L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une expérience profondément personnelle et complexe, susceptible d'engendrer des répercussions significatives sur le bien-être émotionnel et psychologique d'une femme. Cet article explore les enjeux du soutien psychologique après un avortement, en mettant en lumière les raisons pour lesquelles il est essentiel, les obstacles potentiels à l'accès à ce soutien et les bienfaits qu'il peut apporter.

L'IVG : Une Décision Difficile aux Conséquences Multiples

Subir une IVG peut avoir des conséquences importantes pour la femme. Or, c'est souvent à elle seule qu'il revient de prendre cette décision. Il est important que cela concerne le couple, car cela peut entraîner des problèmes conjugaux. Cette décision, souvent prise dans des circonstances délicates, peut entraîner des conséquences psychologiques telles que la culpabilité, le questionnement éthique, la souffrance psychologique, mais surtout la solitude dans cet acte médical.

Il serait peut-être souhaitable que le père de l'enfant accompagne la femme dans cette démarche d'IVG, pour la soutenir, pour permettre une présence tierce face à un corps médical et des propos parfois très jugeants, et enfin parce que lui aussi se sépare d'un enfant. Si cela n'est pas possible de s'y rendre en couple, on peut se faire accompagner par une proche ou un proche.

Pourquoi un Accompagnement Psychologique Après une IVG ?

Un accompagnement par une psychologue permet d’aider la femme ou le couple dans le cadre d’un soutien au choix d'effectuer ou pas l'IVG, mais aussi par la suite de tenter de réduire ses conséquences psychologiques et les craintes de ne plus pouvoir concevoir. Vous pouvez être assuré.e du professionnalisme de la psychologue.

Depuis 2022, une étude qualitative menée auprès de femmes ayant vécu une IVG révèle que le conseil n°1 qu’elles donnent aux autres femmes qui vivent une IVG est de se faire accompagner par un professionnel. Surtout celles qui ne l’ont pas fait et qui retrouvent des émotions non digérées des années après leur avortement.

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Un accompagnement psycho-émotionnel après une IVG peut apporter de nombreux bienfaits, comme en témoignent les femmes qui ont été accompagnées et écoutées.

Symptômes Diffus de Mal-Être

Avant de décider de se faire accompagner, les femmes expriment souvent un sentiment de poids sur les épaules et dans le cœur. Elles peuvent également ressentir des émotions liées à leur IVG dans certains moments ou avec certaines personnes. Il s’agit d’une sorte de « psycatrice » qui parfois est neutre et parfois se réveille au travers de certaines situations de vie.

Ces situations entrent en résonance avec l’expérience d’avortement. Par exemple, lorsqu’une discussion sur l’IVG se présente avec des amis ou des collègues, il est possible de se sentir très mal à l’aise, soit parce que le contexte n’est pas propice aux confidences et l’on se retient, ou bien parce que ce sujet réactive des émotions non complètement digérées.

Certaines femmes ressentent de la tristesse et de la culpabilité, sans savoir comment accueillir ces émotions. Parfois, c’est au travers de sensations corporelles que l’IVG se rappelle à nous, comme les douleurs menstruelles qui rappellent les douleurs vécues lors de l’IVG.

La Date Anniversaire de l'IVG

Un autre moment peut réactiver la charge émotionnelle de l’IVG : celui de la date anniversaire de l’avortement. Cette date peut être marquante et « bousculante » chaque année, car l’expérience d’IVG est encore active émotionnellement. Si on est à l’écoute de nos émotions, c’est un excellent signal pour nous informer que quelque chose reste à travailler. C’est une très belle opportunité pour demander de l’aide et faire un travail sur soi, afin de transformer l’événement en une ressource positive et durable.

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La Répétition des IVG et une Envie de Comprendre

Dans de nombreux cas, l’IVG ne survient pas qu’une seule fois, mais deux, trois voire quatre fois ou plus dans la vie d’une femme. La répétition peut agir comme déclencheur pour se faire accompagner en profondeur et comprendre les mécanismes de cet événement répétitif.

L’envie de comprendre le sens de cet événement dans sa vie est également un puissant moteur pour se faire accompagner. Pourquoi cela m’est arrivé ? Qu’est-ce que je dois comprendre ? Est-ce juste un problème d’échec de contraception ou bien s’agit-il d’autre chose, bien plus existentiel ? Ces questions ouvrent à de nouvelles dimensions d’introspection.

Obstacles à l'Accompagnement Psychologique

Faire le pas de demander de l’aide n’est en revanche pas évident, surtout lorsque c’est pour parler d’un sujet qui est largement tabou. Lorsqu’on a vécu l’IVG, il est possible d’être bloquée par la peur d’être jugée. Ou parfois, on n’y pense tout simplement pas et on préfère « avancer » (ou se protéger ?) dans notre vie de tous les jours. On peut penser aussi que c’est normal de vivre avec cette cicatrice et que ça fait partie de l’expérience. Oui ça fait partie de l’expérience, mais on n’est pas obligée d’en subir des résonances toute notre vie ! On peut tout à fait décider de transformer cet événement en quelque chose de très beau, de le transformer en une véritable ressource.

Ne Pas Oser Demander de l'Aide

« Accepter de me faire aider a été le cap le plus difficile à passer pour moi. Au début je croyais que j’y arriverai toute seule. Mais je reconnais après coup que seule, ma culpabilité revenait, ma tristesse aussi et rien ne changeait ».

Aujourd’hui, nombreuses sont les femmes à sentir que cela leur ferait du bien de se faire accompagner après leur IVG. Mais beaucoup ne passent pas à l’acte. Pourquoi ?

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Parfois, c’est tout un conditionnement inconscient qui nous empêche de nous faire aider. Par exemple : quel est notre rapport à l’accompagnement thérapeutique, psychologique ? Qu’est-ce que notre famille nous a transmis sur ce sujet ? Est-ce seulement pour les ‘cas graves’ ? Et de fait, nous ne serions pas légitimes pour nous faire aider ?

Aussi, quelle image avons-nous construite depuis notre enfance ? Celle d’une femme qui s’en sort toujours ? J’ai observé que les femmes qui ont développé inconsciemment une posture de femme très indépendante et autonome sont celles qui ont le plus de difficultés à demander de l’aide. C’est une stratégie inconsciente de survie qui a fonctionné pendant longtemps. Mais il leur est plus difficile d’accueillir leur part de vulnérabilité et ont besoin d’aller « très mal » pour se faire aider.

La Peur du Jugement

L’IVG étant un sujet à la fois intime et tabou, s’imaginer parler de cette expérience est difficile, même s’il s’agit d’un professionnel. Parfois les sentiments de culpabilité ou de honte sont encore très actifs. Dans ces cas-là, c’est encore plus compliqué de sortir du silence dans lequel nous préférons rester pour nous protéger.

Donc comment savoir si le thérapeute ou psychologue que je vais contacter ne va pas me juger ? Comment savoir s’il va me comprendre ? Comment supporter son regard sur mon expérience d’avortement ?

Déjà, faites-vous confiance, à vous et à votre ressenti. Autorisez-vous à changer de professionnel une fois, deux fois ou plus s’il le faut. Mais retenez que c’est justement le cœur du métier des thérapeutes et psychologues d’accueillir toute personne, tout vécu, sans jugement. Vous allez vous rendre compte, que le plus dur à supporter au final était votre propre regard et votre peur de celui des autres.

Enfin, si le professionnel est spécialisé dans le sujet qui vous concerne, c’est un élément qui peut vous rassurer.

Les Bienfaits de l'Accompagnement Psychologique

Les bienfaits de se faire accompagner après une IVG sont nombreux et variés.

Allègement et Libération

« Ça fait tellement de bien de se confier sur son IVG ! » Si vous avez réussi à parler de votre expérience d’IVG au moment où cela vous est arrivé, bravo, c’est déjà beaucoup. Mais parfois, des mois voire des années après, un malaise ou des émotions inexplicables reviennent.

Pour les proches à qui vous en avez parlé, c’est du passé, mais pour vous, ce n’est pas vraiment le cas et vous ne vous sentez pas à l’aise pour leur en reparler. Vous ne voulez pas les « ennuyer » avec ça. C’est là tout l’intérêt de rencontrer un thérapeute ou psychologue. Il est neutre et surtout ne suppose pas que vous devriez avoir digéré l’événement. Il se base à 100% sur votre ressenti dans le présent.

Dès la première séance, cela peut faire énormément de bien d’en parler. On peut se dire qu’on aurait dû faire cette démarche beaucoup plus tôt et ne plus se sentir seule avec son histoire et sa blessure.

Acceptation et Libération de la Culpabilité

Lorsque l’on demande aux femmes les bénéfices qu’elles ont tiré de leur accompagnement, de nombreuses réponses parviennent, notamment la libération de la culpabilité. Les femmes qui se sont faites accompagnées ne subissent plus les assauts de leur culpabilité, car elles ont pris du recul et ont mis du sens sur cet événement dans leur vie. Oui, elles auraient préféré ne pas avoir à vivre cet événement, mais à l’issue du travail effectué, elles sont capables d’identifier ce que cet événement est venue leur dire, leur apprendre. C’est comme si une forme de sagesse, d’apprentissage existentiel sortait de cette expérience.

L’acceptation totale de ce qu’il s’est passé et l’intégration : l’acceptation de l’avortement est un changement d’attitude vis-à-vis de son IVG. On accepte aujourd’hui que cet événement fasse partie de sa vie. Grâce à cette acceptation, on peut même se rendre utile aux autres femmes (à ses sœurs, ses filles, ses amies) qui pourraient souhaiter être soutenues dans cette épreuve.

Retrouver l'Estime de Soi

Très souvent, l’IVG est portée comme un secret, une zone d’ombre que l’on n’ose pas aller regarder de trop près de peur que cela nous perturbe émotionnellement. Parfois, l’expérience a pu avoir un impact sur notre estime. Notre regard sur nous même a changé, notre ‘amour de nous-même’ a été touché. Notre juge intérieur est encore actif et ne nous fait pas du bien. C’est important de ne pas lui laisser prendre la place et d’en prendre conscience. Reprenons les rennes de notre cœur !

Travailler sur cette part de nous va aller mettre de la lumière sur nos peurs et nous permettre de transformer notre vulnérabilité en force. Accompagnée, notre estime de nous revient, et ce, durablement.

Transformer l'Avortement en une Ressource Lumineuse

Lorsqu’on commence à travailler sur soi et son IVG, on commence au cœur de l’expérience de l’IVG puis on dézoome petit à petit pour prendre du recul sur soi, sur sa vie. On prend conscience que notre IVG met en lumière des éléments clés de notre existence : notre rapport au corps, notre rapport à la maternité, à la mort, aux hommes, à la sexualité, aux autres, à notre place dans la famille, notre rapport au travail, à la spiritualité, au sacré. Notre niveau de conscience augmente et notre réservoir d’amour également. C’est une nouvelle vie (= un nouveau regard sur la vie) qui commence.

C’est pour toutes ces raisons que se faire accompagner après une IVG est chaudement recommandée par celles qui l’ont vécue.

Que Faire Si Vous Envisagez de Quitter Votre Partenaire Après un Avortement ?

Il est compréhensible de ressentir de la confusion et de la douleur après un avortement, surtout si vous avez le sentiment que votre partenaire ne vous a pas soutenue. Il est important de reconnaître que la décision d'avorter est un choix personnel et qu'il vous appartient, en fin de compte, de décider ce qui est le mieux pour vous et votre situation.

Avant de prendre une décision concernant votre relation, il est essentiel de prendre le temps de gérer vos émotions et de clarifier vos sentiments. Le chamboulement hormonal dû à la grossesse et à son interruption peut influencer votre état émotionnel actuel.

Exprimez vos sentiments à votre partenaire, si possible. Expliquez-lui comment son attitude vous a affectée et ce dont vous avez besoin pour aller de l'avant. Si la communication est difficile, envisagez une thérapie de couple pour faciliter le dialogue.

Si vous décidez de quitter votre partenaire, assurez-vous d'avoir un réseau de soutien solide pour vous aider à traverser cette période difficile.

Comment Passer à Autre Chose ?

Il ne s'agit pas de passer à autre chose, mais d'arriver à une forme d'acceptation de ce qui a été fait. Lorsque nous agissons contre notre gré, le regret, la culpabilité, le remords et d'autres affects viennent s'en mêler et s'emmêler.

Il serait bon que vous puissiez déposer librement auprès d'un tiers thérapeute ces affects afin de clarifier votre situation et vos sentiments : la tristesse est à dire, la colère à nommer et encore plus. Libérer la parole permet de décharger l'esprit, ainsi vous pourrez avancer, vous réconcilier avec vous même et vous réconcilier avec cette grossesse avortée. Aussi, un cheminement avec le thérapeute sur le lien à l'enfant sera à envisager car en effet, cet enfant a été en vous et des choses sont peut être à lui dire, à lui exprimer symboliquement.

Informations Médicales et Suivi Après une IVG

Après l’IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.

Conséquences Psychologiques et Fertilité

De nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG. Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.

Le risque d’infertilité n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France.

Saignements, Symptômes de Grossesse et Retour des Règles

Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours et durent de quelques jours à 3 semaines. Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines après une IVG.

Contraception Après une IVG

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. Si vous ne souhaitez pas de grossesse, il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles). Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.

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