Le rap français et le cinéma hexagonal entretiennent une relation complexe, oscillant entre intégration et marginalisation. Si les rappeurs affichent souvent leur amour pour le cinéma dans leurs textes, l'inverse n'est pas toujours vrai. Cependant, avec le renouvellement des générations derrière la caméra, les choses commencent à évoluer.

Le rap français intégré dans "Pattaya" et autres clins d'œil

Le film "Pattaya", réalisé par Frank Gastambide, illustre cette intégration du rap français. L'équipe du film, attachée à cette musique, multiplie les références, que ce soit dans la bande originale, les dialogues ou les apparitions de rappeurs. On peut ainsi apercevoir 25G en bas d'une tour, un membre du groupe 113, et Seth Gueko, un invité quasi-obligatoire pour une histoire de Français en Thaïlande.

Cette présence du rap dans "Pattaya" témoigne d'une volonté de faire des clins d'œil à cette culture, mais elle ne doit pas masquer les difficultés rencontrées par les rappeurs pour s'imposer dans le monde du cinéma.

Les obstacles à l'intégration du rap français au cinéma

Plusieurs facteurs expliquent cette relation en dents de scie. Tout d'abord, l'âge moyen des cinéastes français, qui n'ont pas nécessairement grandi avec le rap, un genre plus jeune en France qu'aux États-Unis et moins intégré à la pop culture. Imaginer un Will Ferrell français donnant la réplique à un rappeur dans une comédie tout public est difficile, car le rôle de ce dernier serait jugé trop important pour être confié à un musicien considéré comme « spé ».

En clair, les deux milieux n'ont rien en commun, et c'est seulement avec le renouvellement des générations derrière la caméra que les choses commencent à changer depuis quelques années.

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Les rappeurs réalisateurs : une vision plus personnelle

Malgré ces obstacles, certains rappeurs ont réussi à passer derrière la caméra pour réaliser leurs propres films. Akhenaton a co-réalisé "Comme un aimant" (dans lequel il joue également) avec Kamel Saleh, ainsi que le téléfilm "Conte de la frustration" avec Didier D.Daarwin. Abd Al Malik a décroché un prix au festival de Toronto avec "Qu'Allah bénisse la France", une adaptation de son autobiographie. Orelsan a fait ses débuts en tant que metteur en scène, scénariste et acteur dans "Comment c'est loin", aux côtés de son compère Gringe. Et on ne fera pas l'impasse sur l'inénarrable Morsay, qui nous a offert le nanar "La Vengeance", dvd distribué par ses soins.

Ces films reflètent l'univers des rappeurs, avec ses galères et son humour. Ils permettent également d'aborder des thèmes plus sérieux, comme l'identité, la religion ou la banlieue.

Les rappeurs acteurs : des rôles variés, des clichés persistants

La catégorie la plus répandue est celle des rappeurs acteurs. Il faut différencier les rôles en tant que tels des simples apparitions clins d’œil, mais la liste est longue dans les deux cas. Mokobe est un habitué des cameos, que l'on peut voir dans "Sheitan", "Beur sur la ville" ou encore "Neuilly sa mère". Demon One a également une apparition dans "Un Prophète" et un rôle clin d'oeil dans "Les Kaïra". Kool Shen est passé du clin d'oeil au vrai personnage, avec "La Beuze" et "Abus de faiblesse". Outre Passi, La Fouine et Disiz, MC Jean Gab'1 a également tenté sa chance.

Cependant, certains clichés persistent, avec des rappeurs cantonnés à des rôles de jeunes de banlieue, de dealers ou de voyous. Il est rare de les voir interpréter des personnages plus complexes et nuancés.

L'évolution de l'image des rappeurs acteurs : Stomy, Joey Starr et Doudou Masta

Certains rappeurs ont réussi à briser ces stéréotypes et à se faire une place dans le cinéma français. Stomy, Joey Starr et Doudou Masta appartiennent à cette catégorie. Après des débuts laborieux, leur image de rappeur est en général oubliée par les cinéastes qui leur offrent des rôles sans rapport : un dragueur qui devient gay (Joey Starr dans "L'Amour dure 3 ans"), un joueur de foot (Stomy dans "3 Zéros"), et à peu près la majorité des seconds rôles interprétés par Doudou Masta.

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Ces exemples montrent que les rappeurs peuvent avoir une carrière d'acteur à part entière, en dehors de leur image de musicien.

L'utilisation du rap dans les films : entre stéréotypes et finesse

L'utilisation du rap dans les films peut également être problématique. Parfois, l'irruption du rap est justifiée dès qu'il y a un héros jeune, un peu bronzé ou simplement avec un accent de banlieue, quels que soient le scénario, le ton ou l'ambiance du film, et sans aucune exigence pour que le thème de la chanson se rapproche de celui de l'intrigue.

Cependant, d'autres réalisateurs utilisent le rap de manière plus fine, comme dans "Les Beaux Gosses", où l'ado héros du film passe Baby de Booba et Nessbeal alors qu'il est avec sa copine, ou l'apparition absurde de tout le crew Bandana Music dans "15 ans et demi" au côtés de Daniel Auteuil. Certains cinéastes se servent du rap pour amener un discours finalement assez sérieux, comme dans "Brooklyn".

L'exil comme solution : l'exemple de Kaaris

Enfin, certains rappeurs choisissent l'exil pour trouver des rôles plus intéressants. Après avoir joué son propre rôle dans "Fast Life" de Thomas N'Gijol, Kaaris est en train de tourner un nouveau film, avec entre autres Simon Abkarian ainsi que le fils de Clint Eastwood. Sans être un comédien hors-pair, Kaaris a surtout été bien casté : son rôle de méchant correspond à peu près à son personnage de rappeur (qui, par-dessus le marché, habite à Sevran).

Ces exemples montrent que le cinéma français a encore du chemin à faire pour intégrer pleinement le rap et ses acteurs.

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