La dépression post-partum (DPP) est un trouble de l'humeur qui affecte de nombreuses femmes après l'accouchement. Bien que souvent évoquée dans les premiers mois suivant la naissance, elle peut persister ou se manifester jusqu'à six mois après. Cet article vise à informer sur la DPP, ses symptômes, ses causes, les moyens de la diagnostiquer et les options de traitement disponibles, afin d'aider les femmes et leur entourage à mieux comprendre et à surmonter cette période difficile.

Qu'est-ce que la Dépression Post-Partum ?

La dépression post-partum regroupe un ensemble de troubles de l'humeur qui touche entre 10 et 20 % des femmes après un accouchement. Il s’agit d’un syndrome dépressif qui trouve son origine après la naissance d’un nourrisson. La DPP est une maladie qui peut apparaître pendant les semaines et les mois suivant l’accouchement. Près d’une mère sur cinq est touchée par une dépression post-partum dans les 4 semaines qui suivent l’accouchement. Cette maladie peut toucher tout le monde. Près d’un père sur dix traverse une dépression pendant la grossesse ou peu après la naissance de son bébé. C’est une période de changements qui peut être bouleversante pour les papas aussi. La DPP est une maladie qui se soigne. Et comme pour la plupart des maladies, on ne la soigne pas seul.

Dépression Post-Partum vs Baby Blues

Il est tout à fait normal pour de nombreuses femmes de vivre ce que l’on appelle communément le « baby blues » au cours de la première semaine suivant l’accouchement. Cela peut durer de quelques jours à une semaine environ. Les symptômes sont souvent une forte émotivité qui se traduit par de l’irritabilité, de la tristesse, une mauvaise humeur ou encore de l’anxiété. Le baby blues se différencie surtout par sa cause. Après l’accouchement, les hormones chutent brutalement pouvant provoquer ces symptômes.

Le syndrome du troisième jour (ou “baby blues”) est un trouble de l’humeur qui est temporaire et considéré sans gravité. Comme son nom le laisse deviner, celui-ci se manifeste quelques jours après l’accouchement. Ce phénomène est causé par les bouleversements hormonaux qui suivent l’arrivée de bébé.

Si les symptômes durent plus de deux semaines, il faut en parler à un professionnel de santé, comme son médecin ou sa sage-femme. Si le baby blues dure plus de 10 jours, on considère qu’il s’agit d’une dépression post-partum. Il est alors urgent de se tourner vers un praticien afin de se faire prendre en charge et ne pas rester seul(e) face à ce trouble grandissant.

Lire aussi: Comprendre la dépression post-partum

Les Symptômes de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum se caractérise par une tristesse profonde et persistante, ainsi qu’une anhédonie - perte de la capacité à ressentir le plaisir - et un sentiment d'incapacité à créer un lien maternel. Les symptômes de la dépression postnatale peuvent inclure :

  • Déprime, tristesse et mauvaise humeur persistantes.
  • Manque d’énergie, sensation de fatigue.
  • Manque d’entrain.
  • Troubles du sommeil, somnolence en journée.
  • Difficultés à tisser des liens avec son bébé.
  • Manque de concentration, difficulté à prendre des décisions.
  • Pensées perturbantes, comme faire du mal à son enfant ou pensées suicidaires.
  • Des changements significatifs de poids ou d’appétit.
  • Des perturbations particulièrement importantes du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
  • Une fatigue intense et persistante.
  • Une difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions.
  • Anxiété excessive concernant la santé de son bébé.
  • Phobies d’impulsion (peur de commettre un acte irréversible envers elles-mêmes ou leur enfant).
  • Pensées suicidaires.
  • Fatigue constante paradoxalement accompagnées de problèmes de sommeil : insomnies, hypersomnie, réveils fréquents…
  • Irritabilité : crises de colère, impulsivité.
  • Tristesse intense qui n’a pas de causes particulières.
  • Sentiment de culpabilité intense : incapacité à établir un lien profond avec son enfant, incapacité à s’occuper de son bébé dans certains cas.
  • Sentiment de dévalorisation (d’être un mauvais parent).
  • Pleurs inexpliqués fréquents.
  • Absence de plaisir lorsque le parent s’occupe de son bébé.
  • Anxiété constante concernant l’enfant.
  • Désintérêt pour les loisirs appréciés auparavant.
  • Troubles alimentaires (insuffisances ou excès).
  • Sentiment qu’il n’y a pas d’issue aux problèmes, que les choses ne pourront pas aller mieux.
  • Isolement progressif.
  • Dans les cas les plus graves, idées suicidaires.

Il est important de noter que la dépression postnatale peut débuter entre le 6ème jour et la 6ème semaine après l’accouchement et que les symptômes varient d'une femme à l’autre.

Les Causes de la Dépression Post-Partum

Contrairement au baby blues, la dépression post-partum peut débuter plusieurs semaines après la naissance et durer plusieurs mois. La dépression post-partum peut intervenir pour de nombreuses raisons qui varient en fonction des femmes. L’arrivée d’un bébé chamboule le quotidien de la famille et les changements de vie que cela implique est une des premières raisons de la dépression. Rentrer de la maternité avec son enfant peut submerger les parents : cela peut entraîner le sentiment de ne pas être à la hauteur, d’être dépassé par les contraintes et les difficultés rencontrées.

À cela s'ajoute une chute rapide d'hormones suite à l’accouchement qui peut causer de l’anxiété, des sautes d’humeur, de l’irritabilité et des symptômes dépressifs. La jeune maman peut également connaitre des variations hormonales importantes dues à l’allaitement.

Comme pour tous les types de dépressions, il n’existe pas de cause unique qui mène à la dépression post-partum. C’est plutôt une combinaison de facteurs qui peut déclencher l’état dépressif et le maintenir.

Lire aussi: Causes et symptômes de la dépression paternelle après l'accouchement

  • Facteurs physiologiques
    • Les changements hormonaux de la jeune mère.
    • L’épuisement / le manque de sommeil.
  • Facteurs liés aux changements de vie
    • Les contraintes provoquées par l’arrivée d’un jeune enfant peuvent submerger la jeune mère et le jeune père.
    • Il faut à la fois réaménager son quotidien, son rythme, mais aussi son identité. On n’est plus seulement un individu responsable de sa propre personne : on est en charge d’un autre être humain.
    • Pour certains parents, l’arrivée d’un enfant est synonyme de deuil. On doit faire le deuil de sa vie d’avant, mais aussi de la maternité (qu’on avait pu idéaliser), qui s’avère parfois plus complexe que prévue.
    • L’arrivée d’un bébé peut fragiliser l’estime de soi ou le couple, notamment pour les jeunes parents qui n’étaient pas prêts à un tel chamboulement.

Les Facteurs de Risque

Certaines personnes seront plus à risque de développer une dépression post-natale. Les facteurs de risques sont notamment :

  • Des antécédents de troubles mentaux.
  • L'absence de soutien de la part de ses proches.
  • Une relation difficile, instable ou abusive avec le partenaire.
  • Des antécédents de toxicomanie.
  • Le manque de sommeil après la naissance du bébé.
  • Des événements stressants récents comme un deuil ou une séparation.
  • Du stress chronique, des épisodes anxieux ou dépressifs auparavant.
  • Un manque de soutien social.
  • Une faible estime de soi.
  • Des problèmes au sein du couple.

Dépistage et Diagnostic de la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum, bien que fréquente, reste souvent méconnue ou minimisée. Son dépistage est crucial pour plusieurs raisons :

  • Fréquence élevée et sous diagnostiquée : Avec une prévalence touchant jusqu’à 10 à 20% des femmes en post accouchement, la dépression post-partum est une pathologie courante qui n’est pas toujours identifiée chez les mères.
  • Conséquences graves : En l’absence de traitement, la dépression post-partum peut entraîner des troubles du développement cognitif, affectif, social chez l’enfant, des difficultés relationnelles mère-enfant, voire un suicide maternel.
  • Traitement efficace : La dépression post-partum peut être prise en charge grâce à une approche multidisciplinaire, incluant un accompagnement psychologique et, si nécessaire, des traitements médicamenteux.

La dépression postnatale peut être diagnostiquée par un professionnel de la santé comme un psychologue, un gynécologue ou un psychiatre si les jeunes parents présentent au moins 5 symptômes cités précédemment, pendant plus de deux semaines.

L'Échelle d'Édimbourg (EPDS)

Pour identifier la dépression post-partum, les professionnels de santé disposent de l’échelle d’Édimbourg (EPDS). Ce questionnaire auto-administré comporte 10 questions et permet d’évaluer les risques de dépression post-partum en fonction d’un score. L’EPDS est particulièrement utile pour les professionnels de santé de première ligne, comme les gynécologues, les sage-femmes, les pédiatres ou les travailleurs sociaux, qui ne sont pas nécessairement spécialisés en santé mentale. Grâce à cet outil, une patiente présentant un score élevé peut être dépistée et donc orientée vers un professionnel spécialisé (psychiatre, pédopsychiatre) afin d’avoir un diagnostic clinique approfondi et une prise en charge adaptée.

Le site « Nos 1 000 premiers jours » propose aux mères 10 questions en ligne pour faire rapidement le point sur leur bien-être émotionnel (questionnaire EPDS).

Lire aussi: Symptômes et causes de la dépression chez les enseignants

Initiatives Régionales et Nationales

Depuis 2019, l'Agence a mis en place un groupe dédié au sein de la commission régionale périnatale qui a conduit à l'élaboration d'un plan régional de santé mentale périnatale, présenté lors des Journées des réseaux de périnatalité en 2021.

Le plan d’action régional en santé mentale périnatale repose sur cinq axes principaux :

  • Repérage de la dépression périnatale : sensibilisation des professionnels, mise à disposition d'outils et orientation des patientes vers des unités de psychopathologie périnatale en cours de structuration.
  • Mise en place de staffs médico-psycho-sociaux en maternité : renforcement des organisations pluridisciplinaires et inter-institutionnelles pour un soutien en prénatale des futures mères en situations de vulnérabilité avec anticipation de la prise en charge familiale après la naissance.
  • Développement et renforcement de l’offre de soins : financement depuis 2019 de 20 projets de psychiatrie périnatale à hauteur de 8,67 millions d'euros, avec au moins un projet par département.
  • Soutien des structures d'appui : implication des réseaux de périnatalité et des centres experts.
  • Évaluation : intégration du dépistage et de la prise en charge de la dépression périnatale dans l'évaluation du PRS3.

Comment se Sortir d'une Dépression Post-Partum ?

La dépression post-partum est une maladie qui se soigne. Et comme pour la plupart des maladies, on ne la soigne pas seul. Demander de l'aide à un médecin est une étape essentielle. La norme sociétale nous amène à croire que les femmes sont submergées de bonheur après avoir accouché. Pourtant, il est fréquent que les jeunes mamans se sentent déprimées, confuses, frustrées et désillusionnées. Cette idée reçue peut renforcer la dépression post-partum en créant de la honte, de la solitude et de la culpabilité. Le soutien d’un professionnel de santé est nécessaire.

Deux traitements permettent de prendre en charge la dépression post partum :

  • La psychothérapie avec un psychologue ou un psychiatre.
  • Des antidépresseurs.

Dans les cas les plus graves (en cas de psychose post-partum), on peut hospitaliser les jeunes parents dans une unité spéciale qui leur permet de rester avec leur bébé.

Psychothérapies

Les psychothérapies jouent un rôle central dans la prise en charge de la dépression post-partum. Elles offrent un espace sécurisé pour exprimer ce que l’on ressent, mettre des mots sur des émotions parfois difficiles à comprendre et prendre du recul sur cette période de bouleversements intenses. Un médecin peut vous orienter vers un psychologue ou un psychiatre, en fonction de la sévérité des symptômes et de vos besoins. Différentes approches peuvent être proposées. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), par exemple, aide à identifier et à modifier certaines pensées négatives ou culpabilisantes fréquemment associées à la dépression post-partum. D’autres approches, plus centrées sur l’écoute et le soutien émotionnel, peuvent également être bénéfiques pour traverser cette période.

Ces thérapies permettent aussi d’aborder des sujets souvent difficiles à verbaliser après une naissance, comme la fatigue extrême, le sentiment de ne pas être à la hauteur, la perte de repères ou les changements dans la relation au partenaire et à l’enfant. Elles s’inscrivent dans une démarche progressive, adaptée au rythme de chacune et peuvent être proposées seules ou en complément d’un traitement médicamenteux lorsque cela est nécessaire.

Antidépresseurs

Les antidépresseurs peuvent être recommandés si la dépression est marquée et si d’autres prises en charge n’ont pas été efficaces. Votre médecin traitant vous conseillera sur les options disponibles si vous allaitez encore. Si vous avez des antécédents de dépression ou autre trouble mental, parlez-en à votre médecin traitant lors de la grossesse. Il pourra prendre des dispositions afin que vous soyez suivie régulièrement par un professionnel de santé au cours des premières semaines suivant l’accouchement.

Autres Pistes

  • Demander de l’aide à ses proches : S’appuyer sur son entourage peut être une aide précieuse lorsqu’on traverse une dépression post-partum. Parler ouvertement de ce que l’on ressent permet souvent de rompre l’isolement et d’alléger le poids émotionnel de cette période. N’hésitez pas à expliquer à vos proches ce dont vous avez besoin, même si cela peut sembler difficile ou inconfortable.
  • Se reposer : Le manque de sommeil est à la fois une conséquence fréquente de l’arrivée d’un bébé et un facteur qui peut aggraver les symptômes de la dépression post-partum. Se reposer autant que possible est donc essentiel, même si cela peut sembler difficile à organiser.
  • Manger sainement : Une alimentation équilibrée favorise la récupération et fournit l’énergie nécessaire.

Dépression Post-Partum Paternelle

Les femmes ne sont pas les seules à risquer de développer une dépression post-partum, la dépression post-partum paternelle peut toucher 10% des pères. Le principal facteur de risque est la dépression post partum chez la maman. Il s’agit des mêmes causes que chez la femme : sensation de ne pas être à la hauteur, changement brutal de vie, difficulté à tisser des liens avec son enfant, etc. De plus, la dépression post-partum chez l’homme peut se manifester de différentes façons, notamment par la colère, de l’irritabilité, ou une consommation d’alcool abusive.

Durée de la Dépression Post-Partum

La durée d’une dépression post-partum varie d’une personne à l’autre. Sans prise en charge, les symptômes peuvent persister plusieurs mois, voire plus longtemps, et avoir un impact important sur la santé de la mère, la relation avec l’enfant et le quotidien familial. Lorsqu’elle est repérée et accompagnée précocement, une amélioration peut apparaître en quelques semaines. La mise en place d’un suivi adapté (soutien psychologique, psychothérapie et parfois traitement médicamenteux) permet généralement une évolution favorable.

tags: #depression #post #partum #6 #mois #apres

Articles populaires: