Introduction
La chanson, art populaire par excellence, est un reflet de la société. Elle enregistre, interprète et transmet les histoires, les mémoires et les imaginaires collectifs. Parmi les thèmes qu'elle aborde, l'immigration occupe une place singulière, témoignant de la diversité culturelle qui façonne l'identité française. Cet article se propose d'explorer la présence et l'influence des artistes d'origine étrangère dans l'univers de la chanson française, de la fin du XIXe siècle à nos jours.
Un Phénomène Ancien et Persistant
L'apport étranger à la chanson française n'est pas un phénomène récent. Dès la fin du XIXe siècle, des artistes venus d'horizons divers ont contribué à enrichir le paysage musical français. Cet investissement massif des artistes ou professionnels « d’origine étrangère » dans l’univers de la chanson française est une réalité socioculturelle considérable. Que ce soit sur scène, dans les coulisses ou derrière les micros, les étrangers et leurs descendants ont marqué de leur empreinte l'histoire de la chanson.
La chanson a beaucoup œuvré pour extraire le mot « métèque » du sens nauséabond qu’elle avait, par exemple, dans la rhétorique d’extrême-droite des années 1930. Par un processus qui n’est pas rare en ce qui concerne les locutions racistes dévaluantes ou injurieuses, les destinataires qu’elle était censée stigmatiser s’en sont emparés dans un retournement tactique et mélioratif.
Diversité des Parcours et des Rôles
La diversité des parcours migratoires se reflète dans la variété des rôles occupés par les artistes d'origine étrangère. Si les chanteurs sont les plus visibles, d'autres acteurs essentiels contribuent à la création et à la diffusion de la chanson : paroliers, compositeurs, éditeurs, directeurs de salles de concert, programmateurs de radio, etc. La chaîne de fabrication des chansons implique un grand nombre d'intervenants qui ne sont pas nécessairement sous les feux de la rampe.
Certains écrivent textes et musiques, d’autres sont seulement interprètes. Il convient d’ailleurs de verser au dossier les généalogies d’autres acteurs de ce monde artistique, ceux qui interviennent dans la chaîne de fabrication des chansons tout en ne se trouvant pas nécessairement sous les feux de la rampe : paroliers, compositeurs, éditeurs, directeurs de salles ou de maisons de disques, programmateurs de radio, etc. La chanson française la plus connue et reprise à l’étranger, Les Feuilles mortes [1946], fut certes écrite par Jacques Prévert mais défendue - contre vents et marées, et sans succès durant les premières années - par un Italien [Yves Montand], sur la musique d’un Hongrois [Joseph Kosma]… Et l’histoire nationale de la chanson aurait assurément un autre visage sans les 4000 musiques du prolifique Vincent Scotto - Marseillais né de parents napolitains - qui ont tissé la toile de fond sonore du premier XXe siècle.
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Un même cosmopolitisme caractérise depuis belle lurette le milieu des médiateurs et passeurs, au sens large, de la chanson populaire. Que l’on songe par exemple au rôle, déterminant pour de nombreux artistes, joué depuis un demi-siècle par la famille Marouani, véritable dynastie juive tunisienne d’impresarii, éditeurs et tourneurs. Que l’on se rappelle également comment, au tournant des années 1950-1960, le Polonais Lucien Trzesniewski, dit Lucien Morisse, révolutionna le show business en tant que premier directeur des programmes de la nouvelle station de radio Europe n° 1.
Une Géographie des Origines
Les origines géographiques des artistes d'origine étrangère sont multiples et témoignent des différents flux migratoires qui ont marqué l'histoire de la France. L'Italie, l'Espagne, l'Europe de l'Est, le Maghreb, le Québec… autant de régions qui ont donné à la France des talents musicaux.
Exemples Éloquents
De nombreux artistes illustrent cette réalité. Georges Brassens, né d'une mère napolitaine, et Francis Lemarque, issu d'une famille juive émigrée d'Europe orientale, sont deux figures emblématiques de la chanson française. Ils illustrent tous les genres par lesquels on catégorise communément la chanson : de celle à qui l’on concède une certaine « qualité » [Léo Ferré, Mouloudji, Barbara, Serge Reggiani, Jacques Brel, Félix Leclerc, Serge Gainsbourg, Charles Aznavour, Yves Montand, Georges Moustaki…] à la « grande variété » populaire et sur-médiatisée [Linda de Suza, Claude Barzotti, Nana Mouskouri, Claude François, Rina Ketty, Gloria Lasso, Joe Dassin, Lio, Dalida, Mike Brant, Adamo, Luis Mariano, Sylvie Vartan, Frédéric François, Lara Fabian, Chimène Badi…], en passant par l’immense no man’s land sur lequel vient buter cette nomenclature si approximative [Nino Ferrer, Georges Ulmer, Julien Clerc, Patricia Kaas, Francis Cabrel, William Sheller, Joey Starr, Patrick Bruel, Michel Polnareff, Henri Salvador, Diam’s, Enrico Macias, Karim Kacel, Christophe, Louis Chedid…].
D'autres exemples incluent Yves Montand (Italie), Charles Aznavour (Arménie), Serge Gainsbourg (Russie), et plus récemment, des artistes issus de l'immigration post-coloniale, particulièrement dans les genres hip-hop, rap et r'n'b. Même ce qu’il est convenu d’appeler, dans les médias, la « nouvelle chanson française » n’est pas en reste : Bénabar ou Sanseverino sont nés dans des familles d’immigrés transalpins ; il arrive parfois à Juliette (Noureddine) d’évoquer son grand-père kabyle ; Clarika est la fille d’un poète hongrois renommé - Istvan Keszei - qui a fui son pays en 1956 à la suite de la répression de Budapest ; Olivia Ruiz revendique crânement ses racines dans son récent album, en faisant figurer en bonne place de la pochette une photographie de ses deux grands-mères espagnoles, et en y interprétant deux chansons en castillan.
Le Terme "Métèque" : Une Réappropriation
L'utilisation du terme "métèque" est délibérée. Si ce mot a longtemps été connoté négativement, il a été réapproprié par certains artistes pour revendiquer leur identité plurielle et leur contribution à la culture française. Au fond, est « métèque » celui qui trimballe dans sa besace identitaire une parcelle plus ou moins étendue d’étrangeté à son pays, léguée par son histoire personnelle ou familiale. Cette part exogène peut conditionner dans des proportions très variables la création du chanteur, mais aussi la manière dont il est perçu par le public, dans l’exercice d’un métier par nature exposé au regard et à l’ouïe des autres.
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Mémoire et Création
Le poids de l'histoire familiale et de la mémoire de l'immigration est un élément important dans la création artistique. L’enfance et l’adolescence sont en effet les moments où s’acquiert une grande part du capital sensible et symbolique (musicalité, imaginaire, mythologie, convictions, etc.) qui pourra par la suite influencer la créativité du sujet. Si une « mémoire de l’immigration » et des racines se transmet, consciemment ou inconsciemment, c’est indéniablement au moment où le contact avec ceux qui ont connu l’exil et l’arrachement est quasi quotidien, quelle que soit la forme que prendra ensuite sa traduction : du discours délibéré et articulé au phrasé légèrement exotique, d’une prédisposition nostalgique au goût prononcé pour les syncopes d’une musique au pedigree lui-même impur…
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