un autre, il doit être guidé pour comprendre l’impact de ses actions sur les autres.
- Soutenir le développement émotionnel : Lorsque l’adulte est empathique, apaise l’enfant, l’aide à exprimer ses émotions, il permet au cerveau de bien se développer. Il est très encourageant de savoir qu’un enfant élevé avec bienveillance, empathie, va devenir lui-même empathique, sociable et ne développera pas des comportements agressifs et antisociaux.
Collaboration avec les parents et les professionnels
- Communication ouverte : Établir une communication ouverte et régulière avec les parents de l'enfant pour comprendre les facteurs qui peuvent contribuer à ses comportements agressifs et travailler ensemble à des solutions.
- Soutien professionnel : Faire appel à des professionnels (psychologues, éducateurs spécialisés) pour évaluer les besoins de l'enfant et mettre en place un plan d'intervention personnalisé.
- Formation des enseignants : Les enseignants doivent être formés à la gestion des comportements difficiles et à la mise en œuvre de stratégies d'intervention efficaces. La Directrice d’école évoque également le manque de formation sur la gestion des élèves au comportement violent. Elle regrette qu’aucun contact avec des professionnels ne lui ait été proposé, ni à elle, ni à son équipe, pour savoir comment réagir concrètement en situation de crise, comment contenir ces enfants et comment gérer la violence, y compris psychologique de la situation.
- Intervention précoce : Il est essentiel d'intervenir dès les premiers signes de comportement agressif afin de prévenir l'escalade et de favoriser un développement sain et harmonieux. En effet, ce sont des profils que l’on repère dès la maternelle. « Si l’on arrivait avant que cela ne dégénère, ce serait bénéfique pour tout le monde.
Prévention à l'échelle de l'établissement scolaire
- Mise en place de programmes de prévention : Développer et mettre en œuvre des programmes de prévention de la violence et du harcèlement scolaire, en impliquant l'ensemble de la communauté scolaire. Un programme de prévention du harcèlement est mis en œuvre dans les écoles, collèges et lycées. Il s'agit du programme PHARE.
- Création d'un climat scolaire positif : Favoriser un climat scolaire positif, basé sur le respect, l'empathie et la coopération.
- Sensibilisation : Sensibiliser les élèves, les parents et le personnel de l'établissement aux conséquences de la violence et à l'importance de signaler les incidents. Les élèves et leurs parents sont aussi sensibilisés sur l'existence du 3018, numéro national pour les victimes de harcèlement.
Maltraitance émotionnelle et physique
Les violences physiques se traduisent par l’usage de la force ou de la violence contre un enfant, de telle sorte qu’il soit blessé ou risque de l’être : frapper (avec la main, avec le poing, avec le pied, avec un objet, etc.), mordre, brûler, empoisonner, droguer ou inciter à consommer des substances dangereuses (alcool, tabac, stupéfiants etc.), étouffer, étrangler, secouer, bousculer, noyer, etc. Les violences commises contre les enfants n’ont pas besoin d’être habituelles ou répétées pour tomber sous le coup de la loi.
Plus méconnues, peut-être plus difficiles à déceler que les violences physiques, les violences psychologiques ne sont pourtant jamais anodines, a fortiori lorsque la victime est un enfant. La sécurité affective et relationnelle fait partie des besoins fondamentaux de l’enfant.
La maltraitance émotionnelle est une maltraitance qui provoque des émotions très désagréables, qui font souffrir. Cette maltraitance est provoquée par des comportements ou des paroles qui rabaissent l’enfant, le ridiculisent, le critiquent, le punissent, lui procurent un sentiment d’humiliation, de honte, lui font peur, le terrorisent ou l’excluent.Mettons-nous à la place de l’enfant : imaginons que notre supérieur ou notre conjoint nous fassent peur en nous menaçant, en élevant la voix, en criant, en faisant les gros yeux, nous punissent, nous disent : « Tu es méchante, ce n’est pas bien ce que tu fais, c’est ridicule, tu n’es pas gentille, tu es paresseuse, etc.». Que ressentirions-nous ? De très fortes émotions très désagréables. Nous serions probablement très en colère contre cette personne, nous nous sentirions tristes, humiliés, dévalorisés, nous perdrions confiance en nous. Or, l’enfant subit quotidiennement cette maltraitance, les adultes le faisant en toute bonne foi, en pensant que ces paroles vont l’aider à bien se comporter. En y réfléchissant, nous nous rendons compte que ces comportements, ces paroles sont le plus souvent réservés aux enfants, nous ne nous permettons pas d’avoir cette attitude vis-à-vis des adultes. Or, aujourd’hui nous avons la grande chance de savoir grâce aux recherches que ceci est très nocif pour le cerveau de l’enfant.
Que faire lorsqu’un enfant se dit victime de violences ?
Si l’enfant évoque des éléments préoccupants, il est important d’être à ses côtés dans une démarche d’écoute et de protection. Il faut privilégier un accueil bienveillant : « J’ai entendu ce que tu me dis… C’est important d’en parler parce qu’il y a des choses qu’on peut faire pour aider les enfants quand c’est difficile… Je suis là pour t’entendre et t’aider… ».
L’accueillir et l’écouter, en le prenant à part, dans un endroit calme en le laissant s’exprimer avec ses mots. Il convient d’éviter de questionner l’enfant par des questions fermées du type « où, quand, qui » ou d’employer des mots différents des siens (ne pas utiliser le vocabulaire de sexualité de l’adulte par exemple) qui induisent et polluent la parole des enfants. Le rassurer en lui disant qu’on le croit, que ce qu’il lui est arrivé n’est pas de sa faute, qu’il a bien fait de parler même si cela est difficile.
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Il est important d’être attentif à sa propre attitude en évitant de porter un jugement, de laisser paraître ses propres émotions et réactions. Il est utile d’expliquer à l’enfant que la loi interdit toute forme de violence et que le fait d’en parler pourra l’aider et enclencher une chaine de protection.
La cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) peut être saisie par tout professionnel ou toute personne en contact avec un enfant en situation de danger ou de risque de danger par le biais d’un écrit (information préoccupante). À réception, elle le traite en interne et évalue dans un délai de 3 mois quelles suites donner. Cette structure est sous la responsabilité du président du conseil départemental. Elle s’articule avec les services de l’aide sociale à l’enfance, en lien avec le médecin référent de la protection de l’enfance.
L’information préoccupante et le signalement judiciaire sont des écrits destinés à la CRIP et au parquet qui formalisent les inquiétudes au sujet d’un enfant ou d’un adolescent.
S’il existe une situation de danger imminent et une nécessité de protection urgente, il convient d’adresser directement un signalement au procureur de la République (avec copie à la CRIP). Le doubler d’un appel téléphonique à la permanence du parquet des mineurs constitue également une bonne pratique.
Un signalement effectué auprès du procureur de la République permettra au parquet d’évaluer la situation et de prendre toutes mesures administratives, civiles ou pénales nécessaire à la protection du mineur. Si cela est indiqué, le procureur de la République pourra saisir un juge des enfants en vue de l’ouverture d’un dossier en assistance éducative. Il décidera ou non, au vu des éléments dont il dispose, de l’opportunité de poursuites à l’encontre de l’auteur des faits.
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En cas de doute sur une situation d’enfant en danger ou en risque de l’être, il est possible d’appeler le 119, numéro national d’appel d’urgence gratuit et confidentiel pour toute situation d’enfant en danger, pour demander conseil. Il est aussi possible d’envoyer un écrit au 119 via le formulaire à remplir en ligne ou d’entrer en relation via un chat. Il doit être affiché obligatoirement dans tous les lieux accueillant habituellement des mineurs.
Dans les situations de violences justifiant une prise en charge médicale urgente, les enfants et les adolescents doivent être adressés dans les services d’urgences pédiatriques territorialement compétents ou l'UAPED (unité pédiatrique enfance en danger) qui accueille les enfants et adolescents en urgence pour lesquels une situation de danger est suspectée. Ces services participent aux soins et aux traitements de ces situations en lien avec les services du département, les autorités judiciaires et les praticiens de terrain dans une volonté de parcours de soins.
Sanctions et conséquences légales
Les sanctions diffèrent selon que l'auteur du harcèlement est mineur de moins de 13 ans, mineur de plus de 13 ans ou majeur. Les mineurs de moins de 13 ans coupables de harcèlement scolaire ne peuvent pas aller en prison ou payer une amende.
La loi prévoit des peines plus sévères en cas de violences à caractère sexuel (couramment appelées abus sexuels) sur mineurs. En outre, les délais pendant lesquelles des poursuites peuvent être engagées contre le(s) auteur(s) des faits sont allongés.
Les peines varient selon l'auteur et les circonstances. Ainsi :
Lorsqu'un ascendant (ou toute autre personne exerçant l'autorité parentale ou ayant autorité sur un mineur de quinze ans) prive l'enfant d'aliments ou de soins au point de compromettre sa santé, la peine est de 7 ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. Le fait de forcer un mineur à consommer des substances dangereuses (alcool, tabac, stupéfiants), ou à en faire un usage illicite, est également sanctionné par la loi.
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