La recherche scientifique dans le domaine de la reproduction ne cesse d'évoluer, ouvrant des perspectives nouvelles pour le traitement de l'infertilité et la compréhension des mécanismes fondamentaux de la reproduction humaine. Des études récentes ont mis en lumière des avancées significatives dans la création d'ovules, que ce soit par le rajeunissement d'ovocytes existants ou par la génération d'ovules fonctionnels à partir de cellules somatiques. Ces découvertes, bien que prometteuses, soulèvent également des questions éthiques importantes qui nécessitent une réflexion approfondie.
Rajeunissement des ovocytes : une nouvelle approche pour améliorer la qualité ovocytaire
La qualité des ovocytes diminue avec l'âge, ce qui contribue à la baisse de la fertilité chez les femmes plus âgées. Une étude récente a exploré une approche innovante pour rajeunir les ovocytes en leur ajoutant une protéine clé, la Shugoshin 1.
Méiose et erreurs chromosomiques
La méiose est un processus essentiel par lequel l'ovocyte expulsé devient ovule et fusionne ensuite avec un spermatozoïde pour donner un embryon. Ce processus implique une division du patrimoine génétique (ADN sous forme de chromosome) afin de rendre l’ovocyte fécondable. Les chromosomes, en forme de X, s’alignent le long d’un axe unique au sein de la cellule, et les paires de chromosomes se séparent en leur centre, comme on couperait un X en deux. Chez les ovocytes les plus âgés, ce processus peut donner lieu à des erreurs, de sorte que l'embryon obtenu en cas de fécondation ne contient pas le bon nombre de chromosomes, le rendant ainsi génétiquement non viable.
L'impact de la protéine Shugoshin 1
Les scientifiques ont rapporté qu'avec l'injection de cette protéine, le pourcentage d'ovocytes présentant une anomalie diminuait, passant de 53 % dans le groupe témoin (non traité) à 29 % dans le groupe traité. « Ce qui est vraiment formidable, c’est que nous avons identifié une seule protéine dont le niveau diminue avec l’âge, que nous l’avons ramenée à des niveaux comparables à ceux des jeunes et que cela a un impact considérable », a souligné Melina Schuh. Cette approche cible une vulnérabilité liée à un processus biologique naturel et nécessaire, la méiose.
Perspectives et commercialisation
La professeure Melina Schuh, coauteure de l'étude et cofondatrice d'Ovo Labs, vise à commercialiser la technique. Elle s’est réjouie que « Globalement, nous pouvons presque réduire de moitié le nombre d’ovules présentant des chromosomes [anormaux]. C’est une amélioration très significative ».
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Création d'ovules fonctionnels à partir de cellules de peau humaine : une avancée majeure
Une équipe de chercheurs américains a réussi pour la première fois à créer des ovules fonctionnels à partir de cellules de peau humaine. Cette avancée représente un progrès notable qui pourrait, à terme, offrir des solutions pour les femmes âgées qui n’ont plus d’ovules viables, les hommes qui ne produisent pas suffisamment de spermatozoïdes ou des personnes dont le traitement contre le cancer les a rendues infertiles.
La technique de transfert nucléaire
Le procédé consiste à retirer le noyau d’une cellule de la peau d’une femme et à l’insérer dans un ovocyte, dont le noyau a été retiré, expliquent les scientifiques dans une étude publiée dans la revue Nature Communications. Une fois l’ovocyte créé, leur but a été de le féconder par un spermatozoïde.
La mitoméiose : une étape cruciale
Mais cela n'est pas directement possible, car comme toutes les cellules non reproductives, l’ovocyte créé à partir de cellules de la peau possède 46 chromosomes. Or, la fécondation est possible si la cellule reproductrice compte 23 chromosomes, auxquels s’ajouteront les 23 autres du spermatozoïde. Les chercheurs en ont donc retiré la moitié, via une technique qu'ils ont baptisée «mitoméiose». À partir de cette étape, la fertilisation a donc été possible.
Développement embryonnaire et anomalies chromosomiques
Sur les 82 candidats ovules, une petite dizaine se sont développés en embryons de quelques jours, un stade théoriquement suffisant pour les implanter chez une patiente lors d'une fécondation in vitro. Cependant, la technique est encore loin d’être parfaite puisque le taux de réussite est de seulement 9%. De plus, la plupart des débuts d’embryons obtenus présentaient des anomalies chromosomiques. Pour Paula Amato, il faudra au moins une dizaine d'années pour que ses recherches profitent éventuellement à des patientes infertiles. La perspective d’une application clinique reste donc encore lointaine.
Gamétogenèse in vitro
Cette technologie fait partie d’un domaine en pleine croissance visant à produire des spermatozoïdes et des ovules en dehors du corps, connu sous le nom de gamétogenèse in vitro.
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Redéfinir la paternité
Ce progrès inédit pourrait également redéfinir les règles de la paternité. C’est d’ailleurs ce qu’affirme à l’AFP, Paula Amato, une autre des auteures de l’étude : « Cela permettrait aussi à des couples du même sexe d’avoir un enfant apparenté génétiquement aux deux partenaires ». Car pour le procédé décrit, il n’est pas obligé d’utiliser une cellule cutanée féminine, celle d’un homme pourrait également être employée. Autrement dit, dans le cas d’un couple homosexuel masculin, la peau de l’un pourrait servir à fabriquer un ovule qui ensuite, se ferait féconder par le sperme de l’autre.
L'étude de 2012 : Extraction de cellules souches d'ovaires humains
Selon une étude publiée dans la revue scientifique Nature Medicine, des chercheurs américains auraient réussi à extraire des cellules souches d'ovaires humains et à leur faire produire des ovules.
Le dogme de la réserve ovarienne non renouvelable
Depuis soixante ans, il est communément admis que toute femme naît avec environ un million de follicules primordiaux, les cavités dans lesquelles se développeront un ou deux ovules (ou ovocytes). Mais à la puberté, seulement 30 000 de ces follicules se développent dans les ovaires de la femme. De plus, on considère que tout au long d'une vie, seuls 400 ovocytes connaîtront une évolution complète au sein de ces follicules, chez une femme ne prenant pas la pilule et n'ayant pas de grossesse. Chaque femme disposerait donc d'une réserve fixe et non renouvelable d'ovules, qui s'amenuiserait avec l'âge, jusqu'à son épuisement définitif, à la ménopause.
Remise en question du dogme
L'étude menée par le docteur Jonathan Tilly et son équipe du Massachusetts General Hospital vient ébranler ce dogme. C'est la première fois que des chercheurs réussissent à démontrer la présence de cellules souches (des cellules capables de se reproduire longtemps à l'identique, et présentes dans tous les organes) dans les ovaires, à les isoler et à les mettre en culture pour produire de nouveaux ovocytes. Un véritable espoir pour les femmes concernées par l'infertilité ou qui auraient subi de lourds traitements ayant abîmé leurs ovaires.
Reproduction des résultats chez la souris
En 2009, un groupe de scientifiques chinois de l'université Jiao Tong, de Shanghaï, affirmait à son tour avoir trouvé ces cellules souches productrices d'ovules (CSPO) dans les ovaires de souris adultes. Dans la revue Nature Cell Biology, les chercheurs chinois expliquaient comment ils les avaient isolées, cultivées in vitro et fait proliférer avant de les réintroduire dans les ovaires de souris… où elles s'étaient transformées en ovocytes matures avant de libérer des ovules. Ces ovules ont ensuite été fécondés en présence de sperme et ont donné des embryons qui se sont développés normalement jusqu'à terme.
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Application chez l'humain
Jonathan L. Tilly et ses collègues se sont inspirés de cette méthode pour dépister et isoler ces fameuses CSPO dans des ovaires humains. Dans un premier temps, ils ont éprouvé chez les souris leur nouveau protocole. Puis pour réaliser leur projet, les chercheurs états-uniens ont eu accès aux ovaires de six femmes âgées de 22 à 33 ans qui subissaient une intervention chirurgicale dans le but de changer de sexe. De ces ovaires, les chercheurs ont pu extraire ce qu'ils croyaient être des CSPO en raison de leur grande similarité avec les CSPO présentes dans les ovaires de souris femelles. Après avoir modifié génétiquement les CSPO humaines, les scientifiques les ont réinsérées dans un échantillon de tissu ovarien humain qu'ils ont greffé sous la peau d'une souris. Une à deux semaines plus tard, les chercheurs ont observé la présence de follicules humains contenant des ovocytes.
Limites éthiques et perspectives futures
Pour des raisons éthiques et légales, l'équipe américaine n'a toutefois pas pu évaluer expérimentalement le potentiel de ces ovules, comme ils avaient pu le faire chez la souris. Le chercheur a cependant annoncé qu'il projette de s'associer à une chercheuse de l'université d'Edimbourg, au Royaume-Uni, où les chercheurs seront autorisés à induire la fécondation de CSPO et à voir si des embryons normaux se développent.
Implications et questions éthiques
Ces avancées scientifiques soulèvent des questions éthiques importantes qui doivent être prises en compte.
Risques et limites techniques
Bernard Jégou évoque la possibilité d'un futur où l'on pourrait faire des prélèvements d'ovules post-mortem, des greffes d'ovaires d'une femme à une autre, ou encore créer des "ovaires-porteuses" pour d'autres femmes. "Aux États-Unis, il est illégal d'essayer de féconder des ovules humains à des fins expérimentales", rappelle Jonathan L. Tilly.
Impact sur la dynamique familiale et les normes sociales
En France, l’Agence de la biomédecine fait déjà part de ses interrogations sur le cadre à mettre en place. Elle est « susceptible de modifier, en profondeur, la dynamique de formation des familles, les normes sociales autour de la reproduction et les liens génétiques qui les sous-tendent », estime cette agence publique.
Obstacles réglementaires
Comme le souligne la professeure Ying Cheong, spécialiste en médecine de la reproduction à l’université de Southampton, “les obstacles réglementaires seront considérables avant d’envisager une application clinique”.
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