L'Analyse du Cycle de Vie (ACV) est une méthode d'évaluation de l'ensemble des impacts environnementaux d'un projet, depuis l'extraction des matières premières jusqu'à son élimination en fin de vie. Née dans les années 1970, elle fait suite aux premiers bilans énergétiques apparus dans les années 60. Jusqu’alors l’évaluation des impacts environnementaux se faisait de manière sectorielle, partielle, et portait davantage sur des flux (énergie, déchets…) que sur des impacts (acidification, effet de serre, eutrophisation…). C’est finalement dans les années 90 que l’ACV gagne en légitimité avec le début du processus de normalisation internationale (série des normes ISO 14040).
L'ACV : Un Outil d'Éco-Conception et d'Amélioration Continue
L'ACV est un outil analytique dont la fonction est l'amélioration des processus productifs dans une démarche d'éco-conception. Sa mise en œuvre appliquée à un ouvrage géotechnique repose sur la comparaison de différentes solutions techniques afin d’améliorer son éco-conception. L'ambition d'une neutralité carbone en France en 2050 doit amener tous les acteurs dans le bâtiment et les travaux publics à s’intéresser aux impacts environnementaux de leurs projets. La recherche de solutions techniques vertueuses devient un élément important dans un projet de construction. L’ACV est une méthode complète qui va au-delà de l’évaluation de l’empreinte carbone d’un ouvrage géotechnique (fondations, murs et écrans de soutènement, traitement de sol…). Elle permet de prendre en compte l’ensemble des impacts environnementaux de l’ouvrage sur toute sa durée de vie.
En tant qu’outil d’évaluation environnementale, l’ACV est une méthode globale permettant de comparer des scénarios entre eux en prenant en compte l’ensemble des impacts environnementaux de l’ouvrage sur toute sa durée de vie. L’ACV évalue les impacts environnementaux induits par la fonction rendue par un produit (bien ou service au sens large). L’intérêt de l’ACV est d’évaluer plusieurs natures d’impacts environnementaux et toutes les étapes du cycle de vie. Lors d’une comparaison, elle peut faire ressortir qu’un produit à moins d’impacts qu’un autre à l’aune d’un critère (les émissions de gaz à effet de serre par exemple) mais en a davantage à l’aune d’un autre critère (l’acidification de l’air, par exemple). Elle peut aussi souligner qu’un gain à une étape de cycle de vie peut avoir des conséquences dégradant une autre étape !
Les Étapes Clés d'une Analyse du Cycle de Vie
L’ACV comprend plusieurs étapes essentielles qui permettent d’évaluer de manière approfondie les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service. L’analyse du cycle de vie (ACV) recense et quantifie, tout au long de la vie des produits, les flux physiques de matière et d’énergie associés aux activités humaines.
- Définition des objectifs et du champ de l'étude: Dès le début de l’étude, les objectifs et les utilisations des résultats de l’ACV envisagée doivent être clairement explicités. Le résultat dépend de l’objectif. Ainsi, les résultats différeront entre d’une part une ACV d’une canette d’aluminium réalisée pour un fabricant particulier dans un objectif d’éco-conception, sur la base de données spécifiques (ou données « primaires ») à la canette du fabricant (bilan-matières spécifique, consommations d’énergie des process de mise en forme spécifiques, distances et moyens de transport spécifiques, etc.), et d’autre part une ACV de la canette d’aluminium française réalisée pour les pouvoirs publics français avec un objectif d’évaluation des impacts environnementaux globaux de la filière, sur la base de données moyennes (ou « secondaires ») représentatives de la production française.
- Définition de l'unité fonctionnelle: Il est important de bien définir la fonction réalisée par un produit afin de pouvoir par la suite comparer les impacts environnementaux de deux produits remplissant la même fonction. Par exemple, dans le cas où l’on souhaite évaluer les impacts environnementaux d’une peinture murale ou d’un papier mural, on pourra choisir une unité fonctionnelle du type « assurer la couverture d’un mètre carré de mur pendant 10 ans ». L’unité fonctionnelle déterminée représente la fonction du système modélisé. Tous les flux de matière, d'énergie et les impacts y sont rapportés. et l’unité fonctionnelle du produit étudié, c’est-à-dire à quoi il sert en répondant aux questions : quoi ? combien ? comment ? combien de temps ?
- Inventaire du cycle de vie (ICV): Inventaire des flux de matières et d’énergies entrant et sortant associés aux étapes du cycle de vie rapporté à l’unité fonctionnelle retenue (et choisie à cette étape). L’inventaire est une comptabilité analytique des flux. l’inventaire des flux de matières et d’énergie à la fois entrants et sortants, c’est-à-dire les ressources utilisées, les émissions générées, les déchets produits etc. Le SIPEV et le CEPE (Conseil Européen de l’Industrie des Peintures, Encres d’Imprimerie et Couleurs d’art) travaillent au développement et à la mise à jour d’une base de données couvrant toutes les matières premières et tous les modes de production. Cette base pourra servir à l’Inventaire de Cycle de Vie (ICV) des peintures.
- Évaluation des impacts: Evaluation des impacts potentiels à partir des flux matières et énergies recensés, et en fonction des indicateurs et de la méthode de caractérisation sélectionnée.
- Interprétation des résultats: L’étape 4 est itérative avec les 3 précédentes de manière à toujours valider que les résultats obtenus permettent de répondre aux objectifs de l’étude (par exemple, il arrive que la non disponibilité de certaines données puisse conduire, en cours d’étude, à restreindre le champ de l’étude).
En suivant ces étapes, une ACV peut fournir des informations précieuses pour guider les décisions en matière de développement durable.
Lire aussi: Avantages et Inconvénients : Berceau d'Entreprise
Les Défis et les Limites de l'ACV
La méthode d’Analyse du Cycle de Vie est relativement complexe et donc assez difficile à mettre en œuvre dès la phase initiale de conception des ouvrages de génie civil et géotechniques. La complexité des phénomènes en jeu et de leurs interactions est source d’incertitude sur la valeur réelle des impacts sur l’environnement (e.g. non prise en compte des effets de synergie ou d’antagonisme entre polluants, des caractéristiques particulières du milieu local, des effets de cinétique, des concentrations, des expositions) : c’est à ce titre que l’on qualifie les impacts évalués de « potentiels ». Les méthodes les plus reconnues et utilisées aujourd’hui permettent de caractériser les flux inventoriés en indicateurs d’impacts potentiels (ou indicateurs « midpoint »). Une dizaine d’indicateurs est alors considérée. On citera à titre d’exemple la méthode CML de l’Université de Leiden aux Pays-Bas, utilisée par l’outil Bilan Produit ® de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) ; Certaines méthodes telle que la méthode Impact 2002+ permettent d’aller à un second niveau de caractérisation pour obtenir des indicateurs de dommages potentiels (ou indicateurs « endpoint »). Ces méthodes permettent de faciliter la compréhension et l’utilisation des résultats en raison de la moindre quantité d’indicateurs, en général au nombre de quatre (par exemple le risque sur la santé humaine, le risque pour les écosystèmes, etc…), mais sont moins reconnues du fait d’une moindre robustesse scientifique. On peut aller jusqu’à un troisième niveau de caractérisation pour obtenir un indicateur unique.
La dimension multicritère de la méthode, très intéressante en terme analytique, peut se révéler complexe lorsqu’il s’agit d’évaluer les impacts environnementaux de différents scénarios en phase de conception d’un ouvrage pour choisir la solution technique la plus performante au niveau environnemental. Cette étape nécessite une simplification de l’information pour permettre une analyse pertinente des scénarios. L’ACV est une méthode en plein développement, tout particulièrement en matière de bases de données d’inventaire et de méthode d’évaluation des impacts environnementaux.
Une des principales difficultés dans la réalisation d’une ACV est de parvenir à collecter des données fiables et représentatives de la réalité du processus analysé. Lorsque ce n’est pas possible, parce que la donnée n’est pas accessible ou bien par exemple lorsqu’elle relève de la modélisation du comportement du consommateur et que celui-ci est mal connu, une analyse de sensibilité est effectuée : on fait varier la donnée concernée dans le but d’évaluer la sensibilité des résultats à cette donnée. Si cette sensibilité est faible, une approximation forte n’est pas problématique. Les résultats d’ACV reflètent la complexité des systèmes étudiés : elle permet d’en identifier les points forts et les points faibles, mais difficilement d’en proposer une hiérarchisation absolue en termes de qualité écologique.
La méthodologie ACV est encore jeune et présente encore aujourd’hui de nombreuses limites et difficultés d’utilisation, de plusieurs ordres : manque de données d’inventaire disponibles dans les bases de données (cas du secteur agricole par exemple), ou des données liées à la fin de vie des produits, manques de méthodes de caractérisation robustes et consensuelles (cas des enjeux de toxicité et d’écotoxicité, de consommation d’eau, de perte de biodiversité), difficultés à modéliser un aspect particulier du cycle de vie ou un phénomène physique particulier (cas de la modélisation du changement d’affectation des sols, des bénéfices du recyclage, de la séquestration du carbone), difficultés à évaluer l’incertitude sur les calculs ou encore liées à la hiérarchisation des impacts et à l’absence de consensus sur les méthodes de normation ou de et de données pour les méthodes de monétarisation, etc.
ACV et Ouvrages Géotechniques : Spécificités et Enjeux
Appliquée aux ouvrages géotechniques, l'ACV présente des défis spécifiques. La durée de vie de ces ouvrages est longue, voire très longue (≥ 100 ans). Une partie des ouvrages géotechniques ne peut pas être déconstruite en fin de vie de la structure supportée. Il est souvent délicat de définir l’unité fonctionnelle car la limite entre les ouvrages géotechniques et la structure supportée n’est pas nécessairement pertinente.
Lire aussi: Berceau à roulettes : est-ce un bon choix ?
Pour conserver la transparence d’une ACV, les hypothèses retenues doivent être clairement explicitées et testées dans le cadre d’études de sensibilité.
Exemple concret : Le mur de soutènement
Le mur de soutènement à l’étude, d'une hauteur hors sol de 4,5 mètres, permet de construire une plateforme à l'amont. En considérant que le mur de soutènement est associé à l’exploitation d’un processus industriel, la durée de vie de l’ouvrage a été considérée de 30 ans. Au-delà de cette période, l’ouvrage est déconstruit. Les calculs sont réalisés pour une unité fonctionnelle de 1 mètre linéaire de mur. Dans le cadre de l’évaluation de l’empreinte carbone (GES), les calculs sont menés en considérant un béton standard et des aciers neufs, hypothèses conservatrices. Le mur en gabion, moins gourmand en béton et acier, nécessite beaucoup moins de matériaux impactant comme le béton. L’utilisation d’un béton très bas carbone modifierait bien évidemment les résultats de l’analyse. Le score obtenu par l’ACV est donné par le logiciel Umberto. Les 3 solutions techniques sont comparées pour chacune des 16 catégories d’impact indiquées dans le graphique ci-après, sur la base d’un score environnemental sur le cycle de vie, donné ici en relatif. Le schéma permet à la fois de mieux visualiser la répartition des impacts de chaque solution technique et d’aller au-delà du score global de l’ACV. Une note basse qualifie des impacts environnementaux plus faibles. Si le mur en gabion présente un faible score global en termes d’émissions de GES, le graphique fait ressortir l’importance de son impact sur l’écotoxicité aquatique.
L'ACV et le Secteur de la Peinture
L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) est la méthode la plus aboutie pour quantifier les impacts environnementaux d’un produit, de l’extraction des matières premières qui le composent jusqu’à son élimination en fin de vie. Le “Livre Vert du poste peinture de l’atelier carrosserie” du SIPEV s’appuie notamment sur l’ACV d’une peinture carrosserie pour aider les gestionnaires éco-responsables à réduire leurs émissions de CO2.
L’ACV d’une peinture carrosserie apporte une meilleure connaissance des impacts environnementaux associés au produit. Sur le seul critère des émissions de gaz à effet de serre, l’ACV d’une peinture carrosserie montre qu’environ 90 % des émissions de CO2 liées à ce produit proviennent de sa mise en œuvre dans l’atelier de réparation. Ce constat est notamment corroboré par les factures d’électricité et de chauffage des carrossiers.
Solutions pour réduire l'impact environnemental des peintures :
- Utilisation de peintures de haute technologie : Intégrés systématiquement dans les ateliers depuis 2007, plusieurs systèmes de peinture de haute technologie sont disponibles sur le marché. Utilisant de plus en plus de matières premières renouvelables, les hydrodiluables, les Hauts Extraits Secs, les peintures à séchage Ultra-Violet, font partie des technologies fiables, à faible émission de COV.
- Optimisation du process de réparation : Au-delà du choix des produits, le carrossier peut encore réduire les émissions de CO2, et en même temps sa facture de gaz, en améliorant le process de réparation. En particulier, s’il optimise l’utilisation de la cabine de peinture, il agit sur le principal poste de dépense énergétique de l’atelier.
Intégration de l'ACV dans les Marchés Publics et la Rénovation
L’une des pistes a donc été de mener un travail sur l’intégration systématique d’une ACV dans les CCTP. Celle-ci était jusqu’ici présente dans les marchés de construction neuve, spécialement dans le cadre de l’obtention de labels. Ainsi, l’introduction d’une ACV en réhabilitation a donc été testée pour la première fois chez LMH à l’occasion de la rénovation du nouveau Wavrin (59), où il est ressorti grâce à elle que le lot de peinture initialement choisi avait un impact environnemental très important. Après cette première expérience, la réflexion s’est poursuivie sur un autre projet à Brève Breughel (59).
Lire aussi: Berceau Magique : Votre liste de naissance idéale
tags: #du #berceau #à #la #tombe #analyse
