Émile Zola, figure emblématique de la littérature française, est reconnu comme le chef de file du naturalisme. Son œuvre, ancrée dans la France du Second Empire et de la Troisième République, témoigne de son époque avec un souci d’exactitude du réel et une soif de quête de justice sociale. Cet article se propose de retracer les moments clés de sa vie, en mettant l'accent sur ses dates de naissance et de mort, ainsi que sur les événements marquants qui ont jalonné son parcours.
Naissance et Jeunesse : Les Premières Années d'un Écrivain en Devenir
Émile Édouard Charles Antoine Zola voit le jour le 2 avril 1840 à Paris, rue Saint-Joseph. Il est le fils unique de Francesco Zola, ingénieur italien, et d’Émilie Aubert, originaire de Dourdan. Son père, Francesco Zola, avait rencontré Émilie Aubert en 1839 et l'avait épousée à Paris. Le mariage avait fait perdre (provisoirement) à Émilie Aubert sa nationalité française, en vertu de la réglementation en vigueur à l’époque.
En 1843, la famille Zola s’installe à Aix-en-Provence, où Francesco travaille à la construction d'un barrage qui portera son nom. Cependant, le destin frappe brutalement : le 22 mars 1847, François Zola décède d’une pneumonie, laissant sa femme et son fils dans une situation financière précaire. Ce décès marque profondément le jeune Émile, qui n'a que 7 ans. Son œuvre restituera plus tard la figure grandie de ce père tôt disparu, homme libéral, novateur, audacieux et bâtisseur.
Formation et Premiers Pas dans le Monde Littéraire
Zola effectue ses études au collège d’Aix-en-Provence, où il se lie d’amitié avec Paul Cézanne, qui restera son ami durant de longues années et qui lui permettra de rencontrer des peintres tels que Monet, Renoir, Sisley, Pissarro et Manet. Très tôt, il se passionne pour la littérature et rédige un roman d’aventures sur les croisades dès la classe de sixième.
En 1858, Zola quitte Aix-en-Provence pour rejoindre sa mère à Paris. Après deux échecs au baccalauréat à cause du français (!), il mène une vie incertaine, il n'a pas d'argent, il est démuni. Il entre finalement aux Éditions Hachette où il travaille, de mars 1862 à janvier 1866, comme commis puis rapidement comme chef de la publicité. Outre des centaines de vers, et quelques tentatives théâtrales, il compose à cette époque plusieurs textes en prose très variés, allant du conte de fées à la satire politique en passant par la « chose vue », le récit à finalité morale. Il réussit à publier en novembre 1864 un petit recueil de contes, les Contes à Ninon, qui reçoit un accueil favorable. En 1865, il rencontre celle qui va devenir sa femme : Alexandrine Meley. Décidé à vivre de sa plume, il quitte la librairie Hachette en 1866.
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L'Ascension Littéraire et la Naissance du Naturalisme
En 1867, son premier succès vint avec Thérèse Raquin, qui annonce, sans en faire partie, le cycle des Rougon-Macquart, tant par les sujets abordés (l'hérédité, la folie) que par les critiques qu'il suscite : la presse traite en effet l'auteur de « pornographe », d'« égoutier » ou encore de partisan de la « littérature putride ».
Après la guerre de 1870, à laquelle il ne participe pas parce que, fils de veuve et myope, il n'est pas mobilisable, il devient journaliste parlementaire. C'est le 22 juillet 1872, par la signature du contrat qui le lie à l'éditeur Georges Charpentier, que commence véritablement sa carrière littéraire, qu'il mène de front avec le journalisme auquel il ne renonce pas. Peu à peu ses romans lui valent l'amitié d'écrivains comme Flaubert, les frères Goncourt, Daudet et Tourgueniev. Lorsqu'il décide d'entreprendre sa vaste fresque romanesque, par souci de méthode, il veut établir un plan général, avant même d'écrire la première ligne. Il tient aussi à préciser la différence de son entreprise avec celle d'un prédécesseur écrasant, Balzac et sa Comédie humaine : « Mon oeuvre à moi sera tout autre chose. Le cadre en sera plus restreint. Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille en montrant le jeu de la race modifiée par le milieu. (…) Ma grande affaire est d'être purement naturaliste, purement physiologiste ». Aujourd'hui, les théories scientifiques qui fondent les Rougon-Macquart sont tout à fait dépassées; l'oeuvre, elle, reste toujours actuelle, sans doute parce que, au-delà des ambitions scientifiques de son auteur, elle demeure une réalisation considérable sur le plan littéraire.
La Fortune des Rougon (1871), le premier volume, est la base qui soutient et justifie tout l'édifice. Ce roman relate le coup d'État du prince Louis Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, vu d'une ville de Provence. À la faveur de ce bouleversement politique, les ambitions se déchaînent : deux branches rivales d'une même famille, les Rougon et les Macquart, s'affrontent, les premiers se révélant bonapartistes par calcul, les seconds libéraux par pauvreté et par envie.
Le succès de L'Assommoir, publié en 1877, septième volume des Rougon-Macquart, lui confère à la fois la notoriété et l'aisance. Sa maison de Médan devient, le jeudi où il reçoit, le lieu de rendez-vous de jeunes écrivains tels que Huysmans ou Maupassant.
Zola est à l’origine du mouvement littéraire du naturalisme. Inspiré par le réalisme, notamment celui de Balzac, ce courant artistique prône une observation exacte et scientifique du réel pour en livrer une représentation rigoureuse. Comme le réalisme, le naturalisme s’intéresse à tous les sujets ; il n’y a pas de personnages, de classes sociales ou de situations qui ne soient dignes pas d’attention. Ce parti pris de mettre au premier plan de ses récits des prostituées, des ouvriers et ouvrières alcooliques, des mineurs, des employés des grands magasins ou des marchés ont pu choquer à son époque.
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L'Affaire Dreyfus et l'Engagement Politique
Indigné par la dégradation du capitaine Dreyfus, le 5 janvier 1895, à l'École militaire, il dénonce à la fin de l'année dans trois articles publiés par Le Figaro les campagnes de presse contre la République et les Juifs. Convaincu que le véritable coupable de l'affaire Dreyfus est le commandant Esterhazy, qui est acquitté à l'unanimité le 11 janvier 1898, Zola publie dans L'Aurore deux jours plus tard l'article J'accuse. Condamné à un an d'emprisonnement et à 3 000 francs d'amende, il doit quitter la France le 18 juillet 1898. À son retour, en 1899, injurié, radié de l'ordre de la Légion d'honneur, abandonné par une grande partie de ses lecteurs.
L'historien de la littérature Alain Pagès explique pourquoi Zola est un intellectuel : "Il génère, avec son J'accuse, des pétitions. Ce mouvement des intellectuels surgit avec le J'accuse. Zola est à l'avant, et les autres vont l'accompagner. Ce qui est beau dans la figure de Zola, c'est le fait qu'il assume parfaitement le procès. Il assume sa condamnation et il ne reviendra jamais en arrière".
Mort et Hommages Posthumes
Émile Zola décède le 29 septembre 1902 à Paris, dans des circonstances mystérieuses. Il serait mort asphyxié dans sa maison à cause, semble-t-il, d'une main criminelle qui en aurait bouché la cheminée. Le matin du 29 septembre 1902, Émile Zola est retrouvé mort dans sa chambre à coucher, asphyxié à l’oxyde de carbone. Pourtant, de troublantes révélations survenues un demi-siècle plus tard sèment le doute : n’était-ce vraiment qu’un accident ?
Le retentissement de la mort d’Émile Zola est immense. La presse se fait l'écho de l'émotion qui gagne la population entière. La presse nationaliste et antisémite exulte ; ainsi, le journal La Libre Parole titre : Scène naturaliste : Zola meurt d'asphyxie. L'émotion gagne l'étranger où de nombreuses cérémonies ont lieu en mémoire de l'écrivain français, et les presses germanique, britannique, américaine s'en font largement l'écho. L'hommage est international. Lors des obsèques, Anatole France, qui avait insisté pour évoquer toutes les facettes de l'écrivain, y compris ses combats pour la justice, déclare : « Il fut un moment de la conscience humaine. » Une délégation de mineurs de Denain accompagne le cortège, scandant « Germinal ! Germinal ! »
Les cendres de Zola sont transférées au Panthéon le 4 juin 1908. Là encore, la tension est à son comble : les débats parlementaires sont houleux et opposent notamment Jean Jaurès et Gaston Doumergue à Maurice Barrès. Une communauté antidreyfusarde et plusieurs courants de l’extrême-droite s’offusquent qu’un "traître", selon leurs mots, entre au Panthéon. La cérémonie a pourtant lieu, grandiose et solennelle, jusqu’à ce qu’elle soit interrompue par un bruit de coup de feu : Alfred Dreyfus s’est fait tirer dessus. Le coupable, un journaliste, Louis Grégori, est rapidement arrêté. Sous pression des groupes d’extrême-droite, il est finalement acquitté.
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