À l'approche de l'élection présidentielle américaine de novembre 2024, la question de l'avortement s'impose comme un enjeu majeur, susceptible d'influencer le choix des électeurs et de façonner l'avenir du pays. Les positions des candidats sur les droits reproductifs, l'accès à la fécondation in vitro (FIV) et les droits des femmes sont scrutées de près et pourraient bien déterminer l'issue du scrutin.

Un revirement historique : la fin de la protection fédérale de l'avortement

L'année 2022 a marqué un tournant décisif dans l'histoire du droit à l'avortement aux États-Unis. La Cour suprême, profondément remaniée par les nominations de Donald Trump, a annulé l'arrêt Roe v. Wade, qui garantissait depuis 1973 le droit à l'avortement au niveau fédéral. Cette décision historique a eu pour conséquence de rendre à chaque État la liberté de légiférer en matière d'avortement, ouvrant la voie à une mosaïque de lois allant de l'interdiction totale à la protection du droit à l'IVG.

À la suite de cette décision, de nombreux États à majorité républicaine ont interdit ou sévèrement limité le recours à l'IVG. Aujourd'hui, près d'une Américaine sur trois âgée de 18 à 44 ans vit dans un État concerné par ces restrictions.

Les positions des candidats : un clivage profond

Les candidats à la présidence affichent des positions diamétralement opposées sur la question de l'avortement.

Donald Trump : une position ambiguë

Donald Trump, qui se félicite souvent d'avoir contribué au revirement de la Cour suprême, adopte une position pragmatique et ambiguë. Il se dit fier d'avoir remis entre les mains des États cette question, mais reconnaît que certains sont allés trop loin. Il promet d'être un "protecteur" des femmes et affirme que les Américaines ne "penseraient plus à l'avortement" s'il était élu. Lors de la convention républicaine de juillet, il a édulcoré la position du parti en renonçant à appeler à une interdiction fédérale de l'avortement.

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Cependant, ses tergiversations et son manque de clarté suscitent l'inquiétude des défenseurs du droit à l'avortement, qui craignent qu'il n'utilise son pouvoir présidentiel pour limiter l'accès aux médicaments utilisés dans les IVG médicamenteuses. Ses revirements rapides, comme celui concernant le référendum en Floride, ont entraîné une levée de boucliers chez ses soutiens les plus radicaux.

Kamala Harris : fer de lance de la défense des droits reproductifs

Kamala Harris, quant à elle, a fait de la défense des droits reproductifs un élément central de sa vice-présidence et de sa campagne. Elle dénonce la situation actuelle comme "horrible et déchirante" et tient Donald Trump pour responsable. Elle plaide pour une loi fédérale qui reprendrait les dispositions de l'arrêt Roe v. Wade. Elle est entrée dans l'histoire en visitant une clinique d'avortement dans le Minnesota en février dernier, une première pour un aussi haut membre de l'exécutif américain. Elle martèle régulièrement que c'est « une crise des soins de santé dont Donald Trump est l’architecte ».

Elle critique ouvertement les restrictions mises en place dans certains États et met en garde contre les conséquences néfastes de ces politiques pour les femmes et leur accès aux soins de santé.

Les enjeux pour l'élection

La question de l'avortement pourrait inciter des citoyens traditionnellement moins politisés à se rendre aux urnes, notamment des femmes, ce qui pourrait avantager les démocrates. En effet, la candidate démocrate remporte les suffrages de l'électorat féminin avec une avance significative.

Parallèlement à l'élection présidentielle, des référendums sont organisés sur le sujet dans plusieurs États. Ces consultations populaires pourraient se révéler comme un plébiscite pour la défense de l'avortement aux États-Unis. Dans ces dix Etats (Arizona, Colorado, Dakota du Sud, Floride, Maryland, Missouri, Montana, Nebraska, Nevada et New York), les électeurs sont saisis, en même temps que du choix du président et des membres du Congrès, d’amendements constitutionnels visant à élargir ou à protéger l’accès à l’avortement. Deux font partie des Etats-clés pour l’élection présidentielle : l’Arizona et le Nevada. Deux autres ont une importance cruciale pour le contrôle du Sénat : le Montana et la Floride.

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Toutefois, il n'est pas certain que la mobilisation autour de ce droit profite autant aux démocrates qu'ils l'espèrent. Leur candidate, Kamala Harris, pourrait même indirectement pâtir du clivage que la campagne sur l'avortement a accentué.

Les conséquences potentielles d'un changement de majorité au Congrès

L'enjeu sous-médiatisé du renouvellement du Congrès est crucial pour l'agenda législatif du futur locataire de la Maison Blanche. Toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat sont renouvelés. Les sièges en jeu dans les États ne semblent pas favorables aux démocrates, comme dans le Montana ou l'Ohio, terres trumpistes.

Si les républicains reprennent le contrôle du Sénat et conservent une courte majorité à la Chambre des représentants, Kamala Harris, en cas de victoire à la présidentielle, pourrait se retrouver face à une majorité de blocage. À l'inverse, si Donald Trump revient à la Maison Blanche, il disposera alors d'une majorité au Congrès, comme au début de son premier mandat.

Les démocrates mettent en garde contre le risque de voir les républicains détricoter l'Obamacare, dont dépendent 45 millions d'Américains pour leur couverture médicale.

Au-delà de l'avortement : les enjeux liés à la FIV

La question de la fécondation in vitro (FIV) s'invite également dans le débat. En février 2024, la Cour suprême de l'Alabama a déclaré que les embryons congelés obtenus par FIV étaient des enfants à part entière, ce qui signifie que leur destruction pourrait être considérée comme un meurtre.

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Cette décision a suscité une vive polémique et a mis en lumière les divisions au sein du parti républicain sur les questions liées à la procréation médicalement assistée. Donald Trump, soucieux de ne pas aliéner une partie de son électorat, s'est engagé à rendre la FIV gratuite s'il était élu.

L'influence des groupes anti-avortement

Le mouvement anti-avortement, historiquement puissant au sein du parti républicain, voit son influence remise en question par les positions pragmatiques de Donald Trump. La réaction épidermique de ce mouvement face aux tergiversations du candidat républicain témoigne de son inquiétude quant à sa capacité à imposer ses vues au sein du "Grand Old Party".

L'organisation de la "Marche pour la vie", défilé annuel du mouvement anti-avortement aux États-Unis, illustre la mobilisation de ces groupes et leur volonté de peser sur les décisions politiques. La présence de membres du groupe suprémaciste blanc et néonazi "Patriot Front" lors de cet événement témoigne des dérives extrémistes qui peuvent parfois émailler ce mouvement.

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