Il est fréquent pour les parents de se sentir fatigués, irrités, voire dépassés, et de se laisser aller à crier sur leur bébé. Cependant, il est crucial de comprendre les conséquences potentielles de ce comportement sur le développement de l'enfant et d'explorer des alternatives plus constructives.
Impact des relations adultes-enfants sur le développement cérébral
Selon la pédiatre Catherine Gueguen, spécialiste des neurosciences affectives et sociales, les relations adultes-enfants ont un impact majeur sur le développement du cerveau de l'enfant. Le cerveau d'un jeune enfant est particulièrement immature, malléable et fragile, ce qui le rend vulnérable. Chaque interaction s'imprime profondément dans son cerveau, modifiant les molécules cérébrales, les neurones, les circuits cérébraux, les structures cérébrales et même l'expression de certains gènes.
Sensibilité au stress chez l'enfant
Le cerveau immature de l'enfant est également plus sensible au stress que celui d'un adulte. Les humiliations verbales ou physiques peuvent provoquer un stress qui stimule l'amygdale cérébrale et déclenche la sécrétion de cortisol et d'adrénaline. Chez l'enfant, un niveau élevé de cortisol, ou une sécrétion prolongée ou répétée, peut être toxique pour les neurones, la myéline, la transmission entre les neurones, les circuits neuronaux et certaines structures cérébrales en développement.
Maltraitance émotionnelle et ses effets
La maltraitance émotionnelle, qui comprend des comportements ou des paroles rabaissant, ridiculisant, critiquant, punissant ou terrorisant l'enfant, peut avoir des conséquences désastreuses. Une étude d'Anne-Laure van Harmelen a montré que la maltraitance émotionnelle sévère affecte le fonctionnement du cortex orbito-frontal (COF) et augmente le risque de développer des pathologies comportementales et psychiatriques telles que l'agressivité, l'anxiété, la dépression, les troubles dissociatifs, la délinquance et les addictions. Le COF joue un rôle primordial dans les capacités d'affection, d'empathie, de prise de décision et de sens moral, ainsi que dans la régulation des émotions. Une autre étude de Jeewook Choi a révélé que les paroles blessantes, humiliantes ou méprisantes altèrent le fonctionnement des circuits neuronaux et des zones participant à la compréhension du langage.
Impact du stress sur les structures cérébrales
D'autres structures cérébrales, telles que le cortex préfrontal et l'hippocampe, sont également sensibles au stress. Bruce Mac Ewen a démontré qu'un stress important ou répété peut altérer les neurones du cerveau de l'enfant, voire provoquer leur destruction dans des structures importantes comme le cortex préfrontal, essentiel pour la décision, la réflexion et la planification. Martin Teicher a constaté que les enfants humiliés physiquement ou verbalement ont un hippocampe de volume réduit, ce qui affecte la mémoire et l'apprentissage.
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Comprendre l'immaturité émotionnelle de l'enfant
Il est essentiel de comprendre que le jeune enfant a un cerveau extrêmement immature, ce qui explique ses tempêtes émotionnelles et ses impulsions. Lors de ces tempêtes émotionnelles, l'enfant ne peut pas retrouver son calme seul et a besoin d'un adulte chaleureux, empathique et soutenant. L'empathie et l'apaisement de l'adulte favorisent le bon développement du cerveau de l'enfant.
Révolution éducative : changer de regard sur l'enfant
Ces découvertes scientifiques nécessitent une révolution éducative, nous incitant à sortir de nos habitudes ancestrales. Au lieu de punir l'enfant en proie à des tempêtes émotionnelles, il est crucial d'avoir de l'empathie et de la compassion pour lui. L'enfant qui mord ou tape n'est pas méchant, mais exprime un besoin non satisfait et se sent en insécurité. Il a besoin de compréhension et d'attention pour sa grande immaturité émotionnelle.
Alternatives aux cris et punitions
Au lieu de crier, de punir, de menacer ou d'humilier les enfants, il est préférable d'être empathique, chaleureux et soutenant. L'adulte peut donner des repères et un cadre avec empathie et bienveillance, exprimant son désaccord face à un comportement inadéquat tout en donnant confiance à l'enfant. Il est important de ne pas juger, critiquer ou reprocher à l'enfant, car cela peut entraîner une perte de confiance en soi et un manque de progrès.
Effets néfastes des punitions corporelles
Akemi Tomoda a montré que les punitions corporelles, telles que les corrections avec des ceintures ou des lanières, provoquent une réduction du volume de la substance grise dans la région préfrontale. Jaimie Hanson a constaté que les punitions corporelles entraînent une diminution du volume du cortex orbito-frontal (COF). Catherine Taylor a démontré que les enfants ayant reçu au moins deux fessées par mois à l'âge de 3 ans sont plus agressifs à l'âge de 5 ans. Rebecca Waller a révélé que les enfants ayant reçu une éducation punitive développent une insensibilité, un cynisme, une dureté et une tendance au mensonge, ainsi que des troubles du comportement tels que l'agressivité, l'anxiété et la dépression. Elisabeth Gershoff a constaté que ces enfants sont plus agressifs, plus anxieux, plus dépressifs, ont plus de comportements antisociaux, plus de troubles psychiatriques, plus de relations négatives avec leurs parents, une diminution des capacités cognitives et une mauvaise estime de soi. Devenus adultes, ils ont plus de conduites antisociales et plus de maladies psychiatriques.
La parentalité : une expérience bouleversante
Devenir parent est une expérience bouleversante. Les pleurs d'un nourrisson activent instinctivement notre système d'alarme parental. L'héritage émotionnel familial joue un rôle déterminant dans notre façon de réagir aux défis parentaux. La fatigue et le stress amplifient considérablement ces réactions.
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Techniques pour gérer la colère
Face aux pleurs de son bébé, il est normal de ressentir de la colère. Cependant, il est important de ne pas se laisser submerger par cette émotion. Voici quelques techniques pour gérer la colère :
- Technique du feu tricolore :
- ROUGE : arrêtez-vous, sortez de la situation si possible.
- JAUNE : réfléchissez à ce qui déclenche votre colère et respirez profondément.
- VERT : agissez de manière réfléchie une fois que l'intensité émotionnelle a diminué.
- Détecter l'intensité de sa colère : observez les signes corporels annonciateurs (estomac noué, coup de chaud, etc.).
- Changer les pensées négatives par des pensées plus appropriées ("il est normal de pleurer, c'est la seule façon qu'il a de communiquer").
- Respirer profondément pour diminuer l'intensité de la colère.
Importance de la communication et du soutien
La communication au sein du couple est essentielle. Il est important de prendre soin de votre relation pour traverser cette période avec plus de sérénité. Expliquez à votre partenaire vos déclencheurs, vos besoins de soutien, et travaillez ensemble sur des stratégies d'entraide.
Prévention des débordements émotionnels
La prévention passe par la gestion proactive du stress et de la fatigue. Autorisez-vous à baisser temporairement vos exigences. Trouvez du temps pour vous chaque jour. N'hésitez pas à demander de l'aide si nécessaire.
Réconciliation et excuses
Si vous avez crié sur votre bébé, ne vous culpabilisez pas trop. L'erreur fait partie de nous. Ce qui compte avant tout, c'est que votre enfant sente que vous l'aimez toujours et que vous regrettez vos cris. Il est important de s'excuser et d'expliquer à votre enfant que vous auriez dû choisir un autre moyen pour exprimer votre mécontentement.
La violence verbale : des conséquences à long terme
Une étude a montré que crier sur son enfant en le rabaissant pourrait avoir de lourdes conséquences sur sa santé mentale à l'avenir. La violence verbale peut entraîner des effets d'intériorisation et d'extériorisation tout au long de la vie.
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Soutien professionnel
Si les épisodes de colère deviennent fréquents, intenses, ou si vous avez des pensées inquiétantes concernant votre bébé, il est temps de consulter un professionnel. Le burn-out ne discrimine pas : aucun parent n'est à l'abri.
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