La recherche sur l'embryon, un domaine à la croisée des chemins entre science, éthique et espoirs thérapeutiques, suscite un intérêt croissant et des débats passionnés. Cet article vise à explorer en profondeur les objectifs de cette recherche, les méthodes employées, les défis rencontrés, le cadre juridique qui la régit et les perspectives d'avenir qu'elle offre.

Objectifs de la Recherche Embryonnaire

La recherche sur l’embryon poursuit un certain nombre d’objectifs, allant de l'amélioration des connaissances fondamentales aux applications thérapeutiques concrètes.

Amélioration des connaissances sur le développement embryonnaire

Le premier objectif est de l’ordre de la connaissance. Il s’agit de mieux connaître le développement de l’embryon, que ce soit sa croissance « normale » ou ses pathologies. L’observation de cellules, saines et malades, permet ainsi de comprendre les différents stades du devenir de l’embryon et des cellules qui composent son organisme. Comprendre les mécanismes fondamentaux du développement embryonnaire est essentiel pour identifier les causes des anomalies congénitales et des maladies génétiques.

Développement de nouvelles thérapies

Cette recherche a aussi un but thérapeutique. Observer des embryons et des cellules malades permet d’étudier des maladies génétiques rares en utilisant des cellules porteuses de ces altérations génétiques. Elles servent ainsi de modèles et permettent de tester les médicaments. En créant des lignées cellulaires, c’est-à-dire en provoquant la différenciation des cellules, on peut également étudier le fonctionnement des cellules de différents organes et les processus de spécialisation. C’est particulièrement utile pour travailler sur des cellules qui se renouvellent peu dans l’organisme comme les neurones. Les cellules souches embryonnaires sont porteuses d’un fort espoir pour la thérapie cellulaire. Leurs propriétés toutes particulières, notamment la pluripotence, pourraient permettre de les utiliser pour régénérer des organes adultes déficients - par exemple en cas de brûlure pour réparer les tissus - ou pour produire les substances nécessaires pour rétablir une fonction biologique. Elles offrent donc un réservoir inépuisable que l’on peut différencier à mesure des besoins thérapeutiques des patients.

Les cellules souches embryonnaires (CSE) offrent un potentiel considérable pour la médecine régénérative. Leur capacité à se différencier en n'importe quel type de cellule de l'organisme ouvre des perspectives pour la réparation de tissus endommagés, le traitement de maladies dégénératives et la création d'organes de remplacement.

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Amélioration des techniques de procréation médicalement assistée (PMA)

La recherche est aussi utilisée en vue d’améliorer la qualité des FIV. En étudiant le développement embryonnaire, on peut définir avec plus de précision ses critères de viabilité. La recherche sur l'embryon peut contribuer à améliorer les techniques de PMA en permettant une meilleure sélection des embryons viables, en optimisant les conditions de culture embryonnaire et en réduisant ainsi le nombre de tentatives nécessaires pour obtenir une grossesse.

Méthodes de Recherche

La recherche sur l'embryon peut se pratiquer de deux façons : soit sur l’embryon en entier, soit sur les cellules souches. La recherche sur les cellules souches est parfois présentée comme posant moins de problème éthique car on n’agit pas sur l’être dans sa totalité. En réalité, le prélèvement des cellules souches ayant détruit l’embryon, la conséquence est la même pour lui !

Recherche sur l'embryon entier

Les recherches sur l’embryon lui-même visent à une meilleure connaissance de l’embryon in toto, de son développement et de ses interactions avec l’environnement. Certaines recherches autorisées par l’Agence de la biomédecine ont, par exemple, pour finalité l’analyse des gènes ou des protéines exprimées dans les cellules de l’embryon afin d’améliorer la connaissance des voies cellulaires indispensables à un développement embryonnaire précoce efficace. Cette recherche peut, entre autres, être particulièrement utile pour améliorer l’assistance médicale à la procréation. Il y a actuellement peu de protocoles de recherche sur l’embryon entier. Les chercheurs ne disposent que de 14 jours pour faire leurs recherches. Au 14e jour, l’embryon sur lequel on a introduit une modification doit être détruit. Pour obtenir des résultats intéressants, il faudrait pouvoir l’étudier tout au long d’une grossesse.

Recherche sur les cellules souches embryonnaires (CSE)

Les cellules souches embryonnaires représentent un espoir pour la thérapie cellulaire. Plusieurs essais cliniques ont déjà eu lieu. Son but est d’obtenir des cellules spécialisées saines et fonctionnelles à partir de cellules souches embryonnaires. Elles sont ensuite injectées à un patient pour régénérer un organe ou restaurer sa fonction. La qualité de ces cellules est normée et les cellules doivent être agréées par les autorités de santé. La recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines se base sur des cellules prélevées sur des embryons humains au tout premier stade de son développement. Enfin, la recherche utilisant les cellules souches pluripotentes induites humaines permet d’obtenir des cellules présentant des caractéristiques similaires aux cellules souches embryonnaires, sans nécessiter d’utilisation d’embryons humains.

Modèles d'embryons humains in vitro (Embryoïdes)

L’équipe de Jacob Hanna (Weizmann Institute of Science, Rehovot, Israël), l’une des plus en pointe dans ce domaine, décrit avoir pu cultiver jusqu’au stade treize-quatorze jours un cocktail de cellules souches embryonnaires humaines. Plongées dans le milieu adéquat, celles-ci se sont spontanément multipliées pour former une entité cellulaire dont la croissance imite celle d’un véritable embryon, mais aussi des tissus destinés à favoriser son implantation dans un utérus - opération qui n’a bien sûr pas été conduite. Cette nouvelle publication illustre les progrès rapides dans la mise au point de modèles d’embryons humains, ou embryoïdes, susceptibles de se substituer dans des projets de recherche aux embryons issus de fécondations in vitro, et ne faisant plus l’objet d’un « projet parental ». Ces embryoïdes sont capables de se développer jusqu’à des stades de plus en plus avancés de l’organogenèse, c’est-à-dire la formation de structures différenciées permettant le développement de l’embryon.

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Afin de comprendre les processus fondamentaux mis en jeu lors du développement embryonnaire, les chercheurs ont donc orienté leurs études vers d’autres mammifères, notamment la souris. Si d’énormes progrès ont été réalisés au cours des dernières décennies, la compréhension des mécanismes moléculaires impliqués dans l’émergence et l’organisation des types cellulaires au sein de l’embryon reste superficielle. Récemment, une percée majeure a été réalisée par deux autres laboratoires. Ceux-ci ont réussi l’exploit de reconstruire, à partir de cellules souches embryonnaires, des embryons synthétiques qui récapitulent presque parfaitement le développement de la souris jusqu’au stade fœtal. Mais avec moins de 1% de réussite, la procédure est complexe et fait intervenir un appareillage sophistiqué. Des scientifiques de l’Institut Pasteur, de l’Inserm et de l’École Polytechnique, en collaboration avec le Centre Helmholtz et l’Université de Copenhague, ont développé une nouvelle approche pour générer des embryons synthétiques de souris. Elle repose sur le seul traitement des cellules souches embryonnaires de souris par une molécule chimique pendant un temps court. Celle-ci inhibe l’accrochement d’une petite protéine, appelée SUMO, à d’autres protéines de la cellule. L’unité Organisation nucléaire et oncogenèse de l’Institut Pasteur et de l’Inserm étudie depuis longtemps la SUMOylation. « Nous avons émis l’hypothèse que des cellules souches embryonnaires pourraient entrer dans un état instable si elles sont privées de SUMOylation et placées dans un environnement favorable, SUMO ne jouant alors plus son rôle de garde du corps de l’identité cellulaire. Pour éprouver cette hypothèse, les scientifiques ont soumis des cellules souches embryonnaires de souris à une molécule qui inhibe l’action de la protéine SUMO. On savait qu’il était possible de faire revenir des cellules matures différenciées à l’état de cellules souche en agissant sur la chromatine. L’efficacité et la grande simplicité d’utilisation de cette approche ouvrent la voie à l’utilisation de molécules régulant l’état chromatinien, avec l’espoir de reconstruire un jour des modèles fidèles d’organes et d’embryons.

Défis et Limites

Obstacles scientifiques

Cependant, malgré tous ces espoirs, les recherches n’ont toujours pas offert les résultats espérés. Plusieurs protocoles ont été réalisés depuis 2005, sans offrir les progrès thérapeutiques majeurs qui les avaient justifiés. Par exemple, un essai clinique a été lancé aux États-Unis en 2010 sur deux patientes, l’une atteinte de la maladie de Stargardt, l’autre de la DMLA. 50 000 cellules dérivées de CSEh leur ont été injectées sous la rétine. En janvier 2012, The Lancet fait état des résultats de la greffe : si le procédé a été validé, les patientes n’ont pas retrouvé une vue suffisante pour lire ou distinguer de loin des objets. Seule une petite amélioration de l’acuité visuelle a été constaté.

Si d’énormes progrès ont été réalisés au cours des dernières décennies, la compréhension des mécanismes moléculaires impliqués dans l’émergence et l’organisation des types cellulaires au sein de l’embryon reste superficielle.

Contraintes temporelles

Les chercheurs ne disposent que de 14 jours pour faire leurs recherches. Au 14e jour, l’embryon sur lequel on a introduit une modification doit être détruit. Pour obtenir des résultats intéressants, il faudrait pouvoir l’étudier tout au long d’une grossesse. Actuellement, les embryons peuvent être conservés 7 jours en France pour être étudiés. Dans d’autres pays comme au Royaume-Uni, c’est 14 jours. À mon avis, le délai de 7 jours ne se justifie que si l’on se place dans une perspective de transfert de l’embryon dans l’utérus car son implantation dans l’endomètre survient 6 à 7 jours après la conception. Au-delà, la nidation ne peut plus se faire. Dans le cadre de la recherche fondamentale sur le développement embryonnaire, la limite de 7 jours est discutable, de même que celle de 14 jours qui avait été retenue par les Britanniques car elle correspond à la formation de l’ébauche du tube neural. Cette limite est actuellement rediscutée au Royaume-Uni. Les progrès scientifique récents suggèrent qu’il serait intéressant d’aller au-delà pour étudier le développement embryonnaire sur des modèles in vitro.

Défis éthiques

Sujet éthique et politique en plus d’être technique et scientifique, la recherche sur l’embryon humain passe avec la loi °2013-715 du 6 août 2013 (JO 7 août) d’une interdiction avec possibilité de dérogation à un principe d’autorisation encadrée, c’est-à-dire qu’il existe maintenant, sous certaines conditions, une « présomption de disponibilité de l’embryon humain pour la recherche ». L’embryon surnuméraire devient alors, selon certains auteurs, « un matériau de laboratoire ».

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Dans la loi, l’embryon n’a pas d’existence juridique. Seule la naissance d’un enfant confère un statut. Sur le plan éthique, la question du statut de l’embryon est une discussion sans fin qui est fortement influencée par les croyances et les convictions de chacun. Il semble raisonnable d’estimer que la perception que l’on peut avoir de l’embryon évolue en fonction de la destinée qui lui est promise. S’il s’inscrit dans un projet parental, alors il s’agit d’une personne potentielle comme l’évoquait le Comité consultatif national d’éthique il y a plus de 30 ans. En revanche, s’il n’y a plus de projet d’enfant, l’embryon ne sera jamais transféré dans l’utérus et ne donnera jamais naissance à une personne. Cela n’empêche pas de toujours traiter l’embryon avec le respect qui lui est dû compte tenu de son origine humaine, y compris quand son développement doit être interrompu ou quand il devient sujet/objet de recherche.

Je respecte les convictions de chacun, mais l’objectif de ces recherches est notamment de permettre à des couples infertiles d’avoir un enfant et de faire en sorte qu’il soit en bonne santé. Quant aux craintes, de quoi s’agit-il ? d’eugénisme ? Dans ce cas, ce n’est pas la recherche elle-même qui doit faire peur, mais le mauvais usage qui pourrait être fait des résultats. Les dérives eugénistes sont très peu probables. Je ne dis pas que le risque n’existe pas, mais on peut le contrôler. À chaque fois que des avancées ont eu lieu en médecine de la reproduction, la peur de l’eugénisme a été brandie. Or, ce n’est arrivé ni avec le développement des premières banques de sperme en France, ni avec la fécondation in vitro, ni avec le diagnostic préimplantatoire et nous travaillons à ce que cela n’arrive pas avec les nouvelles techniques qui pourraient découler de la recherche.

Cadre juridique strict

La recherche sur l’embryon humain est très encadrée et régie par des règles strictes de bioéthique. Elle est autorisée en France depuis 2013, sous conditions et sous contrôle de l’Agence de biomédecine (en savoir plus sur la recherche sur l’embryon & les cellules souches embryonnaires). Ainsi, dans un grand nombre de pays, il est interdit de cultiver et d’utiliser des embryons humains au-delà de 14 jours après la fécondation.

Désormais, avec la loi du 6 août 2013 (CSP, art. L. 2151-5), aucune recherche sur l’embryon humain ni sur les cellules souches embryonnaires ne peut être entreprise sans autorisation. Les protocoles de recherche sont autorisés par l’Agence de la biomédecine après vérification des conditions légales. Ainsi, la recherche sur l’embryon doit, notamment, avoir une finalité médicale (et donc aucune fin commerciale). De même, il doit être impossible, en l’état des connaissances scientifiques, de mener cette recherche sans recourir aux embryons humains surnuméraires ou aux cellules souches embryonnaires. Par ailleurs, cette recherche est uniquement autorisée sur des embryons conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation et qui ne font plus l’objet d’un projet parental.

La loi n°2013-715 du 6 août 2013 relative à la bioéthique tendant à modifier la loi n° 2011-814 du 7 juillet 2011 en autorisant sous certaines conditions la recherche sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires a été validée par le Conseil constitutionnel. Dans la décision n° 2013-674 DC du 1er août 2013, les Sages considèrent que ce nouveau régime de recherche ne porte pas atteinte au principe de sauvegarde de la dignité de la personne humaine. La loi du 6 août 2013 modifie uniquement l’article L.

Le Rôle de l'Agence de la Biomédecine (ABM)

L’Agence de la biomédecine autorise les protocoles de recherche sur l’embryon, après avis de son Conseil d’orientation. L’Agence assure le suivi des projets et contrôle régulièrement leur conformité avec les obligations réglementaires et éthiques.

RENFORCER le contrôle de l’Agence de la biomédecine qui autorise des recherches sur l’embryon illégales (dernier exemple : autorisation d’une recherche sur la FIV à trois parents-octobre 2016). Pour rappel, le Conseil d’Etat et le tribunal administratif de Paris ont l’un et l’autre rendu deux décisions définitives condamnant l’ABM. Ces autorisations délivrées par l’ABM étaient illégales.

Recommandations et Orientations Futures

Des recommandations pour 2017-2022:

  • RENFORCER le consentement des parents lors du don de leur embryon à la recherche (dans le cadre de l’Assistance médicale à la procréation). Ce consentement doit être éclairé : les parents doivent être informés que leur embryon sera détruit par la recherche, et doivent connaître la nature et l’objectif de la recherche pour laquelle leur embryon sera détruit. Ce consentement doit être réitéré si les cellules souches embryonnaires extraites de leur embryon sont utilisées pour une autre recherche.
  • PROMOUVOIR les recherches sur les cellules souches adultes qui ont des résultats thérapeutiques ainsi que la recherche sur les cellules adultes reprogrammées (iPS)
  • INTERDIRE toutes recherches pharmaceutiques (criblage moléculaire et modélisation de pathologies) sur des cellules souches embryonnaires humaines. Il est démontré que les cellules iPS répondent aux besoins de ce type de recherche.
  • CONSOLIDER l’interdiction du clonage et de la modification du génome afin d’empêcher de façon effective toute recherche sur l’embryon expérimentant la recherche sur la FIV à trois parents en France (recherche autorisée par l’ABM en 2016), ou l’expérimentation de CRISPR sur l’embryon humain etc.
  • CONSOLIDER l’interdiction de création d’embryons pour la recherche. La création d’embryons pour la recherche est une revendication du comité d’éthique de l’INSERM.
  • ABROGER la loi autorisant la recherche sur l’embryon humain afin de REVENIR à un principe d’interdiction assorti de dérogations. Sans résoudre le problème éthique, l’objectif de cette évolution est de retrouver une cohérence juridique avec le droit français (respect de l’être humain dès le commencement de sa vie - article 16 du Code civil) et avec le droit international (la Convention d’Oviedo exige d’accorder une protection adéquate à l’embryon humain).
  • ABROGER la disposition relative à la recherche biomédicale en assistance médicale à la procréation intégrée dans la loi santé de 2016. L’embryon humain y est particulièrement instrumentalisé au profit des intérêts de l’industrie procréatique.
  • INTERDIRE le don d’embryons, que l’on qualifie de « sans projet parental », à la recherche. En effet cette notion n’a aucun sens.

tags: #embryon #recherche #scientifique

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