Introduction
La Semaine de Suzette, un journal français pour jeunes filles, reflète les attitudes et les idéologies de son époque, en particulier en ce qui concerne la perception des cultures étrangères et des races. Cet article vise à analyser comment le journal présente « l'autre », en utilisant les informations fournies et en les contextualisant dans le cadre historique et culturel de la France de l'époque.
La France, "Noble Mère du Monde"
La Semaine de Suzette se présente comme un journal « bien français », soulignant son patriotisme et son souci de l'élévation de cœur et d'esprit de ses jeunes lectrices. Dans un contexte historique marqué par le nationalisme, le journal promeut une vision de la France comme une nation digne et noble, une « mère du monde » dont chaque enfant doit être fier. Cette vision est renforcée par des orientations historiques, militaires et culturelles spécifiques.
Les "Sauvages" et la Mission Civilisatrice
Le journal illustre la France comme « administrant le second empire colonial du monde ». Il multiplie les pages dont l’action se déroule en France d’Outre-mer. La Semaine de Suzette n’oublie pas celle que l’on appelle alors « la plus grande France » et multiplie les pages dont l’action se déroule en France d’Outre-mer. Les contrées coloniales sont présentées comme des lieux pittoresques illuminés par la présence française, assurant aux jeunes filles le vaste et noble dessein de la mère patrie.
L'hebdomadaire tend surtout à exalter la grandeur généreuse de la France, ce qui ne peut être effectué qu’en dépréciant systématiquement cultures et individus « soumis ».La supériorité française est mise en avant, justifiant la tutelle exercée sur les populations colonisées. La revue véhicule l’idée que la France doit assurer la paix, la santé, l’instruction et tous les bienfaits de sa civilisation aux populations noires.
Les "Insoumis"
Le "sauvage" qui refuse la tutelle française est dépeint avec des défauts tels que l'indiscipline et la sournoiserie. Ces traits sont considérés comme incompatibles avec l'ordre français. L'hebdomadaire tend surtout à exalter la grandeur généreuse de la France, ce qui ne peut être effectué qu’en dépréciant systématiquement cultures et individus « soumis ». L'indiscipline est incompatible avec l'ordre français : « Ce sont des bandes indisciplinées de guerriers qui vivent de pillage et de brigandage […]. Il y a encore quelques tribus qui n’ont pas fait leur soumission. » De plus, il manifeste dans sa façon de combattre une épouvantable sournoiserie qu’une certaine intelligence (où serait la gloire de réduire un ennemi stupide et bestial ?) rend inexcusable : adversaire invisible, flèches empoisonnées pour les plus primitifs des Africains, ou malhonnêteté génétique comme celle de Rag-Singh, « excellent ouvrier […] mais excitant sans cesse en dessous ses compagnons employés comme lui à l’exploitation ».
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Ceux qui s'Adaptent
Le "bon sauvage" existe également. Il est présenté comme un personnage naturellement pacifique et candide, séduit par la bonté des Blancs et se plaisant à servir ses maîtres. Des personnages comme Jacintha, Rakouté, Banoche et Télémaque sont cités comme exemples de serviteurs indigènes dévoués à leurs jeunes maîtres français.
L'archétype du bon sauvage se trouve aussi dans le personnage de Baïa, adoptée par une famille française. Bien qu'elle soit apprivoisée et intégrée, son avenir est limité à des tâches domestiques, reflétant les préjugés de l'époque sur le rôle des personnes issues des colonies.
Stéréotypes et Préjugés envers d'Autres Groupes
La Semaine de Suzette ne se limite pas aux races de couleur. Elle véhicule également des stéréotypes et des préjugés envers d'autres groupes ethniques et culturels.
Les Maghrébins
Les Maghrébins traînent une détestable réputation. Bécassine pour sa part en fréquente trois, plus déplorables les uns que les autres. Ben Kaddour, le premier, sorte de lamentable demeuré accroché à notre Bretonne, promène sur son dos une poubelle dans laquelle il se réfugie en cas de danger, ce qui le réduit à l’état de détritus jetable, à cela près qu’il revendique lui-même la chose. Au moins est-il quelque peu adopté par Bécassine et son entourage, et relativement sympathique malgré ses lâchetés névrotiques. Le second, Ali Mohamed, s’avère mielleux, avide, curieux, insistant… Quant au troisième, Sidi, nous laisserons le lecteur juger de lui-même : « un affreux petit homme au teint café au lait, de ceux dont on dit qu’on n’aimerait pas les rencontrer au coin d’un bois », « son aspect levantin, son aspect fourbe, quelque chose de serpentin dans son allure, tout m’était antipathique. »
Les Israélites
Trois juifs âgés, trois brocanteurs, trois images révélatrices du cliché le plus éculé. Nez crochus, lévites malpropres… Trois profiteurs du malheureux, du riche déclassé comme du pauvre dans le besoin. Jacqueline Duché croque en 1933 le père Moïse (Petite Étoile), Tante Mad se charge avec l’aide de Manon Iessel du vieux Reuben (L’inévitable Sir Jerry, p. 85), un antiquaire déplaisant se trouve silhouetté en 1939 également (Simone et sa Négresse, p. 268).
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Les Hispano-Américains
Peu d’Espagnols, pas de Portugais, mais que d’Hispano-américains d’Amérique du Sud ! Représentées essentiellement par trois veuves et une dame mariée dont l’époux surmené n’apparaît jamais (la vie agitée de ces pays dangereux a sans doute réglé le sort de ces messieurs), ces créatures possèdent un incontestable point commun, leur manque de discrétion et donc d’authentique élégance.
L'Évolution des Mentalités Après la Guerre
Il serait inexact d'accuser La Semaine de Suzette de développer un racisme haineux et chronique chez ses jeunes lectrices. Après la guerre, certaines évolutions sont notables. Des mariages mixtes sont présentés de manière positive, marquant un progrès par rapport aux stéréotypes antérieurs.
Tante Mad et le Paternalisme Bienveillant
Même Tante Mad, la rédactrice en chef, oscille entre réticence et bonne volonté envers les "sauvages". Elle raconte l'histoire d'un "petit sauvage" qui ne veut pas rester sauvage, soulignant ainsi l'idée que l'assimilation est la voie à suivre.
Les auteurs du journal semblent souvent survoler les civilisations et les cultures étrangères, recourant à des stéréotypes et des approximations. Ils cherchent surtout à fonder l’ordre et la hiérarchie si nécessaires et si rassurants pour ces enfants fragiles, même si nous, adultes du xxie siècle, demeurons souvent interloqués par la choquante outrecuidance des auteurs de notre enfance.
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