Introduction
L'accès aux soins de santé en République centrafricaine, particulièrement dans les régions reculées, est un défi constant. Le district sanitaire de Bocaranga-Koui, situé dans la préfecture de Lim-Pende, illustre parfaitement cette réalité. Cet article met en lumière le travail acharné du Dr. Osias Guerevicko, médecin chef de ce district, et les obstacles considérables auxquels il est confronté pour assurer la santé des populations locales, en particulier celle des enfants.
Le District Sanitaire de Bocaranga-Koui : Un Rempart Fragile
Le district sanitaire de Bocaranga-Koui se donne pour mission de sauver la vie des habitants de cette région. Souvent avec les moyens de bord à cause de nombreux défis, cet hôpital doit faire des miracles pour remplir sa mission qui consiste à sauver des vies. Le Dr. Osias Guerevicko, conscient des enjeux, se livre avec franchise sur les difficultés rencontrées au quotidien.
Gestion du Paludisme : Une Lutte Permanente
Le paludisme, particulièrement virulent pendant les périodes de pic, représente un défi majeur pour la région. L’hôpital de district de Bocaranga-Koui fait la prise en charge de plusieurs maladies dont le paludisme en cette période de Pic. Face à cette situation, l'hôpital s'organise avec les moyens disponibles. Nous avons deux bureaux de consultations en plus d’un service de la pédiatrie avec une capacité de 35 lits. C’est au niveau du service de triage que nous orientons les malades qui viennent vers nous. Si c’est du palu grave, le patient est orienté à la pédiatrie hospitalière et nous allons faire une prise en charge correcte. Mais si c’est un palu simple, nous faisons un traitement en ambulatoire c’est-à-dire à titre externe.
Anémie et Infections Respiratoires : Des Urgences Difficilement Gérables
Outre le paludisme, l'anémie et les infections respiratoires aiguës (IRA) sont des pathologies fréquentes chez les enfants. En ce qui concerne l’anémie liée au palu, nous prenons en charge en faisant une transfusion. Malheureusement, nous ne disposons pas d’une banque de sang. Nous faisons parfois une transfusion directe. Nous sensibilisons les parents, nous prenons leur sang au laboratoire pour le test et si c’est compatible avec le patient, nous prélevons le sang du parent pour transfuser.
Le Dr. Osias souligne la précarité de cette situation : Nous faisons avec les moyens de bord. Parfois, on n’arrive pas à trouver le donneur et c’est difficile à gérer et de voir un cas qu’on pouvait sauver et à cause du manque d’une banque de sang, nous regardons un malade succomber. Pour les infections respiratoires, l'hôpital dispose de concentrateurs d'oxygène, mais leur utilisation est compromise par le manque de carburant pour alimenter le générateur.
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L'Apport Crucial des ONG : Un Souffle d'Espoir
Dans ce contexte difficile, l'intervention d'organisations non gouvernementales (ONG) est essentielle. Heureusement avec l’ONG CUAM (Médecins avec Afrique) qui vient de commencer il y a quelques mois avec l’appui du fonds humanitaire. C’est cette ONG qui est en train de nous aider au niveau de la pédiatrie hospitalière avec leur générateur, le carburant et aussi la gratuité des soins au profit des enfants de 0 à 15 ans. Ceux qui sont traités en ambulatoire ne bénéficient pas de cette gratuité des soins.
Référencement des Patients : Un Parcours Semé d'Embûches
Le district sanitaire de Bocaranga-Koui est un centre de référence pour les habitants de la région. Cependant, l'absence d'ambulance opérationnelle depuis près d'un an complique considérablement le référencement des patients. Nous avons une ambulance qui n’est plus opérationnelle depuis presque une année. Cela complique le référencement des patients. Si nous avons des cas, les parents se battent pour évacuer le patient.
Le CICR apporte un soutien précieux dans le référencement des blessés par balles ou engins explosifs. Mais, nous avons un partenariat avec le CICR qui nous appui dans le référencement de cas liés aux blessures par balles ou engins explosifs. Ces cas dont nous n’avons pas les capacités de gérer ici sont transférés dans un hôpital de référence par ce partenaire. C’est dans ce sens que CICR peut nous aider pour évacuer le malade et le ramener après rétablissement. Les autres cas, c’est aux parents de gérer pour le moment ou la bonne volonté de certaines personnes ou des acteurs humanitaires qui sont dans la région.
L'Insécurité et les Engins Explosifs : Un Frein à l'Accès aux Soins
L'insécurité et la présence d'engins explosifs dans la région ont un impact majeur sur la mobilité de la population et, par conséquent, sur l'accès aux soins. L’impact des engins explosifs touche beaucoup de plan. Le plan économique, car le mouvement de la population est réduit et donc le commerce dans la zone prend un coup. Les gens ont peur de circuler sur les axes de peur de sauter sur un engin et de perdre leurs vies. Comme cela réduit le mouvement de la population, il réduit aussi le système de référencement. Imaginez par exemple s’il y a une rumeur d’un engin explosif à 30 Km alors que s’il y a un patient à 60 Km et qui devrait être référé. Du coup, cela crée la peur et empêche le patient à chercher des soins pour sauver sa vie. Au niveau de l’hôpital, depuis les histoires des engins explosifs, nous avons déjà reçu au moins trois victimes. C’est un phénomène inquiétant pour la population et pour nous personnel de santé.
Le Plateau Technique : Un Besoin Urgent de Modernisation
Le Dr. Osias souligne les lacunes du plateau technique de l'hôpital. Le plateau technique n’est pas au point. Comme je disais, nous ne disposons pas d’une banque de sang. C’est déjà compliqué. En plus, nous n’avons pas la radiographie et c’est ce qui fait que pour ce cas, nous orientons les patients à Bouar juste faire la radiographie, en parcourant plus de 140 km. Même au niveau du bloc opératoire, nous ne faisons que les chirurgies d’urgence et les autres cas, il faut transférer vers un autre centre, soit à Bouar, soit à Bangui et sur les frais des parents. L'absence de banque de sang et de service de radiographie sont particulièrement problématiques.
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Ressources Humaines : Un Personnel Dédié Mais Insuffisant
Malgré la présence d'infirmiers secouristes formés, le manque de personnel qualifié reste un défi majeur. Nous avons du personnel. Les infirmiers secouristes qui ont été formés par le district et qui sont en train d’appuyer la zone. Mais pour tout l’hôpital, nous n’avons que quatre personnels qualifiés pour une population d’environ 80.000 habitants au centre de Bocaranga. Quatre personnels qui ont été formés dans une institution étatique ou privée et que l’Etat valide le diplôme. C’est insuffisant et l’hôpital est obligé de fonctionner avec des volontaires secouristes qui sacrifient leurs vies pour sauver celles des autres.
Le Destin Tragique d'Osias Meier-Zeller : Un Homonyme au Parcours Somb
Il est important de noter qu'il existe une confusion potentielle avec un autre Osias, Osias Meier-Zeller, dont l'histoire tragique est liée à la Seconde Guerre mondiale. Meier-Zeller fils d’Adolf et Netti, née Neuberger habitait à Paris (Seine). Il s’engagea dans les Brigades internationales en Espagne. Docteur, il fut très probablement affecté à la Centrale Sanitaire Internationale (CSI). Il rentra en France le 9 février 1939 par le poste frontière de Port Bou, du fait de la désorganisation des Brigades, il était sans passeport, Mercédès franchit la frontière le 18 février en règle. Elle était titulaire d’un récépissé de demande de carte d’identité qui lui fut délivré le 8 novembre 1939. Le 14 mars 1939, Meier-Zeller se vit notifier un refus de séjour, il obtint un récépissé de carte d’identité le 30 janvier 1940, valable un mois. Le couple demeura 35, place Maubert, à Paris (Ve arr.), puis en hôtel 35, rue Perceval, (XIVe arr.), enfin 36, rue de Gergovie, (XIVe arr.). Le 27 septembre 1939, Meier-Zeller s’inscrivit comme volontaire dans l’armée polonaise au centre de recrutement de la rue Jean-Goujon (VIIIe arr.). Médecin, il exerçait pour se perfectionner comme externe à l’hôpital Laennec, (VIIe arr.), puis chirurgien assistant à Broussais, (XIVe arr.). Meier-Zeller faisait partie des deux mille sept cent quinze miliciens étrangers recensés lors du retrait des Brigades internationales en 1938 et 1939, par la préfecture de police de Paris. Beaucoup d’entre eux se firent rapatrier par leurs consulats. Karl Boemelburg, chef de l’ensemble des forces de police allemande en France demanda à la direction des renseignements généraux d’établir une liste. Elle fut prête le 19 septembre 1941, Meier-Zeller y figurait. Les autorités allemandes ordonnèrent une opération d’ensemble le 24 décembre 1941, il fut arrêté par des policiers du commissariat du quartier de Grenelle, (XVe arr.). L’arrestation de François Sobocki le 9 décembre 1941 allait provoquer plusieurs chutes de responsables du Parti communiste Polonais en France dont celle d’Osias Meier-Zeller qui était le responsable de Paris Ville. Le 10 janvier 1942, Osias Meier-Zeller était hospitalisé à l’hôpital Tenon (XXe arr.), puis à Rothschild (XIIe arr.), décrit comme étant maigre et de petite taille, il s’évada le 16 entre 3 heures et 6 heures du matin. Le commissaire du XIVe arrondissement fit immédiatement établir une surveillance permanente aux abords de son domicile. Le 13 février 1942 dans l’après-midi, dans le cadre de l’affaire Piotr Baran, sur commission rogatoire d’un juge, un commissaire et trois inspecteurs de la 1ère Brigade régionale de Police mobile se présentèrent au domicile de la rue de Gergovie, Mercedès Zeller-Meier ouvrit. En sa présence, les policiers perquisitionnèrent le logement de deux pièces, ils saisirent : « une carte de tabac au nom d’Osias Zeller, une lettre écrite en polonais datée du 12 avril 1941 et deux cartes provenant de Russie » (Scellé n° 7). Un avis de recherche fut lancé le 17 février 1942, il signalait : « Ex milicien de la guerre d’Espagne, responsable pour Paris ville de l’organisation illégale du parti communiste Polonais. Son arrestation eut lieu à une date inconnue au 18, villa Seurat dans le XIVe arrondissement. Juif, interné au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), Meier-Zeller prit la destination d’Auschwitz le 16 septembre 1942 par le convoi n° 33 de mille trois déportés, huit cent cinquante-six furent gazés à l’arrivée. L’Armée rouge libéra le camp le 27 janvier 1945, il ne restait que trente-trois survivants dont une femme de ce convoi. Osias Meier-Zeller figure sur le mur des noms du Mémorial de la Shoah, rue Geoffroy-l’Asnier, (IVe arr.). Il est crucial de distinguer cette figure historique du Dr. Osias Guerevicko, qui œuvre aujourd'hui pour la santé des populations en République centrafricaine.
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