Introduction
Cet article retrace le parcours de Doudou Christian Lefèvre, une figure marquante de l'ornithologie et de la protection de la nature, en s'appuyant sur des informations biographiques et des témoignages directs. De ses premières découvertes naturalistes à ses engagements associatifs et scientifiques, nous explorerons les différentes facettes d'une vie dédiée à l'étude et à la préservation des oiseaux et de leurs habitats.
Une Jeunesse Normande et les Premières Découvertes Naturalistes
Gérard, comme il est surnommé, a passé son enfance dans de petits bourgs au gré des mutations de son père gendarme, en Touraine, dans les Deux-Sèvres, et dans la Manche à partir de 1965. Il jouait avec ses copains dans la nature environnante sans se soucier de pouvoir aller ailleurs. Son père les emmenait en vacances en Espagne, et au retour, il se souvient avoir traversé la forêt des Landes, imaginant y voir des aigles depuis la voiture.
À l'école, en CE2, un instituteur remarquable, qu'il retrouvera plus tard comme professeur de sciences naturelles au collège de l'Absie, dans les Deux-Sèvres, a marqué son parcours. Il a gardé des contacts réguliers avec lui. En 6ème, ce professeur leur a donné un cours sur la classification des oiseaux dont il se souvient encore.
En 1965, de retour en Normandie (ses parents étaient originaires de Besneville), alors qu'il était en 5ème, la professeure leur a demandé de créer une collection d'insectes. Sans passion, il l'a laissée pourrir, car il trouvait la méthode d'évaluation basée sur la récitation par cœur des cours inintéressante.
À la fin de la 3ème, il réussit le concours d'entrée à l'école normale de Saint-Lô, où il reste de la seconde à la terminale. Il y a un professeur de sciences naturelles, Lucienne Lecourtois, surnommée Latine ou Titine, en raison de son utilisation constante des noms latins pour qualifier les animaux et les plantes. Bien qu'elle soit très naturaliste et en avance sur la protection de la nature, ce n'est pas d'elle qu'il tient son intérêt pour l'ornithologie. Lors d'un stage en seconde à Saint-Martin-de-Bréhal, ils découvrent les algues, la dune avec le pleurote de l'éryngium qu'elle leur a fait manger dans une omelette. Ils ont également participé à une séance de baguage avec Claude Desliens, professeur au collège de Bréhal, mais cela ne l'a pas particulièrement intéressé à ce moment-là.
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Pendant ses vacances à Portbail, non loin du berceau des familles Debout et Clément (famille de sa mère), son père, connaissant la nature du Cotentin, les emmenait se promener à pied ou à vélo. Ils ramassaient des pissenlits pour la salade, des rosés des prés à la saison, ainsi que des laiterons et de la glinette dans le havre de Portbail pour nourrir les lapins que sa mère élevait.
En 1970, après son baccalauréat, il arrive au centre CEG à Caen, où il découvre que la majorité des cours se déroulent à la faculté et un peu à l'EN. Ses parents étant retraités à Portbail, il y retournait pendant toutes les vacances scolaires. Il se souvient des sorties de botanique avec Provost et Lecointe qui lui ont fait découvrir les orchidées sauvages. Avec Pierre Le Gall, zoologue, il a exploré les platiers rocheux de Luc-sur-mer, de Saint-Vaast-la-Hougue, ce qui lui a permis de faire de nombreuses découvertes naturalistes.
La Naissance d'une Passion pour l'Ornithologie
À la fin de sa première année au centre CEG, il découvre la possibilité de poursuivre ses études pour le CAPES et l'Agrégation. Avec son ami Christian Courteille, ils rencontrent Bruno Lang, passionné d'ornithologie qui lisait des revues, des guides, avait des jumelles et se promenait autour de Caen. Un cousin chasseur lui fait découvrir le guide des oiseaux du Reader Digest, un livre fondamental édité en 1971. À la fin de ce livre, ils découvrent la mention du "Cormoran", bulletin trimestriel du groupe ornithologique régional de Basse-Normandie, basé à la faculté des sciences de Caen.
L'été 1974, avec Bruno et Christian, il part à la découverte de l'île de Jersey, puis rejoint Braillon dans les Pyrénées. Ce dernier leur montre le vautour percnoptère en leur donnant un rendez-vous précis à 9h00. Le lendemain, à l'heure dite, ils aperçoivent le percnoptère décoller de la falaise. Il adhère au GONm en 1974.
Après sa licence de sciences naturelles, sa maîtrise et le CAPES, il rencontre Claire, étudiante en biologie-zoologie. En mai 1975, ils se rendent à Saint-Marcouf (réserve depuis 1968) à bord du bateau de Monsieur Lepraël pour recenser les oiseaux marins nicheurs. Il y avait Bernard Braillon et sa femme, Jacques Alamargot avec sa femme et son fils, lui et Claire. Il se souvient de cette première impression marquante : une île couverte d'oiseaux, avec 3 250 nids de goélands argentés sur les 3 ha de la réserve de l'île de terre. Ils étaient sidérés par les cris des goélands et il n'a pratiquement pas de souvenir des 141 nids de grands cormorans.
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Ornithologie en Famille et Engagement Scientifique
À l'automne 1975, il se marie et a deux enfants. À partir de ce moment, il pratique l'ornithologie en famille. Des sorties avec Bla en baie des Veys leur permettent de se familiariser avec les canards hivernants. Il convainc son père de suivre les grèbes castagneux (et esclavons) sous les ponts de Portbail.
En 1976, tout en préparant l'agrégation, il occupe son premier poste de professeur en collège à Montivilliers, près du Havre. Pour ne pas rompre avec la recherche, il entame en 1978 un DEA avec monsieur Saussey sur les vers de terre, qui se conclut par une thèse en 1983 : "étude expérimentale du développement post-embryonnaire d’un lombricien anécique Nicodrilus giardii."
En 1975, avant son mariage, il part en vacances de Pâques en Bretagne avec Bla et sa femme Chantal, et Christian Courteille. Ils découvrent les Sept-Îles, le Cap Sizun, la baie d'Audierne. Son voyage de noces les emmène au Mont Saint-Michel, où il garde le souvenir des cris des courlis cendrés la nuit. L'été 1976, ils rejoignent Alain Chartier et sa famille près du lac de Cauterets et vers le cirque de Gavarnie. En Normandie, lors des vacances plus courtes, ils sillonnent l'ex Haute-Normandie pour explorer les falaises du Pays de Caux avec les Chartier. Dans les années 1980, ils partent à la recherche du faucon pèlerin et des colonies de grands cormorans non comptées.
En 1983, il accompagne Alain à Fécamp pour inaugurer le premier zodiac du GONm, appelé le Cartchulot. Ils se rendent compte que longer les falaises du Cap Fagnet en bateau pour compter les nicheurs n'est pas efficace. Il faut alors compter avec une bonne connaissance des marées pour doubler le Cap Fagnet à pied, l'eau jusqu'aux bras, pour compter les goélands et les cormorans nicheurs. Ces sorties ont permis de mieux connaître les falaises cauchoises, en passant des vacances à Dieppe, à Fécamp.
En 1979, il organise le premier recensement des oiseaux marins nicheurs de Normandie, et depuis, à la fin de chaque décennie. Il réalise seul le comptage de la colonie de goélands argentés du Banc Herbeux dans l'estuaire de la Seine, aujourd'hui disparue en raison de l'envasement lié aux travaux portuaires pour le pont de Normandie.
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En 1988, il organise les premiers recensements concertés des oiseaux marins nicheurs dans les falaises cauchoises et donc des stages. Il a organisé de nombreuses enquêtes (limicoles nicheurs, râle des genêts, hérons etc.) qui ont mené à des publications dans Le Cormoran. Pour lui, l'ornithologie est le plaisir de l'observation sur le terrain et la démarche scientifique qui doit conduire à des publications.
Études sur les oiseaux marins et implication au sein du GONm
Initialement intéressé par les goélands, puis par le grand cormoran, il convainc Bernard Braillon de l'utilité d'un bateau pour aller à Saint-Marcouf plus souvent. Le GONm achète alors, en 1983, le premier zodiac de l'association. Il passe le permis bateau, achète une boule pour la voiture, trouve un garage à La Folie Couvrechef à Caen. Le 14 mai 1983, ils font leur voyage inaugural vers la réserve de Saint-Marcouf en compagnie de M. et Mme Moreau.
En janvier 1984, avec Alain Chartier et Bruno Lang, il pique les emplacements des nids de cormoran afin d'étudier leur éventuelle réutilisation. Il énonce l'idée de plaques, puisque les nids ne sont pas réutilisés d'une année sur l'autre. Il publie plusieurs articles dans Alauda et l'Orfo en 1987 et 1988 sur l'histoire du peuplement du grand cormoran et sur sa biologie de reproduction. Ces articles sont bien accueillis par Noël Mayaud, grand ornithologue français du XXème siècle. Il poursuit l'étude du grand cormoran, grâce au baguage mené par son fils Guillaume. Il a eu des collaborations hollandaises, polonaises et a publié avec Sellers (anglais) et Røv (norvégien).
Dans le cadre de son activité scientifique, il a encadré de nombreux stagiaires, dont Thierry Lefèvre et Cyriaque Lethuillier, et a accueilli trois thésards : Philippe Leneveu pour une thèse vétérinaire sur le tadorne de Belon à Chausey, Christophe Aulert pour un mémoire de maîtrise sur les oiseaux de la baie d'Orne et une thèse de géographie sur la répartition des macreuses noires en mer, et David Grémillet sur l'écologie alimentaire du grand cormoran et du cormoran huppé à Chausey.
Il a participé à une commission des débats publics en 2004 pour la route Caen-Flers et est membre du CSRPN (conseil scientifique régional du patrimoine naturel).
Engagement pour la création de réserves naturelles
Saint-Marcouf a été un déclic pour lui, il a compris l'intérêt d'une réserve pour protéger les oiseaux. Au GONm, ils connaissaient les réserves de la SEPNBC, de Jobourg, de Vauville et de Saint-Marcouf. Il avait participé à des recensements de printemps et avait constaté en 1976 que les nids de sterne caugek avaient été détruits par des plaisanciers. Depuis 1980, BBr, conservateur de Saint-Marcouf pour le compte de la SEPNBC, lui demande d'aller aux réunions réserves bisannuelles à Lorient. Il découvre comment Bretagne Vivante crée des réserves et, sur ce modèle, il crée les réserves de Saint-Pierre-du-Mont et de Carteret. En 1982-83, il négocie avec Bretagne Vivante le transfert des réserves de la Manche (Jobourg, Saint-Marcouf et Vauville) au GONm.
Ils ont ensuite créé d'autres réserves, notamment stimulé par un exposé d'Alain Tamisier, chercheur CNRS en Camargue, qui rapportait qu'en 40 ans, 40 000 ha de milieu naturel ont disparu et que, pour protéger efficacement, il faut s'assurer de la maîtrise foncière. La menace du débardage d'une peupleraie dévastée par une tempête, en vallée de l'Aure à Colombières, risquant d'anéantir un nid de hibou des marais, le conduit à soutenir l'initiative d'Alain Chartier visant à acheter le site. Ce sera le départ d'une politique résolue d'achats dans les marais de Carentan, en vallée de la Risle puis, plus récemment, en vallée de la Sée.
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