Introduction

L'Enfant de Kaboul, réalisé par Barmak Akram, est bien plus qu'un simple film ; c'est un témoignage poignant sur la réalité afghane, un manifeste de l'après-guerre qui explore les thèmes de l'abandon, de la reconstruction et de la condition des enfants et des femmes dans un pays ravagé par des décennies de conflit. À travers le périple d'un nourrisson abandonné, Akram dresse un portrait saisissant de Kaboul, une ville à la fois dévastée et pleine d'espoir.

Un Kaboul dévasté : point de départ d'une quête humaine

Le film s'ouvre sur une scène typique des rues de Kaboul : une femme, enfouie sous une burqa, un bébé dans les bras, cherche désespérément un taxi au milieu du chaos urbain. Cette image forte, chargée de peur et d'ambiguïté, donne le ton du film. Le chauffeur de taxi, Khaled, accepte finalement de la prendre à bord, ignorant que cette rencontre fortuite va bouleverser sa vie.

Khaled, un chauffeur de taxi ordinaire, se retrouve confronté à une situation extraordinaire : une femme voilée abandonne son bébé sur la banquette arrière de son taxi. Cet acte, lourd de sens dans un contexte de guerre et de détresse sociale, met en lumière la vulnérabilité des femmes et des enfants, premières victimes des conflits. Ni l'orphelinat ni la police ne veulent prendre en charge l'enfant.

La quête d'une famille : entre espoir et désillusion

Khaled, père de quatre filles, se retrouve face à un dilemme : que faire de cet enfant abandonné ? L'orphelinat refuse de le prendre en charge, et la police ne semble pas disposée à s'en occuper. Khaled envisage un instant de garder le petit garçon, mais il se heurte à la réalité complexe de la société afghane, où les traditions et les contraintes économiques rendent l'adoption difficile.

Sa famille est partagée. Son père s'exclame: « Gardons le bébé ! Nous l’appellerons Moïse ! ». Mais Khaled lui rétorque : « Mais mon taxi n’est pas un panier ! ».

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La rencontre avec Matthieu et Marie, deux jeunes Français travaillant pour une ONG, va donner une nouvelle direction à sa quête. Ils lancent un appel à témoin sur Radio Kaboul, promettant une récompense à la mère de l'enfant. Cette annonce attire de nombreuses femmes, toutes désireuses de toucher l'argent, mais aucune ne semble être la véritable mère.

L'Enfance sacrifiée : reflet d'une société en crise

Le film met en lumière la situation désespérée des enfants à Kaboul. Dans un langage imagé et poétique, le film décrit la vie d’un chauffeur de taxi, au milieu des bazars et des mendiants, où des enfants en bas âge, partout, travaillent - laveurs de vitres, vendeurs à la volée… La séquence de l’orphelinat visité par une association française rappelle le sort réservé aux enfants : « Nous avons ici la garde de cinq cents orphelins, confie son directeur. Ces enfants, souvent issus de familles brisées par la guerre, sont réduits à la mendicité ou au travail forcé pour survivre. Le film dénonce avec force cette réalité inacceptable, où l'enfance est sacrifiée sur l'autel de la pauvreté et de la violence.

Une métaphore de l'Afghanistan : entre abandon et renaissance

L'Enfant de Kaboul est avant tout une métaphore de l'Afghanistan elle-même, une nation abandonnée à son sort après des décennies de guerre. Comme le nourrisson laissé dans le taxi, le pays est à la recherche d'une famille, d'un avenir, d'une identité. Le film explore les thèmes de la filiation, de la transmission et de la reconstruction, en soulignant la nécessité de renouer les liens brisés par les conflits.

Le film est proche d’une œuvre, très belle, sortie deux semaines plus tôt en France, À travers la poussière de Shawkat Amin Korki : récit d’un enfant oublié, laissé à l’abandon, perdu dans les rues d’un autre pays marqué par la guerre (l’Irak) et qu’on essaie de rendre à ses racines, à ses parents, ses pères. Deux regards sur deux pays différents envahis par les mêmes armées nous parviennent sous cette forme : un enfant (un fils) ne parvenant plus à faire le lien avec ses pères oublieux. Et nous d’y voir un manifeste de l’après-guerre. Les invasions rompant le fil qui reliait les générations entre elles et tronçonnant une branche de l’arbre généalogique. Le peuple laissé aujourd’hui à la vie n’est plus que ruines familiales, patriarcales. Où le père ne parvient pas à avoir de fils. Où le fils ne parvient pas à avoir de père.

La question de l'identité : un enjeu majeur

L'intrigue se dénouera grâce à une annonce, diffusée sur Radio Kaboul, promettant une aide financière à toute mère « potentielle ». Plusieurs candidates se présenteront, dont la vraie mère, âgée de 16 ans, honteuse, refusant obstinément de décliner l’identité du père. En revanche, elle donne le nom de l’enfant, Massoud. Cette quête identitaire est au cœur du film, qui interroge les notions de famille, de communauté et d'appartenance dans un contexte de déracinement et de déplacement.

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Un cinéma afghan en renaissance

Réalisé en 2007, avec des acteurs amateurs, L’Enfant de Kaboul est le premier film de fiction d’Akram, et le quatrième film afghan produit depuis 2001, après Ossama et Opium War, de Siddiq Barmak, puis Terres et cendres, d’Atiq Rahimi. Akram a souhaité participer à la naissance du cinéma afghan, en abordant la question des enfants et des femmes, les premières victimes de la guerre. L'Enfant de Kaboul s'inscrit dans un mouvement de renaissance du cinéma afghan, après des années de censure et d'oppression sous le régime taliban. Le film témoigne de la volonté des cinéastes afghans de raconter leurs propres histoires, de donner une voix à ceux qui sont souvent réduits au silence.

Un style documentaire : au plus près du réel

Si le film fait défaut, c’est peut-être dans la dépersonnalisation de ses personnages. Comme l’anonyme enfant, les héros, ce père, sa femme, son beau-père, leurs quatre filles, sont pleins d’états mais sans âme véritable. Si le constat d’ensemble du film vaut comme vérité générale, on a le sentiment que les personnages, dans leur flou, leur absence de singularité, n’existent jamais vraiment au-delà de leur être-concept. Dans un film désireux de vérité sociologique, Khaled et sa femme se perdent de vue et ne sont plus qu’échantillons pour des statistiques de grand écran. C’est bien cette tournure documentaire qui accroche. Akram utilise un style réaliste et sans fioritures, privilégiant les plans larges et les scènes de la vie quotidienne pour immerger le spectateur dans l'atmosphère de Kaboul. Le choix d'acteurs non professionnels contribue également à l'authenticité du film, en donnant un visage humain aux victimes de la guerre.

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