De la conception à l'adolescence, le tabac exerce une influence négative à chaque étape de la vie. En France, le tabagisme pendant la grossesse et la prévalence du tabagisme chez les adolescents sont des sujets de préoccupation. Bien que les messages de prévention concernant la consommation d'alcool pendant la grossesse semblent avoir été bien reçus, les futures mamans qui fument ont tendance à minimiser les risques pour elles-mêmes et pour leur bébé. Pourtant, ces risques sont réels et peuvent entraîner la mort subite du nourrisson, des troubles de l'attention, de l'asthme, des otites, etc. De plus, trop d'enfants sont encore exposés à la fumée de cigarette de leurs parents, ce qui peut provoquer de nombreuses pathologies à court et à long terme.
Impact du tabagisme sur la fertilité et le déroulement de la grossesse
La fertilité des femmes qui fument est réduite et le temps nécessaire pour concevoir est prolongé. Fumer pendant la grossesse augmente les risques de fausses couches, de grossesses extra-utérines, de mauvaise implantation du placenta, d'hémorragies au troisième trimestre, de mort in utero et de naissances prématurées. Au Royaume-Uni, D. a constaté que la complication la plus fréquente est le retard de croissance intra-utérin. Ce retard pourrait être de plus de 400 g pour les femmes qui fument plus de 20 cigarettes par jour et d'environ 200 g pour celles qui fument moins de 5 cigarettes par jour.
Selon le Baromètre santé 2017, le tabagisme pendant la grossesse concerne entre 20 et 25 % des femmes enceintes et est plus fréquent chez les femmes les plus jeunes et les moins diplômées. Une consommation de plus de 10 cigarettes par jour est perçue comme dangereuse, tandis qu'une consommation de moins de 5 cigarettes ne l'est pas, et est même considérée comme moins dangereuse que le stress présumé d'un sevrage. La consommation de tabac durant la grossesse représente toujours un risque important de complications diverses.
Le monoxyde de carbone (CO) inhalé par la future maman se fixe directement sur l'hémoglobine maternelle et fœtale, ce qui entraîne une diminution durable de l'oxygénation de l'embryon. Ces carences ont des conséquences sur le développement du fœtus.
Effets à long terme sur la santé respiratoire de l'enfant
Beaucoup de futures mamans se déculpabilisent en regardant les enfants d'une femme qui a beaucoup fumé pendant sa grossesse. Cependant, une étude française (D. Drummond et coll., Inserm unité 955) publiée en janvier 2017 dans la revue Environmental Health Perspective a révélé chez la souris une réduction des capacités respiratoires à la naissance de souriceaux issus de femelles gestantes exposées à la fumée de tabac. De plus, si ces souriceaux sont à nouveau exposés à la fumée de tabac à la puberté, la perte de leurs capacités respiratoires est encore plus importante. Si ces résultats sont transposables à l'homme, les auteurs alertent sur les risques d'évolution vers une BPCO précoce chez des adolescents nés de mères fumeuses et devenant fumeurs à leur tour.
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Tabagisme passif et fumée tertiaire : dangers pour les jeunes enfants
Les jeunes enfants ne peuvent que subir le tabagisme de leurs parents. Depuis quelques années, on insiste beaucoup sur les dangers de la fumée tertiaire, dite encore de troisième main, des Anglosaxons (third hand smoke), responsable du tabagisme ultra-passif, c'est-à-dire celle qui persiste alors que la cigarette est éteinte. Après un temps de suspension dans l'air, les particules très fines de la fumée secondaire (moins de 1 micron de diamètre) vont se déposer sur les surfaces, sols et murs et s'incruster dans les textiles comme les moquettes, les coussins ou encore les sièges de voiture.
La fumée environnementale est plus toxique que la fumée du courant primaire, mais il s'avère que la fumée tertiaire l'est encore plus. En effet, les fines particules de la fumée de tabac réagissent avec l'ozone et les composés nitreux de l'air ambiant pour former des composés très nocifs mettant des semaines, voire des mois à se dégrader. On y trouve aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques à durée de vie longue. Ces particules fines résistent à l'aération des locaux et peuvent se remettre en suspension lors d'un mouvement. Elles sont particulièrement dangereuses pour les enfants en bas âge qui rampent sur le sol, les inhalent ou les ingèrent en suçant leurs doigts. Respirant plus vite que les adultes, ils inhalent deux fois plus de particules, compte tenu de leur petite taille, et y sont plus sensibles car leur système respiratoire n'est pas encore mature.
Une étude a analysé les mèches de cheveux de 38 enfants de 2 à 11 ans habitant soit à Paris soit à l'île d'Yeu. Sachant qu'un cheveu pousse de 1 cm par mois, son analyse permet de retracer l'exposition à un produit dans la durée et d'en préciser le moment. On a recherché la présence d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), particules fines carbonées organiques issues des gaz d'échappement des voitures, des fumées industrielles, des émanations des chauffages domestiques et aussi de la fumée de tabac. Cette étude a confirmé que les enfants parisiens étaient bien victimes de la pollution extérieure, mais qu'ils étaient aussi des fumeurs passifs.
Législation et prévention du tabagisme passif
Les études visant à démontrer le tabagisme passif même en extérieur ont poussé de nombreux pays à légiférer pour des espaces sans tabac. En France, le décret n° 2015-768 du 29 juin 2015 relatif à l'interdiction de fumer dans les aires collectives de jeux a été publié le 30 juin 2015. De plus, la vente de sachets, billes et gommes de nicotine sera interdite en France à compter de mars 2026.
Témoignages et stratégies pour arrêter de fumer pendant la grossesse
De nombreuses femmes enceintes prennent la décision d'arrêter de fumer pour elles-mêmes et pour la santé de leur enfant. Voici quelques témoignages et stratégies qui peuvent aider à limiter les cigarettes et à ne plus fumer :
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- Trouver le déclic : Le rapport à la cigarette est très personnel. Il est important de puiser dans son histoire et dans ses propres ressources pour trouver l'impulsion nécessaire pour arrêter.
- La grossesse comme motivation : Pour certaines femmes, apprendre qu'elles sont enceintes est un déclic suffisant pour arrêter de fumer.
- Les nausées comme alliées : Les vomissements et les nausées du début de grossesse peuvent aider à être dégoûtée de la cigarette.
- Visualiser les effets néfastes : Regarder un documentaire scientifique, une image ou un livre explicatif clair peut marquer les esprits et faire prendre conscience des bienfaits de l'arrêt de la cigarette pour la santé.
- Dire adieu à l'odeur de tabac froid : L'une des motivations peut être l'odeur générée par la fumée de cigarette. En arrêtant, adieu l'odeur de tabac froid, les draps et les vêtements qui sentent mauvais !
- Se faire aider : Être entourée par ses amis, sa famille ou un professionnel de santé peut être la clé pour arrêter de fumer. N'hésitez pas à demander de l'aide et à consulter un tabacologue (médecin tabacologue ou sage-femme tabacologue si vous êtes enceinte) afin d'entamer un sevrage tabagique.
Allaitement et tabagisme : ce qu'il faut savoir
Beaucoup de mamans fumeuses n'osent pas tenter l'aventure de l'allaitement. Cependant, les études montrent qu'il vaut mieux fumer et allaiter que fumer et ne pas allaiter. Voici les différents aspects importants à savoir pour faire votre choix en pleine conscience :
- Origine des doutes : On entend souvent à tort que le tabac est déconseillé pendant l'allaitement comme il l'est pendant la grossesse. Cependant, les échanges entre la mère et son enfant via le lait maternel sont moins importants pendant l'allaitement que pendant la grossesse via le placenta. Ainsi, les conséquences néfastes sur la santé du bébé sont moindres que sur la santé du fœtus.
- Effets délétères chez la mère et son bébé : Fumer reste néfaste pour la mère et la nicotine joue sur la production lactée de la mère. Celle-ci diminue la prolactine et influe négativement sur la production lactée, surtout si la maman fume plus de 15 cigarettes par jour. Fumer provoque aussi des pics d'adrénaline, qui peuvent retarder le réflexe d'éjection. Cependant, la composition du lait reste bonne. Il y a certes une modification modérée de la teneur en lipides, en vitamines C et B12, mais à des dosages qui n'affectent pas la qualité nutritionnelle du lait maternel. La nicotine passe effectivement dans le lait maternel : 2 heures après la dernière cigarette, 50% de la nicotine présente dans le lait maternel est éliminée, et 6 heures après, 90% de la nicotine présente dans le lait maternel est éliminée. Cependant, ces taux sont nuancés en fonction du nombre de cigarettes fumées par jour, de l'exposition au tabagisme passif, du temps entre 2 cigarettes, et de la façon dont la fumée est inhalée. Chez le bébé, la nicotine qui passe rapidement dans le lait peut entraîner de l'irritabilité, des nausées, des vomissements, une modification de la pression artérielle, des douleurs abdominales… Les bébés allaités par une mère qui fume une quantité supérieure ou égale à 5 cigarettes par jour sont plus enclins aux coliques et aux pleurs. La nicotine change le goût du lait, certains enfants peuvent ne pas aimer ce goût, râler ou rejeter le sein. Il est important de noter qu'il n'existe aucune étude à ce jour sur les effets des autres composants de la cigarette chez les enfants allaités.
- Une protection pour le bébé : Bien qu'il soit préférable pour la santé de la mère d'arrêter, il vaut mieux que l'allaitement soit poursuivi malgré le tabagisme de la mère. Les études montrent que : si la mère a été fumeuse pendant la grossesse, le nouveau-né présentera des syndromes de sevrage. Cependant, les nouveau-nés allaités élimineraient mieux la cotinine (produit de la dégradation de la nicotine), que les nouveaux-nés nourris au lait artificiel. Même dans le cas d'une maman fumeuse, le lait maternel protège contre les infections respiratoires (asthme, bronchite, bronchiolite). Ce qui s'avère une bonne nouvelle pour ces enfants-là particulièrement. Les enfants allaités par des mères fumeuses ont moins de coliques que les enfants de mères fumeuses au lait artificiel. L'allaitement modère les effets du tabagisme passif (d'autant plus si l'allaitement se poursuit après 6 mois) : tels que les problèmes respiratoires, les coliques, et les ralentissements de la croissance. Il y a un effet protecteur sur les bronchiolites aiguës si l'allaitement est supérieur à 4 mois. Le risque de mort subite du nourrisson est plus faible, notamment quand l'allaitement est long et exclusif. Afin de prévenir ce risque, le cododo est d'autant plus déconseillé quand l'un des parents est fumeur, car ce dernier rejette du monoxyde de carbone en expirant.
- Privilégier les substituts nicotiniques : Le tabagisme passif est plus néfaste que l'absorption de la nicotine par le lait maternel. Pour limiter les effets, les mamans peuvent utiliser des substituts nicotiniques, le passage lacté de la nicotine est moindre, les autres produits toxiques de la cigarette sont absents. Les substituts nicotiniques ne sont pas contre-indiqués pendant l'allaitement et sont largement préférables aux cigarettes. Si les substituts choisis sont à avaler, il vaudra mieux les prendre juste après une tétée et attendre 2 heures avant la prochaine tétée.
Cigarette électronique et allaitement
Il y a beaucoup moins de documentations sur la cigarette électronique que sur le tabac. Le liquide qu'elle contient est composé de glycérine végétale, de propylène glycol, d'arômes, avec ou sans nicotine. La glycérine végétale et le propylène glycol sont présents dans des produits alimentaires et cosmétiques, et sont considérés sans danger. Quant aux arômes, il n'y a pas d'études sur les effets lors de l'allaitement. L'ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'alimentation) définit le cadre réglementaire qui les régit. La nicotine étant plus facilement assimilée par voie aérienne, il convient de ne pas vapoter en présence des enfants. Les liquides contenant de la nicotine doivent impérativement être conservés hors de portée des enfants.
Mesures de précaution pour les mères qui allaitent et fument
- Ne pas fumer en présence de l'enfant : l'absorption de la nicotine est plus forte par voie respiratoire que par la voie de l'allaitement.
- Réduire sa consommation de cigarettes à moins de 5 cigarettes par jour.
- Fumer de préférence juste après la tétée, pour avoir un écart maximal entre la dose de nicotine et son passage dans le lait.
- Allaiter au moins 6 mois.
- Ne pas fumer dans le logement, ni la voiture.
- Changer de vêtements après avoir fumé (manteau, veste).
- Se laver les mains.
Le rôle des professionnels de santé dans le sevrage tabagique
L'accompagnement par un professionnel de santé joue un rôle majeur dans le sevrage tabagique. Lorsqu'un fumeur de tabac est accompagné par un professionnel de santé, il double ses chances de réussite de sevrage à 6 mois. Néanmoins, en France, parmi les femmes enceintes fumant du tabac, plus de la moitié n'ont reçu aucun conseil d'arrêt de la part de professionnel de santé lors de leur grossesse.
Face à ce constat, le projet 5A-QUIT-N a été mis en place. Ce projet propose une meilleure organisation et une coordination des ressources existantes, structuré autour de la démarche des 5A, qui sont les 5 étapes à effectuer pour prendre en charge le tabagisme d'une patiente lors d'une consultation : demander si la patiente fume (ask), lui proposer d'arrêter (advice), évaluer sa situation (assess), lui proposer les aides disponibles (assist) et assurer son suivi (arrange). C'est une méthode validée scientifiquement, utilisée à l'international et recommandée en France par la Haute Autorité de Santé.
Tabagisme de la mère et troubles comportementaux chez l'enfant
Une récente étude publiée dans la revue Plos One a pointé le lien entre tabagisme de la mère et troubles comportementaux de l'enfant. Il a été constaté un risque d'avoir des enfants présentant à la fois des troubles de l'émotion et de la conduite lorsque la mère a fumé en post-natalité ou pendant la grossesse. Bien que le tabagisme ne soit pas la seule cause de ces troubles, il y contribue avec un rôle statistiquement significatif.
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