Le développement prénatal est une période cruciale pour la formation de l'individu, tant sur le plan physique que psychique. De nombreuses traditions et études s'intéressent à l'influence de l'environnement, des émotions et même de l'imagination de la mère sur le fœtus. Cet article explore les différentes facettes de ce développement prénatal, en abordant le rôle du père, l'impact des pertes prénatales sur la fratrie, les représentations culturelles de la vie prénatale et les débats historiques sur le pouvoir de l'imagination maternelle.
Le rôle du père pendant la grossesse
Tout comme la mère, le père a besoin de s'investir dans la relation avec son futur enfant. Cette construction passe par le désir de communiquer et de toucher le bébé. La perception des mouvements fœtaux par le père intervient généralement vers le cinquième mois de grossesse, parfois plus tard que pour la mère. La patience est essentielle, car les réactions du bébé peuvent être subtiles et variables selon sa position.
Le toucher conscient du ventre de la mère peut favoriser une réaction fœtale et aider le père à se sentir impliqué dans la relation. Certains hommes peuvent éprouver des difficultés à toucher le ventre ou à parler au bébé, ce qui ne doit pas être interprété comme un désintérêt. La maturité de l'audition du bébé est totale à partir du cinquième mois, ce qui permet une communication verbale.
Parler au bébé, même si cela peut sembler étrange au début, est un acte naturel et constructif. Caressez le ventre de votre compagne pendant que vous parlez, afin que le bébé comprenne que vous vous adressez à lui. Cette prise de contact et cet échange favorisent un cheminement plus serein dans la paternité.
L'haptonomie, une méthode de communication par le toucher inventée par Frans Veldman, permet d'établir une véritable conversation à trois entre le bébé et les parents. Les cours d'haptonomie préparent à la rencontre avec le bébé avant même sa naissance et peuvent apporter une tranquillité accrue pendant l'accouchement. Le toucher permet également au père de soulager les douleurs de la mère en positionnant le bébé différemment.
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Des groupes de parole animés par des professionnels de santé sont proposés aux futurs papas dans de nombreuses maternités, offrant un espace d'échange et de soutien. La préparation à la rencontre avec l'enfant est essentielle, et le rôle du père est primordial lors de l'accouchement.
L'impact des pertes prénatales sur la fratrie
Lorsqu'un couple est confronté à une perte prénatale, la vie des aînés est également touchée. Leur capacité à gérer cet événement dépend de leur âge et de leur développement psychoaffectif. L'impact initial se manifeste par les changements observés chez leurs parents, leur moindre disponibilité et l'expression de leur tristesse.
L'enfant doit également traiter la signification de cette perte par lui-même. La virtualité du bébé à venir est une phase transitoire pour l'aîné, mais la perte de cet enfant rend impossible la rencontre physique, une étape importante de l'objectalisation du puîné.
La question se pose de savoir si cette virtualité du bébé est protectrice pour l'aîné ou si elle complexifie le processus de deuil en raison de l'absence d'un objet concret vers lequel adresser ses pulsions. Une jeune mère enceinte d'un bébé atteint d'une cardiopathie consulte pour sa fille aînée de deux ans et demi, qui répète sans cesse qu'elle a envie de vomir. La maman réalise alors que sa fille associe cardiopathie, mal au cœur et envie de vomir. L'aînée se trouve prise dans un double mouvement d'identification : être à la fois le bébé dans le ventre de sa mère et être sa mère enceinte d'un bébé.
Chez les jeunes enfants de deux à trois ans, il est fréquent de les voir mettre en scène ce travail d'identification et de différenciation par rapport au bébé à naître. Cette étape est d'autant plus nécessaire lorsque le bébé est en danger. Une confusion des bébés est possible, et le changement parental dû aux inquiétudes, à la relative indisponibilité envers l'aîné et aux paroles entendues concernant le bébé malade peuvent être sources d'angoisses et d'insécurité.
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Le processus de deuil nécessite des prérequis, notamment la capacité de distinguer l'objet perdu comme différent de soi-même et la représentation de la notion de mort. Les modifications du corps maternel agissent comme des potentialisateurs fantasmatiques, suscitant des questions sur la sexualité parentale et une mise au travail des représentations sur le corps maternel.
Une grossesse est ainsi l'occasion d'une curiosité et d'une élaboration de la sexualité. Des grossesses pathologiques chez la mère d'une femme enceinte peuvent laisser des traces qui se révèlent par des angoisses envahissantes lors de la grossesse de la jeune femme. Les processus d'identification à leur propre mère intègrent ses angoisses, souvent non élaborées.
La grossesse témoigne de l'activité sexuelle de la mère et signifie la place du père. L'aîné est confronté à la perte de la possibilité de fantasmer une place œdipienne privilégiée vis-à-vis de sa mère, car l'intrusion du tiers que ce bébé incarne la lui retire. Pour protéger l'image paternelle de l'agressivité éprouvée à son égard, il est fréquent d'observer un déplacement de cette agressivité sur le rival représenté par le bébé.
Le modèle multidimensionnel d'Irving Léon souligne l'obstacle que la perte du bébé produit dans la ligne développementale que représente pour une femme l'accession au rôle maternel. L'arrivée d'un puîné est source de conflits internes, mais la naissance, la confrontation à cette réalité et les processus d'adaptation que l'enfant construit, avec le soutien de ses parents, sont une occasion de recomposition d'une part de cette conflictualité.
Le renoncement à l'omnipotence infantile, à l'amour œdipien, à la toute disponibilité parentale, l'intégration de ce partage sans perte et la confrontation à l'agressivité sans la destructivité sont des étapes de l'accession à la position fraternelle, gage d'une maturité psychoaffective accrue.
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Le temps de l'annonce pour les parents est délicat. Il leur appartient, dans le cadre sécurisant de la relation de confiance établie avec leurs enfants, de leur raconter les surgissements inquiétants dans le déroulement de cette grossesse et ce qui concerne la santé du bébé. Lorsque l'annonce est soudaine, dans le cadre des morts fœtales in utero, l'anticipation n'est pas présente pour les parents eux-mêmes, mais ils peuvent parfois éprouver le besoin d'accorder un peu d'anticipation à leurs enfants et de ne pas leur annoncer tout de suite la perte radicale.
Il est ensuite nécessaire que des mots soient énoncés sur la disparition du bébé, en utilisant le terme de mort, afin de ne pas laisser l'enfant seul face à ses terreurs infantiles. Le non-dit peut conduire l'enfant à se créer un scénario propre, alimenté par ses angoisses.
Selon le terme et les représentations des parents, les mots choisis pourront varier. Dans les fausses couches du premier trimestre, est-ce le bébé qui est mort ou la grossesse qui s'est arrêtée ? La cohérence entre ce que les parents transmettent et ce qu'ils ressentent est primordiale. Les mères expriment parfois, à travers ce qu'elles craignent du regard de leur enfant, leurs propres angoisses : la crainte que leur aîné ne puisse plus les considérer comme une bonne mère, alors qu'elles échouent à donner la vie à un second enfant bien portant, révèle leur blessure narcissique profonde et leur sentiment de culpabilité.
Il est important de souligner la gravité et le caractère exceptionnel de ce qui touche le bébé, afin que l'enfant ne soit pas inquiet et qu'il puisse différencier cet événement d'une maladie qu'il pourrait connaître. Il est parfois conseillé de souligner que le bébé était atteint d'une malformation ou d'une maladie tellement grave qu'il ne pouvait pas vivre.
Pour certaines familles, parler de la décision d'une interruption médicale de grossesse (IMG) est impensable. Néanmoins, il est important que la formulation choisie ne ferme pas la porte à ce qu'un jour, ils puissent raconter cette part de l'histoire, dans un récit plus apaisé. La représentation d'une mère archaïque toute puissante, ayant droit de vie ou de mort sur ses enfants, qui peut émerger chez les femmes pour qui une IMG est envisageable, nécessite d'être élaborée avant qu'une transmission sur l'IMG puisse être faite auprès des enfants.
La rencontre avec les aînés a été beaucoup pensée et travaillée pour le post-natal, dans les circonstances d'hospitalisation du nouveau-né, de prématurité, et a pu montrer son intérêt clinique par l'aide que représente une perception sensorielle directe de l'enfant pour penser la présence du nouveau bébé. En ce qui concerne la rencontre avec un bébé décédé, la variabilité des situations est encore plus grande.
Lorsque les parents se posent la question d'une rencontre des aînés avec le bébé décédé, il est important d'entendre le sens que cette rencontre aurait pour eux comme pour les enfants. C'est souvent une référence culturelle et groupale qui vient donner sens à la demande des parents. De la même manière, en ce qui concerne les obsèques et différents rituels, il est important que les parents puissent penser le sens que la présence, ou non, des enfants aurait, tant pour eux-mêmes parents, que pour les enfants.
La présence des aînés aux obsèques nécessite qu'une personne de référence puisse être présente auprès d'eux et disponible pour eux. D'autres familles feront le choix d'un accompagnement différé de quelques jours au cimetière, par exemple. Là encore, les représentations des parents seront déterminantes dans les choix qu'ils feront pour que cette cérémonie, quelle que soit la forme qu'elle prend, soit chargée de sens pour l'enfant aussi. Il s'agit pour eux de lui transmettre la valeur de ce rituel autour de la mort et la conscience de l'existence temporaire de ce bébé dans l'histoire familiale.
C'est au cours de la Seconde Guerre mondiale, et par ses effets traumatiques, que les premiers travaux concernant le deuil chez l'enfant sont parus. Les premiers constats ont permis de se décentrer d'un point de vue adultomorphe pour prendre en compte la réalité psychique des enfants. Deux études réalisées à la même époque ont montré l'intégration de la notion de mort chez l'enfant.
Avant l'âge de cinq ans, un enfant ne reconnaît généralement pas le caractère irréversible de la mort. Il attribue aux morts les mêmes caractéristiques qu'aux vivants, et l'animé et l'inanimé sont encore difficiles à différencier. La première représentation de la mort n'est pas différente de celle du sommeil, puis progressivement, il va lui attribuer des caractéristiques différentes de la vie, c'est l'intégration de la notion de l'insensibilité.
Entre cinq et neuf ans, la mort est souvent personnifiée, elle prend la forme d'un événement contingent auquel on pourrait échapper. Son caractère définitif est progressivement assimilé, et son caractère irréversible peut être pensé, avec les angoisses que cela génère. Parler de la mort avec un enfant doit se faire dans un échange qui permet d'approcher ses propres représentations et de mettre en mots les notions qu'il n'a pas encore acquises.
Utiliser le mot de mort est parfois difficile pour les parents, mais cela est nécessaire pour que l'enfant, quel que soit son âge, ait un mot qui signe un événement grave, éloigné de son propre quotidien, pour expliquer la disparition du bébé et la douleur parentale. La particularité du traitement d'une perte chez l'enfant est d'intervenir chez un sujet en développement. L'intégration de la notion de mort n'est pas toujours pleinement acquise, et la représentation de l'objet perdu, ce bébé, n'est pas encore stable ni clairement différenciée de lui.
Le processus de deuil ne se déroulera pas nécessairement dans une chronologie proche de l'événement ni de manière continue. Ce processus pourra d'autant plus se déployer que l'enfant aura la certitude que ses propres besoins essentiels seront satisfaits. Les étapes de son propre développement vont venir remettre à l'ouvrage la dynamique du deuil.
L'accessibilité pour l'entourage du processus de deuil d'un enfant est complexe. Les mouvements intimes qui y président sont parfois révélés par une chaîne associative, par un événement ou une parole qui surviennent dans le quotidien. Les parents peuvent parfois être surpris par ce surgissement inattendu.
Le processus de deuil produit parfois un fantasme de réunion avec l'être perdu. L'enfant confronté à l'abstrait de la mort a besoin d'introduire des représentations imagées d'un lieu capable d'accueillir le mort. L'enfant peut alors formuler ce désir de réunion à travers ce lieu. Pour les parents, ces propos peuvent faire écho à leur propre désir de réunion, qui s'inscrit dans un mouvement plus mélancolique autour de la perte de ce bébé, et frôle la question suicidaire.
Il est important de savoir comment est construite sa représentation de la mort afin d'entendre ces paroles au plus juste du sens qu'il leur attribue. Ce travail d'intégration se poursuivra au cours de sa vie. L'aîné aura aussi à grandir avec l'image de son puîné décédé qui lui sera associé dans la psyché de leurs parents. Chez certains parents, le deuil d'un bébé en période anténatale laisse comme une plaie béante là où la rencontre avec le bébé vivant était attendue. L'espoir du maternage et de ses plaisirs, la gratification de la fonction parentale éprouvée dans l'interaction avec le bébé, sont alors absents.
Les représentations culturelles de la vie prénatale : l'exemple des Bassar
Pour les Bassar, un groupe ethnique d'Afrique de l'Ouest, la vie de l'être appelé à devenir un enfant commence bien avant la gestation. Cette vie antérieure à la conception comprend plusieurs phases. La personne (unil), encore seulement à l'état de préfiguration sous la forme d'une âme (kinaŋŋi), est créée par Dieu. Le créateur fait aussitôt établir au nouvel être les éléments de son choix prénatal, c'est-à-dire le profil de destinée pour lequel il opte.
C'est à chaque individu de fixer lui-même les grandes lignes de ce que sera son destin terrestre, se rendant seul responsable de ce choix et de ses éventuels inconforts. La divinité solaire endosse le rôle d'instance garante de l'irrévocabilité de ce choix. Ce buwinlimbu, énoncé prénatal, se décline en de nombreuses composantes, inconnues de l'intéressé d'un bout à l'autre de sa vie terrestre.
À peine créé, l'être reste porté par l'insouciance. Tout un pan de sa vie prénatale l'attend. Il se rend dans la rivière prénatale de son groupe où est prévu son appariement à un être de l'eau, son kinyiŋkpintii. Chaque personne est liée à un tel être, son tout premier conjoint, son conjoint du monde prénatal. Des prérogatives de créateur lui sont reconnues, puisqu'on dit de lui qu'il façonne ce qui constituera le corps de la personne.
Un ancêtre, appartenant au groupe associé à la rivière, parcourt les lieux en quête d'une bonne personne dont il souhaite faire son bourgeon chez les vivants. Pour y parvenir, il lui faut arracher le kinaŋŋi de la future personne à son kinyiŋkpintii et l'introduire dans l'utérus de la femme à la faveur d'un accouplement entre les futurs parents.
Un processus entièrement nouveau s'enclenche alors : la gestation. Indispensable à la progressive incarnation de la personne, elle sera tributaire des circonstances plus ou moins troubles qui ont présidé à l'opération.
La gestation, telle que se la représentent les Bassar, offre des ressemblances avec les élaborations d'autres populations de la région. Doris Bonnet décrit les croyances mossi, qui distinguent trois phases : le futur enfant est successivement une masse de sang, un poisson et un être à forme humaine. Au cours de la deuxième phase, l'enfant acquiert sa propre respiration et le siiga, son énergie vitale ou âme.
Chez les Bassar, la mise en place de l'âme (le kinaŋŋi) dans le ventre de la mère est perçue comme l'événement qui enclenche le processus de la gestation. La question du souffle fait apparaître une convergence plus nette entre les représentations bassar et mossi, avec toutefois des spécificités chez les premières.
Les Samo, des voisins occidentaux des Mossi, identifient également trois stades au cours de la grossesse : un état informe du fœtus, des formes de margouillat ou de crapaud et l'apparition de la forme humaine. Chez les Bobo, la distinction margouillat/crapaud renvoie au dimorphisme sexuel.
Une autre convergence formelle entre Samo et Mossi est la tendance à faire coïncider à un seul stade les trois attributions des cheveux, du souffle et de l'âme de la future personne. Chez les Bassar, cette question des acquisitions de l'âme et du souffle est moins étroitement rapportée à la succession en trois stades.
L'imagination maternelle et ses influences sur le fœtus : un débat historique
Une erreur que la médecine a longtemps partagée est d'attribuer aux envies ou à l'imagination de la mère pendant la gestation les difformités, excroissances ou taches qu'un enfant porte en naissant. L'imagination serait capable d'imprimer à la matière des modifications extérieures et aurait des incidences sur les perceptions et le développement sensoriel du fœtus.
Cet article se focalise sur les succès et réfutations du paradigme malebranchiste au XVIIIe siècle, au travers d'un corpus de textes de vulgarisation médicale où les débats opposent les partisans de l'imagination (imaginationistes) et les détracteurs de cette thèse (anti-imaginationistes).
Chaque époque possède son système herméneutique de représentations, et la médecine, étroitement dépendante des conceptions philosophiques et morales de son temps, est aussi une production culturelle. Des recherches récentes sur la vie embryonnaire reviennent sur le lien symbiotique des interactions mère-fœtus, éclairées par les technologies de l'imagerie fonctionnelle.
Au XVIIIe siècle, l'imagination était considérée comme capable de faire passer dans les enfants les marques évidentes d'une impression qu'une mère a reçue. Un enfant naissait avec une tache de vin, reflet d'une envie de vin, ou avec un pigment foncé, désir de café ou de chocolat. L'imaginaire d'une mère apparaissait si puissant qu'il semblait capable de modeler l'embryon conçu.
Dans l'histoire des idées médicales, le motif des envies maternelles perdure. Savants et médecins élaborent des théories scientifiques susceptibles d'expliquer des légendes persistantes. Selon la thèse dite imaginationiste, la mère imprime un devenir-homard au visage de son enfant pour avoir eu un désir de crustacés. Si une femme est effrayée au cours de sa grossesse par un animal, un étranger ou un épileptique, l'enfant en portera la marque, transmise par l'imagination.
Alors même que le fœtus n'a aucune idée des objets extérieurs qui ont ébranlé le corps et l'esprit maternels, suscitant d'intenses émotions négatives, les signes des passions semblent se transmettre mécaniquement au corps de l'enfant par un phénomène de contagion émotionnelle. La vividité des images mentales qui s'imposent à l'esprit maternel suffit, croit-on, à influer sur les perceptions et l'organisme de l'enfant.
On a prétendu que tout ce qui affectait la mère affectait le fœtus, que les impressions de l'une porteraient leurs effets sur le cerveau de l'autre, et l'on a attribué à cette influence les ressemblances, les monstruosités, par addition, par retranchement ou par conformation contre-nature. On a invoqué la possibilité d'une communication des impressions, mais aussi des passions et des idées de la mère. Au-delà de la réponse émotionnelle générée, la contagion affective se doublait d'une contagion mentale (transmission d'un contenu et de représentations) et s'attachait à la fabrique même du corps humain et de l'embryon.
La dispute ne roule que sur la cause de ces productions, où les uns croient reconnaître le cachet du pouvoir de l'imagination des mères, tandis que les autres y voient l'empreinte des jeux du hasard. Ceux qui prétendent que l'imaginaire de la mère influe sur l'organisation du fœtus citent à l'appui de leur opinion une masse de faits plus ou moins avérés. Ceux au contraire qui regardent cette croyance comme un préjugé ridicule se retranchent dans la logique du raisonnement et dans ce qu'ils appellent les seules possibilités physiologiques.
Cette théorie des pouvoirs de l'imagination maternelle sur le fœtus remonte à l'Antiquité et a retenu l'attention des médecins et des philosophes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Très populaire au XVIe siècle, la croyance en une imagination procréatrice de monstres continue à intéresser aux XIXe et XXe siècles, ethnologues et folkloristes. La médecine savante a été à l'origine d'une conceptualisation cohérente de cette représentation pendant plusieurs siècles, par le biais de la conception hippocratique du pouvoir de l'imagination maternelle.
Malebranche a réinterprété et réactualisé la représentation et contribué à la pérenniser. La diffusion de ses œuvres a ancré définitivement la popularité du motif. Le théologien y discute longuement des facultés de l'âme, de la contagion des imaginations fortes et des risques associés à l'imagination passive, de la transmission des représentations d'un esprit à l'autre et de l'action sympathique qui unit étroitement le fœtus et sa mère.
Malebranche met en place un véritable paradigme et reconfigure la question de l'imagination des femmes enceintes, en introduisant la théorie des esprits animaux. Il s'agit moins de discourir de l'influence des fantaisies de la mère sur le corps de l'enfant que d'expliquer le mécanisme de transmission qui opère de la mère au fœtus, en s'appuyant notamment sur la fragilité des fibres du cerveau de l'enfant. Avec Malebranche, on explique désormais le processus qui traduit le psychique en physique.
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