L'article explore la manière dont la littérature jeunesse et l'architecture abordent des thèmes complexes tels que la Shoah, l'environnement et les transformations sociales. Il examine comment des œuvres littéraires et des projets architecturaux peuvent nous aider à comprendre et à remettre en question notre rapport au monde.

La Shoah dans la littérature jeunesse : une approche délicate

Traiter de la Shoah dans la littérature jeunesse est une entreprise complexe. Il y a une dichotomie entre la nécessité impérieuse de montrer l'horreur de la conduite humaine aux yeux innocents de l'enfance et l'impensable idée de le faire crûment. Le but est de limiter les risques de récidive. Des œuvres comme Le Petit chaperon Uf de Jean Claude Grumberg et Des Miettes et des étoiles de Thomas Duranteau choisissent d'aborder cette histoire par des chemins détournés. Ces œuvres, bien que différentes en apparence, transcendent le temps et l'espace, conférant une portée universelle et une certaine atemporalité à leur contenu, sans pour autant atténuer l'horreur spécifique de la Shoah.

Le Petit chaperon Uf : un conte revisité

Le titre Le Petit chaperon Uf est une référence au conte du Petit chaperon rouge. Il est intéressant d'analyser la variation qui fait sens : le passage de l'adjectif de couleur « rouge » au néologisme ethnique « Uf », créé par Grumberg. L'auteur souhaite indéniablement faire référence, via les Ufs, aux tribulations qu'ont enduré les Juifs durant la période de la Shoah. On peut reconnaître dans le terme « Uf » le mot Juif auquel on aurait ôté une lettre sur deux. Grumberg précise dans son avant-propos : « Hier ce furent les enfants Uf et Ouf ainsi que leurs parents et grands-parents qui durent fuir, se cacher, changer de nom et de papier afin d’échapper aux griffes du loup. »

Pourquoi l'auteur n'a-t-il pas décidé de baptiser son conte le Petit chaperon Juif ? La première hypothèse est la volonté d'indistinction : si cette haine de l'homme contre son semblable s'est appliquée aux Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, elle s'est appliquée et s'appliquera à d'autres. Grumberg en avertit le lecteur : « Demain si l’on y prend garde, les loups s’attaqueront peut-être aux enfants Ifs, ou Gnifs, ou Gnoufs. » Ainsi, le terme Uf, bien que faisant directement référence aux Juifs, reste suffisamment indistinct pour représenter toutes les catégories de personnes stigmatisées. La référence historique spécifique n'empêche donc pas l'ouverture du conte à l'universel : l'auteur place ainsi les Hommes sur un pied d'égalité face à une haine irrationnelle et malheureusement ancrée dans l'histoire de l'humanité.

La seconde hypothèse se fonde sur la constatation que la soustraction des lettres du terme Juif, privé d'une lettre sur deux pour devenir Uf, est significative. En effet, ces lettres manquantes peuvent représenter ceux qui ont été broyés par l'entreprise d'extermination nazie. Après cela, il n'est resté des Juifs d'Europe qu'un peuple amputé d'une grande partie de sa culture et de plus de la moitié de ses membres, à l'image du mot Uf amputé de deux lettres sur quatre. En ce sens, le terme Uf serait une sorte de mot fantomatique, un emblème, un rappel incessant de ce qui fut perdu, mais également une démonstration forte de la résilience de ceux que l'on n'a pu totalement détruire. Le mot Uf, continuant d'exister malgré la perte irrémédiable des deux lettres manquantes qui lui donnaient son sens plein et entier, est à l'image du peuple juif qui, bien que privé de la moitié de ceux qui le constituaient, reste malgré tout toujours debout.

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Le titre de l'œuvre pose ainsi les fondements d'une volonté de reconnaissance de l'horreur de la Shoah, qui engloutit tant de vies, mais est aussi une proclamation forte de la défaite de ceux qui souhaitaient rayer les Juifs de la surface de la terre. Il s'agit donc d'un cri à la fois de désolation et de révolte.

Les personnages et le schéma narratif

Bruno Bettelheim nous explique que : « contrairement à ce qui se passe dans la plupart des histoires modernes pour enfants, le mal, dans les contes de fées est aussi répandu que la vertu. » Or comment parler de la Shoah sans évoquer le mal ? Cela peut expliquer le choix du format-conte par Grumberg. Les personnages principaux du Petit chaperon Uf demeurent le loup et le Petit chaperon. L’auteur prend soin de nous préciser que Wolf n’est autre qu’« un loup déguisé en garde municipal ». Ainsi la véritable nature de Wolf est bien celle du prédateur. Assez naturellement l’idée que l’homme est un loup pour l’homme, et qu’une bête qu’il s’agit de dompter sommeille en chacun de nous surgit. Wolf a donc délaissé son humanité, au sens noble, au profit de la bestialité qu’il cache néanmoins sous un masque de respectabilité. Concernant le Petit chaperon, fidèle à la nécessité pour l’enfant de se projeter dans un personnage, il n’est qu’esquissé dans cette formule lapidaire : « Paraît le petit chaperon, vêtu de rouge qui s’adresse au public. »

Le schéma narratif est partiellement conforme au modèle originel : la mère du chaperon rouge reste le mandateur qui confie la quête (apporter des victuailles à la mère-grand) à l’héroïne, le chaperon rouge. Elle rencontre l’agresseur, Wolf, qui tente de mettre à mal sa quête. Tous ces éléments prennent une coloration particulière, car l’élément perturbateur de la rencontre avec le loup prend la forme d’un interrogatoire de police. Il n’est plus question de séduire la fillette ni de l’éloigner du droit chemin, mais bien de vérifier son identité pour restreindre ses libertés. La coercition s’exerce très rapidement dans l’échange entre Wolf et le chaperon, il exige : « Document ! Papiers papirs laissez-passer ausweis permis séjour carte immatriculation passeport carte grise verte bleue ! exécution ! » L’absence de ponctuation et le caractère fantaisiste de la liste précitée soulignent, non sans humour, l’absurdité de ce que cet agent réclame d’une simple enfant qui se balade en forêt. Elle ne représente aucun danger pour la société, on la traite néanmoins comme une dangereuse suspecte. Au-delà de l’humour, cela souligne la dangerosité de citoyens qui ne perçoivent plus l’absurdité de la situation tant ils sont aveuglés par la haine qui fait de cette simple fillette une ennemie d’État à leurs yeux. Comme le précise Raul Hilberg : « L’un des principaux moyens dont dispose le criminel pour se donner bonne conscience est de couvrir sa victime d’un manteau d’infamie, de la représenter comme une chose qui doit être détruite. » Grumberg insiste également sur le caractère soudain de ce changement d’attitude envers la fillette qui dit « passe[r] ici tous les jours sans qu’on ne lui demande jamais rien. » La loi l’exige désormais, et lorsque le chaperon demande de quand date cette loi, Wolf répond : « ce matin ». Nous avons donc affaire à un officier zélé, qui adhère totalement aux lois restrictives qui s’appliquent désormais aux Ufs et aux Oufs.

Le « code Uf » et la dépersonnalisation

En vérifiant les papiers du petit chaperon, Wolf constate qu’elle est Uf. La petite fille ignore ce qu’est être Uf, Wolf également puisqu’il se contente de dire que : « Uf c’est Uf ». Il sait en revanche ce que cela implique et toute une liste d’interdictions surgit. Ces interdictions émanent du « code Uf », qui, faisant référence aux lois de Nuremberg, entre également en résonance avec le code Noir qui fit tant de ravages aux États-Unis. Cette correspondance entre les termes permet à l’auteur de signifier que si l’horreur de la conduite humaine reste la même, les cibles sont mouvantes.

Les œufs, le sucre et le beurre sont interdits, ce qui permet au loup de dévorer sans vergogne la galette du chaperon. En sus, les Ufs ne peuvent pas travailler, ont des accès réservés et interdits, ce qui contraint le chaperon à prendre le chemin le plus long. La « monnaie » est également prohibée, cela permet de dénoncer la spoliation personnelle et étatique menée par les nazis car Wolf promet d’éditer un reçu, mais ne le fournit finalement pas. Autre interdiction : « La chanson J’ai du bon tabac autorisée, mais le tabac interdit Uf », Grumberg souligne ici, non sans humour, l’absurdité de toutes ces règles. À ces restrictions s’ajoutent des préjugés : Wolf se bouche le nez car les Ufs sentent mauvais : « Ufs sales, très toujours », dit-il. Il considère également les Ufs comme des dissimulateurs, ce motif se retrouve à plusieurs reprises. « Uf toujours cacher or, saphirs, diamants partout », conclut-il, liant ainsi à la dissimulation le fantasme des richesses présumées du peuple Uf. Wolf dresse ensuite une liste de préjugés mélioratifs sur les Ufs (débrouillards / intelligents / musiciens), elle s’ajoute aux préjugés péjoratifs pour brosser un portrait figé et stéréotypé de tout un peuple. Et ce fut là une volonté des nazis que de fixer dans une image évocatrice et immuable la multiplicité des personnes composant la judéité. Quelles que soient leurs origines ou leurs finalités spécifiques [les stéréotypes sur les Juifs] ont toujours la même fonction, qui est de fournir une justification à la volonté de destruction, une excuse à l’action destructrice. Les nazis avaient besoin d’un stéréotype, il leur fallait pouvoir utiliser une représentation adéquate du Juif.

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Voilà donc une bonne justification pour les méfaits que prépare Wolf. Le caractère incompréhensible de ces préjugés et interdictions est très bien traduit par la langue approximative, agrammaticale et dépourvue de ponctuation utilisée par Wolf. Le manque d’élaboration de cette langue est révélateur du caractère irrationnel de cette haine menée à son terme, du caractère incompréhensible pour toute personne normalement constituée des règles ségrégationnistes appliquées d’un jour à l’autre d’un homme sur son semblable.

Reste une interdiction emblématique : le Chaperon se voit privé du rouge qui le caractérise, car comme le dit Wolf : « jaune couleur Uf ». Cette interdiction a une réelle portée symbolique. La synecdoque réduit le personnage à ce chaperon rouge, son identité, pour le lecteur, se résume donc à cela. C’est donc l’essence même du personnage qui lui est retirée lorsqu’on le prive de cette couleur. La force de l’approche de Grumberg est de rendre le caractère inadmissible de ce qui arrive au chaperon tangible pour les enfants. Ces derniers s’insurgent naturellement contre l’idée que l’on puisse ôter à l’héroïne ce qui fait sa personnalité. En faisant ce choix, il souligne l’entreprise de dépersonnalisation des nazis et de ceux que son personnage Wolf représente plus généralement : ceux qui souhaitent annihiler totalement, corps et âme, ceux qui sont différents d’eux. Outre cela, la couleur réservée aux Ufs, le jaune, nous rappelle celle de l’étoile que les Juifs furent obligés de porter sous l’ère nazie, mais cela va plus loin. Dans une logique d’atemporalité du conte, ce chaperon jaune peut également entrer en résonance avec une mesure prise en France au Moyen-Âge dans le Comtat Venaissin, où « Clément VII impose aux Juifs […] [le port du] chapeau jaune […] en permanence ». Le conte devient le lieu d’empilement de la haine cyclique qui s’attaque aux Juifs depuis des siècles. Elle ne vit pas paisiblement dans sa maison, elle se cache : l’objectif pour Wolf est de découvrir où.

La fin avortée : un reflet de la réalité

Le conte glisse de plus en plus vers la réalité quand le tabatier qui cache la mère-grand est menacé par Wolf d’être assimilé à un Uf. Wolf ordonne de venir rafler la mère-grand, le chaperon, ses parents et le tabatier car : « lui pas Uf, lui pire, lui cacher vieille Uf ». Le choix du conte spécifique du Petit chaperon rouge prend tout son sens : il s’agit d’un conte ayant pour thème un meurtre intergénérationnel, la grand-mère et le petit chaperon étant dévorées. Ce qui fait écho aux générations d’une même famille anéanties parfois simultanément par l’horreur nazie. Face à la terrible tournure que prend le conte, Grumberg brise le quatrième mur, le petit chaperon se révolte et refuse de continuer : « je joue plus, je ne veux plus être le petit Capuchon Uf ou jaune, je veux être dans la vraie histoire. » La réponse glaçante de Wolf « Tu es dans la vraie histoire » met en exergue le basculement du conte vers la réalité. Le petit chaperon demande la vraie histoire du petit chaperon rouge, la « jolie histoire ». Et Wolf se met à raconter dans ses grandes lignes le conte mais en s’arrêtant au moment de dévoration. Le chaperon évoque alors les « gentils messieurs » venus secourir les héroïnes et là encore formule lapidaire et glaçante de l’acteur jouant Wolf : « Quels gentils messieurs ? » qui fait directement référence à l’indifférence et l’absence quasi-totale de secours qui furent emblématiques du tragique destin des Juifs d’Europe. Malgré les tentatives du chaperon de donner une fin heureuse au conte, le comédien-Wolf reste imperturbable : « je ne crois pas que ce soit ça la véritable histoire. » Le policier arrive prêt à jouer son rôle mais Wolf l’avertit : « Pas la peine de te fatiguer mon pote, on joue plus, la pièce est finie. » La fin réelle est esquissée en négatif par l’acteur qui s’étonne : « On voit pas comment on les embarque alors ? Ni comment on va chercher papa et maman Uf avec la grande auto ? […] on fait pas entrer la grosse voiture de police ? on met pas les barbelés partout ? » et la pièce se termine par un air de musique Uf gaie, parce qu’il ne faudrait pas que ce soit trop triste.

Cette fin avortée est intéressante, tout d’abord parce que la véritable histoire est tellement horrible qu’elle révolte l’héroïne du conte qui refuse d’y prendre part. C’est en quelque sorte la fiction qui s’indigne contre un abus de la réalité qu’elle n’aurait pas osé. Mais si l’on en croit Bettelheim, le but du conte de fées est de parler à l’inconscient, donner corps à ses angoisses et les soulager sans que l’enfant ne s’en rende compte. Son objectif au-delà de la présentation à l’enfant des difficultés de la vie humaine est de faire : « comprendre par l’exemple qu’il existe des solutions momentanées ou permanentes aux difficultés psychologiques les plus pressantes. » Or si Grumberg choisit le conte pour montrer aux enfants l’horreur de la conduite humaine, les préparer à cette haine incompréhensible, il n’en décide pas moins de faire avorter son récit car aucune solution n’a pu être trouvée au problème de l’antisémitisme et de la xénophobie.

Des Miettes et des étoiles : un voyage poétique

Comme Grumberg, Thomas Duranteau avec son ouvrage Des Miettes et des étoiles choisit de dire la Shoah autrement. Il s’agit d’un ouvrage atypique, poétique, onirique et historique qui est davantage destiné à un public adolescent et adulte. Ce livre-objet au premier abord assez insaisissable est pourtant saisissant. L’auteur a pris le parti de nous livrer le récit de son voyage en tant que professeur d’Histoire vers les camps d’Auschwitz, Birkenau, Majdanek et Treblinka, mais également un récit parallèle, celui des personnes qui étaient dans ces c…

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L'architecture et l'environnement : vers une nouvelle ère géologique

L'exposition « Mai 68. L'architecture aussi ! » invite à revisiter le champ des possibles de la quinzaine d'années (1962/1977) qui a vu le renouvellement de l'enseignement accompagner celui de l'architecture, de l'urbanisme et des professions connexes. Elle présente une variété de documents, de photographies et de témoignages qui retracent l'époque. Les architectes et les urbanistes ont été particulièrement touchés par les événements de Mai 68, qui ont remis en question les normes et les hiérarchies existantes. L'exposition explore les réponses apportées par ces professionnels à travers des projets et des réalisations emblématiques de l'époque. "Mai 68. L'architecture aussi !" est une exposition captivante qui offre un éclairage un regard unique sur la manière dont les aspirations sociales et politiques ont pu façonner l'architecture et l'urbanisme.

L'arbre comme source d'inspiration

« Les écoles ont commencé avec un homme au pied d'un arbre qui ne savait pas qu'il était instituteur, en train de discuter avec d'autres personnes qui ne savaient pas qu'ils étaient ses élèves. » Louis I. Et si l'arbre n'était pas seulement le lieu mais l'objet du savoir ? Espace accueillant la fraîcheur et l'ombre, architecture vivante tendant à l'universalité par son essence et la singularité par son ancrage en un lieu bien spécifique, élément composant le paysage et régulant les écosystèmes, l'arbre questionne par de multiples entrées le regard et l'imaginaire de l'architecte. Que vos questions soient très pratiques - comment reconnaître un arbre, le dessiner ? Quelles essences et quels types de plantations privilégier en milieu urbain ? Formé à l'université technique de Berlin, Diébédo Francis Kéré construit ses premières oeuvres dans son village natal de Gando au Burkina-Faso dès 2001. Son école en terre, matériau local immédiatement disponible et façonnable par les communautés locales est primée à l'Aga Khan Award.

Le réemploi : une nécessité écologique et sociale

Constituée à partir de 2006 par des étudiants de l'ENSA de Belleville, Bellastock tire son nom du festival annuel à l'origine de sa création, proposant 4 jours d'autoconstruction et d'expérimentations à échelle 1:1 durant lesquels les participants habitent la ville éphémère qu'ils conçoivent et édifient. Au fil du temps, les actions du collectif se sont diversifiées et amplifiées, et leur reconnaissance a notamment été récompensée en 2020 par le Palmarès des jeunes urbanistes. Associé notamment à l'architecture de fortune, à la ville informelle ou encore aux expérimentations restées marginales des années 1970, le réemploi fait l'objet de recherches et de pratiques de plus en plus nombreuses et reconnues, participant à la réduction de l'impact écologique de l'industrie de la construction. Capitalisant en quelque sorte l'énergie grise et la matière extraite des cycles naturels, la réutilisation des matériaux, des éléments ou du mobilier prend une place croissante dans les logiques d'aménagement, devenant même pour certaines institutions un objectif inscrit aux cahiers des charges de leurs projets. D'autres collectifs d'architectes, comme ROTOR, mettent ces questions au coeur de leurs pratiques. La dimension sociale et participative des pratiques de réemploi sont ici représentées, à travers des écrits variés d'architectes, urbanistes, sociologues engagés dans l'étude et l'animation de ces démarches.

Par sa dimension économique, le réemploi permet ainsi l'émergence de projets participatifs permettant de fédérer habitants et communautés autour de projets pérennes ou transitoires, afin de mettre à l'épreuve des scénarios de projet urbain notamment. Cette même dimension économique a permis l'émergence dans les années 2000 du Rural Studio sous l'impulsion de Samuel Mockbee à l'Université d'Auburn, conjuguant l'expérimentation pédagogique avec des actions concrètes en faveur des habitants les plus démunis des communautés rurales d'Alabama.

L'Anthropocène : une nouvelle ère géologique

Derrière cette notion aujourd'hui largement partagée par les scientifiques, se dessine le basculement du monde dans une nouvelle ère géologique caractérisée par la capacité de l'espèce humaine à modifier durablement l'environnement par les conséquences de ses actions. L'être humain et ses activités deviennent ainsi les facteurs prédominants influençant le climat et la biosphère, invalidant de fait l'ancienne distinction admise entre le monde changeant de l'Homme, et une Nature à jamais acquise et immuable. La planète ne peut plus être considérée uniquement comme objet d'étude, de consommation, d'exploitation, mais comme sujet actif : ses capacités altérées de fonctionnement impactent à terme directement notre possibilité d'y habiter et d'y survivre. … Résultat d'une course au progrès - et au profit - initié avec la révolution industrielle, que résume bien - L'Homme a mangé la Terre -. Et dont les conséquences ne se cantonnent pas à l'aspect environnemental, pour toucher les sociétés dans leurs aspects économiques et géopolitiques. En témoigne les enjeux liés au pétrole, à l'eau et aux autres ressources, dont l'exploitation irraisonnée a tout autant contribué à dégrader l'environnement qu'à créer d'importants déséquilibres sociaux à échelle planétaire - Les dépossèdés -.

La raréfaction des ressources et l'étiolement des services écosystémiques qui se poursuivent à un risque toujours accru conduisent à l'émergence d'une pensée collapsologique - l'effondrement des sociétés industrielles modernes -, point de départ d'une pensée alternative au développement actuel non soutenable. Quels enjeux cette nouvelle donne fait peser sur l'aménagement du territoire, l'urbanisme et l'architecture ? Quels sont les pistes de réflexion dans ces domaines ? L'ampleur des phénomènes urbains, les formes et les dispositifs architecturaux sont corrélés aux capacités de développement offertes par l'environnement de leurs habitants, elles même fluctuantes suivant le lieu et l'époque. Alors que le phénomène urbain gagne du terrain à échelle planétaire, l'étendue de cette sélection offre des réponses aux enjeux variés qui pèsent sur les villes à l'heure du dérèglement climatique : la sécurité alimentaire, les aléas météorologiques et les phénomènes dangereux qui leurs sont associés - Résilience, vulnérabilité des territoires et génie urbain, Villes et territoires résilients… - .

À cette logique d'urbanisation s'oppose et s'ajoute une critique de la métropolisation du monde, qui comme le soulignent certains auteurs comme Guillaume Faburel - Métropoles barbares, Pour en finir avec les grandes villes - a constitué le principal vecteur de diffusion des modes de vie consuméristes modernes. La grande ville, de par sa centralisation, sa spécialisation et ses déséquilibres démographiques, soulèvent de vives interrogations sur sa capacité à perdurer dans un contexte incertain d'approvisionnement en denrées et matières premières éloignées. Un tel rééquilibrage démographique et économique se manifeste par la réinscription, physique comme symbolique - Permaculture humaine, Descendre des étoiles, monter de la Terre - , des trajectoires individuelles et collectives au sein d'un lieu, de ses acteurs et de ses habitants. Cette «reterritorialisation» des modes de vie, de production et de consommation, apparaît comme un puissant levier de changement ayant des répercussions à échelle globale - Solutions locales pour un désordre global, This change everything, Les Artisans du changement… - , décliné à travers différentes échelles. L'émergence de la notion de "biorégion" - Design des territoires : l'enseignement de la biorégion, Les territoires du vivant : un manifeste biorégional - traduit le recentrement de la réflexion au sein d'écosystèmes naturels et humains inscrits dans leurs bassins versants.

Pour accompagner le ciné-débat du lundi 22 novembre, avec la projection du film "Anthropocène : l'époque humaine", la médiathèque propose une programmation de 10 documentaires pour alimenter la réflexion autour du concept d'Anthropocène, terme proposé pour désigner l'ère géologique actuelle, où les êtres humains représentent la principale cause des changements permanents à l'échelle planétaire.

Philippe Madec et la frugalité heureuse

« … Formé à l'UPA 7 à Paris, il finit ses études sous l'enseignement d'Henri Ciriani et est diplômé en 1979. Personnage éclectique à ses débuts, il développe un intérêt pour de multiples influences, entre autres l'architecture du siècle des Lumières à travers les travaux de Boullée. D'A n°32, janvier-février 1993, p. Cherchant à dépasser le débat entre post-modernes et néo-modernes, Philippe Madec ouvrira précocement son champ de réflexion au rapport à l'environnement, à la nature, aux contextes urbains et territoriaux pré-existants. Dans une recherche holistique, il souhaite sortir d'un débat alors axé sur la métropolisation et la modernisation. D'A, n° 208, mai 2012, p. LIVRESLe 18 janvier 2018, avec Alain Bornarel et Dominique Gauzin-Müller, Philippe Madec co-publie le Manifeste de la Frugalité Heureuse, rejoint à ce jour par près de 10 000 signataires. Dans ce cri d'alarme et de ralliement, ses auteurs rappellent la lourde responsabilité de l'aménagement et de la construction dans la consommation mondiale de ressources, la production et l'émission des gaz à effets de serre. À travers la recherche de cet équilibre environnemental, les relations entre territoires ruraux et petites villes sont essentielles. Dans une de ses premières commandes architecturales d'envergure, Philippe Madec entame une collaboration de long terme avec une municipalité qui lui offre les conditions d'un laboratoire d'architecture grandeur réelle. D'A n° 80, janvier-février 1998, p. D'A n° 49, octobre 1994, p. Cette attention au lieu d'accueil forme une constante de nombreux projets que l'architecte cherche à inscrire au sein de leurs territoires, mettant en exergue leur caractère habité et productif. Après un concours gagné en 2003, le chantier du musée archéologique de Mayenne s'est déroulé de 2006 à 2009. Ce long édifice sur pilotis est le point d'orgue du parc d'Izadia dont l'objectif et d…

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