L'enduit à la chaux, alliant esthétique et performance technique, est le fruit d'un savoir-faire ancestral. Son application, qu'elle se fasse en deux ou trois couches, repose sur des principes fondamentaux, notamment un dosage dégressif en liant (chaux) entre chaque couche. Cet article explore en profondeur l'application de l'enduit à la chaux en deux couches, en mettant en lumière les avantages, les inconvénients et les étapes clés de cette technique.

Introduction

L'enduit à la chaux est utilisé depuis des millénaires comme isolant et élément décoratif. Il favorise la perméabilité à l’air, permettant aux façades de respirer tout en assurant leur imperméabilisation. La technique traditionnelle met en œuvre des mortiers à la chaux, appliqués manuellement en trois couches ou mécaniquement en deux couches. Pré-dosé en chaux et en pigments, l’enduit prêt à l’emploi assure une régularité de teinte et de performance.

Les Différents Types de Chaux

Il existe deux principaux types de chaux : la chaux aérienne et la chaux hydraulique.

  • Chaux aérienne (CL) : Issue de calcaire très pur, elle est réputée pour sa blancheur et sa prise lente à l'air (carbonatation). Sa consistance grasse donne des enduits souples, onctueux et très maniables. Elle est idéale pour les finitions intérieures et les peintures à la chaux.
  • Chaux hydraulique (NHL) : Provenant d'un mélange de calcaire, d'argile et parfois de silice, elle fait sa prise en partie à l'eau, assez rapidement. Sa perméabilité à la vapeur d'eau diminue lorsque la proportion d'argile augmente. Elle est légèrement grise et sa résistance augmente avec la proportion d'argile (NHL 2 - 3,5 - 5). Elle est particulièrement adaptée aux travaux extérieurs et aux pièces humides.

Le taux de chaux libre caractérise la perméance d’une chaux. Plus le taux de chaux libre est élevé, plus le mur respire.

La chaux hydraulique naturelle (NHL) peut être utilisée en liant pur ou bâtardée avec du ciment (CEM I, CEM II, CEM IV/A), tel que défini dans la norme NF EN 197-1, pour les enduits neufs ou en rénovation.

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Préparation du Support : Une Étape Cruciale

Un diagnostic approfondi du support est essentiel avant toute intervention pour déterminer le type d’enduit à mettre en œuvre et assurer un résultat durable. Appliqué sur un mur fragile, un enduit trop dosé en chaux trop hydraulique et rigide (pauvre en chaux aérienne) peut entraîner une fissuration des enduits ou un arrachement du support. Sur des murs anciens, un enduit très fermé bloque la circulation de la vapeur d’eau et favorise la condensation.

La préparation du support est une autre étape indispensable. Les anciens enduits doivent être décrépis ou décapés (lorsqu’ils sont de nature organique), les joints piqués et dépoussiérés à sec. Les murs piqués doivent être asséchés avant la réalisation d’un enduit à la chaux.

Un bon enduit commence par un mur bien préparé. Le support doit être sec, sain, propre, dépoussiéré et cohésif. Si le mur est brut (pierre, brique, béton cellulaire), un simple brossage et une humidification du mur suffisent. Si le support est lisse (béton banché, plaques de plâtre), il est impératif d’appliquer un gobetis fin ou une sous-couche d’accroche granitée pour garantir l’adhérence. Si le mur présente déjà un enduit de corps ou un enduit chaux-chanvre sec, humidifiez-le avant de passer à la finition.

Application Manuelle en Trois Couches : La Méthode Traditionnelle

C’est la technique traditionnelle par excellence préconisée sur support remis à nu et piqué. Les mortiers utilisés peuvent être faits “maison” ou prêts-à-gâcher mais doivent avoir un dosage en liant dégressif.

  1. Le Gobetis : La première couche, appelée gobetis, régule la porosité au support de maçonnerie et assure l’adhérence des couches ultérieures d’enduit. Projetée en une couche de 1 à 5 mm d’épaisseur sur maçonnerie neuve, ou de 5 à 8 mm sur maçonnerie ancienne ou en pierre, la surface de ce mortier fortement dosé en liant doit rester rugueuse pour faciliter l’accrochage de la deuxième couche.
  2. Le Corps d'Enduit : Il faut attendre 48 heures minimum avant d’effectuer cette seconde couche qui forme le corps d’enduit. Appliqué sur le gobetis réhumidifié la veille, le corps d’enduit de 12 à 15 mm d’épaisseur est appliqué en deux passes ou plus, dressé à la règle, serré à la taloche mais pas taloché pour conserver sa rugosité. Il sert à imperméabiliser et à redresser le support. L’épaisseur cumulée des deux premières couches doit être comprise entre 15 et 20 mm et assurer en tout point un recouvrement d’au moins 10 mm. L'ensemble gobetis et corps d'enduit doit être compris entre 15 et 20 mm.
  3. La Couche de Finition : Après 4 à 7 jours de séchage minimum, selon la nature du liant du corps d’enduit, la dernière étape consiste en une couche de finition de 5 à 7 mm d’épaisseur exécutée en une ou plusieurs passes selon le type de mortier et l’aspect recherché (taloché, lissé, structuré…). En plus de son rôle décoratif, cette couche de finition protège le corps d’enduit pour qu’il conserve toutes ses caractéristiques d’imperméabilisation.

Intérêts : La mise en œuvre permet de retrouver les aspects de façade d’autrefois et de redresser des supports anciens très irréguliers.

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Limites : Le dosage en liant des différentes couches de mortier est délicat. Un sous-dosage du gobetis se traduira par une mauvaise adhérence sur le support donc un risque de décollement. Un surdosage du corps d’enduit ou de la finition entraînera une fissuration de retrait. Un temps de mise en œuvre long.

Application Mécanique en Deux Couches : Une Alternative Moderne

La mise en œuvre, sur supports remis à nus, s’effectue au moyen d’un pot pneumatique ou d’une machine à projeter. Les enduits utilisés sont, la plupart du temps, prêts-à-gâcher, permettant ainsi d’obtenir, à coup sûr, la fluidité adéquate au pompage mécanique.

  1. Première Couche (Corps d'Enduit) : La première couche d’une épaisseur de 10 à 15 mm a un triple rôle : assurer l’adhérence de l’enduit au support, participer à son imperméabilisation et rattraper ses éventuelles irrégularités. Le mortier, fortement dosé en liant, doit être à consistance plastique. Le malaxage est donc à effectuer mécaniquement. Ce corps d’enduit est dressé à la règle mais non taloché pour lui conserver sa rugosité.
  2. Deuxième Couche (Finition) : La deuxième couche va donner sa forme définitive à l’enduit et constituer un complément d’imperméabilisation. Elle ne devra être exécutée que lorsque la première couche aura fait une partie de son retrait. Le délai d’attente est donc de 4 à 7 jours minimum en fonction des liants utilisés et des conditions météorologiques ; 7 jours minimum pour les corps d'enduit réalisés avec une chaux hydraulique naturelle (NHL). Cette dernière couche de 8 à 12 mm d’épaisseur doit être appliquée sur le corps d’enduit réhumidifié, en une ou plusieurs passes. La compacité du mortier est obtenue par un serrage énergique et uniforme du mortier à la taloche. L’épaisseur moyenne des deux couches doit être de 20 à 25 mm de façon à assurer en tous points un recouvrement d’au moins 15 mm. La finition peut être écrasée, grattée, épongée… seul le lissage à la truelle est déconseillé pour éviter les remontées de laitance ayant pour effet d’augmenter la sensibilité de l’enduit au faïençage et à la fissuration.

Intérêts : L’application mécanique diminue la pénibilité du travail. Il est possible d’utiliser des produits prêts-à-gâcher adjuvantés.

Limites : L’uniformité d’aspect étant difficile à garantir avec cette technique, l’enduit peut-être complété par une peinture, un badigeon…

Les Mortiers Monocouches : Une Solution Simplifiée

Les fabricants proposent des mortiers associant performances des monocouches d’imperméabilisation des constructions modernes et caractéristiques propres aux enduits traditionnels. Également à base de chaux + liant hydraulique, ces mortiers (colorés, à forte épaisseur) sont applicables mécaniquement, sans gobetis, en une seule couche mais passes serrées successives (jusqu’à 5 cm), frais sur raffermi (espacement de 2 à quelques heures pour que la première passe ait “tiré”) et après regarnissage des joints.

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Selon l’aspect recherché, le nombre de passes et l’épaisseur finale vont varier : pour une finition grattée par exemple, l’enduit est appliqué en une ou deux passes de 15 mm d’épaisseur totale ; une finition ribbée comporte une passe d’au moins 10 mm et une deuxième de 3 mm talochée en imprimant un mouvement vertical, horizontal ou circulaire suivant l’effet désiré. Il est toutefois conseillé d’éviter des épaisseurs supérieures à 20 mm qui risquent d’engendrer des fissurations.

Contrairement aux techniques traditionnelles en 2 / 3 couches où chaque couche est constituée d’un mélange ou d’un produit différent, dans le cas présent, c’est le même produit qui est appliqué en corps d’enduit et en finition. Ces enduits, soumis à un Avis technique du CSTB bloquant les échanges gazeux entre l’extérieur et l’intérieur, ils ne sont pas adaptés à la restauration des constructions anciennes en pierre, brique ou torchis.

Finitions et Personnalisation

Une fois l’enduit appliqué en deux couches, plusieurs finitions sont possibles pour personnaliser l’aspect final :

  • Enduit lissé ou nuagé : En utilisant la taloche d’enduit, vous pouvez obtenir un rendu très lisse et contemporain, ou au contraire créer des effets nuagés en travaillant par mouvements circulaires.
  • Badigeon à la chaux : Un badigeon est une peinture minérale très fluide, réalisée à base de chaux aérienne, de charges, d’adjuvants, de pigment si l’on souhaite le colorer, et enfin d’eau. Il s’applique au mur sur une surface adaptée, avec une brosse à badigeon. Il peut aussi s’appliquer sur un corps d’enduit une fois sec, pour apporter une finition colorée au mur.
  • Stuc à la chaux : Le stuc est une finition haut de gamme, généralement réalisée par des professionnels, car son application nécessite une certaine maitrise de pose. Il est composé de chaux aérienne et de poudre de marbre, ce qui permet d’obtenir un effet marbré et très lisse, presque brillant.
  • Effet “travertin” : Pour un style plus minéral, il est possible de travailler l’enduit avec un platoir inox ou une taloche pour créer des reliefs et de légères cavités, rappelant l’aspect de la pierre naturelle.

Il est également possible d'incorporer des pigments naturels (ocres, terres, oxydes) pour créer des couleurs uniques.

Erreurs à Éviter

Pour garantir un résultat homogène et durable, il est important d'éviter certaines erreurs :

  • Ne pas sélectionner le bon type de chaux en fonction du support et de l’usage prévu.
  • Négliger la préparation de la surface.
  • Mal doser le mélange chaux/sable/eau.
  • Appliquer l’enduit par temps chaud ou venteux.
  • Négliger le temps de séchage entre les couches.
  • Ne pas se former aux techniques d’application.

Réglementation

Le DTU 26.1 (norme NF P-201) de mai 1990, “Enduits au mortier de ciment, de chaux et de mélange plâtre et chaux aérienne” précise les règles de l’Art à respecter concernant la préparation et l’exécution des enduits traditionnels. La NF EN 459-1-2-3 d’octobre 2002, “Chaux de construction” fixe la terminologie afférente aux différentes chaux naturelles, donne leur classe de résistance en fonction de leur résistance mécanique et d’un minimum de taux de chaux libre à respecter.

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