L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un acte médical permettant aux femmes d'interrompre une grossesse de manière sécurisée si elles en font le choix. Ce droit fondamental, bien que reconnu dans la majorité des pays européens, fait l'objet de législations variées et d'accès inégaux. Cet article offre une analyse approfondie des délais légaux d'avortement en Europe, en mettant en lumière les disparités existantes et les enjeux qui y sont liés.

Évolution Historique de l'Avortement en Europe

À partir des années 1970, plusieurs pays d’Europe ont commencé à autoriser l’avortement sous certaines conditions. Le Danemark a ouvert la voie en 1973, suivi de la France en 1975 avec la loi Veil, un tournant majeur dans la reconnaissance des droits reproductifs des femmes. L'Italie a suivi en 1978, puis les Pays-Bas en 1984, l'Espagne en 1985, la Grèce en 1986 et la Belgique en 1990. L'Irlande, autrefois très conservatrice sur cette question, interdisait l'avortement en toutes circonstances jusqu'en 2013, avant de l'autoriser en cas de mise en danger de la vie de la mère. Suite à un référendum en 2018, le pays autorise désormais l’IVG sans condition jusqu’à 12 semaines.

La France a dépénalisé l’IVG par la loi Veil du 17 janvier 1975. Cette loi portée par Simone Veil est le fruit des luttes des mouvements féministes français incarnées notamment par le célèbre « manifeste des 343. Depuis, ce droit n’a cessé d’évoluer. Actuellement les femmes françaises peuvent y avoir recours jusqu’à la 14e semaine de grossesse (depuis une loi du 2 mars 2022). En 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire ce droit dans sa constitution.

Disparités des Délais Légaux d'Avortement en Europe

Depuis que Malte a autorisé en juin 2023 le recours à l’avortement, de manière très restrictive, tous les pays de l’Union européenne (UE) accordent désormais un droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Cependant, d’un pays à l’autre, les conditions et l’accès à l’avortement varient fortement. Parmi les 27 États membres de l’UE, 25 d’entre eux ont aujourd’hui légalisé ou dépénalisé l’IVG sans besoin de justification de la part de la femme qui souhaite y avoir recours, tandis que Malte et la Pologne encadrent encore très strictement le recours à l’avortement.

Au sein des États, le délai maximal pour avorter varie de 10 semaines d’aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas, mais plus de la moitié des pays membres ont fixé cette limite à 12 semaines. La France fixe pour le moment le délai pour recourir à l'IVG à 12 semaines de grossesse, tout comme la plupart des pays européens. 12 semaines, c'est aussi le délai légal par exemple en Allemagne, en Italie, en Belgique ou encore en Grèce. Ainsi, l'Espagne et l'Autriche autorisent déjà l'interruption volontaire de grossesse jusqu'à la 14e semaine, comme le prévoit la proposition de loi débattue en ce moment en France. En Suède, les femmes peuvent avorter jusqu'à la 18e semaine de grossesse. Aux Pays-Bas, jusqu'à la 22e. Quant au Royaume-Uni, il reste le pays d'Europe où le délai légal d'avortement est le plus long, avec 24 semaines.

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Pays avec des Restrictions Notables

Malte demeure le pays de l’UE le plus restrictif. Jusqu’en 2023, l’avortement y était strictement interdit en toutes circonstances. En Pologne, pays à forte tradition catholique, mais paradoxalement pionnier en matière d’avortement, puisqu’il fut autorisé dès 1932 en cas de viol ou de mise en danger de la vie de la mère, l’accès à l’avortement demeure aujourd’hui très restreint. En 2020, le gouvernement polonais a limité encore un peu plus l’accès à l’IVG en l’interdisant en cas de malformation du fœtus. L’avortement n’est autorisé qu’en cas de danger pour la vie ou la santé de la femme, ou si la grossesse découle d’un viol ou d’un inceste.

Variations des Méthodes et Conditions d'Accès

L’IVG médicamenteuse est praticable en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet de ville, en centre de santé ou au planning familial. L’IVG instrumentale (ou chirurgicale), réalisable obligatoirement en établissement de santé ou dans un centre de santé autorisé, travaillant en coopération avec un hôpital ou une clinique.

En Italie, les médecins peuvent être objecteurs de conscience est donc refuser de pratiquer des avortements. Or, le taux de médecins objecteurs de conscience est en augmentation : en 2022, cela représentait près de deux tiers des gynécologues italiens.

L'Impact des Tendances Politiques et Sociales

Alors que le droit à l’avortement de par le monde est soumis à des aléas politiques et sociétaux, le 4 mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire ce droit dans sa constitution.

La Pologne est d’ailleurs l’une des incarnations du « backlash » en Europe, illustrant que les droits des femmes restent des droits fragiles. La Pologne a été l’un des premiers pays d’Europe à libéraliser l’avortement. Pourtant, ce droit a reculé sous la pression du mouvement anti-choix et l’avènement au pouvoir des conservateurs. Même dans les pays ou l’avortement est légal, différentes méthodes sont mises en place pour contraindre les femmes dans leur droit de disposer de leur corps. En 2022, la Hongrie a durci sa loi sur l’avortement en imposant aux femmes ayant recours à l’IVG d’écouter les battements du cœur du fœtus.

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Situation en France

En France, la loi du 2 mars 2022 visant à renforcer le droit à l’avortement a élargi la possibilité d’avorter jusqu’à 16 semaines d’aménorrhée. La loi autorise les personnes qui le demandent à réaliser un avortement au-delà de 14 semaines d’aménorrhée (12 semaines de grossesse).

Dans certaines situations spécifiques, une Interruption Médicale de Grossesse (IMG), dite aujourd’hui « Interruption pour motif médical », peut être envisagée. Il faut dans ce cas justifier d’une détresse psycho-sociale. La détresse psycho-sociale concerne des personnes en situation de danger personnel, de violences, de difficultés psychologiques majeures ou d’extrême précarité, rendant impossible la poursuite de la grossesse alors même que le délai légal de l’IVG de 16 semaines d'aménorrhée est dépassé.

L'Avortement au-delà des Délais Légaux : Solutions et Alternatives

Si une femme se trouve au-delà du délai légal pour avorter en France, plusieurs options peuvent être envisagées :

  1. Avortement à l'étranger : Il est possible de se rendre dans un pays où les délais légaux sont plus longs, mais cela implique des coûts financiers.
  2. Interruption Médicale de Grossesse (IMG) : Dans des situations de détresse psycho-sociale ou de raisons médicales graves, une IMG peut être envisagée.
  3. Accouchement sous le secret : Il est possible de prolonger la grossesse et d'accoucher sous le secret, permettant ainsi de confier l'enfant à l'adoption.
  4. Délégation volontaire de l'autorité parentale : L'exercice de l'autorité parentale peut être délégué à un tiers ou à un organisme spécialisé.

Initiatives Européennes et Internationales

Dans l’élan de la constitutionnalisation en France, le Parlement Européen a une nouvelle fois adopté une résolution défendant le droit à l’IVG en avril 2024. Une nouvelle fois le parti de la Gauche, les socio-démocrates, les écologistes et Renew Europe ont voté en faveur de cette reconnaissance, et le PPE de François-Xavier Bellamy et ID de Jordan Bardella s’y sont majoritairement opposés.

Oxfam soutient la campagne « Ma Voix, Mon choix ». Cette campagne pousse une initiative citoyenne européenne (ICE) visant à soutenir les femmes en Europe qui ne peuvent pas avoir recours à l’IVG. La demande est que l’Union Européenne prenne en charge les frais de déplacements et de santé des personnes qui doivent aller dans un autre Etat membre pour recourir à l’IVG.

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