L'implication d'un enfant dans une affaire judiciaire, que ce soit comme témoin, victime ou suspect, nécessite une approche particulière, tenant compte de sa vulnérabilité et de ses droits spécifiques. Cet article se penche sur la procédure d'audition d'un enfant de 10 ans au commissariat ou à la gendarmerie en France, en mettant en lumière les droits de l'enfant, le rôle des parents et des avocats, ainsi que les mesures de protection mises en place.

Cadre Juridique Général

Conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant, tout mineur a droit à une protection spécifique et à des mesures adaptées à son âge et à sa situation. Lorsqu’un mineur se retrouve impliqué dans une affaire relevant de la compétence des forces de gendarmerie, que ce soit en tant que témoin, victime ou mis en cause, la procédure d’audition revêt une importance particulière. Avant d’entrer dans les détails de l’audition elle-même, il est crucial de comprendre les principes juridiques qui régissent le traitement des mineurs en France.

L'Audition Libre : Une Alternative à la Garde à Vue

Alternative à la garde à vue, l’audition libre est une mesure moins contraignante pour l’enfant mineur suspecté d’actes délictueux. S’il existe des raisons plausibles de soupçonner un mineur d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction, l’audition libre permet au mineur d’être interrogé. L’audition libre, elle, désigne plus spécifiquement la démarche consistant à convoquer au commissariat de police ou à la gendarmerie une personne soupçonnée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction pour l’interroger sur les faits reprochés. Cette audition est dite libre - on parle aussi de l’audition du suspect libre - parce que le mis en cause s’y rend de son plein gré sur convocation de la police ou de la gendarmerie. L’audition libre a lieu dans les locaux du commissariat de police ou de la gendarmerie sur les faits objets de l’enquête.

Droits du Mineur lors d'une Audition Libre

Le mineur entendu sous le statut de l’audition libre doit se voir informé des faits qui lui sont reprochés et des droits que la loi lui accorde. Il doit en particulier être informé de deux droits fondamentaux : celui de ne pas répondre aux questions ou de garder le silence, et celui de quitter à tout moment les locaux de police ou de gendarmerie où il est entendu.

Avant de procéder à l'audition libre du mineur, l'officier de police judiciaire (OPJ): titleContent ou l'agent de police judiciaire (APJ): titleContent informe le mineur et ses représentants légaux: titleContent ou le service auquel il est confié, de la qualification, de la date et du lieu présumés de l’infraction qui lui est reprochée. Par ailleurs, l’OPJ ou l’APJ précise au mineur qu’il dispose des droits suivants :

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  • Droit de quitter les locaux de la police ou de la gendarmerie à tout moment
  • Droit d’être assisté par un interprète s’il en a besoin (exemple : mineur étranger, atteint de surdité)
  • Droit de faire des déclarations, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire
  • Droit de bénéficier de conseils juridiques gratuits par un organisme d’accès au droit (par exemple, une maison de la justice et du droit)
  • Droit à la protection de sa vie privée garanti par l'interdiction de diffuser les enregistrements de ses auditions, par la tenue des audiences devant un public restreint et par l'interdiction de publier le compte rendu d'audience ou de tout élément permettant son identification
  • Droit d’être assisté d’un avocat. Cette information est également précisée aux représentants légaux du mineur.

Rôle et Droits des Parents ou Représentants Légaux

Lorsque le mineur est entendu librement, un officier de police judiciaire (OPJ): titleContent ou un agent de police judiciaire (APJ): titleContent en informe, par tout moyen, ses représentants légaux: titleContent, la personne ou le service auquel il est confié. Avant l’audition, les parents du mineur, son tuteur ou les services sociaux à qui il est confié doivent être informés par l’OPJ de sa convocation ainsi que des faits qui lui sont reprochés. Les parents ou tuteurs légaux sont informés de la convocation de l’enfant.

Les représentants légaux ou l’adulte approprié sont convoqués aux auditions et interrogatoires du mineur si les 2 conditions suivantes sont réunies :

  • Il est de l’intérêt du mineur qu’il soit accompagné par un adulte
  • L’accompagnement du mineur délinquant ne nuit pas au déroulement de la procédure pénale.

En cas de convocation, les représentants légaux sont obligés de se présenter à l’audition ou à l’interrogatoire du mineur. S’ils ne se présentent pas, ils risquent des sanctions pénales.

Sauf exceptions justifiées, les parents peuvent assister à l’audition de leur enfant.

L'Importance de l'Avocat

Quelle que soit la gravité de l’infraction présumée et la peine encourue, le mineur librement entendu doit obligatoirement être assisté d’un avocat choisi par lui-même ou par sa famille. Si personne ne demande l’assistance d’un avocat, celui-ci sera commis d’office par le bâtonnier de l’Ordre des avocats à la demande de l’OPJ, du procureur de la République, du juge des enfants ou du juge d’instruction.

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À savoir Si le mineur est soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction: titleContent punie d’une peine de prison et qu’il n’a pas désigné d’avocat, ses représentants légaux peuvent le faire à sa place. Dans le cas où aucun avocat n’aurait été désigné, le procureur de la République: titleContent, le juge des enfants, le juge d'instruction: titleContent ou l'officier ou l'agent de police judiciaire en informent immédiatement le bâtonnier: titleContent pour qu’il en commette un d’office.

L’avocat a un rôle essentiel dans la protection des droits du mineur en garde à vue. Maître Marion BERTHE intervient en urgence 24h/24, y compris la nuit, à Paris et partout en Ile De France. C’est à ce moment-là que l’expertise de votre avocat devient encore plus précieuse. Dans ce genre de situation, vous avez besoin de soutien immédiat, clair et humain. C’est ce que propose Maître Marion BERTHE, avocate pénaliste engagée auprès des mineurs et de leurs familles. Le Cabinet reçoit à Paris (11 Boulevard de Sébastopol) ou en visioconférence.

Déroulement de l'Audition

L’audition est menée dans un cadre spécifique, souvent dans des locaux adaptés aux mineurs, afin de minimiser l’impact potentiellement traumatisant de la procédure. Un officier de gendarmerie formé à l’audition des mineurs est généralement désigné pour mener l’entretien. Pendant l’audition, le mineur a le droit d’être assisté par un avocat ou d’avoir une personne de confiance à ses côtés.

Les enquêteurs utilisent des protocoles d’audition validés scientifiquement pour poser des questions ouvertes, non suggestives, et laisser l’enfant s’exprimer librement à son rythme. L’usage de supports (dessins, poupées anatomiques sous conditions strictes) peut être envisagé, mais avec une grande prudence pour ne pas induire de faux souvenirs.

Toutes les informations qui sont communiquées au mineur et aux personnes responsables de lui doivent figurer dans un procès-verbal.

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Enregistrement de l'Audition

Pour garantir la transparence et la fiabilité des témoignages, l’audition d’un mineur peut être enregistrée sous forme audiovisuelle. Toutefois, contrairement aux interrogatoires des mineurs placés en garde à vue ou en retenue qui font l'objet d'un enregistrement audiovisuel, l'enregistrement de l'audition libre d'un mineur n'est pas obligatoire, et ce, notamment, pour les raisons suivantes :

  • L'avocat du mineur est présent au moment de son audition
  • Le mineur n'est pas privé de liberté.

Protection de l'Intérêt Supérieur de l'Enfant

Conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant, toute décision ou mesure concernant un enfant doit être prise dans son intérêt supérieur.

Confidentialité

Les informations obtenues lors de l’audition d’un mineur sont confidentielles et ne peuvent être divulguées qu’aux personnes autorisées par la loi à y avoir accès.

Suites Possibles de l'Audition Libre

Le mineur peut ressortir libre, être reconvoqué devant la justice ou être placé en retenue ou en garde à vue. Tout dépend des indices qui ont été réunis à son encontre et qui prouvent sa culpabilité.

À l'issue de l'audition libre, si le mineur ressort libre des locaux de police ou de gendarmerie, ses représentants légaux: titleContent, la personne ou le service auquel il est confié doivent le prendre en charge lors de sa sortie. En principe, le mineur ne peut pas être reconvoqué devant la justice.

L'Audition d'un Enfant Victime de Violences

L’audition d’un enfant victime de violences est une procédure extrêmement délicate et encadrée par la loi, visant à recueillir sa parole tout en le protégeant au maximum d’une victimisation secondaire.

Principes Directeurs

  • Intérêt supérieur de l’enfant : C’est la considération primordiale. Tout est fait pour minimiser le traumatisme de l’audition.
  • Recherche de la vérité : Recueillir des éléments fiables pour l’enquête.
  • Éviter la victimisation secondaire : Limiter le nombre d’auditions et les rendre les moins éprouvantes possible.
  • Adaptation à l’âge et à la maturité : Les méthodes et le langage sont adaptés.
  • Droit à l’information : L’enfant est informé de ses droits et du déroulement de la procédure d’une manière adaptée à sa compréhension.

Déroulement Général

  1. Personnel spécialisé : L’audition est menée par des Officiers de Police Judiciaire (OPJ), policiers ou gendarmes, idéalement formés à l’audition des mineurs victimes (par exemple, membres de Brigades de Protection des Mineurs - BPM, ou de Brigades de Recherches). Un psychologue ou un expert ayant reçu une formation spécifique peut assister à l’audition ou la mener sous le contrôle de l’OPJ, notamment pour les plus jeunes enfants ou les cas complexes.

  2. Lieu adapté : L’audition se déroule dans un lieu spécialement aménagé pour être moins intimidant qu’un commissariat ou une gendarmerie classique. Il peut s’agir :

    • Des salles Mélanie ou des salles d’audition protégée, équipées de matériel d’enregistrement et d’un décor plus accueillant.
    • Des Unités d’Accueil Pédiatrique Enfants en Danger (UAPED) : ce sont des structures hospitalières qui regroupent en un même lieu des médecins, psychologues et enquêteurs, permettant une prise en charge globale et une audition dans un cadre médicalisé et rassurant. C’est le dispositif privilégié.
  3. Enregistrement audiovisuel : Pour les infractions les plus graves (crimes sexuels, violences graves), l’audition d’un mineur victime est obligatoirement enregistrée audiovisuellement. Objectifs :

    • Éviter de faire répéter son récit à l’enfant, ce qui est traumatisant.
    • Permettre aux différents acteurs de la procédure (juges, avocats) de visionner l’audition initiale.
    • Garantir la qualité de l’audition et la fidélité des propos recueillis.
    • Servir de preuve.
  4. Techniques d’audition spécifiques : Les enquêteurs utilisent des protocoles d’audition validés scientifiquement pour poser des questions ouvertes, non suggestives, et laisser l’enfant s’exprimer librement à son rythme. L’usage de supports (dessins, poupées anatomiques sous conditions strictes) peut être envisagé, mais avec une grande prudence pour ne pas induire de faux souvenirs.

  5. Présence d’un tiers de confiance et/ou d’un avocat :

    • Administrateur ad hoc : Si les représentants légaux de l’enfant sont mis en cause ou s’il y a un conflit d’intérêts, un administrateur ad hoc est désigné pour représenter l’enfant et veiller à ses intérêts. Il peut assister à l’audition.
    • Avocat de l’enfant : L’enfant victime a le droit d’être assisté par un avocat, qui peut être présent lors de l’audition (sauf exceptions). Il veille au respect des droits de l’enfant.
    • Parfois, une personne de confiance choisie par l’enfant (si elle n’est pas impliquée dans les faits) peut être présente, sous conditions.
  6. Information des droits : L’enfant est informé de son droit de se taire, de parler, de la présence de l’avocat, etc., avec des mots adaptés à son âge.

Audition par le Juge d'Instruction ou Devant le Tribunal

Si l’affaire va plus loin, le juge d’instruction peut également entendre l’enfant, souvent en s’appuyant sur l’enregistrement de la première audition pour éviter une nouvelle confrontation directe. Devant le tribunal (lors du procès), on évite au maximum que l’enfant témoigne directement à la barre, surtout en présence de l’accusé. L’enregistrement audiovisuel de l’audition initiale peut être diffusé. Si une audition est indispensable, elle peut se faire par visioconférence, ou l’enfant peut être entendu hors la présence du public et de l’accusé (par exemple, derrière un paravent ou dans une autre salle avec retransmission). L’avocat de l’enfant joue un rôle crucial pour porter sa parole.

Accompagnement Psychologique

Un soutien psychologique est crucial avant, pendant, et surtout après l’audition, pour aider l’enfant à gérer le traumatisme des violences subies et celui de devoir en parler.

Retenue d'un Mineur de 10 à 12 Ans

Agé de 10 à 12 ans : il peut être retenu uniquement s’il est soupçonné d’avoir commis une infraction punie de 5 ans d’emprisonnement minimum. Il s’agit d’une retenue et non d’une garde à vue, de 12H maximum, renouvelable une seule fois. Le mineur a droit à un avocat commis d’office. Ce droit est mis en œuvre automatiquement par les services d’enquête, sans même que le mineur n’ait à le réclamer.

Le Discernement de l'Enfant

Dans toute procédure le concernant, le mineur capable de discernement peut, sans préjudice, des dispositions prévoyant son intervention ou son consentement, être entendu par le juge, ou lorsque son intérêt le commande par la personne désignée par le juge à cet effet. Cette audition est de droit lorsque le mineur en fait la demande. Lorsque le mineur refuse d’être entendu, le juge apprécie le bien-fondé de ce refus. Il peut être entendu seul ou avec un avocat ou une personne de son choix. Si ce choix n’apparaît pas conforme à l’intérêt du mineur, le juge peut procéder à la désignation d’une autre personne. L’audition du mineur ne lui confère pas la qualité de partie à la procédure.

La demande d’audition est présentée sans forme au juge par le mineur lui-même ou par les parties. Lorsque la demande est formée par le mineur, le refus d’audition ne peut être fondé que sur son absence de discernement ou sur le fait que la procédure ne le concerne pas. Lorsque la demande est formée par les parties, l’audition peut également être refusée sur le juge ne l’estime pas nécessaire à la solution du litige ou si elle lui paraît contraire à l’intérêt de l’enfant mineur. Le mineur et les parties sont avisés du refus par tout moyen. Si le mineur demande à être entendu avec un avocat et s’il ne choisit pas lui-même celui-ci, le juge requiert, par tout moyen, la désignation d’un avocat par le Bâtonnier.

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