Michèle Mouton a marqué l'histoire du rallye en devenant la première femme à remporter une épreuve du championnat du monde en 1981. Au volant de l'Audi Quattro, elle a défié les stéréotypes et les pilotes masculins. Sa carrière est jalonnée de succès, mais aussi de drames qui ont marqué la fin d'une époque mémorable.

Un Début de Carrière Inattendu

Née à Grasse le 23 juin 1951, Michèle Mouton n'était pas destinée à devenir pilote automobile. Elle grandit dans une famille d'horticulteurs, cultivant des roses et du jasmin pour une parfumerie locale. Elle conduisait innocemment la 2CV sur les petits chemins bordant les champs d'exploitation provençaux dès l'âge de 14 ans. Son père, Pierre, passionné de course automobile, possédait toujours des voitures de sport.

"Je pratiquais le tennis et je rêvais surtout de compétition à ski. Sans le savoir, j'aimais déjà la vitesse, les trajectoires", raconte-t-elle. À 18 ans, elle rêvait de passer son permis de conduire plutôt que le baccalauréat. Jeune femme sérieuse, elle voulait devenir éducatrice pour adolescents en difficulté. Le week-end, elle rentrait à Grasse en 4L, à toute vitesse. "Chaque fois, je regardais si j'avais mis moins de temps, avoue-t-elle. J'étais folle de voitures, pour l'amour de la voiture. C'était ma liberté, mon indépendance. Des valeurs capitales pour moi."

Sa vie bascula lors d'une soirée où elle s'inscrit à un concours de rock'n'roll avec Jean Taïbi, un ami de son quartier. "Au fil des éliminations on était toujours là, et à un moment, il me dit : 'Au fait, je pars faire le Tour de Corse.' Je lui ai demandé ce qu'était le rallye, en quoi cela consistait. Il m'a tout expliqué, j'étais très excitée. A la fin du concours, il m'a invitée à venir avec eux. J'ai donc fait toutes les reconnaissances derrière dans la voiture, avec son copilote. Après le rallye, fin novembre, il m'a confié que ça n'allait pas avec son copilote et il m'a proposé de participer au Monte-Carlo à ses côtés."

Son père lui lança un défi : "Tu fais le Paris-Saint-Raphaël féminin pour te situer par rapport, puis le Tour de France, le rallye le plus difficile, pour voir à quel niveau tu dois arriver." À 21 ans, Michèle se prend au jeu, sachant qu'elle n'aura pas de seconde chance.

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L'Ascension dans le Monde du Rallye

"Je ne suis jamais partie avec l'objectif de battre les autres femmes, mais de me mesurer aux meilleurs. Et il se trouve que les meilleurs étaient des hommes", dira-t-elle. Sa première course marquante, une 18e place, marque le début d'une "époque fantastique" avec une Berlinette Alpine. Son père lui loue une R12 Gordini pour s'entraîner aux courses de côte. En fin de saison, elle s'avoue lassée par ses engagements en section féminine, trouvant sa victoire sans signification.

La saison 1974 valide son ambition avec un titre honorifique de vice-championne de France dans la 2e division nationale. Son talent ne passe pas inaperçu. En 1975, elle participe aux 24 Heures du Mans au volant d'une Moynet, sans préparation. Le trio est 21e au général et premier de sa catégorie, mais elle n'est pas conquise.

En 1977, elle participe au Rallye d'Espagne. "J'ai découvert un monde fantastique", se réjouit-elle après avoir abordé la terre. Sandro Munari abandonne dans la dernière spéciale. "On a découvert à l'arrivée qu'on avait gagné", se remémore-t-elle.

FIAT France lui confie une Abarth 131 pour la Corse. "Cette FIAT était très, très physique, se souvient-t-elle. Elle n'avait pas de direction assistée, un moteur à l'avant, des roues avant très larges. Un véritable camion ! Je me suis énormément donnée, mais sur beaucoup de rallyes c'était très difficile. Au Monte-Carl', je n'arrivais plus à tourner le volant dans les épingles, ma coéquipière devait m'aider. Et puis, la 131 avait une boîte de vitesses à crabots. Il fallait passer les vitesses au bon régime, et si je loupais une vitesse je recevais une décharge électrique dans la main. Ce fut dur."

En 1978, elle signe un contrat pro avec FIAT France. Elle participe au Monte-Carlo avec la Stratos de Bernard Darniche. "C'est la plus esthétique, la plus belle que j'ai jamais conduite, dit-elle. De son côté, Bernard Darniche hérite de sa 131 et est sûr d'une chose : "Michèle avait déjà un niveau international."

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La Consécration chez Audi

En rallye, la marque allemande Audi l'appelle pour lui offrir un volant en championnat du monde et qu'il s'agit d'une quatre roues motrices. Elle s'engage alors pour la saison 1981.

Tout va donc changer pour la Française, y compris sa coéquipière Françoise Conconi, qui veut se consacrer à sa famille. Et pour la remplacer, elle reçoit une suggestion surprenante. "Quand je suis allée à Ingolstadt rencontrer les responsables d'Audi, j'étais prête à faire équipe avec un garçon, mais ils voulaient un équipage 100% féminin", révèle-t-elle. Pas convaincue par les noms proposés, elle suit le conseil de son compagnon. Fabrizia Pons, une ancienne pilote reconvertie depuis deux ans comme navigatrice, a le profil idéal. "Ça a tout de suite fait tilt entre nous, d'autant qu'elle parlait très bien français." Cette première impression est la bonne : l'entente est fusionnelle et l'Italienne a le don de devancer ses attentes et la rassurer.

Michèle Mouton a donné une dimension fascinante, inattendue, aux rallyes en devenant la première femme à remporter une épreuve de championnat du monde, en 1981. Au volant de son Audi révolutionnaire à quatre roues motrices, la Quattro, la Française a bousculé l'ordre masculin et les préjugés dans l'ère naissante de ces monstres d'un nouveau genre, débordant de puissance, lancés sur des routes dangereuses.

Les Défis et les Drames

En 1982, Walter Röhrl, par peur de perdre le titre contre la Française, a multiplié les sorties médiatiques amères, suggérant qu'un singe pourrait conduire l'Audi Quattro.

Lors du Rallye de Côte d'Ivoire en 1982, Michèle Mouton apprit le décès de son père. Sa mère lui demanda de continuer la course. Elle avait 1h15 d'avance, mais des difficultés dans les changements de vitesse apparurent. Les mécaniciens ont remonté à l'envers des éléments de la boîte de vitesses. Elle fit une sortie de route, synonyme de ses dernières chances de titre.

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Pikes Peak et l'Après-Rallye

En 1985, Michèle Mouton participe à la course de côte américaine Pikes Peak. Elle triomphe avec un moteur turbo.

Héritage et Influence

Michèle Mouton reste une figure emblématique du sport automobile. Elle a ouvert la voie à de nombreuses femmes pilotes et a prouvé que le talent n'a pas de genre. Son courage, sa détermination et son talent ont fait d'elle une légende du rallye.

Autres Personnalités avec le Nom Mouton

  • Georges Mouton (1770-1838) : Général de division sous Napoléon, il commanda les 1er et 6e corps de la Grande Armée.
  • Jean-Luc Mouton : Directeur de l'hebdomadaire protestant Réforme, il a écrit un livre sur Calvin.
  • Antoine Mouton : Auteur du livre "HKZ, Le livre du revenir", un journal sur l'accompagnement d'une amie atteinte de la maladie d'Alzheimer.

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