Le Doudou de Mons, plus qu'une simple fête, est une immersion dans l'histoire, la foi et les traditions populaires de la région. Inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2005, cette célébration annuelle attire les foules et témoigne d'une mémoire vivante où se rejoignent spiritualité et héritage culturel.
Origines et Histoire du Doudou
Pour comprendre le Doudou, il faut remonter au XIVe siècle, à l'origine du Dragon et de la procession de Mons. L'année 1892 marque le centenaire du siège de Lille en 1792 par les troupes autrichiennes. Deux événements dramatiques ont marqué ce début de l’année 1892 : la catastrophe minière d’Anderlues du 11 mars 1892 en Belgique et la famine de 1891-1892 en Russie.
La ville de Mons, dont le nom signifie "mont" en picard, a été fondée au VIIe siècle et est devenue la résidence principale des Comtes de Hainaut au Xème siècle. La procession de Mons trouve son origine lors d'une peste qui désola l'Europe en 1349. Afin d’obtenir la cessation du fléau, les autorités religieuses décident d’implorer la miséricorde et l’assistance des saints protecteurs de la Cité. Le 7 octobre 1349, le clergé et la population de Mons partent en procession avec les reliques de Sainte-Waudru qui seront rejointes par celles de St-Vincent, son époux.
Au début du 15e siècle, la « Confrérie de Dieu et Monseigneur saint Georges » participe à la procession et, au cours de celle-ci, fait représenter le miracle de son saint patron : le combat légendaire de saint Georges contre un dragon évoquant la victoire du Bien sur le Mal, de la Lumière sur les Ténèbres, du christianisme sur le paganisme. Ce combat s’inspire des mystères médiévaux qui avaient pour fonction de représenter la vie et les actions d’un saint. En 1819, le jeu fut déplacé de la procession à la Grand-place où il se déroule encore aujourd’hui. Cette séparation dut se faire sous la pression du clergé qui n’acceptait plus la présence d’un jeu mettant en scène des personnages issus des traditions populaires dans une procession religieuse.
Selon la tradition, un croisé montois, Gilles de Chin, aurait rapporté de ses campagnes une tête de dragon, en réalité une tête de crocodile du Nil. Il racontait aussi ses combats avec des dragons, notamment dans les marais de Wasmes, à quelques kilomètres de Mons.
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Les Quatre Moments Clés du Doudou
Le Doudou, tel qu'il est célébré aujourd'hui, est structuré autour de quatre moments forts, chacun porteur de significations profondes :
La Descente de la Châsse : Le samedi soir, la descente de la châsse des reliques de Sainte Waudru marque le début officiel des festivités. La Châsse de Sainte-Waudru, qui trône le reste de l’année en haut du Chœur de la Collégiale Sainte Waudru, est descendue le samedi soir (à 20h) suivant la Pentecôte lors d’une cérémonie aujourd’hui grandiose bien que relativement récente. La cérémonie de la « Descente de la châsse » se déroule en présence notamment du Collège des Bourgmestre et Echevins. Au terme de la cérémonie, la châsse est confiée à la garde du Bourgmestre, comme cela se fait depuis 1426.
La Procession du Car d'Or : Le dimanche matin, les rues de Mons s'animent au rythme de la Procession du Car d'Or. Un premier « Kar » est mentionné dans les comptes de 1313-1314. Il sera plusieurs fois restauré ou même reconstruit à neuf. En 1780-1781, deux montois construisent l’actuel Car d’Or. L’actuel reliquaire de cuivre doré date de 1887 et remplace la belle châsse de 1313 emportée par les troupes françaises lors de la Révolution et vraisemblablement fondue à Paris en octobre 1794. Les reliques de Sainte Waudru sont portées par le fameux Car d’Or, charriot doré à la feuille et tiré par six chevaux. Au son des cloches et des chants, le reliquaire de sainte Waudru, patronne de la ville, sont portées à travers les rues, accompagné de nombreuses confréries folkloriques en costumes d'époque.
La procession s'arrête plusieurs fois et à chaque station, un prêtre lit le récit d’un des miracles de la Sainte. A la fin du parcours, le public se rassemble massivement derrière le Car d’Or.
Un moment crucial de cette procession est la montée du Car d'Or, où les reliques doivent remonter la Rampe Sainte Waudru, jouxtant la collégiale. Tirée par les chevaux et poussée par les montois, réunis en grand nombre, le Car d'Or doit remonter d'une seule traite la rue raide. Si elle n'y arrive pas, la tradition annonce un mauvais présage pour la ville de Mons. L’enjeu est d’importance: selon la légende, le Car d’Or doit gravir d’un seul élan la rampe pour éviter le malheur à la ville. La montée ne dure qu’une vingtaine de secondes. Elle est à ce point intense qu’elle se ponctue dans une vibrante clameur du public qui scande « Et les Montois ne périront pas! ». A l’issue de la procession, le Car d’Or est rentré dans la collégiale.
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Le Lumeçon : Le dimanche après-midi, la Grand-Place de Mons se transforme en arène pour le Lumeçon, le combat emblématique entre Saint Georges et le dragon. Le combat a lieu, pendant une demi-heure, dans une arène de sable au beau milieu de la Grand Place de Mons. Saint Georges, symbolisant le Bien, est chargé de mettre hors d’état de nuire le dragon, symbolisant le Mal, monstre géant d’osier qui mesure une dizaine de mètres. Pendant toute la durée du combat, les porteurs du dragon font plonger la queue dans le public qui tente alors de s’emparer du crin qui la constitue et les rubans: ils sont censés porter bonheur pendant un an à celui qui le porte.
Ce rituel, transmis de génération en génération, suit une chorégraphie codifiée. Saint Georges, monté sur son cheval blanc, évolue au centre de la place, armé de sa lance et protégé par ses assistants appelés les « chin-chins ». Face à lui, le dragon, immense créature de bois et de tissu, d’une dizaine de mètres de long, est animé par les « hommes blancs » qui lui donnent vie. Autour, les « diables », vêtus de rouge et armés de vessies de porc gonflées, viennent perturber le combat en bousculant Saint Georges et ses aides, tandis que les « hommes de feuilles » protègent le dragon. Tout autour de la scène, le public participe activement, massé derrière une corde de protection.
Après plusieurs passes, l’affrontement s’achève par le tir final : Saint Georges, dégainant son pistolet, abat symboliquement le dragon, marquant ainsi la victoire du bien sur le mal. Tandis que les cloches de la collégiale sonnent à toute volée, la foule acclame cette victoire séculaire rejouée chaque année. La bête s’effondre. 13 heures sonnent au carillon de l’Hôtel de Ville.
La Remontée de la Châsse : Le dimanche soir, la remontée de la châsse dans son écrin au-dessus du maître-autel de la collégiale marque la fin du cycle liturgique et traditionnel. Cette cérémonie se déroule dans une atmosphère plus recueillie, en présence des Montois, des autorités et des différents acteurs du Doudou. Elle symbolise le retour des reliques à leur place habituelle, jusqu’à l’année suivante.
Les Personnages et Symboles du Doudou
Le Doudou est peuplé de personnages hauts en couleur, chacun incarnant des symboles et des rôles spécifiques :
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- Saint Georges : Le saint patron de Mons, représentant le bien et la victoire sur le mal. Il est vêtu d'une armure et monte un cheval blanc.
- Le Dragon : Le monstre terrifiant, symbole du mal, du chaos et des forces obscures. Il est représenté par une structure imposante en osier et en tissu.
- Les Chins-Chins : Les assistants de Saint Georges, chargés de le protéger et de harceler le dragon. Ce sont des cavaliers grotesques, qui ont mission d’ harceler Doudou et qui en profitent pour harceler les dames qui se trouvent sur leur passage.
- Les Diables : Vêtus de rouge, ils perturbent le combat en bousculant Saint Georges et ses aides, symbolisant les tentations et les obstacles sur le chemin du bien.
- Les Hommes de Feuilles : Ils protègent le dragon, représentant les forces de la nature et les traditions païennes.
Le Folklore et l'Identité Montoise
Le Doudou est bien plus qu'une simple reconstitution historique ou une célébration religieuse. C'est une expression vivante du folklore montois, un moment de communion et de fierté pour les habitants. La fête est pensée, construite et orchestrée comme une pièce de théâtre.
La foule joue un rôle essentiel dans le Lumeçon, tentant d'arracher les crins de la queue du dragon, considérés comme des porte-bonheur. Cette participation active renforce le sentiment d'appartenance à la communauté et perpétue les traditions ancestrales.
La Ducasse de Mons Doudou 2022 se déroule du 8 au 19 juin. Des concerts, des braderies, et bien entendu beaucoup de bières.
L'Impact de l'UNESCO
L'inscription du Doudou au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2005 a été une reconnaissance importante de la valeur culturelle et historique de cette tradition. Elle a contribué à renforcer la fierté des Montois et à attirer l'attention du monde entier sur cette fête unique.
Mons et ses Alentours : Découvertes Touristiques
Profitez de votre visite à Mons pour explorer les richesses de la région :
- La Grand-Place : Le centre névralgique de la ville, avec son architecture flamande et son ambiance festive.
- Le Beffroi : Un édifice du XVII ème siècle, le seul beffroi belge de style baroque. Ce beffroi est une construction de prestige qui a également servi à des usages comme la lutte contre le feu.
- La Collégiale Sainte-Waudru : Un édifice religieux catholique de style gothique brabançon. Les travaux débutent en 1450 et durent pas moins de 241 ans. La clef de voûte atteint 24,5 mètres de hauteur.
- Le Grand-Large : Un site touristique avec des pelouses verdoyantes, qui peuvent accueillir les touristes d’un jour ou plus.
- Le Cimetière Militaire de Saint-Symphorien : Lieu de mémoire de la Première Guerre Mondiale.
- Le Bois d'Havré : Un poumon vert d’une superficie de 250 hectares.
- Le Grand-Hornu : Un ancien complexe de charbonnage, devenu un centre culturel et de séminaires.
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