Élodie Clouvel, figure emblématique du pentathlon moderne français, a su marquer les esprits par sa détermination et son parcours atypique. Double vice-championne olympique, d’abord à Rio en 2016, puis à Paris l’été dernier, elle incarne la résilience et la force d’une athlète qui a surmonté de nombreuses épreuves. À 36 ans, elle franchit aujourd’hui une nouvelle ligne d’arrivée en annonçant sa grossesse, fruit de son amour avec son compagnon Valentin Belaud, également pentathlète de haut niveau.

Une annonce pleine de sens

L’annonce de sa grossesse a été faite à travers une couverture en première page du magazine Madame Figaro, où elle expose fièrement son ventre arrondi. « Cette couverture avec Madame Figaro marque un moment fort de ma vie : celui où je célèbre pleinement la femme, la sportive et la future maman que je suis », explique-t-elle. Elle y voit une célébration de la liberté, de la puissance et de l’affirmation de soi.

Clouvel se dit fière d’avoir choisi sa propre trajectoire, refusant de se laisser enfermer dans des cases. « On a voulu me faire croire qu’il fallait choisir entre être une athlète accomplie et porter la vie. J’ai dit non », insiste-t-elle. Elle réaffirme ainsi son engagement à être une femme libre et accomplie, loin des attentes sociétales et des pressions externes.

Le deuil d'une fausse couche

Cette annonce intervient après une période difficile pour la pentathlète. En 2021, après les Jeux Olympiques de Tokyo, elle était tombée enceinte, mais la grossesse n’avait pas tenu. Un drame qu’elle a raconté avec émotion dans les colonnes de L’Équipe en décembre 2023. « De suite après les Jeux de Tokyo, je suis tombée enceinte, ça n’a pas tenu, nous racontait la jeune femme en mars 2022. Ce qui m’est arrivé doit parler à beaucoup de femmes. Je sais que ça marche, j’étais prête, mais la nature en a voulu autrement. Ce n’était peut-être simplement pas le bon moment… Il a fallu digérer, j’avais vraiment envie d’un bébé. »

Elle explique avoir fait le « deuil » de ce traumatisme, réalisant qu’elle n’aurait pas pu être totalement disponible pour un enfant à ce moment-là. « Je n'aurais pas pu être totalement disponible pour un enfant, pas encore, pas en intégrant une nouvelle structure, analysait-elle avec le recul. C'était un choix d'amour. J'aurai un enfant quand je serai disponible à 100 % pour lui. Avant, je dois aller au bout de mon rêve. Je n'ai pas encore été championne olympique… »

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Une dépression surmontée

La fausse couche n’est pas la seule épreuve qu’Élodie Clouvel a dû affronter. Après les Jeux de Tokyo, elle a sombré dans une profonde dépression, dont elle a parlé publiquement dans Le Monde. « Depuis des mois, la vice-championne olympique 2016 du pentathlon moderne avait sombré, touchée par une très forte dépression dont elle a parlé publiquement dans Le Monde. »

Elle décrit une période où elle n’avait plus envie de rien, où elle se sentait vide et enfermée dans un cercle vicieux. « Je faisais comme si tout allait bien. Quand tu touches le fond, tu essaies de remonter comme tu peux, tu n'as pas envie d'en parler, alors tu fais semblant. Je suis descendue très profond. J'en ai bavé, et c'est un petit mot. Je suis enfin capable d'en parler parce que ça ne rouvre plus les plaies, parce que j'ai pris mes décisions, parce que j'en suis sortie. » « Je n'avais plus envie de rien. C'était vers avril-mai. Je ne savais pas pourquoi je me levais le matin. Moi qui adore la cuisine, je n'arrivais plus à cuisiner, plus rien, plus d'envie. Pareil pour les expos ou l'écriture, alors que ça me nourrit. J'étais vide. Je n'avais plus goût à rien. Tout était brouillard. Pareil sur un cheval ou sur une piste. J'étais là, mais je n'étais pas là, je subissais. Jamais je n'avais fait une saison aussi mauvaise. J'étais sous terre, j'étais un zombie. Je ne dormais plus. J'étais enfermée dans un cercle dont je ne me sortais plus. »

Elle attribue son mal-être à plusieurs facteurs, notamment le retour dans le système fédéral après les Jeux de Tokyo, le licenciement de son entraîneur particulier et le sentiment de s’être perdue dans un système qui ne lui convenait pas. « Après les Jeux de Tokyo (2021), je suis re-rentrée dans le système fédéral. À un moment, j'avais mon staff, mon cocon. À Tokyo, j'ai fait une honorable 6e place, mais il n'y a pas eu de médaille. L'organisation globale a été revue. Mon entraîneur particulier, Sébastien Deleigne, a été licencié par la Fédé. J'ai accepté de revenir dans le système fédéral. Je suis têtue. Je me suis dit, réessayons. Il y avait eu des tensions autrefois. Je me suis convaincue que ça pouvait marcher. Ça a tenu en 2022. Et puis… Je suis très atypique. J'ai besoin de comprendre ce qu'on me demande, d'être libre, d'avoir la maîtrise de ce que je fais et d'être entourée d'experts. Je me suis perdue et oubliée dans un système. »

Elle a finalement réussi à remonter la pente grâce à l’aide de sa psychologue, Meriem Salmi, et en reprenant en main son destin. « S'il n'y avait pas eu Meriem Salmi (la psychologue avec laquelle elle travaille), en juin, j'aurais arrêté ma carrière. » Elle a recréé une structure qui correspond mieux à ses besoins, en s’entourant d’experts et en travaillant en collaboration avec son compagnon. « C'était à moi de partir. Je fais toujours l'escrime avec l'équipe de France à l'Insep, je m'entends super bien avec les filles, je ferai les stages équipe de France, j'ai à coeur de créer des ponts, pas des murs. Mais j'ai besoin de mon espace de liberté. Je fais donc aussi de l'escrime à Saint-Maur (Val-de-Marne) avec Daniel Levavasseur et sa team, j'ai un nouveau cadre pour le cheval à l'école militaire de Fontainebleau (Seine-et-Marne) avec le colonel Robert, à Saumur (Maine-et-Loire) à l'IFCE (Institut français du cheval et de l'équitation) avec Nicolas Sanson. Je suis mon propre manager. Val (Valentin Belaud, son compagnon, pentathlète) aussi est parti. Il me conseille sur le tir et le combiné, moi sur la natation. C'est de la co-construction. Sur le terrain, je m'entraîne seule, avec des conseils et plans à distance de mon père pour la course. Je suis mon chef d'orchestre. Je ne veux que personne ne passe en force sur moi. »

Une athlète engagée

Élodie Clouvel est une athlète engagée, qui n’hésite pas à prendre position sur des sujets importants. Elle milite notamment pour une meilleure prise en compte de la santé mentale des sportifs et pour une plus grande liberté dans le choix de leur encadrement. « Je suis mature, je sais ce qui est bon pour moi. J'ai essayé d'être bonne élève, ça ne marche pas. Je ne suis pas ingérable, les coaches n'ont rien à me reprocher, mais ce n'est pas moi. Il peut y avoir plusieurs chemins. Chacun est unique et différent. » « Je dois aller au bout de mon rêve. Je n'ai pas encore été championne olympique » Vous avez donc recréé une structure qui colle mieux à votre ressenti ? »

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Elle souhaite également inspirer les jeunes générations et montrer qu’il est possible de concilier une carrière sportive de haut niveau et une vie de femme épanouie. « J'ai envie qu'on voie la vraie Élo, celle qui se bat pour se relever, celle qui n'abandonne jamais, celle qui ose faire différemment et faire des choix importants. J'ai envie que ce soit inspirant. En parler, maintenant, n'est pas une faiblesse, au contraire. Si ça peut être un déclic même pour une personne ou deux, c'est parfait. C'est comme regarder un film et en tirer des choses. La vie ce sont des messages. La vie, c'est faire évoluer des gens et évoluer soi-même. C'est ça qui est beau. »

Elle a d'ailleurs participé avec la MAIF à une action pour la protection de l’environnement, un sujet qui lui tient à cœur. « J’ai participé avec la MAIF à une action pour la protection de l’environnement : ils nous ont montré la progression des méfaits de la pollution sur la montagne. Ils nous ont montré un avant/après sur 30 ans, et ça m’a touchée. »

L'importance de la santé mentale et du bien-être

L'histoire d'Élodie Clouvel met en lumière l'importance cruciale de la santé mentale et du bien-être dans le sport de haut niveau. Elle souligne la nécessité de briser les tabous et d'encourager les athlètes à rechercher de l'aide lorsqu'ils en ont besoin.

Clouvel insiste sur le fait que les athlètes ne sont pas que des machines à gagner, mais des êtres humains avec leurs fragilités et leurs émotions. Elle plaide pour une approche plus humaine et personnalisée de l'accompagnement des sportifs, qui tienne compte de leurs besoins individuels et de leur bien-être général.

Elle espère que son témoignage pourra aider d'autres athlètes à se sentir moins seuls et à oser parler de leurs difficultés. Elle souhaite également sensibiliser les encadrants sportifs à l'importance de la santé mentale et du bien-être des athlètes. « C’est quelque chose qui arrive à de nombreuses femmes : en parler, c’est important pour se libérer. Et puis, il faudrait également sensibiliser les encadrants sportifs. Comme je le disais juste avant, j’avais peu de femmes dans mon entourage sportif à part ma psychologue, et ils n’avaient jamais vu d’athlètes qui voulaient devenir mères. C’est important de les ouvrir à ces questions : il y a plein de filles qui arrêtent trop tôt leur carrière parce qu’elles ont l’impression qu’elles ne peuvent pas faire les deux en même temps. »

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Jeux Olympiques de Paris 2024

Malgré sa grossesse, Élodie Clouvel n’abandonne pas ses ambitions sportives. Elle espère pouvoir participer aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et y décrocher enfin le titre olympique qui lui manque. « Je dois aller au bout de mon rêve. Je n'ai pas encore été championne olympique… »

Elle est déterminée à prouver qu’il est possible de concilier maternité et carrière sportive de haut niveau. Elle souhaite montrer aux jeunes femmes qu’elles n’ont pas à choisir entre leurs rêves de maternité et leurs ambitions sportives. « On a voulu me faire croire qu'il fallait choisir. Qu'on ne pouvait pas être une athlète accomplie et porter la vie. Qu'après 30 ans, il fallait ralentir, rentrer dans les cases, cesser d'oser. À toutes ces injonctions, j'ai répondu non, écrit Clouvel, qui fait la Une de Madame Figaro cette semaine. J'ai choisi ma propre ligne d'arrivée. »

Elle sait que le chemin sera long et difficile, mais elle est prête à relever le défi. Elle peut compter sur le soutien de son compagnon, de sa famille et de son équipe. Elle est également motivée par l’envie d’inspirer les jeunes générations et de montrer qu’avec de la détermination et du travail, tout est possible.

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