La Ducasse de Mons, affectueusement surnommée le "Doudou" par les Montois, est bien plus qu'une simple fête locale. C'est un événement profondément enraciné dans l'histoire, la culture et l'identité de la ville de Mons, en Belgique. Ce festival, classé au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2005, attire chaque année des dizaines de milliers de personnes, témoignant de sa popularité et de son importance. La ducasse de Mons, Chef-Lieu du Hainaut, fait partie des nombreuses liesses populaires qui ponctuent la vie de la Belgique, au même titre que le carnaval de Binche ou celui d’Alost.

Les Origines de la Ducasse : Entre Foi et Histoire

La Ducasse de Mons est une fête religieuse et folklorique dont les origines remontent au Moyen Âge. La tradition raconte qu'en 1348, une épidémie de peste ravageait la région. Pour implorer la protection de sainte Waudru, la sainte patronne de la ville, une procession fut organisée. La légende raconte que la ville fut épargnée, et depuis, les Montois, reconnaissants, honorent la sainte chaque année par une procession. L'origine du nom de la ville vient des Romains qui l’avaient baptisée Montes, désignant les 5 monts bordant la vallée de la Haine. Issue d’une famille noble et influente, Waudru nait au début du VIIe siècle. Après un mariage et quatre enfants (Aldetrude, Madelberte, Landry et Dentelin), elle décide, ainsi que son mari, de changer de vie et de se consacrer à Dieu. Son mari, Vincent Madelgaire part vers Hautmont puis Soignies alors qu’elle se retire sur la colline qui plus tard deviendra Mons. Elle mène une vie de dévotion et de prière. Petit à petit, ce modeste lieu de culte se développe en une puissante institution.

Les Quatre Piliers du Doudou

Aujourd'hui, la Ducasse de Mons s'articule autour de quatre moments forts, chacun porteur de traditions et de symboles :

La Descente de la Châsse

Le samedi soir, la Descente de la châsse des reliques de Madame sainte Waudru marque le début officiel des festivités. La châsse, contenant les reliques de la sainte, est descendue de son emplacement habituel dans la collégiale Sainte-Waudru. Cette cérémonie solennelle symbolise la remise des reliques par les autorités ecclésiastiques aux autorités civiles, représentées par le Bourgmestre, pour la durée de la ducasse. A travers cette séance solennelle, le Doyen confie au Bourgmestre les reliques de la sainte afin de les processionner le lendemain dans les rues de la ville. Cette tradition est scellée par l'air du Doudou entonné avec ferveur par toute l'assistance. Cet air sera scandé tout au long des festivités.

La Procession du Car d'Or

Le dimanche matin est consacré à la Procession. Le dimanche matin, la châsse est posée sur un char d'apparat, le Car d'Or. C'est le coup d'envoi d'une journée chargée d'émotions et de joies. Quelque mille cinq cents participants, répartis en une soixantaine de groupes, défilent en costumes d'époque. Ils reconstituent les confréries et les corporations qui, depuis le Moyen Âge, ont fait la richesse et la puissance de la capitale hainuyère. Attelé de six robustes chevaux de trait, le Car d'Or attirera tous les regards au cours de son périple dans la cité.

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La Montée du Car d'Or : Un Moment de Ferveur Collective

La Montée du Car d’Or est un moment crucial et spectaculaire de la Ducasse. À la fin du parcours de la Procession, le public se rassemble massivement derrière le Car d'Or. Dans l'enthousiasme général, des milliers de mains hissent alors l'attelage au sommet du raidillon pavé qui longe la collégiale. L'enjeu est d'importance : la légende dit que le Car d'Or doit gravir d'un seul élan la rampe pour éviter le malheur à la ville. La Montée ne dure qu'une vingtaine de secondes. Elle est à ce point intense, qu'elle se ponctue dans une vibrante clameur du public. La Montée du Car d’Or : À midi, la foule se rassemble pour aider à pousser le Car d’Or au sommet de la rampe Sainte Waudru.

Le Lumeçon : Le Combat Symbolique Entre le Bien et le Mal

Le Combat appelé " Lumeçon " est sans doute l'événement le plus emblématique du Doudou. Les reliques de sainte Waudru ont à peine regagné la collégiale que, déjà, saint Georges se prépare à affronter le Dragon. Il est accompagné des personnages du Lumeçon : Diables et Chins-Chins, Hommes Blancs et Hommes de Feuilles, Pompiers, Policiers en casques blancs ou bleus. Il est environ 12h30. Les acteurs du Combat entament alors la descente triomphante de la collégiale vers la Grand-Place (appelée la " descente de la rue des Clercs "). Face à l'Hôtel de Ville, des milliers de personnes se sont déjà amassées. Elles sont avides d'arracher le crin porte-bonheur qui termine la queue " d'el biète ", le Dragon. Arrivé au cœur de la Place, saint Georges, entouré des personnages du Jeu, combat le Dragon (d'abord à la lance et au sabre ; finalement au pistolet). Ce sera une demi-heure d'intense exaltation rythmée par le son frénétique du " Doudou ". Le Dragon est enfin terrassé par saint Georges d'un dernier coup de pistolet. L'ensemble des personnages du Lumeçon rentre dans la cour de l'Hôtel de Ville. La foule enthousiaste, quant à elle, scande " Et les Montois ne périront pas ! ". Le destin de la cité est pérennisé. La fête peut continuer !

Le combat dit "Lumeçon" ou "Jeu de Saint-Georges". Tout le combat répond à une chorégraphie bien précise. Saint-Georges tente à plusieurs reprises de tuer la Bête à l'aide de lances et de deux tentatives infructueuses de coup de pistolet. On attend Saint Georges, habillé en jaune, rouge et noir et monté sur un cheval noir d’encre, pour qu’une fois de plus il terrasse le dragon - ‘el Biète’. Saint Georges a à sa disposition, pour vaincre, différentes armes. Une lance de combat, la lance inversée qui symbolise sa force sauvage, la lance noire et blanche, un sabre et un pistolet. A ses côtés on retrouve ses alliés naturels, les douze Chin-Chins (sorte d’hommes chiens) qui se battront contre les onze diables, immatures défenseurs du dragon armés de vessies de porc gonflées. Le corps du dragon est mis en mouvement par les Hommes Blancs, supposément invisibles, et sa queue par les Hommes de Feuilles. Le combat en lui-même est chorégraphié avec beaucoup de soin, et Saint Georges et le dragon tournent chacun dans un sens différent. Leurs alliés se croisent et s’emmêlent. Durant le combat, les Hommes de Feuilles abaissent en effet plusieurs fois la queue du dragon dans la foule. A chaque fois, une vague humaine se presse vers le point de chute ; comprimés les uns contre les autres il est à peine possible de continuer à respirer. Chacun tend vers un objectif commun : réussir à atteindre la queue du dragon pour en arracher un crin avant qu’elle ne se relève. Lorsque tous les crins ont disparu, il est temps pour Saint Georges d’achever son œuvre. Lorsqu’après un cérémonial complexe le dragon s’écroule enfin, la foule laisse éclater sa joie. Aussi rapidement qu’elle s’était amassée, rendant la traversée de la place presque impossible, elle se disperse. La sueur et la poussière collent à la peau. L’air est de nouveau plus respirable et il est possible de déambuler, de s’arrêter aux bars extérieurs pour s’offrir une bière ou un péquet aromatisé, ou encore d’acheter un collier tressé officiel du Doudou - aux couleurs de la ville de Mons.

Les Personnages Clés du Doudou

Le Doudou est animé par une multitude de personnages, chacun ayant un rôle précis et une symbolique forte :

  • Saint Georges : Le héros, symbole du bien, qui combat le dragon pour protéger la ville.
  • Le Dragon (El Biète) : Le monstre, symbole du mal, terrassé par saint Georges. Le corps du dragon est mis en mouvement par les Hommes Blancs, supposément invisibles, et sa queue par les Hommes de Feuilles.
  • Les Chin-Chins : Les alliés de saint Georges, des créatures fantastiques qui l'aident dans son combat.
  • Les Diables : Les adversaires de saint Georges, armés de vessies de porc, qui tentent d'entraver sa victoire.
  • Les Hommes Blancs : Ils portent le Dragon. Ils sont vêtus de blanc des pieds à la tête. Seul élément noir : une large ceinture. Des rubans rouges sont attachés à leurs coudes et aux genoux. Un ruban de même couleur leur sert de cravate. Les Hommes Blancs et les Hommes de Feuilles participent également à un moment important du rituel le dimanche matin : ils procèdent à la pose de la châsse de sainte Waudru sur le char baroque qui la processionnera toute la matinée et sortent ensuite le Car d’Or de la collégiale en vue de la Procession.
  • Les Hommes de Feuilles : Ils soutiennent la queue du Dragon à l’aide de leur massue. Apparus pour la première fois en 1723, ces Hommes de Feuilles sont inspirés de l'image que les différents conquérants se faisaient des peuples vivant en pleine forêt.

Le Musée du Doudou : Un Voyage au Cœur des Traditions Montoises

Pour approfondir sa connaissance de la Ducasse de Mons, une visite au Musée du Doudou s'impose. Situé dans le Jardin du Mayeur, ce musée vous invite à découvrir la Ducasse rituelle et son riche univers, véritable bijou du patrimoine mondial et du folklore montois. Consacré à la Ducasse de Mons, reconnue patrimoine immatériel par l’UNESCO depuis 2005, ce musée vous propose une véritable immersion pour assister au combat légendaire entre saint Georges et le Dragon. Le parcours muséal vous invite à découvrir ce patrimoine exceptionnel, mis en valeur à travers différents regards : historique, anthropologique, scientifique, artistique, laïc ou religieux. Entre réalité et imaginaire, il s’attache notamment à comprendre et à valoriser les différents aspects de cette histoire universelle et multiséculaire. Une visite au Musée du Doudou est aussi l'occasion de découvrir le Jardin du Mayeur, réalisé en 1930 et abritant notamment la célèbre Fontaine du Ropieur.

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Lexique du Doudou

  • BEUBEU : Le Beubeu est un membre de la Confrérie de la Miséricorde ou confrérie de Saint-Jean Décollé, dite des " Beubeux ". Il s’agit vraisemblablement d’un mot forgé sur l’ancien français « beuber » qui signifie « marcher, accompagner en se lamentant » ; ce qui correspond aux processions des confrères accompagnant, en murmurant des prières, les condamnés à mort vers le lieu du supplice. Car effectivement, les membres de cette confrérie tenaient ce rôle par le passé… Actuellement, leur action principale est d'accompagner les prisonniers dans leur réinsertion.
  • BIÈTE : C'est le Dragon, naturellement. Monstre d'osier revêtu de toile verte et garni de rubans aux couleurs belges et montoises.
  • CHAMBOURLETTE : "Chambourlette" est un mot énigmatique qui désigne les " invités de la Ducasse " étrangers à la ville. À l'origine, " chambourlette ", anciennement " chabourlette ", n'est pas uniquement montois. Il est picard, au moins pour la région Valenciennes-Mons.
  • CHÂSSE : La veille de la Procession du Car d'Or, renouant avec une tradition qui remonte à 1426, la châsse de sainte Waudru est descendue de son emplacement et est confiée, au cours d'une cérémonie solennelle, par le Doyen de Mons à la garde du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville.
  • CHIN-CHIN : Les Chin-Chins sont les alliés de saint Georges pendant le Lumeçon.
  • DOUDOU : Pour les uns, c'est clair : le Doudou, c'est le Dragon. D'autres emploient volontiers " Doudou " pour désigner la" Ducasse ". En réalité, même si l'origine exacte du terme n'est pas connue, " Doudou "désigne plus que probablement le Dragon lui-même. Par extension, c'est devenu l'air bien connu joué durant le Combat, véritable " hymne national " montois.
  • DUCASSE : Le terme Ducasse, courant en Belgique et dans le nord de la France, est une déformation de dédicace. Il désigne une fête de dédicace d'une église, c'est-à-dire une fête patronale. Interdites en France à la fin du XVIIe siècle, car elles étaient l'occasion de meurtres, les ducasses ont perduré en Belgique, pour certaines jusqu'à nos jours.
  • HOMMES BLANCS : Les Hommes Blancs, au nombre de 11, portent le Dragon. Ils sont vêtus de blanc des pieds à la tête. Seul élément noir : une large ceinture. Des rubans rouges sont attachés à leurs coudes et aux genoux. Un ruban de même couleur leur sert de cravate.
  • HOMMES DE FEUILLES : Les Hommes de Feuilles, au nombre de 8, soutiennent la queue du Dragon à l’aide de leur massue. Apparus pour la première fois en 1723, ces Hommes de Feuilles sont inspirés de l'image que les différents conquérants se faisaient des peuples vivant en pleine forêt.
  • LUMEÇON : En français, limaçon ou colimaçon, le terme désignait des exercices des milices bourg…

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